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dimanche 19 octobre 2025

Publications / Pistes de Travail

Hasard des services postaux, des commandes, des réceptions d’articles… reçu il y a peu deux publications : le dernier numéro de Kustbon, dans lequel un dossier de quatre pages est consacré à l’hebdomadaire Sovjet Estland, en lien à l’article de Nordiques. Reçu aussi le livre que j’évoquais sur Jeanne Letourneau, Clichés barbares.

NB - Hapsal (Estonie), vue de l’Aibolands Museum

Ce numéro de Kustbon est passionnant. Plusieurs sujets : l’exposition à Tallinn sur les Esto-Suédois (annoncée déjà ici). Aussi, des textes sur la petite île d’Odensholm (notamment au moment de la Seconde Guerre mondiale), île qui a été un de mes premiers centres d’attention au début de mes recherches sur Elmar Krusman, ceci pour des raisons aussi passionnantes qu’improbables ; j’y reviendrai peut-être.
Il est question aussi d’un étrange jugement, avec des Esto-Suédois impliqués, concernant un vol (présumé) sur une épave en 1756 ; mais plusieurs des prévenus meurent en prison.
(Quand on visite la prison de Marstrand, on voit un autre décor que celle de la station balnéaire riante de l’été ; on n’est pas très étonné que des prisonniers pussent décéder au dix-huitième siècle avant leur jugement, dans les prisons du Nord…)
D'autres articles encore, nouvelles diverses (dont la chronique des anniversaires et décès, où je retrouve étrangement des noms de moi connus, rencontrés au cours de mes travaux…), en Estonie et en Suède.

NB - Estonie, région d’où était originaire Elmar Krusman

Bien, puis sur quatre pages (34-38) : recension de l’article de Nordiques avec divers commentaires et des textes issus de Sovjet-Estland. Le tout, réalisé par Mattias Reinholdson. (Et j’y apprends que mon livre a rejoint la bibliothèque de la SOV à Stockholm où il y a plus de 600 autres volumes sur le thème des Esto-Suédois et de l’« Aiboland » – les régions par eux fréquentées autrefois en Estonie.)

Fra Angelico, L’Annonciation - Wikipedia

J'ai reçu aussi ce livre, que j’évoquais il y a quelques jours, consacré à cette professeure d’arts plastiques rescapée du camp de Ravensbrück.
Comme il avait été dit au colloque de fin septembre, la finalité première des dessins des camps – essentielle, voire unique pour leurs auteurs – était le témoignage.
Dans ce livre, ceux de Jeanne Letourneau accompagnent des pages de récit écrites peu après la guerre.

Le récit est passionnant et méritera une plus ample étude. En une quinzaine de (grandes) pages, on entre dans l’expérience de déportée de Jeanne Letourneau par petites touches, « petites » expériences qui sont autant de cas d’école, cas d’études sur le système concentrationnaire. L’auteure écrit avec sobriété ce qu’elle a vu, expérimenté, sans essayer d’en dire plus qu’elle ne sait, sans cacher non plus ce qui est difficile à dire.
Les gardiennes (Aufseherin), plus ou moins inhumaines, les relations avec les autres déportées de divers âges et nationalités, relations particulières dans ce camp de femmes parce qu’apparaissent çà et là aussi des enfants (garçons parfois), les transferts, les appels…
À cet ensemble, la professeure de dessin qu’était Jeanne Letourneau ajoute des réflexions, très courtes, passagères – c’est comme malgré elle – artistiques. Ainsi rencontre-t-on au détour du récit, aussi inattendus soient-ils, Fra Angelico ou Dürer. On parle aussi çà et là du Moyen Age, ce qui rejoint la conclusion de mon livre (ou plutôt, ce en quoi mon livre rejoint Clichés barbares…), mais, oui, on en reparlera.

Le terme « barbares », du titre, est étrange. Il peut désigner ce qui est fondamentalement étranger à l’expérience de vie antérieure de la déportée. Page 67 : « Que devenait parmi ces rebuts d’humanité aux mœurs les plus dépravées une pauvre prisonnière politique appartenant à un milieu honnête et sain ? » Il peut désigner ce qui est cruel et inhumain, au sens moderne du terme (page 73) : « On pense aux temps barbares aux “Brunehaut” et aux “Frédégonde”, à ces récits lus dans notre enfance en frémissant d’horreur. »

Le tout est très bien présenté par des auteurs locaux ; on y lira notamment avec intérêt divers développements sur la résistance en Anjou.


Nils Blanchard


Étiquette rajoutée du dernier billet : ONU.

lundi 5 décembre 2022

1922, un livre de gravures d’Anders Zorn

C'est un livre allemand, édité à Dresde. Après la traversée de l’Allemagne… Traversée d’un siècle, en quelque sorte.


