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samedi 7 mars 2026

Fleurs / Décalage – Une cinquième saison

C'est Alain Souchon qui chantait – qui chante peut-être toujours ? – « J’aurais mis des p’tits brins d’bruyère sur ton coeur / Toi qui trouves que pour un garçon / J’aime trop les fleurs ».
C’est dans la chanson Portbail, qui parle aussi, d’une maison dans le Cotentin.
Eh, les maisons, à nouveau…

Henri Lebasque, Jeune fille au collier de fleurs,
vers 1914 - Capture d'écran 

Récemment, quelqu’un de cueillir une première anémone des bois de l’année. (En vitsippa.) Et pourquoi je pense à tout ça ? J’attends l’été, encore, bien sûr…

Envie de sortir de cet hiver trumpien – le coup d’éclat permanent –, et pas que…
Mais c’est que les fleurs peuvent aussi inquiéter ; ainsi de ces Vanités, ces bouquets de fleurs qui marquent, en le fixant, le passage du temps. Savery en a laissé plusieurs ; l’un est dans le livre de Martin Fahlén ; pas le même – mais ressemblant – que celui-ci :

Roelandt Savery, Bouquet de fleurs,
Musée des Beaux-Arts de Lille, Wikipedia

Attention aussi, une première fleur n’est pas l’explosion du printemps. Mais cette saison entre l’hiver et le printemps donne la sensation d’un décalage. Or après tout, mars est le mois de la guerre ; qu’est-ce qui peut alors tant nous étonner dans les conflits actuels ?

De nouvelles alliances ?
Article dans le Göteborgs Posten (de Wiktor Nummelin et TT) sur la visite d’E. Macron à l’Arsenal de Brest. À aucun moment il n’est question là d’OTAN, d’Union européenne, comme s’il s’agissait d’ustensiles poussiéreux qu’on garde au fond d’un placard.

« Allt är en del av en ny kärnvapenstrategi som håller på att utvecklas, i ljuset av Rysslands krig i Ukraina.
– Vi måste se vår avskräckningsstrategi mot bakgrund av hela den europeiska kontinenten – med skapande av vad jag kallar en ”avancerad avskräckning”, säger Macron.
I den ingår bland annat möjligheten för ”europeiska allierade” – däribland länder som Sverige, Danmark, Polen, Belgien och Nederländerna – att delta i övandet av den franska ”avskräckningsförmågan". »

« Tout ceci fait partie d’une nouvelle stratégie nucléaire qui se déploie, à la lumière de la guerre russe en Ukraine.
– Nous devons voir notre stratégie de dissuasion dans le contexte de tout le continent européen – en formant ce que j’appelle une ”dissuasion avancée”, dit Macron.
En fait partie la possibilité pour des alliés européens – parmi lesquels la Suède, le Danemark, la Pologne, la Belgique et les Pays-Bas – de prendre part à la capacité française de dissuasion". »

(En tout, huit pays, puisque s’y ajoutent le Royaume-Uni et l’Allemagne.)

Jeune homme en mars (sans auteur)
- Capture d’écran

Décalage ; sentiment de ne pas être en situation connue.
Retour à Albert Camus… N’est-on pas dans cette situation, somme toute, depuis les évolutions de la Seconde Guerre mondiale – Shoah et massacres de masse technologiques (bombardements…), parmi ces bombardements : l’usage de l’arme atomique ?

