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mercredi 22 juillet 2026

Des barbares, et de thèmes qui reviennent

Néopuritanisme, maastrichtlisbonnisation, racisme ou xénophobie… vaguement en lien à l’explosion d’un équilibre (il était précaire, après tout) d’après guerre froide, reviennent dans ce blog des thèmes qui, sans trop simplifier, rejoignent une certaine vision de la Cité.

Éphèbe d'Agde - Capture d'écran

C'est ce que je me disais en lisant un article d’Argoul, qui a le mérite de vulgariser régulièrement diverses lectures, à sa sauce certes, qu’on accommoderait pas toujours exactement de la même manière…
Il était question là du mot « barbare » chez les Grecs anciens, à travers le Dictionnaire du paganisme grec de Reynal Sorel.

« Être barbare, c’est avant tout parler barbare. Les Grecs étaient fils de la lumière et, comme Apollon aimait trancher, ils accordaient une grande importance au langage articulé, messager de la parole nette. Comme dit Thésée chez Euripide, cette façon de parler en mots distincts fait l’humanité. Elle la différencie de la bestialité selon Isocrate. Mais, si le barbare est incompréhensible, il peut être assimilable dès lors qu’il fait l’effort d’apprendre la langue grecque. (…) De plus, le barbare est perfectible s’il adopte la culture grecque, selon Isocrate, qui parle en vers -380. On appelle Hellène plutôt les gens qui participent à notre éducation que ceux qui ont la même origine que nous, dit Isocrate dans son Panégyrique. »

Voilà pour le racisme ou la xénophobie, ou une certaine forme d’antisémitisme raciste : la cité, civilisée, n’est pas ce qui rejette l’autre de par ses origines, sa couleur de peau, ou on ne sait quels fantasmes…

Capture d'écran

Aussi, « Pour le Grec, c’est le corps qui donne sa forme aux vêtements et non le vêtement qui redessine le corps. (…) Être de lumière, le Grec aime plutôt montrer son corps, aller nu au sport et le moins vêtu possible à la ville, portant des tuniques carrées, dont certaines laissent à découvert, pour les hommes, le sein droit. »

Voilà, entre autres, pour le néopuritanisme. Est-il besoin de développer beaucoup ?

Et là apparaît soudain Camus : « Un homme, ça s’empêche », disait-il, rappelle Argoul, qui ne confond pas gens de liberté et « libertariens ».

Deux jours plus tôt, le 18 février, Thomas Nydahl évoquait Camus lui aussi dans un tout petit article de son blog : « Att lita på Camus har inget med att göra. Hos honom finner man istället argument att själv bruka i livets svåra stunder. » « Se fier à Camus n’a rien d’idolâtre. On trouve au contraire chez lui un argumentaire à utiliser, soi-même, dans les moments difficiles. »

Luis Márquez Romay - Capture d’écran

D
e là, on en arrive progressivement à ce à quoi je fais référence de temps en temps, à travers ce terme de maastrichtlisbonnisation : cette union européenne qui a donné la primeur à l’argent roi, qui confond souvent, malgré tel ou tel slogan, unité et uniformisation… Argoul : « La loi est faite pour dompter son chaos intérieur afin d’être libre. Car on n’est pas libre sous la loi de la jungle (...) » « Libre » concurrence partout, n’est-ce pas aussi ce qui amène au chaos environnemental, culturel, dans lequel on s’englue ?
Car finalement (Argoul via Reynal Sorel) : « Le barbare accepte la servitude, contrairement aux Grecs. Il est le sujet d’un Grand roi, et non pas le citoyen d’une cité. »

(Bon, mais ensuite, il faudrait s’interroger sur le sens que Jules Roy, qui fut ami de Camus, s’en sépara quelque peu au moment de la guerre d’Algérie – ou est-ce l’inverse ? –, donne au mot « barbare », lui qui a écrit des Mémoires barbares, des Amours barbares…)


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du dernier billet : Fata Morgana, Carl Köhler, Frans Timén.

jeudi 18 juin 2026

Il y était donc encore ? / Rien à voir. Enfin, si : David Hockney

Je me suis souvent défié des gens accordant a priori l’étiquette de la sagesse à la vieillesse.
Là, on a l’exemple d’un homme (relativement) âgé et semble-t-il malade (mais pas mentalement), qui arbore une certaine figure du sage dans son blog, et qui d’ailleurs partage son expérience (littéraire, philosophique parfois…) avec générosité et souvent de manière bien intéressante.

David Hockney - Royal Academy, London, janvier 2012 - Wikipedia

Je veux parler de Thomas Nydahl (blog « Nydahl Occident »), en lien indirect de celui-ci via « Nordic Voices in translation » et « Bernur »…
On lit en effet avec une certaine consternation ce qu’il écrit le 15 juin (sous un titre un peu redondant : « Sociala medier och dumheterna » / « Réseaux sociaux et idioties ») :

« () Jag behöver egentligen inte ens förklara varför. Men jag stängde både Facebook och Instagram. Allt det som är bra, konstruktivt och till glädje förstörs av det destruktiva och ovänligt nedbrytande. (…) »

« () Nul besoin d’expliquer pourquoi. Mais j’ai quitté Facebook et Instagram. Tout ce qui est bien, constructif, source de bonheur, y est abîmé par le dénigrement destructeur et haineux. (…) »

Il y était donc encore ?
Évidemment qu’il n’est pas nécessaire qu’il explique pourquoi il quitte ces choses ; on peut se demander en revanche ce qu’il y faisait, et depuis longtemps semble-t-il…

David Hockney, The Queen's Window,
Westminster Abbey - Wikipedia

On me dira : qu’en sais-tu ? Tu n’y vas pas…
C'est l’argument des lepénistes 2.0 : « il faut l’essayer... » Eh ! Pourquoi n’essaieraient-ils pas de lécher un trottoir, pendant qu’ils y sont ?

