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dimanche 16 mars 2025

Songeries finlandaises

J'ai vécu en Finlande – j’en ai peut-être déjà parlé en ces lignes –, y ai partagé le quotidien de diverses personnes, mais comme à un autre rythme ; je n’avais pas les mêmes nécessités qu’eux.

NB - Hiver à Karis, Finlande

Comment expliquer cela : même avec des gens très proches dans l’instant, bien des choses furent incommunicables, parce que nous vivions comme dans des dimensions différentes.
Et il y a eu cependant parfois des rencontres. Et il y a eu des êtres exceptionnels. Sofi, Peggy ; d’autres encore.

J'y pensais à la lecture d’un article de Sandra Holmqvist (blog Sandra skriver, en lien de celui-ci) du 11 février. Me débattant moi-même entre diverses priorités (j’ai tendance il est vrai à résoudre les choses de manière un peu simpliste, en les annulant toutes, ou plus exactement en les reportant toutes au dernier moment…), je lis :

« Man säger ju så ibland – ”jag hinner inte skriva/läsa/träna/laga mat” – och allt som oftast påstår jag att det bara handlar om prioriteringar och val att göra något annat än skriva/läsa/träna/laga mat (…) »

« Il est vrai qu’on dit parfois – ”je n’arrive pas à écrire/lire/m’entraîner/faire la cuisine” – et trop souvent je prétends moi-même que c’est une question de priorités si l’on fait autre chose qu’écrire/lire/s’entraîner/faire la cuisine (…) »

Et, un peu plus loin :

« Till och med i mina drömmar är upptagen med att laga läckande toalettstolar, vara på resande fot och avvärja dödsfara.
Det har varit mycket på gång sedan, hmm, oktober. »

« Jusque dans mes rêves je suis débordée, devant réparer des toilettes qui fuient, me préparer pour partir en voyage, me garder de dangers mortels.
Il y a eu beaucoup à faire depuis, disons… octobre. »

Venny Soldan-Brofeldt, Pêcheurs au filet - Wikipedia

En ce qui me concerne, qu’est-ce que j’ai eu sur le feu depuis… octobre ? Il y a eu le travail, ce blog bien sûr (diverses recherches plus ou moins liées, écrivains, églises… les séries sur les Norvégiens de Cernay ou Tidö…), de vagues tracas personnels, familiaux… puis tant de projets reportés, cuisant à petit feu dans je ne sais quel marmite de documents amassés, d’à peu près et de plans sur la comète. Problèmes d’yeux par là-dessus…
Et quant aux voyages…
Depuis combien de temps n’ai-je pas été en Suède ?
En Finlande ?

La Finlande, aussi, ce sont ces promenades aux senteurs d’infini, en bordure de champs noirs ou dans des forêts plus ou moins sombres.
Il y a quelque chose de rassurant de penser à cette immensité dans laquelle on peut à loisir – allons, avec un peu de jugeote quand même, histoire de ne pas se perdre corps et biens (eh ! J’ai l’impression de vous servir de cet affreux « avec modération » que les cuistres oignent à toute allusion à quelque boisson alcoolisée) – pratiquer la science subtile de l’égarement chère à André Dhôtel.

Venny Soldan-Brofeldt - Capture d’écran

Seulement voilà, la sauvagerie – nue – de la forêt, du dehors, d’un autre dedans, a aussi ses dangers.
Ainsi a-t-on pu lire dans les journaux suédois au début de février qu’un enfant finlandais, dans le sud est de la Finlande, s’était aventuré dans la forêt du côté de la frontière russe, était passé de l’autre côté et… était depuis retenu par les autorités russes.
Bon, après lectures plus approfondies au fil des jours, il semble que l’enfant ait délibérément traversé la frontière ; on parle aussi d’origines ukrainiennes ; on n’y comprend plus rien…

Mais ces histoires de traversées plus ou moins accidentelles de cette frontière sont au cœur d’une partie d’un assez long roman qu’il faut que je trouve le temps de relire.
Et cela devrait-il devenir une de mes priorités ?


Nils Blanchard


Triche ; ajout d’étiquettes du dernier billet : 1941, 1942, Donald Trump, Andrew Jackson, Afrique, Senghor, Henning Mankell.

