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mardi 16 décembre 2025

Vélos, égarement… En Suède aussi

Dans l’« égarement », en faisant de l’étymologie un peu fantaisiste peut-être, il y a le fait de ne pas se « garer », de rester libre et en mouvement. Ce qui n’est pas à confondre avec le fait d’être perché sur une selle, de fondre sur des gens en leur reprochant simplement d’être, parce qu’on se croit soi-même / parce qu’on est à la mode. Parce qu’on a bâti une sorte de rail virtuel dans sa cartographie interne auquel on voudrait que tout le monde se réfère.

Elias Martin, Göteborg, années 1780 ; Göteborgs Stadsmuseum - Capture d’écran

Un certain Roland Holm, le 21 juin dans le Göteborgs Posten (dans un article de lecteur, « Fria ord » est-il précisé avant l’article (« Paroles libres ») exprime les choses de la sorte :

« Den som rör sig fort – särskilt på cykel – tycks i dag ha tolkningsföreträde, medan fotgängaren betraktas som ett hinder. Denna kultur är inte bara farlig, utan också ett uttryck för en större samhällelig förskjutning där omtanke och respekt får stå tillbaka för självupptagenhet och arrogans. »

« Celui qui avance vite – surtout à vélo – semble jouir aujourd’hui de la priorité, lors que le piéton est considéré comme un obstacle. Cette vision des choses n’est pas seulement dangereuse, c’est aussi l’expression de quelque chose de plus profond dans notre société, où sollicitude et respect doivent laisser la place à l’individualisme et l’arrogance. »

« Självupptagenhet » (le fait littéralement d’être occupé par soi-même) ; on revient à ce que l’on disait des écrans.
L'auteur poursuit – il évoque Vasagatan ; n’est-ce pas dans ce quartier que vit Erik Winter, dont la dernière enquête (eh ! Il ouvrit quasiment ce blog…) vient de sortir ? On en reparlera très vraisemblablement… – :

« Flera gånger i veckan bevittnar jag, eller själv utsätts för, cyklister som i mycket hög fart passerar fotgängare utan att sänka farten, visa tecken på samförstånd eller lämna utrymme. I morse höll jag på att bli påkörd. »

« C'est plusieurs fois par semaine que je suis témoin, ou cible, de cyclistes qui frôlent à toute vitesse les piétons, sans ralentir, sans prendre en compte l’autre ni lui laisser d’espace. Ce matin encore j’ai failli être renversé. »

Elias Martin, Göteborg, années 1780 ; Göteborgs Stadsmuseum - Capture d’écran


Me revient à l’esprit cet argument du « Partagez la route ». Partager, cela signifie d’abord respecter l’autre, pour ce qu’il est. On est parfois face à des gens qui « planent » tellement – pardon, on nage dans une telle irrationalité (crétineries véhiculées par les réseaux sociaux, dingos développant leurs petites sectes dans leur coin…) –, qu’il faut parfois revenir aux réflexions les plus simples. C’est ce que fait Roland Holm :

« Det finns människor som är äldre, ser dåligt, har nedsatt hörsel eller svårt att röra sig. Ska dessa behöva analysera cyklisters rörelsemönster från 20–30 meters håll för att avgöra om de törs ta ett steg ut? Det är inte rimligt. Ändå verkar det vara just det som förväntas. »

« Il y a des gens plus âgés, qui voient, entendent mal, ou ont des difficultés à se mouvoir. Faut-il que ces gens dussent analyser vingt, trente mètres à l’avance le schéma de déplacement du cycliste pour anticiper une retraite ? C’est fou. C’est pourtant ce qu’on semble attendre d’eux. »

Puis de développer :

« Men det är cyklisten som är den snabbare, starkare parten – precis som bilisten i möte med cyklisten. I alla andra delar av trafiken gäller principen att den som är starkare ska ta större hänsyn. Varför frångår vi detta när det gäller fotgängare? »

« Mais c’est le cycliste qui est le plus rapide, le plus fort – comme l’automobiliste l’est par rapport au cycliste. Partout ailleurs dans le trafic, on considère que c’est au plus fort de faire le plus attention. Et pourquoi pas quand c’est le piéton qui est concerné ? »



Je n’avais pas spécialement remarqué ces problèmes en Suède jusqu’à présent, à part une nuit, un vélo qui m’avait foncé dessus (le cycliste était ivre), et que j’avais envoyé, par réflexe, et plutôt involontairement, dans le décor. Le pays traînait plutôt la réputation d’une excellente organisation en la matière, avec de « vraies » pistes cyclables, bien délimitées, et des « usagers » respectueux de leurs concitoyens, à la « nordique ».
Il est vrai que cela fait quelque temps que je ne me suis vraiment promené à Göteborg, chassé par les travaux qui m’ont rendu la ville impénétrable et infréquentable.
Ce qu’a noté le romancier Åke Edwardson aussi – il en a parlé dans Det trettonde fallet (Le treizième cas)… – ; je ne suis pas complètement fou…


Nils Blanchard

vendredi 15 août 2025

Objets de placard (pas en plastique!) / Wera von Essen

Voyage étrange et à peu de frais dans le temps ; objets de placards laissés passablement intacts par mon grand-père, en Suède. En même temps, j’ai pu enfin me procurer la suite d’En debutants dagbok, de Wera von Essen.