Julia Eriksson, pour en revenir à des sujets plus ciel à ciel, évoque il y a quelques jours une cinquième saison :

« Det är den första mars och utanför fönstret har snön smält bort (…) En ny period har sakta börjat att ta vid, men nu gäller det att vara försiktig. Det är en styggelse att räkna med vår i mars, det gör en bara besviken. Än är det långt kvar, men i ett försök att blidka mig själv har jag valt att tänka på den här perioden som den femte säsongen: vårvinter. »

« On est au premier mars et la neige a fondu au dehors (…) Prudemment, une nouvelle saison commence, mais il faut être prudent. C’est une erreur de compter sur le printemps dès mars, et ça ne peut qu’amener de la déception. Il faut encore attendre, mais pour m’y résoudre, j’ai choisi de considérer qu’il y avait une cinquième saison : le printhiver. »


Moi de la guerre donc, et des maladies ? Tuberculose, pneumonies ; rhumes divers chopés ou transmis par les imprudents (et jusqu’en avril, ne te découvre pas d’un fil…)

Et les filles d’avril (texte de Souchon encore, mais là, c’est Voulzy qui chante…) Qui, par ailleurs, a chanté Le pouvoir des fleurs…

Et la paix. Dans l’album Lys and love… « La neuvième croisade. » Allez !

La paix !

 
Nils Blanchard


Triche ; rajout d'étiquettes du dernier billet : antisémitisme, Iran, Israël, États-Unis.  

jeudi 12 février 2026

Peintres, conférence…

Diverses conférences auxquelles il m’a été donné d’assister à Strasbourg, cinq sur une journée, voyez-vous ça…
L'une d’elles, la dernière, le soir… était consacrée à Camille Claus. Et elle m’a ramené à la mention récente d’un tableau du peintre Adriaen Van Stalbemt, pas très, très éloigné d’un Savery… 


C'est dans le cadre de l’exposition (déjà évoquée en ces lignes) « Icônes de la présence » que Jean-Louis Mandel est intervenu à la Médiathèque protestante du Stift mardi (10 février) au soir.
Son propos a porté plus particulièrement sur les œuvres de Camille Claus dans les églises alsaciennes.
Il en est passé par une certaine genèse de l’œuvre du peintre (retour de l’URSS après la guerre via le Tambov) portant sur l’horreur de la guerre et d’un camp d’internement soviétique.
De là, évocation d'œuvres plus tardives de l’artiste, au soir de sa vie – entre les deux, peu d’œuvres à caractère directement religieux –, notamment donc pour des commandes de diverses paroisses alsaciennes.

La conférence avait lieu dans la salle Koch, étrange lieu comme soustrait à un dix-huitième siècle préservé, où, peut-être, une Madame Roland aurait pu tenir salon. On peut en retrouver les diverses conférences sur ce site ; et celle de Jean-Louis Mandel y apparaîtra…

Tout au long de son propos, le conférencier de faire référence à un journal retrouvé du peintre, qui semble mériter amplement quelque publication. (Amis éditeurs…)

Soudain, d’évoquer un tableau peu connu de Camille Claus qui se trouve à la Bibliothèque humaniste de Sélestat : La Guerre et la Paix.
Et de noter que les différents personnages ornant le versant « guerre » de l’œuvre rappellent étrangement les peintures d’après Tambov. Boucle bouclée... 

Adriaen Van Stalbemt, Allégorie de la Paix et de la Guerre - Capture d’écran

Quelques jours plus tôt, je me retrouvais à nouveau, et bien par hasard – via une « lettre » du site de ventes Drouot – sur les sentes de la forêt des maniéristes. Il y était en effet question d’une vente qui aura lieu à Lille le 15 mars prochain, d’un tableau d’Adriaen Van Stalbemt, Albert d’Autriche et Isabelle.
Adriaen Van Stalbemt ne m’était pas inconnu. S’il n’apparaît pas directement dans le livre de Martin Fahlén (que j'ai eu le plaisir de traduire), il fait partie de ces peintres du début du XVIIème siècle, dans la mouvance des miniaturistes flamands dont fait partie notre Roelandt Savery…

Dans ce tableau, auquel un article de Carole Blumenfeld nous initie, Albert d’Autriche n’est autre que le frère de l’empereur Rodolphe II que Martin Fahlén évoque beaucoup dans Le Tableau de Savery ; qui plus est, lui et son épouse visitent un cabinet de collectionneur, ce qui n’est pas très loin des cabinets de curiosités dont, encore, Martin Fahlén parle beaucoup dans son livre.