Bon. Rien à voir à peu près, mais pendant la période du Covid, j’ai trouvé je ne sais où sur le net – sur un blog, vraisemblablement, qui peut-être lui-même tirait ces images de quelque « réseau » « social » ? ; on pourrait dire alors, d’une certaine manière, que j’y suis allé indirectement… – des images peintes sur tablettes (sur « ipad ») par David Hockney.
Eh ! David Hockney. Mort le 11 juin 2026.

Il se trouve (ce genre de chose m’arrive parfois), que j’ai écrit un poème sur lui, autour de lui… sur ses paysages comme étrangement dhôteliens.

NB - Ardennes

Les 14 et 16 juin 2026 (en partie dans le train) : Début d’été encore

Aux contreforts de la Champagne
ou de l’Ardenne allez savoir
Gare étrange gris Mitterrand
David Hockney n’y saurait voir

les pommiers en fleurs de la Normandie,
les herbes et champs folâtres qui rient
/ qui riaient,
sur sa tablette
lors des confinements

Le train vrille au cœur des campagnes
sa vitesse et en désespoir
de cause on fixe un monument,
un arbre, une vache, un terroir…

à travers la vitre aujourd’hui salie
au milieu d’aliens sur leurs écrans gris
Lui, peignait
sur sa tablette
Il est mort maintenant


Nils Blanchard


samedi 3 janvier 2026

Sujets d’hiver / comparaisons ; des mondes et des temps

Fin novembre, j’ai rencontré çà et là diverses comparaisons de « nos » mondes – bon, la Scanie, en Suède, d’un homme aux mœurs somme toute assez traditionnels semble-t-il (Thomas Nydahl), et New York, si j’ai bien compris, où vit un Français d’origine, homosexuel, disciple de l’empereur Hadrien.

NB - Anjou

 Le premier, dont on va un peu sauver le blog Nydahls Occident (c’était avant cet article calamiteux évoqué au dernier billet), écrit le 14 novembre – il faudrait aussi en ce blog, Suédois d'ailleurs, une étiquette « Le temps passe » :

« Att Putinfascismen verkligen startade angreppskriget mot Ukraina är ett nederlag också för alla fria nationer (…)
Jag befinner mig i ett tillstånd av uppgivenhet och bedrövelse. Det har förstås mest att göra med det pågående skeendet. Men det har också privata orsaker. Omständigheternas diktatur ligger sedan flera årtionden som en våt filt över mig. Allt jag försökt, allt jag kämpat för, har rasat och förtvinat. Det rena har ersatts av mögel och svamp.
Jag har Henne här hemma, att tacka för att livet också är vackert och kärleksfullt. »

« Que le fascisme poutinesque ait pu effectivement enclencher sa guerre d’agression contre l’Ukraine, c’est une défaite pour toutes les nations libres (…)
Je me sens maintenant affligé, désabusé. C’est lié bien sûr surtout à la conjoncture. Mais ça a aussi des raisons privées. Depuis plusieurs décennies, la dictature des circonstances me recouvre comme une couverture humide. Tout ce que j’ai tenté, tout ce pour quoi je me suis battu, s’est effondré et s’est étiolé. Le pur a été remplacé par moisissure et mycose.
J'ai Elle à la maison, que je remercie de rendre la vie, quand même, belle et pleine d’amour. »

L'article est illustré d’une belle photo d’arbres dans le brouillard (d’Astrid Nydahl vraisemblablement).
Il est vrai que l’époque nous entraîne, comme un fleuve en crue, vers de mauvaises directions : constructions nucléaires, menaces d’utiliser des armes nucléaires, réduction de la biodiversité, submersion plastique, progression de l’I.A. (que je pense être, de plus en plus, une vaste connerie. Oui, l’I.A. permet certaines choses, notamment dans le domaine médical… Mais quoi, mais justement : on arrivera peut-être à cette situation où les médecins doubleront systématiquement leur diagnostic de celui de l’I.A. On pensera que c’est très bien, cela sauvera des vies peut-être. Puis petit à petit, on se rendra compte qu’on n’aura plus de médecins, plus de gens capables d’exercer ce métier de manière autonome et donc d’avoir l’expertise personnelle, le recul nécessaires à leur pratique. – D’ailleurs, du fait de la recherche d’un certain confort bobo, a-t-on encore de vrais médecins, qui acceptent de sortir de leurs centre-villes, de leurs emplois du temps confortables pour exercer ? Là, l’I.A. n’y est pour rien ; une certaine éthique… –), menaces russe, chinoise (très différentes), j’aurais tendance à ajouter : abêtissement de certaines masses…
Quant à ma vie privée par là-dessus…

NB - Anjou

Le disciple d’Hadrien, lui (blog Animula Vagula Blandula), de remarquer, le 27 novembre dernier :

« En 36 ils accusaient les juifs, les communistes, les homos, les noirs et les arabes, vaste amalgame de détestations et de colère, abreuvés par une presse qui alimentait leur flamme par une diarrhée immonde d'informations, de petits mots, de sous-entendus... Tout un scénario qui à travers le monde se répète et s'amplifie. Les peuples ne se rendent pas compte de ce qu'il y a derrière le masque de l'honorabilité, de la simplicité, de l'élégance affectée des nouveaux populistes. On les flatte, on leur rappelle qu'on vient des mêmes villages, des mêmes cités, qu'on partage leurs aspirations et leurs colères et peu à peu on grimpe jusqu'au sommet de l’État et dès le lendemain on confisque la souveraineté au peuple, on s'auto-amnistie, on se remplit les poches et on se vautre dans le luxe. (...) Et les peuples joyeux sont prêts à se jeter dans la gueule souriante du diable et de ses diablotins... »