NB - Bohuslän, juillet 2025


Oui, il y a plus – bien plus peut-être… – de quarante ans qu’ils dorment là, dans une maison en Suède, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas beaucoup plus anciens. On croira que Michel Houellebecq (on le préférera chanté par Carla Bruni, en l’occurrence) visait juste : « Il existe au milieu du temps / La possibilité d’une île. »

Au milieu des temps, temps suspendus ? Des flots. Mer d’huile.

Ça me fait penser à un roman (en cours d’écriture) interrompu. Pas eu le temps du tout de le reprendre lors de mon dernier séjour ; ne l’avais même pas amené. Pas eu le temps de grand-chose ; à peine la relecture d’un autre…
Voulais chercher du travail, passer à autre chose, autre chose, autre chose…

En juillet : eau à 23° !

Bains, promenades dans la forêt.

Été. (Participe passé autant que saison. C’est tout le truc de l’été suédois…)


NB

De quand date cette boîte de plombs ?

Bon, il y a bien un plomb qui a sauté.
Heureusement que j’étais avec un ami qui s’y connaissait mieux que moi, qui avait un regard extérieur sur la chose. Tableau électrique, compliqué par des annotations postérieures. Il suffisait de s’en tenir aux annotations (pas encore effacées, heureusement) de… mon grand-père.

NB


NB

Et cette boîte de thé ?

James Lundgren and co, Göteborg.

Je lis sur une annonce sur internet qu’elle est probablement du milieu du siècle.

NB

Ah, puis cette boîte pour un réchaud de camping.
Elle est bilingue (sur les autres faces) : les explications sont en suédois et en finnois. Ce devait être très courant à… quelle époque ? Milieu du siècle, là encore ? Mais je ne peux m’empêcher de voir ça comme un clin d’œil à ce blog.

Où a été rajouté depuis peu, du reste, un lien vers le blog d’Ulrika Nettelblad…

NB - Bohuslän


Mais Wera von Essen ?

J'avance tranquillement dans son livre, en ce début de mois d’août – entre deux visite à l’hôpital – aussi désordonné que ce billet.
Elle s’apprête précisément (page 109 / 14 juin 2021) à accepter – sans grand enthousiasme – à aller en Finlande (elle est alors à Stockholm). Il faut dire qu’elle a mal au dos, ne veut pas voyager du coup en voiture…

« Tåg upp till Umeå. Jag vet inte. Jag är så vag och ambivalent och kan aldrig planera något. »

« Prendre le train en montant à Umeå. Je ne sais pas. Je suis si indécise, partagée... je n'arrive jamais à rien planifier. »

Elle n'ira pas; elle ira en fait un peu plus tard. Elle aussi a une partie d'histoire en Finlande. Svensk Finland (Finlande suédoise), mais sans être finlandssvensk. Décidément.


Nils Blanchard


- Ajout d'étiquettes du dernier billet : néopuritanisme, Copenhague, Genève.

- Échec hier (14 août) de la réunion de Genève visant à limiter la production de plastique dans le monde. Victoire, à très très court terme, des producteurs de pétrole…
Quand on pense qu’en France, on nous rebat les oreilles, jusque dans des établissements scolaires, de football (masculin), et des exploits de certains « clubs » financés par des pétrodollars…

jeudi 6 mars 2025

August Hagborg ; hasards, pêche à pied

On voit peu à peu le printemps approcher. Cela ramène étrangement au peintre August Hagborg évoqué pour languir après l’été. Il a peint en effet une série sur une plage vraisemblablement normande, de ramasseuses d’huîtres. Huîtres ; fruit des mois en r…

NB - La Hague

Mais il se trouve qu’une conférencière a évoqué (ça remonte au 7 juin 2016 – hasard des ramassages de P(erles)DF sur internet) le peintre suédois. Il s’agit de Carine Delaporte, alors médiatrice du musée de Saint-Maur-des-Fossés. Il est là question du tableau Grande marée dans la Manche, de 1879 (Orsay, en dépôt à Saint-Maur.) Au passage, elle rappelle les bienfaits du système de dépôt des œuvres d’arts des grands musées nationaux vers des musées plus modestes.

August Hagborg est né à Göteborg en 1852 ; il est jeune homme (et étudiant) dans les années 1870, au moment où les rois de Suède se sont détournés de l’Allemagne (destination première auparavant des peintres suédois en formation) du fait de la guerre des Duchés, en solidarité donc avec le Danemark. (Eh oui, ce n’est pas d’hier que des âneries de dirigeants peuvent détourner certains pays de certaines amitiés…) Du coup, Hagborg, comme beaucoup d’artistes nordiques – cela aussi est un champ historique à continuer de travailler ; il y a eu déjà des travaux dont on reparlera… –, va notamment à Paris.
En 1879, Grande marée dans la Manche est achetée par l’État français, après avoir été exposée au Salon de peinture et de sculpture. Carine Delaporte note qu’il s’agit de la première œuvre scandinave qui entre dans les collections françaises.