Et Adriaen Van Stalbemt, lui aussi, nous ramène à la paix et à la guerre.


Nils Blanchard


Ajout. Du peintre finlandais Pekka Halonen, je croyais avoir déjà parlé en ce blog, mais visiblement (cf. index, à droite, version ordinateur, c’est pratique, il suffit de cliquer…) non.




Pour les gens qui ont la chance de vivre à, ou de passer par Paris…

lundi 23 juin 2025

Merveilles soudaines

Salle de réveil, opération, attention d’infirmière… Garçon au poisson râleur… Il y a tant de choses à dire. Mais je me dis depuis quelques temps que je me disperse trop (attention, c’est pas bien…) Dispersons-nous encore, alors ! Mais en restant « fokus » sur ses sujets, parfois – les pêcheurs de crevettes connaissent ça – on ramasse quelques merveilles.

Henry B. Goodwin, Étude de nu, 1920 (Capture d’écran)

Ainsi, au Louvre – on l’a déjà évoquée – exposition sur Prague et Rodolphe II. Rodolphe II, c’est l’empereur qui a accueilli Roeland Savery, qui est du coup présent (et pas mal évoqué) dans le petit livre dont je suis le fier traducteur (en lien, en haut, à droite : Le tableau de Savery).
L'exposition confirme quelque chose – au moment de ma traduction et des petites recherches que j’ai menées sur le sujet ; j’avais pensé, pense toujours, que je creuserais le domaine des peintres maniéristes flamands : Hans Bol ou, pas très éloigné de cette mouvance, Adriaen van Stalbemt… –, c’est le goût de l’érotisme à la cour de Rodolphe II.

Capture d’écran ; coupe de pierre dure, Musée du Louvre


Dans un article dans Bilan (bilan.ch) début avril, Etienne Dumont présente ainsi l’empereur :

« C'est en personnage d’autant plus mythique que les gens, même cultivés, le connaissent mal. La trajectoire de l’empereur Rodolphe II de Habsbourg (1552-1612) fait penser à celle de Louis II de Bavière (1845-1886). Même étrangeté. Un intérêt égal pour les arts. Une identique incapacité à gouverner, nourrissant ainsi des ambitions féroces autour d’eux. Une semblable aspiration à la solitude, nourrie par des crises de dépression. D’où la tendance à se réfugier dans le rêve. »

Puis de préciser qu’à sa cour, à côté du courant maniériste, « Il existe en effet un pan vériste dans les productions encouragées par Rodolphe II. Des peintres et surtout des miniaturistes se sont passionnés pour le réel. » C’est là-dessus qu’insistent les commissaires de l’exposition Philippe Malgouyres et Olivia Sabatier, qu’on peut voir dans une conférence de présentation filmée passionnante là.



On voit (entend) que Savery est au cœur de ces mouvements. Martin Fahlén en parle très bien dans Le tableau de Savery.



Rien à voir a priori, mais une merveille qui apparaît soudain par surprise. Ou réapparaît ? Cela fait quelques années maintenant que je n’ai été à Stockholm. Peut-être ai-je vu cette maison dont parle Gabrielle Roland Waldén dans son blog en lien du mien (Gabrielles blogg) le 19 juin, une toute petite maison d’écrivain du dix-huitième siècle adossée à une plus grosse bâtisse, dans le quartier de Södermalm.



