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jeudi 28 mai 2026

Un blog qui disparaît / mai – couverture et paradoxe

Rien de plus fréquent sans doute. Mais en l’occurrence, c’est assez bizarre : je suis tombé sur celui-ci (« Maytember », qui existe depuis plus de dix ans) par des cliquettements au hasard (et à partir d’un autre blog assez nouveau pour moi : « Imagine a bird »…) Il y est question d’Ethiopie, d’autres choses. Un article récent (18 mai 2026 ; on est alors le 21…) montre que le blog fonctionne…

NB - Mai 2026, entre France et Allemagne

Las. L’article en question s’intitule : « Det sista inlägget ».

« Längtan finns efter att klä vardagen i ord och samtidigt erbjuda den artificiella intelligensens övertagande av internet ett trotsigt motstånd – men jag hamnar så sällan framför datorn på fritiden. På arbetstid gör jag inget annat än att skriva, och däremellan är livet väldigt annorlunda nu jämfört för tio eller fem år sedan.
Därför blir det här det sista inlägget på den här sidan. Senare i veckan kommer den att plockas bort (…) »

« Ce n’est pas l’envie qui manque d’habiller de mots le quotidiens et d’apporter en même temps une ferme opposirion à l’intelligence artificielle qui se répand sur internet – mais j’ai si peu de temps à consacrer à mon ordinateur pendant mon temps libre. Et quand je travaille, je ne fais rien d’autre qu’écrire ; puis aussi la vie a beaucoup changé par rapport à il y a dix ans.
C'est pourquoi ceci sera mon dernier post sur cette page. Et le blog disparaîtra plus tard dans la semaine (…) »

Capture d’écran, blog Maytember

Je ne vais pas / ne me suis pas mis, à courir après tous les articles manqués (pour moi) de ce site, qui contiennent sûrement des choses bien intéressantes… Pas le temps, pas la disponibilité…
Manque de sommeil du mois de mai. Projets et devoirs (lettres à écrire, que sais-je) qui s’accumulent…
Puis un blog qui disparaît, ce n’est pas pour attirer de nouveaux lecteurs…
Il peut y avoir quelque chose de contradictoire : avoir envie d’écrire et arrêter le blog, vouloir lutter contre l’intelligence artificielle – contre l’artificialité sans intelligence ? – et déserter internet.
Mais précisément… (On en a déjà parlé…)

Capture d’écran, blog Maytember

De son côté, Ulrika Nettelblad (en lien de ce blog, à droite de l’écran...) évoque un « mjuka maj », un 
« mai tendre ». Tendre ? Mais chargé…

« En veckas semester i maj. Ansträngningarna inför den. En generalrepetition inför sommaren (…)
Arbetets administration (…)
Redaktörskommentarer på min roman. Kvällar i soffan och på balkongen, väga ord och formuleringar. Vilka komman måste få vara kvar i meningar som rör sig i ett oupphörligt flöde? När är det dags att sätta punkt? Hur långt får en liknelse glida iväg? Vad måste stå som det står, för att det var så formuleringen måste vara, för att jag känner det i kroppen?
Omslagsförslagen (…) »

« Une semaine de vacances en mai. Plein de choses à faire. Une répétition générale avant l’été (…)
L'administratif du travail (…)
Les commentaires de l’éditeur à mon roman. Des soirs sur le canapé et sur le balcon ; choisir termes et formulations. Quelle virgule peut être laissée dans une pensée qui s’étale comme un fleuve sans pause ? Quand faut-il mettre un point ? Jusqu’où une image peut s’éloigner ? Qu’est-ce qui devra être maintenu, car c’était ainsi que ça avait été formulé, et que je le ressens ainsi ?
La proposition de couverture (…) »

Eh ! La couverture…
Moi, j’en suis encore à attendre un vague avis, sur un roman à peine fini (toujours, des annotations rajoutées). À chercher vaguement quelque éditeur à peu près d’attaque pour d’autres textes encore.
Mais on a l’impression d’un tel flux de livres – parmi lesquels des bouquins formidables, d’ailleurs… –, d’un tel flux de discours.
Et en parallèle, les budgets d’armement augmentent à peu près partout, les flux de cochonneries continuent de se déverser dans l’environnement… des « économistes » continuent de déconner à plein tube sur la croissance, lors que celle-ci n’est plus supportable…