August Hagborg - Capture d'écran


Contrairement à d’autres artistes suédois qui retournent dans leur pays après quelques années françaises (Hugo Salmson et autres), Hagborg demeure de manière quasiment continue en France de 1876 à 1909. Il meurt à Paris en 1921 (la même année que Julius Kronberg évoqué aussi en ce blog…) Et il est sans doute retourné plus régulièrement en Suède dans ses dernières années.
Il s’attache aux rivages de la Manche, de la Bretagne jusqu’au Nord. Carine Delaporte note des similarités entre les lumières de ces rivages et celles de la côte Ouest suédoise. C’est à voir…

C'est notamment à Agon-Coutainville qu’August Hagborg revient régulièrement, ce qui nous ramène à quelque excursion de ce blog.

August Hagborg, Grande marée dans la Manche - Capture d'écran


Carine Delaporte fait un développement intéressant, en lien au tableau, sur la pêche à pied, pratiquée principalement par les femmes, qui se voyaient à l’époque interdire la pêche en haute mer.

Elle note aussi que les artistes d’alors « prennent conscience des changements de vie tels l’industrialisation et l’exode rural et immortalisent un mode de vie dont on perçoit déjà qu’il risque de disparaître. »
Elle évoque aussi l’originalité d’une génération d’artistes scandinaves, dans les dernières décennies du siècle, à propos desquels l’historien d’art Charles Ponsonailhe utilise l’expression « juste milieu », voulant signifier que s’ils s’inscrivent dans un certain académisme (réalisme, importance des détails), ils y ajoutent un souci – nordique ? – de la lumière, qui peut conduire à l’impressionnisme.

Autre thème (indépendant de la conférence de C. Delaporte) : l’importance des femmes dans l’art, leur entrée dans les écoles des Beaux-Arts, leur rôle dans les colonies d’artistes… On reparlera de cela, mais j’avais ce sujet à l’esprit récemment en consultant le prospectus des Beaux-Arts d’Angers qui ont un détail du portrait de Laura Leroux, de Jean-Jacques Henner, en couverture. Lui avait organisé avec Carolus Duran un « Atelier des dames » à une époque où celles-ci n’avaient pas encore le droit de suivre l’enseignement des Beaux-Arts. Or il y a précisément en ce moment une exposition sur ELLES à Paris.



Nils Blanchard


Et puis… À propos du gros score de l’AfD en Allemagne il y a quelques jours, Volker Schlöndorff (le 24 février dernier sur France info) voit dans son électorat la marque d’une « petite classe moyenne ». Pour lui (il simplifie peut-être) : le parti nazi a explosé en quelques années grâce à elle, alors qu’elle s’était sentie méprisée par les partis de droite qui s’intéressaient aux classes au-dessus et de gauche (qui s’intéressaient au prolétariat).
Aussi, cette réaction épidermique du (vraisemblablement) futur chancelier allemand Friedrich Merz aux trumperies vis-à-vis de l’Ukraine ; n’y-a-t-il pas là le souvenir de la paix pour le moins problématique qui fut imposée à l’Allemagne en 1919 ? Et qui participa aux développements que l’on sait…

NB

mardi 21 mai 2024

Eau (courante), inondations

Je me souviens avoir reçu une punition lorsque j’étais en sixième, donnée par un professeur de français fantastique, originaire de Toulon. Là, il me fallut écrire « quatre pages de rédac » sur les inondations. J’ai peut-être gardé mon texte quelque part, corrigé… Mais je ne me souviens plus ce que j’y écrivis.

NB – Mai 2024, Mûrs-Érigné

À Angers, il y a en mai une exposition des Archives patrimoniales au « Repaire urbain », jusqu’au 31, sur les bains douches de la ville. Un article de Ouest-France (quand on n’est pas en Alsace, on peut trouver quelque intérêt à la presse régionale bien sûr) du 7 mai dernier, explique que ce n’est qu’en 1950 que les salles de bain se sont généralisées à Angers. Et l’eau n’est arrivée dans les maisons qu’à partir de 1956. Autant dire que les bains publics ont eu une certaine importance.

Quant à la survivance des bains douches, l’article n’est pas très clair ; il est d’abord avancé que le dernier a fermé en 1998, puis qu’ « il y en a un encore derrière la Bourse du travail, fréquenté par les SDF ».


Le Bain des Treilles (bord de Maine)

(Au passage, on a sur cette lithographie un aperçu des bords de Maine d’ancien temps, consciencieusement arasés par les constructions de voies rapides des années Pompidou. Ou des années 60-70 tout court, vu qu’on trouve trace de mêmes âneries à Göteborg, comme l’écrit Åke Edwardson dans Det trettonde fallet (2021).)

Or il se trouve que je me promenais à Mûrs-Erigné – qui jouxte Angers – et que je pris en photo la façade d’une ancienne auberge, dite « Hostellerie du Château ».