« Huset lär vara Stockholms minsta och används i dag som skrivarstuga för en författare.
Huset är från 1700-talet och var tidigare större. (…) Här och var i stenstaden på Södermalm finns verkligen många större och mindre ”öar” kvar med gamla fina rödmålade trähus. Roligt för den här bloggerskan som gillar gamla hus och historia. »

« La maison serait la plus petite de Stockholm et est utilisée aujourd’hui comme maison d’écrivain [ou pour un écrivain en particulier ?]
Elle est du dix-huitième siècle et était plus grande autrefois. (…) Par-ci par-là dans le vieux centre de Södermalm subsistent vraiment de plus ou moins grands îlots de belles vieilles maisons de bois peintes en rouge. C’est bien agréable pour cette blogueuse qui aime les vieilles maisons et l’histoire. »

Et pour le blogueur qui aime les blogueuses qui aiment…


Nils Blanchard


Ajout. Trump, l’homme des reculs, a bombardé des sites en Iran (nuit du 21 au 22 juin), lors même qu’il était encore quelques jours avant en négociations de paix avec les Iraniens (négociations initialement lancées, soit dit en passant, par le président Hollande, et interrompues lors du premier mandat du président américain actuel). Cela va à l’encontre des lois les plus anciennes des relations entre gens, entre États, que d’attaquer au moment même où l’on discute.

vendredi 8 septembre 2023

Le tableau de Savery

 Image envoyée par son auteur, Martin Fahlén…


Le livre, Le tableau de Savery, arrive…

C'est votre modeste serviteur qui l’a traduit en français et en a rédigé les notes.

Entre autres… ON EN REPARLERA… il ouvre « plusieurs mondes véritablement ».

Un des moindres n’est pas celui des maniéristes flamands du début du XVIIème siècle, dont Roelandt Savery faisait partie.

Magnifiques peintures de forêts comme enchantées.

Il faudrait avoir plusieurs vies, faire une thèse sur le sujet…

Au moins cela nous mènera-t-il dans le nord de la France ; Lille, Cassel… Mais aussi Kassel en Allemagne, comme du temps de Mandiargues.


N. B. 


mercredi 19 octobre 2022

Histoire courte sur ce qui entoure

On parle de « mémoire courte ». Peut-on aussi avoir l’histoire courte ? (Oui… Nombreux exemples, à bien des époques…) Réflexion de l’instant, rien à voir avec ce qui suit.

NB - Gare de Strasbourg, 10/2022

On comprend d’où vient le titre, même si l’image n’est pas impeccable. Un distributeur d’histoires courtes en gare de Strasbourg où je déambulais entre deux retards de trains, samedi 16 octobre, cherchant une solution pour aller à Paris puis Angers…
C'est une gare de ville « européenne ». En effet, il y a là des côtés praguois, kafkaïens.

K, appelons-moi K., puisqu’il faudrait que tout soit anonyme, cherchais donc une solution de remplacement à je ne sais quel train en retard et, entre deux retards aussi, un lieu où me poser. Las, pas grand-chose. Une petite brasserie de couloir, où on peut boire quelque chose au zinc. Sinon, une chaîne de hamburgers que je ne nommerai pas… Ou alors, il faut traverser la place minérale, immense, devant l’espèce de verrière qui recouvre – pourquoi ? – l’ancienne gare allemande… On aperçoit, là-bas au loin, de vagues enseignes. Mais on n’entendra plus alors les appels d’information sur les trains… Or un train de rechange pourrait surgir.
Pas envie.

NB - Gare de Strasbourg, 10/2022

Je râle, bien sûr. Et c’est le moins ! En même temps, les rares employés que l’on rencontre sont très aimables et efficaces, que ce soit au hall d’information (même Kafka, là, je crois, n’aurait trouvé mieux), ou devant un train en panne, des contrôleurs très sympathiques et serviables.