Ulrika Nettelblad poursuit : « Saker som aldrig blir gjorda görs. Köper en gräsklippare. Målar en flagnande vägg. Rensar ogräs. Tar hand om mitt hem som om det är en plats som är min, som om det är mer än förvaring för våra kroppar.
Ljuset så mjukt när det finns löv på träden. Solnedgång över viken på väg till affären, ljum luft i ansiktet. De enkla sakerna det största begäret. En varm kardemummabulle. Kaffe i morgonsolen. Att läsa dagstidningen från början till slut. »

« Des choses qu’on ne fait jamais se font. J’achète une tondeuse à gazon. Je peins un mur abîmé. Désherbe. Prends soin de mon chez moi comme s’il était à moi, plus qu’un simple lieu pour abriter nos corps.
Cette lumière si tendre quand il y a des feuilles sur l’arbre. Le coucher de soleil sur la baie quand je vais faire des courses, l’air doux sur le visage. Les choses simples si désirées. Un gâteau chaud, à la cardamome. Le café dans la lumière du matin. Lire le journal du jour du début à la fin. »

Moi aussi, moi aussi, moi aussi… ai quelques jours de liberté…
Le mois de mai explose de chants d’oiseaux, de feuillages nouveaux.

J'ai même revu le chat noir que je croyais perdu.

Même quelques lapins çà et là, lors qu’on en voyait si peu ces dernières années…
Voyez-vous ça.


Nils Blanchard


Ajout : Aussi, à Helsinki, se tiendra le 4 juin un colloque sur Tove Jansson : « Tove Jansson, la mer et la création ». (Et un site, assez formidable, sur Tove Jansson, est en lien de ce blog, vous savez… À droite de l’écran, version ordinateur…)
Eh… À quand un petit tour à Helsinki ?



Aussi, Wera von Essen « sort » ces jours-ci son nouveau livre, un recueil de nouvelles : Mödrar och män (Mères et hommes).
J'avance toujours dans la lecture – sorte de vie parallèle ; on en reparlera peut-être – de son formidable En Emigrants dagbok…, ne sais quand je me procurerai ce dernier opus. Le titre interpelle bien sûr (encore que ce ne soit sans doute que celui d’une nouvelle). Doit-on y voir un clin d’œil à Of Mice and men de Steinbeck ? Ou à Pères et fils, de Tourgueniev ? Il y aurait bien aussi Sons and Lovers de D. H. Lawrence.

Bon, mais c’est étrange, dans un des manuscrits à « éditoriser » dont je parlais justement plus haut, j’écrivais – sorte de reprise d’autofiction d’un journal de mai 2020 :

« Par ailleurs, j’avance – comme en un rêve, peut-être – dans En debutants dagbok [de Wera von Essen]. Un six juin, page 175 :

La petite maison est habitée par des musaraignes. Hier, Christine et moi avons acheté des pièges à souris et du poison et alors les rongeurs ne se sont plus montrés de tout le jour. Mais là, j’en ai vu deux de ces petites vies traverser le sol de la cuisine et disparaître sous la cuisinière. Je n’ai pas le courage de mettre en place les pièges. (…) Julia est mécontente de ce que je perds le contact avec les gens, de ce que je ne fais pas une différence suffisamment nette entre la vie et la fiction. Julia écrit que je me mets dans une situation impossible, que c’est insupportable de vivre comme je le fais, dans l’isolement.

Des souris et des femmes... »

Et tenez, quelques pages en avant, avril 2020, pour recoller à la canicule dont parle aussi le blog Alluvions :

« Un député républicain a parlé de décaler les vacances ; elles commenceraient mi juillet et iraient jusqu’à mi septembre. Pas question, pour ces gens, de les raccourcir, il faudrait pour eux au contraire pouvoir les allonger ! Cet état d’esprit me met de plus en plus en colère. Il fut un temps où les écoliers ne reprenaient les cours que début octobre. Et les cours finissaient en juin... Allez faire travailler les élèves dans la chaleur de juillet ! (Mais j’ai déjà dû écrire ça...) Puis, surtout, cette idéologie du « travailler plus »... Ne voient-ils pas les faits : la baisse de la pollution avec le confinement (et donc le ralentissement des activités), le fait aussi que, plus on travaille, plus la croissance augmente, comme le veulent ces gens-là, plus la dette (écologique, notamment) augmente aussi ! »

Étrange comme ces députés-là sont totalement muets en ce moment !