NB - Mûrs-Érigné, mai 2024


NB - Mûrs-Érigné, mai 2024


On y fait la promotion sur le panneau de droite, de l’« eau courante chaude et froide » et du chauffage central.
À gauche, on a quelque chose comme « Au rendez-vous des gars du Nord ».
Quel Nord ? Demanderait André Dhôtel.

Bon, mais à Haguenau quelques jours plus tard, sans vouloir faire de rapprochement trop facile, les inondations ont quelque chose d’une immense laverie, surtout quand un peu de lumière se glisse sur les nouvelles eaux. On a l’impression que des bestioles diverses arrivent par enchantement, peut-être parce qu’elles n’ont plus à se préoccuper des pesticides dans les champs (on va me traiter d’écolo excité), que certaines voies sont débarrassées des véhicules humains faisant ronfler leurs moteurs, spécialité locale…


NB – Mai 2024, Haguenau


NB – Mai 2024, Haguenau



Nils Blanchard

lundi 18 décembre 2023

Miscellanées, Auvergne et autres (et autres blogs), 4

Déjà décembre ; hiver depuis quelques semaines ; un coup de froid, un redoux, mais humide et gris... Lien avec l’Auvergne ? Aucun, sans doute. Si ce n’est une sorte de chamboulement des saisons (mais là bas, par exemple sur le Puy de Dôme, ça peut être simplement naturel).

NB - Auvergne, printemps 2023

Mais c’est que j’étais resté dans des thèmes d’été (puis d’automne, un peu) ces derniers temps, jusqu’à ces octets de fer du dernier billet, venus me poursuivre après un passage à Göteborg cet été.

On aurait presque envie de retourner plus de cent ans en arrière, via un documentaire sur le Göteborg Posten, où l’on voit notamment cette photographie de 1909. Là, les octets de fer étaient encore assez loin d’éclore.

Aron Jonason, Göteborgs Stadsmuseum, Enfants à Järntorget, hiver 1909

Les jeunes garçons ne passaient pas leur jeunesse rivés à des crétineries de réseaux sociaux. Étaient-ils plus heureux, plus malheureux ? Ils ressemblent quand même sacrément aux enfants d’aujourd’hui. C’est le décor qui a changé bien sûr. Puis, le noir et blanc.
Comme un cocon.

Il y a ce blog d’une Suédoise, si j’ai bien compris, qui s’est installée sur Åland avec ses enfants – en Finlande, donc ; et un peu en Suède parce que c’est très suédophone (svédophone devrait-on dire?) là-bas ; une sorte de lieu de métamorphose – un cocon peut-être. Les photos sur ce blog sont quasiment toutes en noir et blanc.
Elle s’appelle Ulrika Nettelblad. Dans un article d'octobre publié fin novembre, elle évoque des lectures.

« (…) böcker som lämnat avtryck på samma sätt som gamla pojkvänner, flickvänner kan göra – även om man inte älskar dem längre, så minns man tiden man gjorde det, ett märke i huvudet för alltid. » « (…) des livres qui ont laissé une impression à la manière de vieux petits/petites ami(e)s – même si on ne les aime plus, on se souvient du temps où l’on faisait ceci ou cela ; une marque en notre esprit, pour la vie. »

Parmi les livres qu’elle évoque, Här ruvar havet, Flora Wiström (Norstedts). On lit à son propos sur des sites de vente :

« Här ruvar havet utspelar sig under ett par vindpinade sommarveckor i Bohuslän. Ida är där för att hälsa på sin pappa, Tommy. Hon har precis blivit lämnad efter ett flerårigt förhållande men berättar ingenting. Det finns så mycket de inte pratar om.
Dofterna på platsen - tång, ljung, enesnår - gör det omöjligt för Ida att värja sig mot minnena. »

« Ici la mer attend [le verbe ruva est difficile à traduire : ruminer, couver…] se déroule au cours de semaines d’été venteuses dans le Bohuslän. Ida rend visite à son père, Tommy. Elle vient d’être quittée après une relation de plusieurs années, mais de ça elle ne raconte rien. Il y a tant de choses dont ils ne parlent pas.
Les odeurs – algues, bruyères, genévriers – empêchent Ida de se protéger de ses souvenirs. »



Ça nous ramène à l’article d’Argoul (en lien de ce blog, page dédiée) sur Le livre de Savery. Le critique n’est pas une buse ; il évoque bien le problème posé par les derniers chapitres du livre de Martin Fahlén : « La magie d’enfance s’est effacée ; ce tableau n’est plus le sien. Il est exposé en public. Son cadre amoureusement collé s’est fissuré, il a vieilli, comme l’auteur. »

Problème de cadres à nouveau. De gens qui partent ; de secrets qui perdent vie. Car certains secrets ne sont-ils pas comme vivants ? Quelque chose d’une autre vie.


Nils Blanchard


Triche : Eh, tire-au-flanc… tricheur, oui, que je suis : j’ajoute aux étiquettes certaines qui auraient dû figurer à un dernier billet de cette série, mais il n’y avait pas de place bien sûr… : Bill Murray, APHG, Natzweiler Struthof.

jeudi 14 décembre 2023

La ville aux octets de fer

Je vais finir par passer pour un emmerdeur, familièrement dit. Dans un certain sens, c’est plutôt réjouissant ; sous un autre angle : n’est-ce pas aussi la marque d’une avancée en âge ?