Les « noirs et les arabes », en 36, je ne suis pas sûr qu’ils aient été une cible privilégiée. (Peut-être, du reste, aurait-il mieux valu parler de 34, mais…) Il y avait plutôt les Italiens ; j’aurais tendance à ajouter, dans certains « mondes », au cœur de certaines morales, les femmes. Celles qui seront tondues en 40, parce que la morale de ces mondes-temps acceptait que les hommes fussent « volages », interdisait aux femmes d’être des « salopes »…
La notion de « sous-entendus », pour faire passer toutes sortes de saloperies précisément, est bien vue.
Elle existe encore aujourd’hui où des crétins parlent avec légèreté des camps de concentration, par exemple, décomplexés par les errements des derniers gouvernements israéliens, confondant complètement, lesdits crétins, dans leur bile plus ou moins réseau-sociarde, les mondes et les temps…


Nils Blanchard


Ajout : Mort d’Henri Mosson, le 30 décembre dernier, dont il a été un peu question en ce billet-là
Ce billet évoque aussi des bizarreries (à tout le moins) « historiographiques » (si l’on peut dire…) alsaciennes, sur lesquelles il faudra que je revienne malheureusement.

jeudi 13 novembre 2025

Entre passivité et bêtise

J'ai été récemment témoin – et ça a été assez désagréable – d’une crise de passivité intellectuelle, de bêtise régionaliste d’une artiste que j’avais un peu aidée – j’admire toujours son œuvre du reste.

NB - Haguenau, septembre 2025 ; illustration à peu près de hasard

Bon, ça n’a pas une très grande importance et ne devrait pas figurer ici, sauf que j’ai lu – je ne suis pas rancunier… pas trop… ; voir le billet précédant... – un article récent de Thomas Nydahl, s'interrogeant lui-même sur un article de Torsten Fagerholm, dans le journal finlandais de langue suédoise Hufvudstadsbladet, le 25 septembre 2025. T. Fagerholm commence par se demander ce qu’ont à fiche de riches touristes russes à Biarritz ce dernier été. Il commente :

« Många upplever det som direkt provocerande att hundratusentals förmögna, oberörda ryssar obehindrat roffar åt sig från buffébordet av friheter som det demokratiska Europa erbjuder, samtidigt som Ukrainas folk genomlider ett fjärde år av terrorbombningar styrda från Moskva. »

« Beaucoup de gens peuvent vivre comme une provocation que des Russes aisés, indifférents, se gavent sans réserve au buffet des libertés offertes par l’Europe démocratique, lors que dans le même temps le peuple ukrainien subit sa quatrième année de bombardements moscovites. »

Thomas Nydahl (cette fois…) de nuancer :

« Det är en såväl delikat som relevant fråga. Men min följdfråga blir lika tydlig: ska ett folk som lever under diktatur och som drabbats av diktatorns krigspolitik också straffas? »

« Voilà une question aussi pertinente que délicate. Contre-question, directe : un peuple qui vit en dictature, qui subit la politique de guerre du dictateur, doit-il en plus être puni ? »

NB - Haguenau, septembre 2025 ; illustration à peu près de hasard

Thomas Nydahl poursuit : « Ett preliminärt svar är, att ett sådant straff förmodligen är oundvikligt. Hur skulle andra folk – historiskt och samtida – behandlas i samma situation? »

"Tout d'abord, une telle "punition" est inévitable. Puis, comment d'autres peuples (du passé et d'aujourd'hui) se conduiraient-ils dans la même situation ? »

L'histoire ne repasse pas les plats. Et je n’aime pas diffuser ici de mes opinions politiques – même si certaines transparaissent forcément de tout ce bavardage… Mais si l’on compare la situation de la Russie avec celle de la France. On peut se dire – en considérant les Russes comme des citoyens (ou d’anciens citoyens ?) – qu’un président comme Nicolas Sarkozy n’a pas été réélu. Les Russes pouvaient-ils encore, dans les années 2000, ne pas réélire Poutine ?

Ingrid Ruin - Publicité de 1928, Capture d’écran

Pour en revenir au propos de Torsten Fagerholm, il parle bien de « förmögna, oberörda ryssar » (« Russes aisés, indifférents »). N’est-ce pas un peu différent de la masse du peuple, pris dans les soucis et joies du quotidien, qu’on peut difficilement rendre responsable de la venue au pouvoir de tel ou tel.
Mais où commence l’opulence dispensatrice d’une responsabilité accrue ?

Au fond, n’est-il pas intenable de dire que les peuples sont irresponsables ; pourquoi alors le système de la démocratie ? Le moins mauvais des systèmes.

Churchill encore.

Les résistants, parmi lesquels certains ont fini à Natzweiler, sous la férule d’un Franz Hermanntraut, les Alexeï Navalny, eux ont voulu défendre une certaine responsabilité des peuples. Ils ont pris la leur.
À quel prix.


Nils Blanchard


P.-S. : – Rajout d'étiquette du dernier billet : Salla Leponiemi.

« Moins mauvais des systèmes », encore ne faut-il pas trop de démagogie. Ne pas laisser pénétrer les établissements scolaires, par exemple, de parents d’élèves parfois à moitié crétins – sous prétexte de « coéducation » – dont les plus bêtes essaieront forcément d’empêcher leur progéniture de les dépasser un tant soit peu.

Il fut un temps, en Égypte, où le ministère de l’Éducation s’appelait le Ministère du Savoir. Il est vrai qu’on n’y était pas encore en démocratie ; (on n’y est toujours pas du reste.)

Ingrid Ruin - Capture d’écran

– Ingrid Ruin, peintre finlandaise (d’expression suédoise…), a été russe dans un sens, vu qu’elle a connu l’époque (elle était née en 1881) où la Finlande était un Grand-duché intégré à la Russie…

– Rien à voir avec la passivité : dix ans qu'ont eu lieu les abominations des attentats de Paris, un vendredi. 

samedi 8 novembre 2025

Exclusion / Retour d’un blog ?