Le hall. Plus de guichets : prenez-vous en main, mon bon monsieur, si, si, c’est écrit… À voir cette première photo, on peut se demander si K. n’est pas comparé à du vague gel hydroalcoolique (anonyme)…

NB - Gare de Strasbourg, 10/2022

Des sortes de machines à sous souhaitent la bienvenue aux courageux. Une sorte de casino des horaires…

NB - Gare de Strasbourg, 10/2022

On hasarde même d’étranges jeux de maux pour dérider K. Les commandes…

NB - Gare de Strasbourg, 10/2022

J'insiste : employés très biens. Prendre bien soin de ne pas tomber, comme le font quelques voyageurs énervés, sur les gens qui sont là et qui travaillent.
C'est ce qu’il y a autour qui est très énervant. Autour des gens qui agissent. Ces machines imaginées par on ne sait quel hère, voulant remplacer des guichets.
Le caparaçon de verre autour de l’ancienne gare.

On connaît ça aussi dans l’éducation nationale. (Et du coup, les gens de tomber allégrement sur les « profs », souvent leurs derniers interlocuteurs… le Château ne répondant plus.
J'en profite pour remercier les deux derniers parents indélicats auxquels j’ai eu affaire, qui me confortent dans mon envie d’en sortir au plus vite, malgré l’absence de réponse du… Château.)


Seconde partie : Une histoire-tour sur ce que l’on encourt...

Bon, mais tout ça n’a guère de rapport avec mes sujets habituels. Alors je me sauve : je vais sur le blog Alluvions et « tombe » sur le dernier article, « Le cri de la dernière reine », 18 octobre.
Il est là question, entre autres, de Munch, de Van Gogh avec, au détour d’un paragraphe, Antonin Artaud, pour son « suicidé de la société ».

Il y a eu en 2015 une exposition comparant les deux peintres, contemporains dans l’exercice de leur art, à Amsterdam, Oslo…

Artaud, il est assez présent dans 84, vie et littérature, que la Route inconnue édita l’année passée et qui est commenté au dernier numéro de la Revue des revues, par Bernard Baillaud.

Munch, lui, apparaît dans la traduction d’un livre que je suis en train de terminer (ça va lentement…) Une épouse d’un ancien ministre des affaires étrangères de la Norvège est allée le voir. A été reçue bizarrement…
Eh ! Mais je ne vais pas spoiler la chose… (comme les jeunes militantes écologistes ont spoilé la vitre (uniquement la vitre, heureusement quand même), d’un tableau de Van Gogh…

Mais pour le reste, ce livre traduit (du suédois, comme de juste), parle plus du peintre flamand du tout début du XVIIe siècle : Roelant Savery.

NB - R. Savery, Orphée charmant des animaux
(détail); Musée du château de Kassel 

Dans son article, Patrick Bléron évoque le dernier roman graphique de Jean-Yves Rochette. Et de citer un personnage, à la fin de l’album : « J'ai perdu celle que j'aimais, dit-il, le seul endroit où je pouvais apaiser ma douleur était au fond des bois, mais vous avez tout détruit. Le loup a disparu, l'ours a disparu, l'aigle a disparu, et tout le reste suivra (…) »

Savery affectionnait les scènes, que ce soit Orphée, ou Adam et Eve au centre, avec beaucoup d’animaux.


Nils Blanchard


P.-S. - L’album de Mademoiselle K est sorti récemment. On en reparlera… Et il y est question de trains.

- Nouveau gouvernement en Suède, au 18 octobre. Tripotée de Schüssel et Millon… Un des personnages là peut-être les plus étranges : Ebba Busch, cheffe du parti chrétien démocrate, qui a beaucoup œuvré à une alliance de la droite avec le parti d’extrême droite. Comment, chrétienne, démocrate, peut-on côtoyer une Rebecka Fallenkvist, utilisant les termes « sedeslös. Kåtheten själv »" – ce qu’on peut traduire par « immorale. L’excitation même. » à propos d’Anne Frank… (sur les « réseaux sociaux » il est vrai, et après avoir tout de même fait l’effort, visiblement méritoire pour elle, d’en lire 50 pages...) ?Qu'un Thomas Nydahl -- que je cite çà et là avec plaisir, et par le blog duquel, du reste, je tiens cette information... -- ait voté plutôt que s'abstenir, pour contrer une telle "lectrice"...