On parle d’intelligence artificielle. On pourrait finir par se demander si les deux termes du concept ne sont pas fondamentalement contradictoires.

Toujours est-il qu’il y a un péage urbain à Göteborg. Il prélève ce qui s’appelle une « taxe d’encombrement ». Un de ces trucs qui vous « tracent » quand vous passez quelque part, puis vous envoient une gentille (ou pas) lettre pour vous demander de payer le prix de votre « encombrement ».
Bon. Quoi à redire ? C’est la loi ; pourquoi ne pas s’y plier docilement ?

Mais… tout simplement parce que je me souvenais – j’ai eu un peu de mal à en retrouver trace – que les habitants de la ville, lors d’un référendum strictement légal et officiel, avaient refusé la mise en place de ce dispositif.
Un article de « Egis group » mentionne la chose (egis-group.com). Je cite :

« En dépit des avantages présentés par les programmes de péages, l'acceptation d'un péage routier est généralement faible, comme à Göteborg où, après l'introduction d'un péage urbain, cinquante-sept pour cent des répondants avaient voté contre lors d'un référendum en 2014. Cependant, le choix de poursuivre le programme de péage s'explique par le cofinancement de vastes programmes d'infrastructures dans et autour de la ville. »

J'aime bien ce « Cependant, le choix de poursuivre le programme de péage s’explique... »


Une remarque au début de l’article n’est pas inintéressante non plus : «  force est de constater que le prélèvement d'une redevance routière remonte à très loin ». Eh ! Croient-ils si bien dire ? Ne retourne-t-on pas aux divers octrois d’ancien régime qui sont en partie la cause, pour la France, de la Révolution ? Le mur des fermiers généraux, qui donna cet alexandrin : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant… » Mur avec ses différentes barrières…

Mais je l’ai déjà dit quelque part : Paris emmerde les étiquettes (de prix, aussi?) Göteborg aussi, dans un sens (on le voit avec ce référendum) ; mais elle n’a pas fait 1789, 1830, 1848, 1871...

Et ce qui me fait râler là-dedans, c’est qu’ayant égaré une première lettre qu’on m’a envoyée, et ayant donc payé trop tard, je me retrouve avec une prune de 50 euros.
C'est que les octets de fer veillent. Ce sont un peu les pendants (pendants, à tous les sens du terme) des oiseaux de fer du bijou d’André Dhôtel, L’Île aux oiseaux de fer, paru en 1956 (Grasset).
Étrange – faussement étrange ? – petit roman, il met en scène Julien Grainebis (celui des contes du même nom), qui arrive au cours d’un périple sur une île dominée par des oiseaux métalliques, eux-mêmes mus par la mise en place de quelque nouvelle technologie incontrôlée. La chose aurait pu être sans incidence si ces inquiétants passereaux n’avaient eu le permis de tuer à discrétion, fondant sur la proie que tout déviant pouvait devenir. Ah, aussi, sur cette île, des psychologues étaient aux manettes autant qu’ils le pouvaient…


Bon, je ne vais pas divulgâcher. Mais le dénouement du livre me rappelle soudain la manière dont une connaissance de Göteborg justement, cet été, a réussi à renouveler ses papiers auprès de la police suédoise (c’est à la police qu’on fait ce genre de chose en Suède). L’aporie était kafkaïenne ; l’ordinateur, sur lequel une des policières qui l’avait reçue avait le regard fixé, n’en démordait pas : pour obtenir des papiers à jour, elle devait présenter des papiers à jour. Mais ses papiers étaient précisément (depuis peu) périmés. C’est pourquoi elle demandait à les renouveler. Mais non, pour obtenir des papiers à jour, etc.

Je ne vais pas divulgâcher. Mais cette connaissance a obtenu ses papiers…
Ça s’est terminé un peu comme dans le roman de Dhôtel. Lisez L’île aux oiseaux de fer, réédité il n’y a pas si longtemps chez Grasset (Les Cahiers rouges). Il pourrait être, de plus en plus, d’actualité.

Peinture de couverture: Camille Claus

Aussi, un peu par hasard, j’ai écrit un petit article dans le bulletin n° 37 de la Route inconnue (juin 2014), relevant d’étranges convergences entre les inquiétudes de Stephen Hawking et le roman d’André Dhôtel L’île aux oiseaux de fer. Il s’intitulait simplement « André Dhôtel et l’intelligence artificielle ». Ça partait de la lecture d’un texte de The Independent, le premier mai (2014), de quatre éminents scientifiques : Stephen Hawking donc, Stuart Russel, Max Tegmark et Frank Wilczek, sur les enjeux des progrès actuels dans ce qu’on appelle l’intelligence artificielle.
Oui, c’était avant qu’on en parlât autant.

Et les grévistes suédois gagneront-ils face à Tesla qui, semble-t-il, voudrait artificialiser à sa manière leur code du travail ?


