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lundi 17 février 2025

Fantômes / retour et intime – et expositions manquées

Ce qui avait lancé cette série de billets sur les fantômes, aussi, c’était cette émission sur France culture, le 24 décembre dernier : « Avec philosophie » ; épisode 2/3 : Les spectres qui hantent nos nuits : qu’est-ce qui fait retour ? »



Introduction de l’émission (site internet) : « Les contes et les films d’horreur le répètent : les fantômes apparaissent souvent la nuit. Leur nom, lié à la phantasia (imagination), évoque une présence saisissante, parfois visible, comme le souligne le mot « spectre », enraciné dans l’idée de vision. Ces apparitions nous hantent, un verbe qui renvoie à "heim" (maison, en allemand) et rappelle que cette expérience se joue souvent dans l’intimité de son foyer. Freud y voyait une étrangeté au cœur du familier, une part cachée du "heim" révélée dans l’unheimlich (l’inquiétante étrangeté). » On en arrive à l’« hantologie » de Derrida ; on y reviendra peut-être.

La menace au cœur du refuge, l’étrange au cœur du connu, de l’intime. Les songes… On enfonce des portes ouvertes, bien sûr.
Mais tenez, même ce petit blog – on en est il est vrai au deux cent quarante-et-unième billet… Il y a été question des Le Sidaner, et entre autre du poète Jean-Marie Le Sidaner.
Or il était déjà là au détour de pages de François Squevin ! J.-M. Le Sidaner a écrit un bel avant-propos à Forêt du corps, suivi de Neige.

Selma Muzet-Herrström, Sans titre, d’une exposition (ratée par moi, celle-là aussi) en 2024 à Fontevraud…


Le rêve, domaine du corps, par opposition à la raison ? (Nous partageons bien le rêve avec les autres animaux… Mais ces autres animaux ont-ils eux aussi, parfois, au cœur d’un songe, une vague prescience qu’ils ne sont pas, précisément, dans le réel?)

Petit hasard, pour le coup, les spectres m’ont ramené aux thèmes plus… fondateurs de ce blog, de par un article du blog « Le SauteRhin », de Bernard Umbrecht (en lien indirect de celui-ci, via Alluvions), le 19 janvier dernier, dans un texte sur La Seconde épiphanie de Heiner Müller (Germania, 3).
Là, on lit : « La pièce commence un peu comme dans Hamlet de Shakespeare avec deux sentinelles sur les remparts, ici le Mur de Berlin (…) Les spectres sont à la fois intemporels et inscrits dans l’histoire. (…) Le réveil des morts compose un théâtre de l’effroi qui oppose à une histoire mythique, officielle, un travail contre l’amnésie, le déni, le refoulement que l’on peut qualifier de manichéen. Il déterre ce qui est enfoui, ranime ce qui a été censuré ou auto-censuré, ouvre à des oublis. Quelques mots suffisent parfois au rappel. Les spectres ne réécrivent pas l’histoire, au contraire, ils lui donne vie dans ce qu’elle a de plus pointu que l’on s’est efforcé de gommer. Ils nous mettent face à l’Unheimlich, mélange d’étrangeté et de familier, de frayeurs passées réprimées. »

Vincente Masip, Le Jugement dernier - Capture d’écran

La pièce commence par le viol d’une Allemande par un soldat russe. Animalité du corps, peut-être…
Mais je me disais – hasard, de cours donnés aussi – que la nudité, au Moyen Âge, ou à la Renaissance, dans les représentations du jugement dernier, était liée à l’enfer. Pas besoin de vêtements pour les personnages qui vont brûler dans les feux de l’enfer… (à peine quelques vagues cache-sexes sur cette représentation-ci).

Mais un autre recueil de François Squevin s’intitule Voyage nu (Herbes folles, Le dé bleu, 1986).

Tenez, pages 31 et 32 :

« J'ai repensé à la mort

Peut-être ne pouvait-elle tenir
dans le grand dépouillement de mon corps ?

Je revois ses paysages nus
où rien ne pouvait rester
pas même le regard »



« Découvrir nos grandes nudités
nos pentes silencieuses

les délivrer de toute solitude

Partir dans leur mouvance

J'ai bougé de grands corps dont les ventres
étaient encore chauds d’horizons

Les vents ont soif de nos silences »


Nils Blanchard


Triche. Je rajoute les étiquettes Jean Jaurès, folkhem du précédent billet.

dimanche 19 janvier 2025

Fantômes, Le Sidaner

Problèmes d’yeux, aussi, qui expliquent peut-être une certaine frilosité, et toutes ces expositions que j’ai manquées. Nouvelle visite, du reste, au « NHC » (nouvel hôpital civil, à Strasbourg), où j’ai dit bonjour en passant au copain du garçon au poisson de ce blog.