"Retour" de l’Ouest, il n’y pas si longtemps, par Fontevraud. Je voulais y voir le musée d’art moderne. On y arrive peu après 18h00, prévenus par internet que le musée fermait à 19h00. Ah, mais c’était compter sans le logiciel, qui n’acceptait plus personne à partie de 18h00.

NB - Fontevraud

Tant qu’on est là… L’abbaye, quant à elle, fermait à 20h00 à ce moment du mois d’août, on visite. Là, bien sûr, le logiciel ne refuse pas que l’on verse le droit d’entrée qui n’est pas modique dans ce musée privé.
On se retrouve évidemment très vite devant les quatre gisants. Aliénor d’Aquitaine, Richard Coeur de Lion… Qui étaient-ils exactement, quid des deux autres ? On ne peut être spécialiste de tout, mais on trouvera bien des explications quelque part…

Eh bien non. Et puis, si, peut-être sur un QR code. Le dépliant-guide de la visite, quant à lui, est très incomplet. Là : sentiment d’exclusion ; quand bien même l’un d’entre nous disposerait d’un smartphone, on ne sait ni ne veut s’en servir de la sorte.

NB - Fontevraud, août 2025


NB - Fontevraud, août 2025

Bon, mais la chose devient proprement provocation : dans cette antre culturelle, où partout des affiches louent les efforts du musée privé, des sortes de smartphones géants ont été installés çà et là. Il faut les tapoter du doigt pour qu’apparaisse on ne sait quel verbiage. On se met à la place de parents bien intentionnés qui se disent qu’ils vont soustraire pour quelques heures leur progéniture de l’influence des écrans…

NB - Fontevraud, août 2025

Au moins, soudain, un arbre. D’où sort-il ? Qui l’a peint ?

NB - Fontevraud, août 2025


                                                                                 *

Cela m’amène – ce n’est pas si loin – à un article, dans Dixikon (en lien de ce blog), de Maxim Grigoriev (du 4 septembre dernier) : « Att översätta världen » / « Traduire le monde ». L’auteur y évoque une série de conférences de Juan Gabriel Vásquez, autour du rôle de la fiction, à ne pas prendre pour argent historique comptant, mais qui peut viser néanmoins à des ouvertures, des connaissances inatteignables par les textes plus scientifiques. En bref, l’art différencie une fiction d’un amas d’infox... Et :

« Vi lever i dag”, skriver Vásquez, ”i en polariserad och uppretad tid”. Vår tillvaro har avhistoricerats. För honom är vi inte längre med i en gemensam berättelse, och romanens uppgift är därför att återetablera de narrativa länkarna som förbinder individen med den kollektiva historien; en människa, så att säga, med ”hennes land”. »

« Nous vivons aujourd’hui, écrit Vasquez, une époque polarisée, tendue.Notre environnement s’est déshistorisé. Pour lui, nous ne participons plus d’un récit commun, et une tâche du roman est du coup de rétablir les liens narratifs qui relient l’individu à l’histoire collective, pour ainsi dire une personne à son pays”.

Même des gens qui visitent la même abbaye sont ramenés à leurs intérieurs numériques plus ou moins scabreux, plutôt que se voir offrir une connaissance commune, universelle.

Capture d'écran


                                                                                  *

Capture d'écran - Blog de Thomas Nydahl

Pianotant précisément un peu par désœuvrement sur mon clavier d’ordinateur dans mes intérieurs numériques, je constate que Thomas Nydahl semble reprendre son blog.

15 septembre ; une photo de Malmö des années 50 – 60. « Ska bloggen öppna igen? Tanken har börjat gro. Den mörka känslan behöver ljus. Nu återstår bara beslutet. Huvudet är fullt. »

« Vais-je me remettre à ce blog ? Cette pensée a commencé de germer. Les idées noires aspirent à la lumière. Il ne reste plus que la décision à prendre. La tête est pleine. »

N'a-t-on pas là un peu l’inverse de ce que j’évoquais précédemment : un intérieur numérique comme une lumière ?


Nils Blanchard


Ajout, quelques jours après la rédaction du billet. Talleyrand je crois disait « Défiez-vous des premiers mouvements, ce sont les bons. » Peut-être Thomas Nydahl aurait-il dû suivre ses premiers mouvements (et il y en eut quelques uns, il avait déjà plusieurs fois annoncé qu’il cessait d’écrire dans son blog) et… cesser son blog. Il se « lâche » en effet, de manière assez pitoyable, le 20 septembre dernier, sur l’immigration permissive en Suède des dernières décennies (jusqu’au dernier gouvernement Tidö exclu…) Dans un texte passablement vomitif – il y a fort à parier qu’il disparaîtra d’ici peu du blog ; c’est tout le problème de blogueurs qui ne se relisent pas suffisamment, ne prennent pas de recul et qui regrettent trop tard ce qu’ils ont « publié », quand ils le regrettent…

NB - Le Rhin, septembre 2025

Il part d’un argument somme toute défendable : il s’en prend aux gens qui arborent malhonnêtement la nationalité suédoise (et là-dedans le « fameux » personnummer…) Mais c’est ensuite pour mélanger allègrement immigration et criminalité, sans argument aucun.
Beaucoup de « vrais » Suédois ne sont pas comme ça. Je peux en témoigner. D’ailleurs, parfois – pas qu’en Suède –, les xénophobes – façon milicien de Kungälv – donnent l’impression de mal comprendre leur propre environnement, partant le pays qu’ils prétendent défendre.

Bon, mais quelques jours plus tard encore, Thomas Nydahl parle du livre récent de Salla Leponiemi sur l'artiste finlandaise Elin Danielson-Gambogi... 