Mais aussi : un certain Sylvain Courage, sur France info, le 12 mars, dans une séquence « Cartes blanches » des « Informés » (émission que je n’écoute d’habitude pas), où l’un de ses collègues n’a rien trouvé mieux que vendre son propre bouquin – sur le service public ! – « journaliste » je crois au Nouvel Obs, de piétiner la présomption d’innocence, en commentant le procès en cours d’une professeure accusée de harcèlement sur une élève ; on parle de « la question des professeurs toxiques », comme s’il y en avait à tous les coins de classe, je cite : « C’est une minorité de professeurs, mais il y en a dans tous les établissements. » Ah ? Des faits ? Des noms ? Donnez donc le mien, histoire qu’on s’amuse trois secondes !

Et encore : commémorations, en ce moment, à Haguenau par exemple, de la libération de l’Alsace en 1945.
Étrange de voir çà et là – et c’est bien normal – des drapeaux américains, au moment où les temps ont changé, comme on en a déjà parlé ici ou là.
La guerre, particulière ici (mais quelle région, de France, d’Europe, n’a pas eu ses particularités?), est prégnante encore dans les discours, « recherches » (qui n’en ont parfois que le nom). Il arrive que ce soit de manière assez répugnante, comme avec cette vidéo d’anciens SS fièrement (re?)publiée sur un étrange site local.

Jeudi dernier, l’ancien camp de Natzweiler (que j’ai fait visiter) était sous la neige. Plutôt bien, la neige : ça limite le froid, c’est moins désagréable que la pluie. Et une fois que le brouillard (encore…) se dissipe, elle offre des paysages magnifiques.
Elmar Krusman n’est jamais passé par ce camp central, mais a bien été immatriculé au KL Natzweiler. Il est mort au camp annexe de Bisingen, à trois jours près il y a exactement 80 ans, le 13 mars 1945.

Pour en revenir à la libération de l’Alsace. La peintre Geneviève Asse, engagée dans la 1ère DB, y participa. Il y a un texte (et des photos de peintures) très intéressant, de Carine Chichereau, en lien indirect de ce blog (Diacritik, via Alluvions).
Un peu de bleu...

NB

dimanche 30 juin 2024

Mémoire / Lieux secondaires / Incertitude

Il y a quelques jours, mal réveillé d’une mauvaise sieste – plus de 24 minutes ? – dans l’été soudain tombé (comme est tombée sous silence dans l’étrange campagne électorale française toute allusion à l’environnement malgré ces temps de chaleur), je « bulle » sur le site de l’Institut finlandais à Paris.



Là, on lit que « Cette année, la Fiskars Village Art & Design Biennale a lieu du 16 juin au 1er septembre 2024, à Fiskars en Finlande. »

Fiskars, ce n’est pas loin de Karis – on est dans la Finlande encore un peu suédophone – où j’ai résidé en une autre vie, comme on dit. Je me promenais souvent par là, même sous la neige ; à l’époque, il y avait encore une usine qui fabriquait des ciseaux notamment. Je l’avais visitée ; y avais rencontré une vague camarade d’une vague connaissance dont le visage reste étrangement incrusté en mon esprit. Je me souviens du bruit, là-dedans, qui contrastait avec le calme de la campagne alentour. Un vieil air de dix-huitième siècle, dans tout cela.

Alvar Cawén, détail, capture d’écran

Usine, vraiment ? D’après un article du Figaro de Sarah Chevalley, d’avril 2022, l’usine a fermé depuis plus de trente ans… Trente ans, ça paraît quand même beaucoup… Mais ne m’avait-on pas dit cependant que l’usine allait bientôt fermer (ou ai-je totalement « fantasmé » cette visite d’usine?), j’ai un doute, soudain ; la mémoire, décidément…
Impossible de trouver une date précise sur le site de Fiskars, très joliment « designé » par des mercadents…