NB


dimanche 9 octobre 2022

On y revient toujours, à ce pays

 Il est des moments où des thèmes, différents les uns des autres, peuvent se rencontrer. Ce blog en use, en abuse peut-être ?

                     R. Savery, Paysage de montagne avec animaux, Museum of Fine Arts

                                  Boston, image tirée de Märtas tavla de Martin Fahlén


Un peu avant de partir marcher dans les Cévennes en juillet dernier, je 

songeais à ce tableau du livre de Martin Fahlén (dont il faut que je m’occupe

de finaliser la traduction… Éditeurs, dernier appel ; après, tant pis pour 

vous…)

N’y a-t-il pas là quelque chose du « grand pays » de Dhôtel ? Rien à voir bien

sûr (aurait pu écrire précisément André Dhôtel), et pourtant, quelque chose 

d’un paradis perdu ; retrouvé.


NB

Et, lors de cette marche d’été déjà évoquée, vu à un moment, entre d’autres

chevaux, un cheval pie. Je ne pensais pas du tout alors au Pays où l’on

n’arrive jamais (1955), même si j’avais peut-être quand même, déjà, quelque 

part derrière la tête une conférence que je devrai faire en janvier prochain sur

le sujet.


J’ai relu récemment Le pays (dans une édition – Société Nouvelle des Éditions

G. P., 1963) que j’achetai il y a quelques année pour les illustrations de Guy

Michel.




Au passage, serait-il permis aujourd’hui à un auteur de doter l’un de ses 

personnages de la manie de collectionner les… moustaches  de chats (et de

félins en général) ?


Je suis chaque fois étonné (et étonné d’être étonné), en lisant (relisant

souvent aussi) des romans ou nouvelles de Dhôtel, de la présence de la 

guerre, surtout la Seconde Guerre mondiale, dans les intrigues. Étrangement,

à la fois discrète et essentielle.

Là, l’héroïne du roman, derrière laquelle court Gaspard, le personnage 

principal, et différents autres originaux, est « adoptée » enfançonne par un

homme riche, M. Drapeur, qui, malgré lui, dans les circonstances de l’Exode,

sépare la petite fille de sa mère considérée comme mourante. Page 136 :


« C’était pendant la guerre, à cette époque où les gens fuyaient devant 

l’invasion. M. Drapeur se trouvait à Sedan au moment où l’ennemi arrivait sur

la Meuse. Il fila dans sa voiture par les crêtes qui bordent le canal des 

Ardennes, et il eut l’occasion de s’arrêter dans un village perdu, pour

demander son chemin. C’était le village de Stonne, situé sur une colline 

couverte de forêts. »


Du coup, mère et enfant séparés ; l’enfant, à partir du peu de souvenirs qu’elle

a de sa mère, n’a plus de cesse que de la retrouver, elle et un mystérieux 

« grand pays ».




Bon. Mais je pensais en relisant tout ça à un autre Esto-Suédois, inscrit dans 

les camps (celui du KL Stutthof notamment), comme « Suédois », comme

Elmar Krusman : Arno Lundre. Je l’évoque dans mon livre pages 46-47 ; il est

mort à Buchenwald en novembre 1944. Après avril 1944, une de ses filles, qui

avait alors 16 ans, n’a plus entendu parler de lui, jusqu’à ce que Andrzej 

Olkiewicz ne retrouve sa trace au début des années 2000.


Là, père et fille séparés, donc. Pas vraiment de grand pays retrouvé – ou un

« grand pays » dont les souvenirs, braudéliens, auraient remonté à plusieurs

siècles – ; la fille d’Arno Lundre a migré en Suède avec la grande majorité des

Esto-Suédois.