Elin Danielson-Gambogi, autoportrait - Capture d'écran


NB

dimanche 3 août 2025

Vers le pire ? – Laser, vélos, fermeture de blog et patron

Toute fin de juillet, journée, décidément… Je sors de l’hôpital après être passé entre les mains d’un interne… comment dire, pas particulièrement délicat (et je ne crois pas être spécialement douillet…) Je me retrouve dans les rues de Strasbourg ; œil douloureux et larmoyant – « surlunettes » merci à vous… –, à me faufiler un chemin, un peu flageolant…

NB Autoportrait à la coquille (juin 2025)

Me faufiler un chemin… parmi les vélos (et les voitures, mais elles au moins restent sur leurs voies). Sans mentir : je cherche un endroit réservé aux piétons. Sur telle avenue, on leur laisse un petit chemin au bord de la chaussée, en plein cagnard…
Je fulmine, râle… devant les cyclistes à la queue-leu-leu qui, au mieux, ne voient rien de mon manège, au pire, doivent me prendre pour un fou, un marginal, un inadapté… ce que je suis peut-être après tout…

Je repense à Benoît Duteurtre, encore une fois. Mélanie… (Souvenez-vous, dans En marche!)
Pages 97-102 :

« (…) Mélanie (…) fit avancer son fauteuil vers le trottoir où elle jeta un regard plein de colère. Car le spectacle de cette ville la confortait, jour après jour, dans sa principale certitude : ce monde – comme chacun d’entre nous – avance obstinément vers le pire.
(…) Quant aux cyclistes auxquels on avait accordé tant de privilèges, ils en exigeaient davantage et abandonnaient continuellement la chaussée pour ces mêmes trottoirs où ils se sentaient plus en sécurité. Rapides et silencieux, ils ne semblaient guère s’aviser que leurs engins, déboulant parmi les promeneurs, semaient l’inquiétude. Surgissant à chaque instant, ils filaient à vive allure, slalomaient entre les piétons, faisaient du lèche-vitrine entre les poussettes. Et Mélanie observait avec colère ce mélange d’assurance vertueuse (eux aussi luttaient pour sauver la planète”) et de mépris pour les autres. »

Mélanie, on en a déjà parlé a pour sport favori de remettre à leur place ces cyclistes. Et :

« Penaud, le coupable s’en retournait vers la chaussée. Mais, dès qu’il enfourchait de nouveau sa selle, il retrouvait les mœurs de sa caste et dressait un doigt d’honneur en direction de la handicapée, puis disparaissait en quelques tours de pédales, certain qu’elle ne le rattraperait pas. »

NB - Strasbourg, août 2025 (le week-end suivant, avec beaucoup moins de monde...)

Bon, mais aussi, il y avait eu certes quelques fausses alertes, mais cette fois c’est la « bonne » semble-t-il : Thomas Nydahl a fermé son blog !
Désormais, plus rien : il faut être « invité »… ce qui revient à dire semble-t-il que c’est fermé…
Évidemment, il était malade, fatigué… Il écrivait le 18 janvier 2025 (j’avais « copié-collé »…) :

« Det kan gå dagar mellan suckarna. Påstår han själv. Men omgivningen hör hur de kommer allt tätare, som attacker mot tystnaden. Suckarna har blivit hans nya sätt att meddela omvärlden vantrivlseln.
(...)
Tyst men märkbart suckar han sig denom dagarna. Tyngden på hans axlar och smärtan i hans bröst är nu som en synlig rustning som ska skydda honom mot världen. »

« Il peut s'écouler des jours entre les soupirs. Du moins d'après lui. Mais son entourage les entend de plus en plus fréquemment, comme des attaques contre le silence. Ils sont devenus le nouveau moyen d'expression de son malaise. 
(...) 
Silencieux, mais visible, il soupire et pleure au travers des jours. Le poids sur ses épaules, la douleur dans sa poitrine, sont maintenant comme une protection ostentatoire contre le monde. »

Capture d'écran du blog de Thomas Nydahl - Fausse alerte en juin 2023...

Autre fin d’une histoire – fin d’une époque en tout cas : Gammalsvenskby. L’agression russe qui n’en finit pas… On lit sur le site Svenskbyborna, en lien de ce blog, le 28 juillet (Sofia Hoas) :

« Ryska armén fortsätter att beskjuta och bränna det som finns kvar av byn. Drönare släpper sprängämnen och minor.
Det är svårt att hålla kontakt med de 6 personer som är kvar. En person lämnade byn till fots. Han möttes upp och togs till sjukhus för behandling.
De som är kvar uppmanas att omedelbart lämna byn till fots, till en säker plats. »

« L'armée russe continue de prendre pour cible, de brûler ce qu’il reste du village. Les drones larguent explosifs et mines.
Difficile de garder un contact avec les six personnes restantes. Un habitant s’est enfui à pied ; il s’en est tiré et a été soigné à l’hôpital.
Ceux qui restent sont invités à quitter sans délai le village vers des lieux plus sûrs. »

Mollie Faustman - Capture d’écran

Et puisqu’on est dans des thèmes peu réjouissants, on peu ajouter ici ces discours, toujours semblables, qui se répètent comme des disques rayés au fil des années…
Un chef de syndicat des patrons, sur une chaîne de radio d’« informations », explique qu’il faut travailler plus pour produire plus. Il est favorable évidemment à la suppression de jours fériés, reprend l’antienne de l’absentéisme qui serait plus fort dans le secteur public que dans le privé (bien qu’on ait dû lui expliquer moult fois que les choses étaient à y regarder de plus près…)
Le brave garçon n’a jamais entendu parler, semble-t-il, de réchauffement climatique, de baisse drastique de la biodiversité, de la nécessité de baisser l’artificialisation des sols, de cesser l’empoisonnement des gens (pesticides, etc.) C’est apparemment un héritier ; quelqu’un qui consacre sa vie à préserver ce qu’il a reçu de plus que d’autres pour se donner de l’importance, et ce, « quoi qu’il en coûte » (socialement, écologiquement…)
Morbide, oui.