Pour en revenir à l’actualité autour de Wera von Essen, des recensions du livre paraissent dans les différents journaux. Il y est question çà et là de dragons…



NB

vendredi 17 avril 2026

La seconde partie du livre

J'ai remis en forme récemment les articles 87, 88 et 89 de ce blog (des 3, 8 et 11 mars 2023). Il m’arrive de temps à autre de remettre ainsi en forme des articles passés ; je manipulais mal, aux premiers mois de ce blog, les outils de mise en forme de la chose, ce qui rend certains billets (il y en a encore qui reste à « redresser ») difficilement lisibles…

NB – François Cacheux, Arboretum d’Angers

Vous pouvez y aller voir (liste des articles, en bas de l’index, à droite, en orange, version ordinateur…)

L'article 89 évoquait, du fait d’une réédition suédoise, Premier amour de Tourgueniev.
J'expliquais que j’étais en train de le lire (dans ma version bon marché et ancienne Librio) et que j’en étais à la première partie. (J’avais dû commencer de la lire, il y a plusieurs années, du fait de discussions avec mon père qui, au début d’une maladie, faisait une cure de Tourgueniev. Tant et si bien, du reste, que nous avions été à Bougival voir sa maison, mais c’était fermé…)

Puis-je l’avouer sans rougir ? Je n’avais progressé dans ma lecture jusqu’il y a quelques jours.
(Je lis somme toute assez peu ces derniers temps (yeux en réparation, impression d’être sans cesse pris par le temps comme il était un peu question au dernier billet…) et suis lancé dans la lecture de dizaines de livres en même temps, ce qui n’améliore pas les choses bien sûr.)

Or allez, j’ai été reprendre mon petit volume ; il ne me reste pas tant de pages ! Aspirateur, copies (grand Dieu, oui, copies !…), même courrier en retard peuvent attendre.
J'ai repris la lecture au chapitre 10 : « Dès lors, mon vrai supplice commença (…) »

Kapiton Zelentsov (tableau de la couverture du livre) -
Capture d’écran

Et je trouve cette peinture du peintre russe Zelentsov, dont un détail d’une autre orne la couverture de mon édition du livre. Quelque chose de Carl Larsson, dans ses intérieurs, disais-je ?
Pas vraiment là, avec le portrait de ce jeune officier, si ce n’est un certain… réalisme candide du portrait ? Quel âge peut avoir ce militaire ?

(On sait que ceux que Poutine envoie sur le champ de bataille sont très jeunes…
Et combien de tués parmi eux depuis 2022 ? Plus d’un million de jeunes Russes?)

Mais Tourgueniev. Le héros du livre, Vladimir Pétrovitch, est jeune aussi ; seize ans. Et l’auteur lui en avait donné d’abord quinze.
Il s’émeut notamment d’une crise de baisers de son aimée.
Il s’émeut de l’irrationalité, de la surprise de la vie. C’est donc l’apprentissage de ce trésor de l’existence, que sait peut-être contempler certaine sagesse !

Or voyez-vous ça ; mon père de m’offrir une ancienne édition, russe, de L’Éducation sentimentale… Je me demande si ce livre ne m’avait pas fait trop grande impression quand j’étais en première…
« Ce fut comme une apparition », etc. Et une jeunesse qui se dévide…

Kapiton Zelentsov (tableau de la couverture du livre) - Capture d’écran

Mais Tourgueniev (pages 72-73 de ma petite édition Librio…, traduction de Michel Rotislav Hofmann) :

« Je m’habillai en hâte et me faufilai hors de la maison… La nuit était noire, les arbres faisaient entendre un chuchotis à peine perceptible ; une fraîcheur légère descendait du ciel ; une odeur de persil émanait du potager… Je fis le tour de toutes les allées ; le bruit de mes propres pas m’intimidait et me stimulait en même temps ; je m’arrêtais, attendais, épiant le battement de mon cœur, rapide et précis… Enfin je m’approchai de la palissade et m’appuyai sur un piquet…. Tout à coup une silhouette de femme passa rapidement à quelques pas de moi – peut-être une hallucination : je ne savais trop quoi penser… »

On a tous, plus ou moins réalisés, des rêves, d’enfance – il s’agit là encore d’enfance, de promenade nocturne.

Cette sorte de salon d’amusement entretenu par la princesse Zinaïda, avec ces jeunes hommes – et Vladimir ajouté là, tenant à un moment le rôle de page. On pourrait repérer quelque ambiance de nouvelle de Tove Jansson.
On peut trouver plein de choses.