Alvar Cawén - Pas Fiskars qui ne se situe pas au bord de la mer

Bon, mais ce qui m’intéressait, c’était la suite de l’article (de l’Institut finlandais) : « L’exposition s’inspire de la culture des résidences secondaires finlandaises, un moyen paisible pour les citadins et leurs familles de passer les mois d’été à la campagne pour s’adonner à des activités de loisir. Des visiteurs, invités ou non, apparaissent souvent sur le pas de la porte. »
Je me souviens avoir été invité dans une maison familiale, de campagne, d’une famille (je crois que c’était la branche suédophone de la famille en question, sans certitude… pardon ; la mémoire…) En fait, je crois que nous n’avions fait qu’y passer, assez vite. Maison assez grande en bois, comme intemporelle, qui avait quelque chose d’une datcha. Je crois me souvenir qu’il y avait encore au mur, dans une pièce, des portraits de l’Empire russe – d’avant 1917, donc. Quelque vieux calendrier trophée de famille ? (Bien étrange, en l’occurrence, vu le peu de russophilie de ladite famille, dans mon souvenir encore…)
Mais ces images, d’empereur, je crois, d’impératrice peut-être… Lubies ?
Difficile de décider ce qu’il en est, ce qu’il en pourrait être, sans source, sans document, sans photo… Des témoignages ? Ils seraient peut-être plus trompeurs encore qu’autre chose.

Et pourtant j’ai ces souvenirs en moi, ces traces, bien réels dans un sens.

Alvar Cawén - Capture d'écran


Plus loin, encore, l’article : « Nos habitations portent en elles de multiples notions qui méritent d’être explorées : l’affection et la séduction, l’effacement et l’absence, qui forment les récits familiers souvent négligés ou passés sous silence, des coulisses de nos vies domestiques – Sini Rinne-Kanto, commissaire de l’exposition. »

En l’occurrence, explorer le labyrinthe de la mémoire et de l’intime.


Nils Blanchard

mardi 7 mars 2023

Quelques « petites » choses / blogs et sites

Billet court. Toutes sortes de ricochets autour de divers blogs, récemment ; réflexions passé-présent, ami-ennemi...

NB - Karis

Questions… éthiques…, on en reparlera : peut-on lire ce qui émane d’auteurs personnellement détestables – Céline, d’autres… – Donner une place en ce moment à la littérature russe ?
Je me suis pas mal intéressé à Jean Dubuffet (en lien à Paulhan, Dhôtel, Edith Boissonnas), or il tenait des propos passablement ignobles, antisémites notamment, dans ses lettres… Avec cette langue si particulière.
Ça me ramène à une citation d’Alain Finkielkraut, que je lus récemment sur le blog de Thomas Nydahl le 12 février, à un moment où il mettait çà et là, étrangement pour moi qui y ai vécu près d’un an, des photos de Karis, en Finlande. Finkielkraut lie l’antisémitisme à la médiocrité, ce qui me semble tomber sous le sens en effet. 

Capture d'écran, Svenska Dagsbladet, 22 août 2022

Tout autre sujet, il y a quelques jours, le prix du Svenska P.E.N. a été décerné à Wera von Essen…
Sur leur logo : ils défendent la parole libre.
Et l’été dernier, W. von Essen a écrit un article sur l’écrivain russe Andreï Platonov. Ça commence ainsi :

« Ryssarna”, sa min mor om en av sina bokhyllor. Det var en bokhylla som skilde sig från de andra, europeiska, aldrig att hon sa ”fransmännen” eller ”tyskarna” med samma tonfall. Nej, det här var en annan hylla. Att vi dessutom har ryskt påbrå gjorde inte saken mindre mystisk för mig som tonåring. Kanske var det kombinationen av en oerhörd respekt och tilltro till litteraturen och en stenhård censur av densamma som redan under gymnasieåren gav mig ett minst sagt ambivalent förhållande till orden (…)  »

« Les Russes”, disait ma mère d’une d’un des rayons de sa bibliothèque. C’était un rayon qui se distinguait des autres, européens, desquels elle ne disait jamais : “les Français” ou bien “les Allemands” avec le même ton. Non, il s’agissait d’un autre rayon. Et le fait que nous ayons par surcroît quelques ancêtres russes ne rendait pas la chose moins mystique pour moi, adolescente. C’était peut-être le mélange d’un respect, d’une confiance énormes dans la littérature et d’une censure implacable d’icelle qui, dès mes années années de lycée, construisit ma relation pour le moins ambivalente avec ce mot (...) »

Mais je voulais faire ici un billet court.

Alors pêle-mêle :

- Pas dans un un blog, sur un site internet, cette exposition signalée par l'Institut suédois, en lien de ce blog ; parmi d’autres photographes, comme Margot Wallard, le Suédois Pieter Ten Hoopen ; cette série, notamment sur Tokyo…

- À Nantes, du 10 au 18 mars festival Eurofonik. La Suède en bonne place…


Nils Blanchard


P.-S. : Triche ; je me dois de rajouter quelques étiquettes que je n’ai pu ajouter à celles du dernier article : André Dhôtel, Thomas Mayne Reid, Emmanuel d’Yvoire, Malmö, Nuremberg, Auschwitz, État de droit.

mardi 3 mai 2022

Ekenäs et un chanteur belge


Non, non : pas de communauté suédoise remontant au Moyen Age en Belgique.