Il est de ces journées…


Nils Blanchard


Triche. Ajout d’étiquettes du dernier article : Martine Sgard, Martin Fahlén, Le tableau de Savery, Patrick Reumaux.

jeudi 3 juillet 2025

Lieux, réels et numériques – manuels, mémoire, « réseaux »

Je reprends là une série de billets qui sont censés s’interroger sur la nécessité de poursuivre ce blog, sur son intérêt. Ce n’était peut-être pas très évident – c’est que c’est un peu l’ADN de ce blog que de tourbillonner en digressions, parenthèses…

Juhan Raudsepp, 1935 - Capture d’écran


Au départ : articles de Thomas Nydahl, s’interrogeant sur son âge, sa maladie, sur la pertinence, dans ces conditions, de poursuivre son blog… Plusieurs fois, il a annoncé qu’il l’arrêtait, s’y est remis. Au moins, si j’ai bien compris, a-t-il quitté « Facebook » et autres « réseaux » « sociaux »…

Il écrivait le 3 septembre 2024 (début et fin de son article) :

« Det digitala livet kan vi varken fördriva eller bortse ifrån.
(...)
Digital på deltid som jag är, är sannerligen inget alternativ. Det är en form av koketteri mitt i pensionsynkedomen. »

« La vie numérique, nous ne pouvons ni la mettre de côté, ni l’ignorer.
(...)
Être connecté à mi-temps, comme moi, ce n’est vraisemblablement pas une alternative.C’est une forme de coquetterie de retraité. »

Juhan Raudsepp, Chapelle de Kasmu - Capture d’écran

 
Plus sérieusement, peut-être, je m’interroge sur l’exercice même du blog. Évidemment, toutes les informations que je partage ont des sources précises et sérieuses ; mes opinions m’engagent et je les signe – je me permets d’en émettre après avoir publié aussi des travaux sur certains sujets. Ainsi (pour rappel), un article sur une revue de propagande (!) soviétique en 1940-1941, mon livre bien sûr sur le déporté Elmar Krusman. Différents textes, aussi, sur le monde littéraire d’après-guerre, notamment sur 84… Je ne cite pas tout cela pour me justifier de quoi que ce soit, c’est simplement qu’en voyant les errements dans lesquels tombent certaines personnes, groupes, aux manettes de sites internet plus ou moins glorieux… je ne peux m’empêcher de craindre de leur ressembler de près ou de loin…

Ainsi, tout récemment de ces gens (sur le site internet « malgre-nous.eu »), se vautrant en répliques d’uniformes de la Wehrmacht (un « article » du 23 juin 2025), pour « jouer le rôle » de résistants d’une photo localement célèbre…
Je songeais à eux car leur site que j’ai consulté parfois a fait état plusieurs fois de la nécessité de corriger selon leurs volontés les manuels d’histoire du secondaire.

Or je lisais dans le Göteborgs Posten – et on retrouve là étrangement des thèmes de Sovjet-Estland ! – un article sur un certain retour en grâce de la mémoire de Staline dans la Russie poutinienne, article dans lequel on parle, précisément, de manuels d’histoire corrigés…

« Parallellt har andra viktiga minnesmärken och museer försvunnit eller tagits bort, skriver SVT. Exempelvis fick Gulagmuseet i Moskva stänga ned i fjol när man hänvisade till säkerhetsskäl.
Förutom statyer och minnesmärken har studieböcker omarbetats och Stalins brott har tonats ned. Medförfattaren till de nya historieböckerna som används i ryska skolor är Vladimir Mdinskij, som även arbetar som president Putins rådgivare, enligt DW. »

« En parallèle [à la fièvre stalinienne], des repères mémoriels et des musées ont disparu ou ont été enlevés, écrit SVT [la télévision suédoise]. Par exemple, le Musée du Goulag à Moscou a fermé l’année dernière pour raisons de sécurité…
Outre les statues, les repères de mémoire, ce sont les livres scolaires qui ont été refaits, avec une atténuation des crimes du stalinisme. L’un des co-auteurs des nouveaux livres d’histoire utilisés dans les écoles russes est Vladimir Medinski, qui est aussi un conseiller du président Poutine, d’après DW [Deutsche Welle]. »


Pour en revenir à quitter tel ou tel média, renoncer à telle ou telle façon de s’exprimer, toujours dans le Göteborgs Posten, Joel Arvidsson a écrit le 3 mars (2025) un article intitulé : « Efter bråket i Ovala rummet – många svenskar vill bojkotta varor från USA. » (« Après l’altercation dans le salon ovale – beaucoup de Suédois veulent boycotter des biens des États-Unis. »

« Allt fler svenskar vill bojkotta varor från USA. Sedan bråket mellan presidenterna Trump och Zelenskyj har en bojkottgrupp på Facebook lockat till sig över 33 000 medlemmar. »

« De plus en plus de Suédois veulent boycotter des biens des États-Unis. Depuis l’altercation entre les présidents Trump et Zelensky, un groupe favorable au boycott s’est créé sur Facebook et a dépassé les 33 000 membres. »

Sovjet-Estland, peut-on considérer qu’il a été boycotté par les lecteurs esto-suédois ? C’est peut-être un peu plus compliqué ; il est à peu près certain en tout cas que l’hebdomadaire ne fut quasiment pas lu. (Mais les gens « lisent »-ils vraiment des choses sur les « réseaux » « sociaux » ?
Bon, ces gens (de l’article de Joel Arvidsson) sont sans doute très bien intentionnés… Mais n’est-ce pas précisément par « Facebook », sur quoi ils fondent leur groupe, qu’il faudrait commencer ?


Nils Blanchard


P.-S. : Juhan Raudsepp est le sculpteur du garçon au poisson, emblème de ce blog (statue qui se trouve à Hapsal, sur la place de l’ancien marché suédois).