NB - Strasbourg

Erratum, néanmoins, j’ai vu que l’exposition sur l’archéologie des camps, au Laténium, en Suisse, était prolongée jusqu’au printemps.




Bon, mais il était question dans cet article du 8 janvier du peintre Henri Le Sidaner, et du nom, que l’on retrouve ; il y a ainsi le poète Jean-Marie Le Sidaner. Lui a d’abord été professeur de philosophie dans les Ardennes (à l’instar d’un Emmanuel Peillet, dont il a été question en ce blog, dans certaines de mes recherches…) Il est l’auteur de L’effet de neige, Leçons d’apocalypse, La Mort…

Puis il y a un écrivain, romancier, biographe… Louis Le Sidaner.
On ne trouve nulle notice Wikipedia ou autre sur internet à son propos. Par contre, des livres peuvent être achetés à des libraires et sites de vente. Je ne l’ai pas encore fait ; j’en reparlerai donc… peut-être.
Mais puisqu’il était question de fantômes, on peut mentionner le début d’un de ses romans, Le commencement de la fin :

« Je suis mort hier soir, à vingt-trois heures quinze. [La mort, décidément.]
La chose s’est produite très rapidement. Je rentrais chez moi et, après avoir sonné, attendais que mon concierge tirât le cordon, lorsque, tout à coup, j’ai senti qu’une masse dure me frappait le crâne, violemment. »

On verra si on trouve le livre pour en parler plus avant…



De Jean-Marie Le Sidaner, on trouve trois poèmes sur le site « Wikipoèmes ».
Par exemple, Métamorphoses :

« Un jeune homme un matin se réveille dans le corps d'un vieillard. A l'inverse, une vieille femme se découvre adolescente dans son miroir et sort de l'hospice sous les regards d'enfants qui viennent à peine d'acquérir le corps robuste d'hommes mûrs.

L'esprit s'habitue mal. L'amoureux d'hier, vieilli, implore son amante redevenue gamine, tandis que la vieille femme métamorphosée en jeune fille juge ses efforts et ses émois sans avenir.

Un fait demeure : le trépas. Au moins personne n'ose plus formuler ces commentaires : « Il était trop jeune pour mourir », ou : « Il a fait son temps. » »

Retour à Louis Le Sidaner ; Paul Léautaud lui écrit le 7 janvier 1948, il n’y a après tout que soixante-dix-sept ans – et c’était aux temps où il fréquentait les déjeuners de Florence Gould (Correspondance 2, J’ai lu, p. 1135) :

« Vous êtes toujours charmant pour mes petits travaux (…)
Je pense que vous devez être le fils du peintre Le Sidaner, de qui j’ai vu souvent des œuvres, dans ma jeunesse, quand je visitais des expositions de peintures, ou des galeries de marchands de tableaux. »

Voilà qui me fait un point commun avec Paul Léautaud. Dans ma jeunesse…
Et, oui, c’était sans doute le fils du peintre ; on a ce portrait (d’Henri Le Sidaner).

Henri Le Sidaner, Portrait de Louis Le Sidaner, enfant - Capture d'écran


Pour ce qui est d’Henri Le Sidaner, son jardin se visite à Gerberoy. Il y a là un autre enfant goûtant les créatures maritimes, un dauphin cette fois, réplique de Verrocchio.

Andrea Verrocchio, L'enfant au dauphin - Wikipedia


Nils Blanchard


Aussi : mort de David Lynch. Dans le blog « Alluvions » (en lien de celui-ci, etc.), Patrick Bléron a titré son article « Les fantômes de la mélancolie et du rêve ».
Et de noter (proprement en note…), que David Lynch avait « 78 ans, autrement dit le même âge que Donald Trump. (… ) L’un disparaît alors même que l’autre s’apprête à être investi dans la fonction présidentielle. »

mercredi 8 janvier 2025

Fantômes, ratages d’expositions

Étranges jours un peu opaques (météo) dans l’Ouest de la France. Pour diverses raisons, j’ai loupé plusieurs expositions. Du coup, impressions parfois, fantomatiques, de passer à côté de gens, d’événements qui me concernent, sans les voir réellement, ou inversement de me frotter à trop de possibles – devenant impossibles. C’est un peu aussi le sort de ce blog.