                                              Dernière édition, à ma connaissance, du Pays



Dans le roman, place à une recherche, une enquête étrangement sylvestre, 

dans les Ardennes aux confins de la Belgique. Page 156 :


« Se serait-elle sauvée pour d’autres raisons que la guerre ? Pourquoi aurait-

elle gagné la France au lieu de se réfugier dans l’ouest du pays ? [La 

Belgique.] On se posait ces questions. On en discutait avec les gens des

villages, les fournisseurs et les concierges des châteaux. On ne parvenait à 

aucun résultat, mais rien que d’agiter ces questions redonnait de l’espoir (...) »


De l’espoir, pourquoi pas ?



Nils Blanchard



P.-S. : Annie Ernaux, prix Nobel de littérature le 6 octobre ; le dernier prix 

français était celui de Patrick Modiano (qui cite çà et là, soit dit en passant,

André Dhôtel…) De Peter Handke (préfacier de Dhôtel en Allemagne…), qui a

reçu le prix en 2019, il sera assez vite question en ces lignes.


Pour ce qui est des critiques littéraires que je « suis » un peu en Suède,

l’accueil d’Annie Ernaux est mitigé, que ce soit de la part de Mikaela Blomqvist

(critique au GP notamment, ou le tenancier du blog Bernur.


Bon… Mais moi je vais devoir à nouveau tricher avec mes « étiquettes »...



mardi 27 septembre 2022

Thomas (Mann, et autres…)

 Philippe Jaccottet, Jean Follain, se sont étonnés qu’André Dhôtel n’ait pas intégré la notion de mal dans ses œuvres.

                   Roelandt Savery, Bouquet de fleurs, Palais des Beaux-Arts de Lille

Les insectes représentés ont une signification symbolique. La légèreté du papillon 

renvoie à l’âme et sa métamorphose à l’immortalité. La mouche, par son agitation 

stérile, a une connotation négative. Opposée au papillon, elle participe à la 

représentation de la lutte entre le bien et le mal.


Et voilà que dans le Monde des livres du 2 septembre dernier, je lis 

cet extrait du Magicien, de Colm Toibin, traduit par Anna 

Gibson, roman biographique sur Thomas Mann (page 463) : 

« [Thomas] comprit que si seulement il pouvait rassembler 

le courage nécessaire, il lui faudrait  accueillir le mal dans un livre,

ouvrir la porte à l’obscurité qui était là, hors de sa propre sphère de

compréhension. »

Le mal… Et qu’est-ce ?


Elmar Krusman, Maurice Vissà, ont dû le voir. Mais quelque soient 

nos efforts, on ne peut s’approcher suffisamment d’eux 

pour comprendre ce qu’ils ont vu.


Est-il si absent chez Dhôtel ?




J’ai relu récemment une nouvelle de Dhôtel pour peaufiner un article 

à paraître dans un prochain Cahier André Dhôtel...

Il s’agit d’« Irrésistibles appâts », publiée initialement dans  

Le Rimbaldien, à Charleville-Mézières en juin-juillet 1947.


Il y a une mare, à Jonval, un village quelque part dans le Dhôtelland 

– dans la Saumaie, vraisemblablement, d’après Roland Frankart –, 

où aucun poisson n’a jamais nagé. Et voilà qu’un dimanche, on y 

voit arriver « une auto modeste », dont il descend « un homme, dont 

le nez portait des lunettes bleues ». Bref. L’homme se met à 

pêcher dans la mare, fumant de çà et là, devant le village qui peu à 

peu se regroupe autour de lui. Il ne parle pas, ne répond pas quand 

on lui adresse la parole, même quand on l’informe qu’il n’a aucune 

chance de pêcher quoi que ce soit. Mais l’homme appâte soudain

ostensiblement avec une mixture à lui, et se met à tirer des poissons 

de la flache.

Puis il range son matériel et fait mine de repartir. C’est alors 

qu’on l’aborde à nouveau pour s’informer sur son appât 

miraculeux. L’homme répond, cette fois, « d’un ton très 

courtois », montre des tubes, les vend. Tous, bien sûr…

Puis il s’en va et ne reviendra jamais.