Et étrangement, le développement de cette seconde partie longtemps manquante m’a ramené à des souvenirs personnels. Rien, oh, quasiment rien à voir entre eux et la nouvelle ; seulement des correspondances improbables dont je ne parlerai pas plus que ça. Mais c’est qu’au retour de Provence, de ces souvenirs, j’en parlai justement dans la voiture.


Nils Blanchard


Triche ; ajout d'étiquettes du dernier billet : V. Poutine, Maria Lvova-Belova, C. G. E. Mannerheim, Ukraine, Holodomor.

lundi 11 novembre 2024

L’île du bonheur

Elis, le garçon détesté – un peu pendant du David d’André Dhôtel – réplique à qui lui parle d’îles, de l’archipel de Finlande : « petites comme des chiures de mouche », « qu’une fois il avait lu une histoire qui s’appelait L’île du bonheur et que cette île était très petite ». (Traduction, Catherine Renaud.)



De quoi s’agit-il ?
Il y a bien un film finnois qui s’intitule L’île du bonheur. Voilà ce qu’on en lit sur Wikipedia (traduit du finnois) : « L'île du bonheur est un film de 1955 réalisé par Maunu Kurkvaara. Le film se déroule pendant la guerre de Continuation et a été tourné en extérieur sur l'île de Bornholm. En 1956, Kurkvaara a réalisé une nouvelle version élargie du film (…)
Après avoir été blessé, le jeune soldat Olavi Laitinen revient d'un voyage en voilier en temps de paix avec un couple d'amis. Une tempête les a conduits sur une île, où Olavi est tombé amoureux de Birte, la beauté de l'île. Au moment de partir, il promet de revenir sur l'île, mais le déclenchement de la guerre l'en empêche et Birte et lui ne peuvent plus que s’écrire. »

Si j’ai bien compris, Birte meurt et Olavi l’apprend par une lettre avant de repartir au front, brisé.

Onnen Saari - Capture d'écran



Onnen Saari - Capture d'écran



Onnen Saari - Capture d'écran


Le film aurait été mal reçu par la critique et le public. Aucune idée si cela a un lien avec ce dont il est question dans la nouvelle de Tove Jansson.
Mais pour rappel, la Finlande a subi trois guerres pendant le second conflit mondial, la guerre d’Hiver, de décembre 1939 à mars 1940, contre l’Union soviétique, la guerre de Continuation, de juin 1941 à septembre 1944 – la Finlande s’alliant alors à l’Allemagne nazie pour reprendre les territoires perdus pendant la guerre d’Hiver, enfin la guerre de Laponie, d’octobre 1944 à mai 1945, la Finlande devant se retourner contre ses anciens alliés nazis. Cela peut expliquer bien des rebondissements.
Quant à Bornholm, l’île danoise fut occupée par les Allemands (après l’opération Weserünbung) d’avril 1940 à mai 1945, puis par les Soviétiques pendant encore presque un an, jusqu’en avril 1946.


Garm, Numéro d'avril 1944


Pour en revenir à Tove Jansson, elle dessine des amants de guerre, sur cette couverture de la revue suédo-finlandaise Garm, numéro de Pâques 1944. On est alors encore en plein dans le guerre de Continuation. On reparlera de cette revue…

Se peut-il que Tove Jansson ait eu vent de son collègue (illustrateur, écrivain pour la jeunesse) Max Colomban ? Avec lui aussi on revient à une Île du bonheur.

1931


Nils Blanchard

vendredi 6 septembre 2024

Enfants de l’été

Deux lectures relativement récentes : l’une, dont il a été pas mal question en ce blog, celle de David, d’André Dhôtel. L’autre, un livre très récemment édité en français de Tove Jansson : Voyages sans bagages.

Photo Axel Malmström (?), Stockholm, 1900 ; capture d’écran

Mais, pour commencer, n’y a-t-il pas quelque chose de japonais dans la photographie colorisée de 1900, de cet enfant regardant les bateaux de Långholmen ? (Où les choses n’ont pas beaucoup changé… Bon, peut-être la tenue de l’enfant, sa casquette…)
C'est que l’été dernier, j’évoquai aussi Tove Jansson, en lien à ma lecture du Livre d’un été. Et je trouvai alors à gloser sur le Japon, bien indirectement…

Je ne parle même pas de cette Japonaise qui apparaît, qui disparaît dans La langue des oiseaux de Claudie Hunzinger. (Et – à ce prénom aussi on reviendra… dont on a déjà parlé ici, là… – l’homme de la vie de la narratrice – c’est Nils, Grieg dans d’autres livres… est Thomas.)