NB - décembre 2024


Évidemment, on peut imaginer que les fantômes passent parfois de bons moments, à pouvoir pénétrer en des lieux difficiles d’accès, comme un vestiaire de danseuses. La peinture nous y mène presque aussi bien cependant.

Zinaïda Serebriacova, ballerines - Capture d'écran


Justement, première exposition ratée : celle sur Zinaïda Serebriacova (se terminant le 8 janvier 2025) au Centre spirituel et culturel orthodoxe russe. Bon, là, j’ai une excuse plus solide que pour d’autres ratages : ce n’est pas un ratage. Aucune envie en ce moment d’aller dans un centre culturel russe, pour des raisons que tout un chacun comprendra très aisément.
C'est dommage.

Zinaïda Serebriacova Bath House, 1913, Wikipedia


Du reste, une partie de son histoire, d’il y a à peu près cents, peut faire étrangement écho à nos temps (Wikipedia) :

« She did not want to switch to the Suprematist or Constructivist styles popular in the art of the early Soviet period, nor paint portraits of commissars, but she found some work at the Kharkov Archaeological Museum (…) After the October Revolution, inhabitants of private apartments were forced to share them with additional inhabitants, but Serebriakova was lucky – she was quartered with artists from the moscow Art Thatre. (…) »

Ayant reçu une rande commande, elle part pour Paris en 1924, souhaite ensuite rentrer en URSS – ce n’est pas toujours une bonne idée ; voyez ce qui est arrivé à Navalny – mais ne le peut finalement pas. Elle parvient à ramener auprès d’elle deux de ses quatre enfants, mais restera longtemps séparée des deux autres…



Moins pardonnable, mon incapacité à me rendre à deux expositions, guère éloignées l’une de l’autre, mais difficiles d’accès pour moi au dernier moment. Évidemment, j’aurais dû anticiper, y aller beaucoup plus tôt ; cet été par exemple, ou cet automne. J’ai bien quelques petites – ou grandes – excuses, mais…



Il y a eu cette exposition sur les peintres néo (post?) impressionnistes Henri Martin et Henri Le Sidaner, au Palais Lumière à Evian.
Il se trouve que j’ai eu quelque proximité, familiale, avec les peintures de ces deux artistes ; et il se trouve qui plus est que je les aime bien.

(Bon. Mais ayant en tête cette notion de fantôme, je retrouve un article, de Serge Bourjea, sur la page d’accueil de mon ordinateur, où il est question de « Fantômes de Rimbaud ». On y reviendra peut-être. Là, citation du poème Outre Harar, de Michel Butor : « (…) Frère au très loin je tourne / depuis des années sournoisement / autour de ton ombre gardée / farouchement par des spécialistes / dont tu aurais détesté la plupart (…) » Cela s’adresse à Rimbaud bien sûr ; ah, les querelles de Charleville !
Mais l’idée est que la trace – la culture ? Je résume en citant la conclusion de l’article… : – est « effacement / remplacement / renaissance (« avatar »), la mort seule lui donnant (« augmentant ») ses pouvoirs. »

Archéologie ?

Bon… mais dans cet article de Serge Bourjea, apparaît un autre Le Sidaner, Jean-Marie (poète).)




L'autre exposition était en Suisse, où j’aurais eu plaisir à retourner, sur les traces des découvertes évoquées – mais ça date déjà un peu – ici.


Nils Blanchard


Et puis… - J’ai eu l’occasion d’entendre les vœux présidentiels. En creux, si je puis dire, j’ai songé aux derniers de François Mitterrand. Il est vrai que j’y avais été aidé par une émission écoutée dans la voiture, sur France culture, sur laquelle je reviendrai vraisemblablement. Il y était question… de fantômes. Quant à Mitterrand : « Là où je serai, je l’écouterai [il évoque son successeur à la présidence] (…) Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »

- On entend parler ces derniers temps des soutiens qu’Elon Musk apporte aux extrême droites européennes, notamment allemande. Ma foi… il eut un prédécesseur – pas si éloigné dans le temps du départ de Zinaïda Serebriacova pour Paris – en Henry Ford. Une preuve s’il en fallait que richesse et qualité ne sont pas toujours réunies.

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...