P.-S. 2 : J’avais à peu près la matière de ce petit billet quand je suis tombé sur ce texte de Terrestres (en lien indirect de ce blog, via Alluvions, ou ce lien…) « Quittons tous les réseaux sociaux ! », du 25 juin 2025. (Eh ! Et déjà : n’y entrons pas…) On y reviendra vraisemblablement.

Triche : ajout d’étiquettes d’un dernier billet : Julien Grainebis, Macintosh.

lundi 26 mai 2025

La guerre sans fin / Dix, vingt ans après

On parla de Trump, homme des reculs. (Mais on espéra aussi que, des vibrations de l’éléphant dans un magasin de porcelaine – même de robuste qualité soviétique – on pût obtenir quelque issue heureuse.  La fin de la guerre, quitte à remettre à plus tard certaines questions…) Sans surprise, récemment en Turquie (le 16 mai), c’est Poutine qui a reculé semble-t-il devant la paix. 



Ça amène à ce titre d’un petit livre édité par Ariel Förlag l’année dernière, et traduit par Mikael Nydahl (qui n’est autre que le fils de Thomas, dont le blog est en lien indirect de celui-ci, via l’onglet « Nordic Voices in Translation » – un peu vers le haut, à droite ; il suffit de cliquer… C’est un petit livre d’une quarantaine de pages, constitué d’une conversation de Sergej Lebedev avec la journaliste Lana Estemirova (il y a aussi une postface de Joanna Kurosz) : Kriget som aldrig tar slut / (La guerre qui n’en finit jamais).

Dès la page 6, Lana Estemirova s’étonne que d’aucuns se soient autant étonnés de l’agression du 24 février 2022 :

« Hur kommer det sig att folk hela tiden upptäcker vilken våldspotential den ryska staten och dess institutioner besitter som om det var för första gången ? »

« Comment se fait-il que les gens découvrent, à chaque fois, le potentiel de violence contenu dans l’État et les institutions russes, comme si c’était la première fois ? »

À l'heure où, chez nous en France, d’aucuns dénoncent une « culture de l’excuse », Lana Estemirova pointe à l’inverse un manque de recul, en Russie, vis-à-vis des guerres de Tchétchénie (page 13) :

« Sedan de ryska trupperna gick in i Tjetjenien 1994 har det gått mer än en kvartssekel. Det är en lång tid, tillräckligt lång, kunde man tycka, för att den ryska kulturen skulle ha hunnit bearbeta händelserna. Och ändå har jag en känsla av att den ryska kulturen föredrar att överhuvudtaget inte se åt det hållet. Vi har inte ens en historia över de två krigen som är värd namnet. »

« Depuis que les troupes russes sont entrées en Tchétchénie en 1994, il s’est écoulé plus d’un quart de siècle. C’est long, suffisamment, aurait-on pu penser, pour que la culture russe puisse affronter ces événements. Mais pourtant j’ai le sentiment que cette culture russe préfère avant tout ne pas regarder de ce côté. Nous n’avons pas même une histoire des deux guerres dont il est question. »

Eugen Kron, capture d’écran


On n’est pas loin de Marie Mendras, qui a publié, l’année dernière aussi, aux éditions Calmann-Lévy La guerre permanente : ultime stratégie du Kremlin.
Ça fait quelques années que je m’intéresse à la question quant à moi, et j’ai retrouvé un article de cette même Marie Mendras, du Monde (15-16 octobre 2006), que j’avais archivé. Elle évoquait (interrogée par Sophie Gherardi) l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, et remarquait :

« Tout est lié, en Russie. Il n’y a pas que la Tchétchénie, qui serait une petite planète à part. Anna a pu montrer à travers ses nombreuses enquêtes dans tout le pays que la guerre et sa brutalité avaient fini par imprégner l’ensemble de la société. »

Plus loin : 

« Les Russes sont certes responsables de leur apathie, mais ils sont victimes d’une politique de l’information véritablement autoritaire. »

Plus loin encore, on n’est là qu’en 2006 :

« (Sophie Gherardi.) Mais peut-on encore exercer le métier de journaliste en Russie ?

– (Marie Mendras.) La réponse est 

complexe. (...) »


R. Wynne Nevinson, Returning to the Trenches, 1916 – Capture d’écran


En 2024, Lana Estemirova revient sur le rapport de la Russie à l’information, puis sur une certaine manière de vivre, de penser, en dictature (p. 24) :

« (...) och människor som lever under diktaturen uppfattar mycket på ett annat sätt. Man befinner sig i ett tillstånd av permanent överlevnad. Det är fruktansvärt att se denna allmena förnedring, denna totala förnedring. »

« (...) et les gens qui vivent en dictature appréhendent beaucoup de choses différemment. On se trouve en état incessant de lutte pour la survie. C’est effroyable de voir ce déni général, total. »

Près de dix ans après l’article de Marie Mendras, dans Le Monde toujours, un texte collectif (15-16 mars 2015) s’étonnait que « La droite française [soit] devenue l’agent d’influence de Poutine ». Le terme « poutinolâtrie » est utilisé… Cet article aurait presque pu être écrit le 23 février 2022, en changeant quelques noms qui sont un peu dépassés (et dont je n’encombrerai pas les étiquettes de ce blog).
Alors – 2006, 2015 –, comme aujourd’hui (bombardements incessants ; voyez, en lien de ce blog, le site « Föreningen Svenskbyborna », qui peut être lu aussi en anglais), le pouvoir russe faisait montre d’une brutalité absurde, au détriment de la protection même de ceux qu’elle prétendait protéger contre des attentats.