NB - été 2024


Deux histoires – celle de David et celle de « L’enfant de l’été », l’une des nouvelles de Voyages sans bagages – sont un peu les deux faces d’une même pièce. Dans l’une (publiée une première fois en 1947 par Florence Gould) et l’autre (1968, traduite en français en 2024 à La Peuplade) un enfant arrive dans une communauté et s’en fait détester, pour des raisons en partie inexplicables. Dans David, on lit page 27 (de l’édition de l’Arbre vengeur) :

« Tout le monde à Bermont prit en haine David Charlet. »

Dans « L’enfant de l’été », première phrase de la nouvelle (traduction de Catherine Renaud) :

« Il fut clair dès le début qu’à Backen, personne ne l’appréciait. »

L'enfance et la haine ; une enfance intrinsèquement (si l’on peut dire) en conflit, en dissonance avec un milieu (en l’occurrence pas le sien vraiment : dans David, David est un enfant plus ou moins adopté par diverses familles de Bermont ; dans « L’enfant de l’été », Elis passe, comme le titre de la nouvelle l’indique, un été sur une petite île de l’archipel finlandais suédophone imagine-t-on, sans doute ressemblant fortement à l’île de l’auteure, à celle du Livre d’un été , en visite dans une famille qu’il ne connaît pas au départ).



Mais dans cette boue de détestations (mais qui peuvent ouvrir aux plus grands amours), de rejets communautaires, peuvent éclore des merveilles – bon, dans David, les choses sont plus compliquées que ça… –, comme cette fleur dans un caniveau…


Nils Blanchard

samedi 2 septembre 2023

Du désir à l’éphémère

 Fin des vacances d’été ; on en arrive à l’éphémère, voire à la mort, après ceci ou cela
Bon, il ne faut peut-être pas exagérer.



Néanmoins, sur l’éphémère, trouvé un article maintenant assez ancien, par hasard sur le net en fouinant autour d’Anna de Noailles, le désir (Printemps des poètes 2021) et la Suède. Il vient du Point – AFP, date du 22 mai 2016 et s’intitule : « En Suède, le lent chemin des morts vers leur dernier repos ».

Extraits :

« "Mourir pour être encor plus proche de la terre", écrivait il y a plus d'un siècle Anna de Noailles, dans son poème "La Mort Fervente". Les Suédois, eux, ne sont pas si pressés, qui mettent leurs défunts en pension avant de leur offrir le repos éternel.
"On ne laisse pas un poulet dans le frigo pendant plusieurs semaines, pourtant c'est ce qu'on fait avec nos morts, c'est terrible!", s'indigne de cette curieuse habitude l'essayiste Lotte Möller, auteure d'un brûlot sur le sujet.
Son âme rendue, le mort suédois est en effet abandonné à la morgue jusqu'à la cérémonie des funérailles, soit en moyenne pendant plus de vingt jours, selon des statistiques publiées par l'Association suédoise des pompes funèbres. Les croque-morts assurent tenir là un record mondial.
"Le corps est pris en charge, le mort n'est plus le problème de sa famille. Il ne compte plus", analyse Mme Möller.
(...) 

Pourquoi tant attendre pour enterrer ses morts ? Les explications sont plurielles.
Il ne s'agit pas, à en croire les spécialistes interrogés par l'AFP, de conjurer la disparition de l'être en prolongeant le séjour de l'enveloppe charnelle parmi les vivants.
Ici, on entend seulement faire simple, efficace. La mort pensée comme un meuble en kit... Les Suédois sont "peu versés dans le sentimentalisme, sans fantaisie et très pragmatiques", ironise Lotte Möller.
(...) 

Pour l'historien Anders Jarlet, quelles qu'en soient les justifications, la pratique suédoise est déplorable. "S'occuper des morts, c'est une des choses qui nous distinguent des autres espèces animales", assène-t-il.
Il estime, tout comme Ulf Lerneus, président de l'Association des pompes funèbres, qu'elle est sans nulle doute le reflet d'une société de plus en plus individualiste qui exile ses vieux dans des maisons de repos où, aux yeux de leurs enfants, ils sont déjà morts.»