Nils Blanchard


P.-S.: J'ai évoqué il y a près d'un mois, le 18 novembre (voir plus bas) des démêlés avec des supérieurs hiérarchiques indélicats. La mode, de plus en plus, est d'aller au travail même quand on est malade, contagieux, d'envoyer ses enfants encore souffrants, dans les établissements scolaires, pour bien propager les virus.
Coutume locale? On déplore en ce moment, dans les deux départements alsaciens, une forte contagion de grippe, de Covid, de que sais-je encore. 

mardi 5 décembre 2023

Neige / tristes langages / Vit och svart

On passe du noir au blanc ; enfer ou paradis pour les uns, inversement pour les autres. Du coup pour illustration et sans grand lien au sujet, j’ai retrouvé cette photo de Paris. Je ne saurais dire, à l’instant, quand je l’ai prise. Peu importe.

NB

Des jours passés ont été un bombardement d’ignominie importée de Fricland : le rush du black
friday… Au moins un ministre, en France, discrètement peut-être, a-t-il été à l’encontre d’une certaine doxa à ce sujet, dans son gouvernement même vraisemblablement. Dans un article du Figaro du 14 novembre dernier (de Jérémy Pennors) – puis il y a eu une campagne d’information qui a fait jaser… –, Christophe Béchu de dénoncer le récit du Black Friday, « qui vante un modèle de surconsommation insoutenable (…) Je rêve d’un Green Friday où le récit de la sobriété, de la réparation, du réemploi serait mis à l’honneur comme contre-modèle de société. »

Dans le Göteborgs Posten, un article de Jonathan Andersson (le 28 novembre) narre l’histoire d’un vendeur du magazine Faktum, journal de sans-abris :

« Den mångårige Faktum-försäljaren står utanför Systembolagets lokaler i Nordstan. Fredag har bytts mot måndag och affärerna går marginellt bättre. Två försäljningar har gjorts under dagen – en till en gammal bekant och en till en äldre man. 
Fredagen, som hade lovat så mycket med både Black Friday och löning, var en annan historia. »

« Le vendeur de Faktum, avec derrière lui ses années d’expérience, se tient devant la boutique du Systembolag à Nordstan. On est lundi, vendredi est passé, et les affaires vont un tout petit peu mieux. Il a pu faire deux ventes dans la journée : une à un habitué, une à un homme assez âgé.
Vendredi, qui promettait tant (Black Friday et jour de paie), ça a été une autre histoire. »

En gros, ce vendredi noir, il n’a rien vendu.
(Nordstan est une grande galerie (couverte donc) au centre de Göteborg, contenant boutiques, restaurants, accès aux gares…
Le Systembolag est la chaîne monopolisant la vente de l’alcool en Suède, contrôlée par l’État.)

NB - Alsace

Dieu sait que je ne suis pas opposé à la culture anglo-saxonne – anglaise, américaine… mais on peut légitimement subodorer que l’usage incontrôlé, la frénésie, voire l’incontinence de l’usage (avec l’accent français plîîîîseuh) de termes anglais, soit la marque d’un relâchement intellectuel.
Ainsi des publicités pour attirer des candidats aux concours de professeurs, récemment en France, lâchant comme une trouvaille le mot « challenge »…

Dans un article encore de novembre (le 30 novembre) de Krickelins, l'auteure du blog d’écrire :

« Jag vaknar, ligger och skruvar mig, går upp och kissar och försöker sedan blunda igen. Det är svårt. Jag tänker på mina listor och leveranser. Sedan tänker jag på träning. Därefter tänker jag på att jag inte får bli sjuk och på att alla runt om som är sjuka. Hur ska jag värja mig?
Räknar på fingrarna. Hur många timmars sömn har jag fått egentligen?
Klockan är fem när jag ger upp, stiger upp ur sängen, dra på varm tröja och smyger nerför trappan mot dagens första kaffe. Utanför kör plogbilen. Fram och tillbaka. Fram och tillbaka. Ännu mer snö. (…) »

« Je me réveille, reste encore un peu au lit, nerveuse, me lève, vais faire pipi, essaie de fermer les yeux à nouveau. Ce n’est pas facile ; je pense à mes listes, mes livraisons. Puis je songe à faire du sport. Puis je me dis qu’il ne faut pas que je tombe malade avec tous les gens malades autour.
Comment vais-je m’en préserver ?
Je compte sur mes doigts : combien d’heures de sommeil, réellement ?
Il est cinq heures, je me lève, sors du lit et mets un pull chaud, vais doucement en bas prendre le premier café du jour. Dehors le chasse-neige. Qui va, qui vient. Qui revient. Toujours plus de neige. »

Ça, c’est dans le Bohuslän. Thomas Nydahl évoque aussi à peu près au même moment la neige en Scanie, qu’il juge « infernale » (parce qu’il est âgé et malade).

Et même en Alsace où c’est devenu si rare, il y a eu un petit tapis de blanc.

Mais voyez comme on retombe sur ses pattes : elle se lève à cinq heures. Vous y avez pensé, n’est-ce pas ? Il est cinq heures, Paris…


Nils Blanchard

samedi 20 mai 2023

Féminin, masculin, etc.