Simplement on a appris la mort récente du chanteur Arno.



NB -  Près d'Ekenäs
                                                                          
Alors que vient faire ici cette photo de la côte finlandaise en face d’Ekenäs (Tammisaari) ?
C'est qu’il y a maintenant pas mal d’années, j’ai écrit un roman (envoyé à un éditeur, refusé, remisé dans un placard, en partie oublié) dont la seconde moitié (de mémoire, donc) se passe à Helsinki et en Suède. Des Français – entre autres – plus ou moins, ou pas du tout (il y a un vieux monsieur à qui une ancienne amoureuse donne un rendez-vous) liés à ces pays y font des séjours ; ils s’entrelacent à des personnages du cru.

Bon, mais alors, Arno ?
Ce roman, une de ses versions en tout cas, s’intitule Pas heureux ni malheureux.
Et Pas heureux ni malheureux, c’est une chanson d’Arno. Voilà. Tout simplement. Je ne saurais trop en recommander l’écoute.

Allez, extrait :

C'est elle, la plupart du temps, qui prend des initiatives lorsqu’on est ensemble. Mais là, alors que nous étions réfugiés à une petite table au fond de son café de quartier ravivé par la pluie, il était clair qu’elle n’avait pas son allant habituel. Je me suis dit à ce moment-là qu’il ne fallait pas lui poser la mauvaise question. Enfin non, j’écris ça parce que j’écris... Je ne me suis rien dit du tout ; je lui ai demandé :
— C'est ton blondinet ?
— Non, ah lui... Ça fait deux semaines que je l’ai envoyé au diable, mais...
Mais, blondinet ou pas, elle ne voulait pas demeurer seule, détestait la classe d’hypokhâgne dans laquelle elle regrettait d’être entrée. Seul le professeur d’histoire lui plaisait et l’encourageait, par élimination, à poursuivre dans cette voie. Mais elle se sentait terrifiée à l’idée d’étudier les morts.
Elle trouvait ça malsain, l’histoire. Je me souviens que je l’ai trouvée très belle ; elle a dit soudain :
— Charles Ernest.
— Pardon ?
— C'est le nouvel album d’Arno. Pas heureux ni malheureux, Je veux nager...
En temps normal, elle aurait déjà tout envoyé paître. Or précisément... Elle se demandait si elle avait encore le droit de faire des caprices ; elle avait peur d’être déjà engoncée dans une vie qui ne lui plairait jamais. Terriblement peur.
On était en février, déjà en février, je me rendais compte ? Depuis notre dernière rencontre, elle avait eu le temps de s’amouracher d’un garçon puis de s’en séparer. Elle avait aussi écrit un petit roman qui ne valait rien et...
Je ne sais plus très bien de quoi on a parlé ensuite. On a dû évoquer notre semblant de pacte (…)

NB - Près d'Ekenäs

Oui, bien sûr, un peu d’autobiographie là-dedans. À l’époque où j’ai pris ces photos, il y a… plus de deux décennies, je passais un an en Finlande. Dans la Finlande suédophone.

L'eau a coulé autour des archipels ; Ekenäs maintenant a fusionné avec deux communes voisines (Karis et Pohja) et est devenue Raseborg (Raasepori).

Arno :

T’as rien à perdre

Let’s get out of this world

Il n’y a pas de malheur

À s’aimer soi-même


Aucune religion peut nous sauver

Quand il reste plus rien,

il n’y a rien à casser


On n’est pas heureux, ni malheureux


(…)


(A. Hintjens / A. Hintjens, S. Feys, S. Baelen – Arno’s Music, Delabel Éditions)






Post-scriptum :

Au moment où je « boucle » ce billet, il est question aux informations (radio, Le Monde) du rendu imminent du rapport de la commission historique indépendante chargée d’enquêter (à la demande de l’Université de Strasbourg) sur les activités de la Reichsuniversität Straßburg (université du Reich de Strasbourg) durant l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne nazie, et notamment sur les agissements de « médecins » de l’université en lien avec le camp du Struthof.


Nils Blanchard



Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...