On aura sans doute l’occasion de reparler du scandale autour de certains hospices en Suède durant notamment la période de la pandémie. 

Capture d'écran, GP 18 juin 2022, Bild: Jan Larsson

Bon. Mais il y a des manieuses de faux qui ont l’air tout à fait sympathiques. Celle-ci sort d’un article du Göteborgs Posten de Jan Larsson l’année dernière, commençant ainsi :

« Det började med att hon hittade sin farfars lie i familjens sommarstuga.
Efter en kurs i lieslåtter växte intresset alltmer. Idag håller Jenny Nilsson egna kurser i att slå med lie och ser en mission i att hålla det gamla hantverket igång. »

« Ça a commencé avec la découverte de la faux de son grand-mère [paternel, le suédois le précise] dans la maison d’été familiale.
Après un cours de fenaison, son intérêt pour l’outil a grandi. Aujourd’hui, Jenny Nilsson donne elle-même des cours pour utiliser la faux et considère comme une véritable mission de continuer à s’en servir. »

Ça me rappelle l’usage que je fis moi-même de cet outil, il y a à peu près deux ans, revenant à la maison familiale dont le jardin n’avait pas été entretenu au cours des deux derniers étés, du fait des tribulations, de la pandémie, notamment le blocage de la frontière par les Danois… (Oui, je suis toujours un peu en colère.)
J'avais aiguisé et utilisé (bon an mal an) la faux de mon grand-père (maternel, le français ne le précise pas).

NB - Bohuslän. Je ne sais trop ce que fiche ici ce chat, mais avais besoin d'une illustration...


 Pour en revenir aux hospices, il est bien sûr préférable d’être sur une île en Finlande (dans le Nyland…) où une vieille un peu toquée – à l’Ehpad ! – prend soin d’une petite fille blessée.

Allez, dernière phrase du livre (d’un été, Tove Jansson), qui ne dévoile rien ; de toute façon, c’est une suite de nouvelles à la chronologie incertaine (un peu comme la vie?) : « Peut-être rester un petit moment encore. »

Nils Blanchard

mercredi 23 août 2023

Île et radio II. / de l’automne au printemps – bateau sur le rivage

 Suite (promise) au billet du 13 mars, où il était question d’aquarelle, de musée où l’on n’accepte plus la monnaie fiduciaire. On n’y a plus confiance, donc, qu’au virtuel. Et il est des gens, aussi, qui ne « communiquent » plus les uns avec les autres que par « réseaux » « sociaux » virtuels.

NB - Tjörn

Tove Jansson (Le livre d’un été, traduction de Jeanne Gauffin, La Peuplade, 2019), nouvelle « La robe de chambre », p. 114 :

« Les odeurs sont importantes, elles évoquent tout ce qu’on a vécu, elles sont comme une enveloppe de souvenirs et de sécurité. »
Les odeurs, oui, ça marche très bien : mémoire olfactive, terriblement plus précise que les autres.
D'ailleurs, ce n’est peut-être pas un hasard si on dit, « avoir du nez ». Encore faut-il ne pas avoir trop perdu l’odorat.
Scintillements de senteurs, oui. L’odeur de la mer. Brusques – brutaux ? – retours de rêve.
Un bateau en attente non loin de l’eau. Qui peut-être ne repartira jamais en voyage.
Où voulions-nous partir ?
Et pourquoi ?

NB - Bohuslän

Pour en revenir à Tove Jansson, on lit dans la nouvelle « Le canard à longue queue », page 21 :

« Alors elle se leva [trois heures au réveil], s’habilla, puis elle prit sa canne et descendit l’escalier de pierre. La nuit était si calme, elle avait envie d’écouter les hareldes.
L'enclos à bois comme l’île entière étaient plongés dans la brume ; il régnait cet étrange silence des premiers matins de mai au bord de la mer. Seules s’entendaient les gouttes d’eau tombant des arbres dans le silence. »

Que de fois je me suis reproché de ne pas prendre assez de temps pour simplement regarder, écouter, sentir les arbres, et leurs gouttes d’eau éventuellement.

NB - Bohuslän


Nils Blanchard

mercredi 16 août 2023

Forêt sous clair de lune : magique

 Revenons donc au Livre d’un été. En commençant par deux extraits qui nous amènent aux confins du yin et du yang ; des inséparables contraires.