 Quand la représentation du corps pose problème, c’est un premier sujet (qui peut nous ramener à la renaissance…) Quand tout (et n’importe quoi) devient sujet, c’en est un autre encore.

Gerhard Henning

Au hasard d’un article sur le site du dénommé « Argoul », le 15 avril, sur une marche en Bretagne, 

cette remarque occasionnée par une rencontre sur le chemin : « Plus tard, un adulte torse nu défait 

son sac de ses épaules en  nous voyant pour le porter sur sa poitrine. Curieuse pudeur puritaine 

venue des États-Unis. »  


G. Henning ; Göteborgs Posten, 11/4/2023 ; capture d'écran

Ce néopuritarisme sévit un peu partout, sous diverses formes dont la puritaine, américaine... Il y a une autre forme aussi, qu’on a retrouvée dans un petit débat récemment dans le Göteborgs Posten, le 11 avril 2023, autour d’une statue sur une place publique (cf. ci-dessus) qu’une personne voulait voir retirée au nom du féminisme. Argument de l’intéressée, Stina Svensson : « Man ser kvinnokroppen som ett objekt » – « On voit le corps féminin comme un objet ».
L’argument s’effondre tout seul ; il suffit de faire quelques pas dans une ville – à Stockholm, par exemple, pour rester en Suède – pour passer devant des statues d’homme. Corps objet, là aussi ?

Stockholm, Carl Eldh

Deux jours plus tard, dans le même journal, réponse de Maria Larsson, qui elle aussi se réclame du féminisme. Réponse très personnelle ; son grand-père était conseiller municipal à Göteborg, versé dans les arts ; il avait coutume d’appeler la sculpture en question « Fru Cervin » (« Madame Cervin »), son épouse, morte jeune est-il précisé.
Et de conclure :

« När man lyfter ut något ur sitt sammanhang blir det inte bra. I nästan 90 år har hon suttit där.

Vad har hon gjort för ont? Jag hoppas verkligen att hon får fortsätta att stå där länge till. »


« Si on retire quelque chose de son environnement, ça ne va pas. Elle a été à cette place pendant 

90 ans. Qu’a-t-elle fait de mal ? J’espère vraiment qu’elle va pouvoir rester là encore longtemps. »


Biscuit G. Henning

Au moins tout cela permet de parler sculpture, et de découvrir le sculpteur de l’œuvre en question, Gerhard Henning (suédo-danois, 1880-1967). Et l'œuvre : bien jolie, qui comporte des céramiques, biscuits pourrait-on dire, orientalisants (à lier à des souvenirs de la Compagnie danoise des Indes orientales?), des bronzes très vivants comme celui de l’en-tête de ce billet, et des personnages plus classiques, dont celui de la place Gustave Adolf (à Göteborg, deuxième image de ce billet), lorgnant un peu vers Maillol.


Nils Blanchard

mardi 28 février 2023

Homme/femme pressés, II – Et la thématique du requin

Wera von Essen, dans En debutants dagbok, évoque aussi des travaux de ménage, dans un hôtel. Nuit, relations avec d’autres travailleuses. D’ailleurs.
 
NB - Canal Saint-Martin
 C'est au début du roman. La narratrice est dehors, à la nuit tombée ; on lui a posé un lapin. 

« Hushållen släcktes ner. TV-apparaterna stängdes av. Man gick och lade sig. Klockan var 22:30. Det är stjärnklart ute.
 
                                                                  *
 
(...) När jag minns halvåret på hotellet störtar jag. Vill inte erkänna. Det hårda kroppsarbetet som jag utförde. Nu molar det i höften som jag förstörde när jag bar bord i natten. Släpade stolar och bord och placerade dem i konferenslokalerna. Deras sterila heltäckningsmattor, manlig energi från servitörerna, kollegerna från Turkiet, Balkan, Sydafrika, Spanien, min kropp väcktes av dem. Ibland låg jag på soffan i en av lokalerna och försökte sova ett par timmar, men det var sällan jag hann. »
 
« Les habitations se sont éteintes, idem les téléviseurs. Les gens se sont couchés ; il était 22 heures 30. La nuit dehors est étoilée.
 
                                                                    *
 
(...) Ça me fiche en l’air, quand je me souviens de ces six mois de travail à l’hôtel. Je ne peux l’admettre. J’ai encore mal à la hanche que j’ai abîmée en transportant les tables, la nuit. Je traînais les chaises et les tables pour les disposer dans les salles de conférence. Leurs moquettes stériles, la virile énergie des domestiques, les collègues de Turquie, des Balkans, d’Afrique du Sud, d’Espagne ; tout cela stimulait mon corps. Parfois je me couchais sur un canapé dans une des chambres, et j’essayais de dormir une ou deux heures, mais j’y arrivais rarement. »
 
 
Wera von Essen; photo Matti Koli
 
 Le blog Krickelins, j’y reviens… Un peu plus loin, Kristin Lagerqvist s’apprête à conclure :
 
« Så summa sumarum. Jag älskar mitt snabba jag. Det är inte alltid så bra egenskap men det goda överväger det negativa och frågar du min man vad han gillar med mig så är det faktiskt att jag är snabb från tanke till handling. Det och att jag aldrig är konfliktsökande (…) »
 
« Donc, summa sumarum. J’aime ce moi rapide. Ce n’est pas toujours si positif, mais en l’occurrence les qualités l’emportent sur les défauts ; et si on demande à mon mari ce qu’il aime chez moi, c’est ma vitesse de réaction. Ça, et le fait que je ne recherche pas les conflits (…) »
 
Intéressant, me disais-je… Outre le simple et classique « je me reconnais là-dedans... » N’y a-t-il pas un lien entre la rapidité dans l’action et le fait de ne pas rechercher les conflits ?
 