Quelques heures plus tard, « une livre » de poissons ventre à l’air 

à la surface de la mare révèle la supercherie ; ils avaient été mis là 

en attente de la pêche miraculeuse


Cet homme très ordinaire – au départ, un simple pêcheur –, semble

extraordinaire précisément dans cette posture ordinaire (un peu 

de cette « banalité du mal » évoquée par Hannah Arendt?)


Bon… On me dira, je pousse un peu fort, pour quelques 

poissons morts, quelques tubes de poudre de perlimpinpin vendus…  

Et finalement, la farce est amusante. Mais la posture du bonhomme 

a quelque chose d’inquiétant : ce silence, qu’il oppose d’abord 

aux remarques qu’on lui fait. Le refus, d’emblée, du verbe…


« Dans la vraie vie », comme disent les gens qui s’imaginent que  

les autres vivent dans une fausse, il y a aussi l’usage… orwellien 

de la langue. Thomas Nydahl (Son blog), le 23 mai dernier :


« Begreppsförvirring är ett av flera tecken på hur det politiska språket utarmar 

och förstör vårt tänkande.Varje upprepad lögn blir så småningom 

till en sanning - eller till en halvsanning som äter sig in i 

våra medvetanden. Svart blir vitt, ljust blir mörkt enligt de normer 

för ett nyspråk som både George Orwell och Victor Klemperer 

så förtjänstfullt utrett och analyserat. »


« La confusion des notions est un des multiples moyens du 

langage politique pour appauvrir, détruire notre pensée. 

 Chaque mensonge répété se mue peu à peu en vérité, ou tout au 

moins en demi-vérité qui pénètre dans notre conscience. Le 

noir devient blanc, le clair devient sombre selon ces normes

de langue nouvelle que George Orwell autant que Victor Klemperer 

ont si bien expliquées et analysées. »


              C’est aussi S. Fischer qui a publié Das Land, in dem man nie ankommt.


Pour en revenir à Thomas Mann, dans la Montagne magique, il y a, 

notamment au début du roman, ces langues comme en parallèle, et se

comprenant mal, celles de ceux « d’en haut » (les pensionnaires de 

la clinique où l’on (tente de) les soigner de la tuberculose), ceux 

d'en bas, autrement dit du monde ordinaire. Les uns et les autres – 

je ne parle pas de la tuberculose elle-même – ne sont pas maléfiques 

(le lieu de rencontre, la montagne, est cependant quelque 

peu ensorcelée ; c’est le titre : Der Zauberberg), mais leur

aventure (du moins celle du personnage principal Hans Castorp) va se

terminer dans les brumes de la Première Guerre mondiale.


Quant à d’autres Thomas… On y reviendra bien sûr.


Nils Blanchard


P.-S. : ouverture, le 23 septembre dernier, d’une nouvelle exposition 

au Musée de la marine de Stockholm (Sjöhistoriska) : « Flykten 

från Baltikum » / « La fuite du Baltikum ».

(Le "Baltikum" désignait ce fumeux projet d'une sorte d'État vassal 

de l'Empire allemand, déjà du temps du Deuxième Empire, repris 

vaguement pas les nazis, qui aurait regroupé les pays baltes 

notamment...)

Je tâcherai d'y aller assez vite...

 

P.-S. 2 : Alluvions, blog en lien; ma petite rivière et ses boues de

connaissances sont hasardement çà et là presque (il ne faut rien

exagérer) synchrones. Aussi son avant-dernier article s'ouvrait-il sur 

Jaccottet, comme celui-ci. Le dernier commençait par parler 

d'"Antoine Emaz, qui vivait à Angers". 

Moi, Angers, j'en reviens de temps en temps; cf. le billet "Le jeu

de Kim" (qui n'a pas eu l'air d'intéresser grand-monde...)

 


NB

 


Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...