NB - Bohuslän

« Le clair de lune », page 14 (du Livre d’un été, traduction de Jeanne Gauffin, La Peuplade, 2019) :

« Au bout d’un moment, Sophie demanda :
– Tu es sûre que la porte est fermée ?
– Elle est ouverte, répondit sa grand-mère. Elle est toujours ouverte, tu peux vraiment dormir tranquille.
Sophie s’enroula dans sa couverture. Elle laissa l’île voguer sur la glace et s’éloigner vers l’horizon. »

NB - Bohuslän

« La forêt magique », page 15 :

« Sur le versant extérieur de l’île, derrière la hauteur rocheuse, s’étendait une ceinture de forêt morte. Cet endroit était particulièrement exposé au vent et, pendant des centaines et des centaines d’années, la forêt avait essayé de pousser en défiant les tempêtes, acquérant ainsi un aspect tout à fait unique. (…) tous les arbres se pliaient pour échapper au vent, ils se recroquevillaient, se tordaient, et beaucoup rampaient. Peu à peu les troncs se cassaient ou pourrissaient et s’écroulaient, les arbres morts supportant ou écrasant ceux dont la cime était encore verte. Ils formaient une masse enchevêtrée, tenace et résignée. »

De la forêt magique à La montagne magique, de Thomas Mann…

On pense aussi aux films d’animation de Miyazaki, ou, les chefs-d’œuvre d’A. Kurosawa (Le Château de l’Araignée…)

NB - Bohuslän

La forêt, cette forêt magique, dans ce livre, un peu comme l’île elle-même qui vogue sur la glace, portes ouvertes… c’est le lieu de la rencontre des contraires, ou complémentaires : la vie et la mort, l’eau et la terre, le mouvement et l’immobilité. Bien sûr, au cœur du livre aussi : l’enfant et la vieille dame. Et tout cela se mêle (la vieille dame peut se faire espiègle, la petite-fille attentionnée…), ce qui entraîne l’irruption d’un univers où l’irrationnel (il est question à un moment de superstition), le fantastique, sont à portée de main.
Étrangement, cependant, il n’est pas là question de trolls…



Nils Blanchard

mercredi 9 août 2023

Le livre d’un été

 Depuis longtemps je suis sur un poème ou une chanson, que je n’ai jamais réussi à finir. Je n’ai à peu près que le refrain : « J’attends l’été... "

Refrain 

d’une vie ? Non… Un de 

ces balbutiements intimes… Peu 

importe du reste.

Quant à l’été ; on y est, n’est-ce pas ?



Je me suis rendu compte il y a quelque temps, en ajoutant l’excellent site à elle consacré dans les liens de ce blog, que je n’y avais jusqu’ici jamais parlé de Tove Jansson. Ce n’est pas faute d’y avoir eu accès. Une grande amie en Finlande m’en avait offert un livre. Mais je ne sais pas, j’ai toujours été un peu rebuté par les Moumines eux-mêmes – du fait de leur forme un peu trop plastique ? C’est peut-être le fait de les avoir aperçus à la télévision, dans des adaptations en dessin animé (en Finlande, et donc en finnois).

C'est Bernur, le 26 mai dernier, qui m’a remis sur les voies de Tove Jansson, en évoquant un livre de Paul Gravett à elle consacrée, en tant qu’illustratrice.
Et là, on atteint à tout un univers (voir le site en lien, encore une fois…) et notamment ses dessins pour la revue finlandaise (en langue suédoise) Garm. (On finira par faire de moi – Cahier André Dhôtel n° 19 sur la revue 84, conférence sur Sovjet-Estland… un homme de revues.)

Numéro de Pâques 1944; la Finlande était alors en pleine Guerre de continuation.

Numéro de juillet 1947

Tout un univers, oui; cette revue, on y reviendra très vraisemblablement.

Bernur insiste sur la précocité, mais aussi – on y revient – la méticulosité… la capacité de travail de Tove Jansson.

Mais c’est du livre d’un été dont je voulais parler ; on y reviendra évidemment…


Nils Blanchard


P.-S.: Étrange hasard. Au cours de diverses lectures (de travail) de l’été, je tombe sur la Diète de Porvoo (Borgå en suédois). C’est là que les députés finlandais jurent fidélité au tsar Alexandre en 1809, en échange de la reconnaissance de certaines spécificités finlandaises…
Or il se trouve que le blog Sandra skriver relate récemment un week-end précisément à cet endroit ; article intitulé "Miraklet i Borgå". « Miracle » ?

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...