Kriget som aldrig tar slut, page 27 :

« Ofta ser jag att det tjentjenska kriget i Ryssland skildras som ett krig mot terroristerna. Öga för öga. Som om de tio- och hundratusentals människor som dödades i Tjetjenien var ett rättmätigt offer för de tusentals människor som dödats i terrordåd inuti Ryssland.
Våld föder våld. Krig föder vidunder. (…) »

« Je le vois souvent : on présente la guerre de Tchétchénie en Russie comme une guerre contre le terrorisme. Œil pour œil. Comme si les dizaines et centaines de milliers de tués en Tchétchénie pouvaient être un juste sacrifice pour les milliers de tués au cours d’attaques terroristes sur le sol russe.
De la violence naît la violence. Et celles de la guerre sont monstrueuses. »

On le voit aussi actuellement dans la fuite en avant d’un Benjamin Netanyahou en Palestine.


Nils Blanchard

mardi 20 mai 2025

Lieux, réels et numériques – cinématographiques ? De Wera von Essen à Thomas Nydahl

Pour un dhôtelien un peu patenté, s’interroger sur les lieux, dans la littérature, relève à la fois de la porte ouverte et – clin d’œil à Héloïse Combes – de la porte fermée sur laquelle quelque distrait peut venir donner de son corps.

NB - 2025


C'est à propos de cinéma, brésilien, et de Recife, du Nordeste, que Wera von essen s’interroge dans un article récent de FLM (21 mars 2025) : Vad berättar en plats ? (Qu’est-ce qu’un lieu raconte?)
Elle interroge, et on en revient tout de suite à Dhôtel – que n’a-t-on pas dit qu’il avait sans cesse réécrit le même roman ? – :

« Man brukar fråga sig ifall en författare skriver samma verk hela livet. Men berättar en plats samma historia om och om igen? Berättelsen om människor i nordöstra Brasilien är en central del av landets filmtradition (…) »

« Il est de coutume de se demander si un écrivain écrit toute sa vie la même œuvre. Mais un endroit raconte-t-il quant à lui la même histoire, encore et encore ? Les récits sur les gens du Nordeste sont centraux dans la tradition filmographique du Brésil (…) »

NB - 2025


Le 16 août 2024, Thomas Nydahl parlait en son blog d’un quartier de Malmö où il avait passé son enfance. Il le voit en passant par le bus ; n’y revient pas. « Vad skulle jag där att göra? » (« Qu’est-ce que je pourrais bien y faire ? »)
Cet attachement que l’on peut avoir pour certains lieux. Ou cette mémoire, un peu comme une réminiscence olfactive, mais c’est plus profond encore… plus généralisé. Tenez, je pourrais retourner en tel lieu près de Paris, où je n’ai pas mis les pieds depuis plus de vingt ans (ou, une fois, quand même ; j’ai dû passer pas loin…) Où je n’ai pas trop de raison de revenir.
Il y avait cette fille…
Une autre fille, en Suède, d’origine danoise comme Thomas Nydahl si j’ai bien compris.

Récemment, je suis passé par l’Université catholique à Angers... Terrain de jeu d’une certaine enfance.
Mais je m’égare.

NB - 2025


Plus près de nous – de maintenant –, annonçant pour la énième fois que son blog va peut-être s’arrêter, Thomas Nydahl (le 18 mai 2025), dans un article intitulé : « Grön står skogen och nu dör snart bloggen » « Il y a la forêt, verte, et bientôt ce blog va mourir » parle de son rapport aux blogs et réseaux sociaux.
Cela commence ainsi :

« När jag kommer hit andas jag ut.
Det betyder helt enkelt att jag uppfylls av ensamhetens frihet.
Så har det varit hela mitt vuxna liv.
Men nu handlar det om avslutningen av ett mångårigt och plikttroget deltagande i sociala medier.
Jag var mycket tidigt med i bloggvärlden.
(...) »

« Je souffle quand je viens en ces parages.
Je veux dire simplement que je suis pris de liberté, liberté de solitude.
Il en a été ainsi de toute ma vie d’adulte.
Mais maintenant il s’agit de la fin d’un long, minutieux engagement dans ls réseaux sociaux.
J'ai été très précoce dans la blogosphère.
(...) » 

Je ne peux tout citer, mais d’un côté Thomas Nydahl annonce qu’il va (peut-être…) arrêter son blog, de l’autre qu’il a quitté « Facebook » (qu’y faisait-il, grand Dieu?) Ce n’est pas tout à fait la même chose…
Et de constater un peu amèrement qu’il n’a plus autant de lecteurs sur son blog depuis qu’il a quitté les réseaux sociaux.
Eh ! Évidemment, on a moins de lecteurs si on ne se compromet pas sur les « réseaux sociaux », parmi les anonymes criards. (Et même si l’on n’y est pas anonyme soi-même…)
Thomas Nydahl est intéressant comme blogueur – je le « suis » depuis quelques années. Il est peut-être d’autant plus intéressant pour quelqu’un comme moi qu’il me donne une fenêtre à un monde (littéraire, culturel) suédophone dont je suis quand même un peu éloigné – dont j’ai été plus éloigné encore par le passé. On ne doit donc pas être très nombreux dans ses parages.

André Dhôtel sur un tournage, années 1980, source, La Route inconnue

Plus loin dans son article (FLM), Wera von Essen évoque un entretien qu’elle a eu avec l’auteur et réalisateur J.P. Cuenca. Retour au Nordeste ; là, fiction, réalité – la place du passé, dans tout ça ? – ; J.P. Cuenca :

« Det är därför jag bara är intresserad av projekt som filmats på plats, med vanliga människor istället för skådespelare. Fiktion eller ej, det som intresserar mig är att processen blir något verkligt levande och oförutsägbart. »

« C'est pourquoi seuls les projets filmés sur place m’intéressent, avec des gens ordinaires au lieu de comédiens. Fiction ou pas, ce qui m’intéresse est que le tout devienne vivant et imprévisible. »

On en revient à Dhôtel, voire même au tournage de certain téléfilm tiré d’un de ses romans.


Nils Blanchard

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...