C'est à creuser, peut-être.
En tout cas, la Suède a échoué à éviter les conflits dans ses velléités (à mon sens inutiles) d’entrer dans l’OTAN.
 
 
Document du syndicat SNALC
 
 Étrange, cette thématique du requin qui revient, dans cette couverture, par exemple, de brochure d’un syndicat de l’enseignement, qui nous ramène à ce billet où j'évoquais le Château ?
 Ou, pour faire suite à ce thème des hommes et femmes pressés, à cette antienne sarkozienne du « travailler plus pour gagner plus », qui continue de se trémousser çà et là dans les discussions, le buste pourtant plaqué sur un mur de réalités, notamment celle d’une nécessaire maîtrise de la croissance (au minimum…)
 
À Göteborg, à l’heure où il était très très vilain et démodé d’en (re)parler en France, on émit l’idée de réduire le temps de travail…
 
 
Le Monde, 20 mai 2014.
 
J'avoue ne pas trop savoir ce qu’il est advenu de tout cela…
Mais je voulais aussi évoquer les bains de mer… Krickelins à nouveau, mais aussi Tristan Tzara, Henri Thomas... Pas le temps, pas le temps… À suivre !
 
 
Nils Blanchard

vendredi 24 février 2023

Cent ans en arrière / sourires et visages

Je finalise la traduction d’un livre de Martin Fahlén, Le tableau de Märta. Des époques s’y entrecroisent un peu comme les animaux dans un tableau maniériste (dont le livre parle beaucoup).
 
 
 À un moment, l’auteur évoque le thème bien connu du sourire de la Joconde :
 

« Ett liknande fenomen av rörelse i konsten är Mona Lisas leende. En läpparnas hastiga rörelse är något som uppstår och förgår. »

« Dans l’art aussi, un phénomène comparable concernant le mouvement : le sourire de la Joconde ; un mouvement furtif des lèvres est quelque chose qui naît, et qui s’éteint. »
 
La thématique du chat, encore...
 
Le livre – vous verrez bien – évoque aussi divers événements historiques, guerres, surtout autour du XVIIe siècle (soulèvements des Pays-Bas contre le roi d’Espagne, guerre de Trente Ans…), mais aussi du vingtième siècle, avec l’occupation de la Norvège par l’Allemagne – sur quoi l’on reviendra…
Or depuis que je me suis mis à ce blog, à peu près concomitamment avec l’attaque russe du 24 février 2022 en Ukraine, je m’interroge – oh… modestement, croyez-le bien – sur certains mouvements profonds de l’histoire, qui ne sauraient limiter icelle à un décor de… tableau.
Ainsi ai-je évoqué par ici la guerre de Crimée, la construction de la neutralité suédoise après les aventures de Charles XII, l’un et l’autre sujets ayant à mon sens des répercussions aujourd’hui encore.  
 
Retour du corps de Charles XII, G. Cederström, musée de Göteborg
 
Or que voit-on, de manière assez spectaculaire, ces tous derniers temps ? Un retour à l’après-guerre, parfois pour remettre en cause certaines de ses orientations... Je précise : l’après-Première Guerre mondiale.
Pêle-mêle : la laïcité d’Atatürk remis en cause en Turquie, l’arrivée au poste de président du conseil d’une dirigeante (post-)fasciste en Italie, exactement cent ans après la venue au pouvoir de Mussolini en 1922.
 
Retour, aussi, à la Première Guerre mondiale, avec ce qui ressemble çà et là paraît-il, en Ukraine, à une guerre de tranchées...
 
On pourrait aller plus loin encore. Pour en revenir à Märtas tavla, Martin Fahlén raconte comment, lors d’un séjour en Grèce, aux musée d’Athènes, il rencontre deux fois de suite, de manière parfaitement fortuite, à quelques jours d’intervalle, une même collègue suédoise. La seconde fois, devant cette statue retrouvée par des pêcheurs au large de Marathon, en 1925… Et :
 
« Denna slumpmässiga upprepning av samma händelse fick mig att inse att upplevelsen av tid kan förkortas, så att de grekiska skulpturerna och de keramiska skönheterna blir som färska bröd från igår. »
 
« Cette répétition fortuite du même événement m’a fait comprendre que la sensation du temps peut se raccourcir, ainsi des sculptures grecques, céramiques, qui semblent comme du pain frais d’hier. »
 
 
Musée national archéologique d'Athènes, Wikipedia 
 
 
 Nils Blanchard

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...