Dresde, alors, était à vingt-trois ans de ce bombardement particulièrement meurtrier… Là n’est pas la question.
Elmar Krusman avait un an, et mourrait vingt-trois ans plus tard.
Là n’est pas la question non plus. Ou… tout est question…
Mon grand-père en avait vingt-sept.
Ce livre est de de ceux qui restent de sa bibliothèque en Suède. Un livre bleu. À peine plus tout à fait neuf.




Axel Romdahl, lui, on lit sur Wikipedia qu’il était un historien de l’art, directeur de musée… Qu’il avait aimé Göteborg…
Bon. Mais, Anders Zorn, qu’on connaît bien, entre autres, pour ses paysages de bords de mer, ses filles qui se baignent – archipel du Bohuslän ? De Stockholm ?

Allez…





Anders Zorn a été en Estonie, aussi. Comme l’explique Felicia Markus, dans son livre sur les Esto-Suédois (Living on Another Shore – Early Scandinavian Settlement on the North-Western Estonian Coast, Université d’Uppsala, 2004), il avait accompagné en 1905 Albert Engström et Axel Gallén – en fait Akseli Gallen-Kallela…, à propos duquel on a évoqué (bien rapidement…) une exposition [c'est ici...] à Paris récemment… – en Finlande et en Estonie…

« Ils firent une étape dans la lointaine et petite île d’Odensholm (…) là, ils rencontrèrent une étrange communauté, qui vivaient d’une manière assez primitive, et qui parlaient suédois bien qu’ils appartinssent à la province russe d’Estonie. »

On reparlera de cette visite du point de vue d’Engström (et, je l’ai peut-être déjà dit quelque part, il faudra aussi reparler de cette petite île d’Odensholm, du point de vue, entre autres, d’un soldat alsacien de la Wehrmacht, qui y a été stationné quelques mois…)
Un extrait de son récit (tiré d’un article sur cette équipée dans le Kustbon de septembre 1993. Je me trouvais quant à moi alors en Finlande, totalement ignorant de l’existence des Esto-Suédois juste de l’autre côté du golfe…) :

« Efter några få timmars sömn gingo vi i land igen för att dra ut kvadratroten ur Odensholm. Och det blev en fest for oss – kanske mest för Zorn. Han kände sig förenad med öborna genom något mystiskt blodsband. Han beundrade deras stolta hållning och rättframhet. Hos dem fanns ingen slavkänsla, sade han, och ändå hade de varit ryssar så länge. »

« Après quelques heures de sommeil, nous sommes retournés à terre pour prendre les dimensions d’Odensholm. Et ça a été pour nous une fête – particulièrement pour Zorn. Il se sentait lié aux habitants d’une sorte de mystique communauté de sang. Il admirait leur maintien altier et leur franc-parler. Nulle trace de sentiment esclave, chez eux, disait-il ; lors qu’ils avaient été russes si longtemps ! »


Nils Blanchard


N.-B.: Je ne suis pas le seul à avoir mêlé Christian Bobin aux anges ; c’est aussi ce qu’a fait Frédérique Roussel, le 25 novembre dans Libération, intitulant son article : Christian Bobin aux anges.

jeudi 24 mars 2022

Camille Claus et le début du Bonheur fragile

Il se trouve – c’est un hasard – que je travaille et vis présentement en Alsace. Il se trouve qu’Alfred Kern (1919-2001), auteur du Bonheur fragile, était alsacien.

Poème et illustration de Camille Claus;exposition du Centre culturel alsacien, Strasbourg, 2021. 

 

Mais ce n’est pas par le biais régional que j’ai connu les livres de l’auteur du Clown, du Jardin perdu, c’est parce qu’il avait noué, au tournant des années 40 et 50, une solide amitié avec André Dhôtel. Tous deux avaient activement participé aux aventures des revues 84 et aussi Les Saisons. C’est un peu une autre histoire. C’est pourtant peut-être vers cette époque qu’Alfred Kern avait rencontré un autre ami d’André Dhôtel, alsacien lui aussi, le peintre, illustrateur et journaliste Camille Claus.
Lui a une riche actualité, liée à son centenaire, intéressante (expositions ici et là en Alsace, actuelles, passées ou à venir) bien qu’un peu retardée par la crise sanitaire.

Là, c’est indirectement que je veux en parler un peu. En effet, au début du Bonheur fragile (prix Renaudot 1960), dédié à Camille Claus, Alfred Kern emprunte en partie la vie de son ami pour en attribuer des pans à son personnage principal (et narrateur), Paul Bachère.
Or au début du roman, Paul Bachère rentre, au milieu d’une colonne de militaires allemands, d’Isdriza. Et Isdriza, on peut le deviner, c’est en Courlande (Lettonie), près de la Baltique, où Camille Claus est passé.
Puis, il est fait prisonnier au camp (soviétique) de Tambov, où se sont retrouvés beaucoup de prisonniers alsaciens incorporés de force. De là, Camille Claus ne revient qu’en décembre 1945, épreuve qui le marque à vie, qui marque aussi son art : « Les hommes de 1939 m’avaient arraché à ma réalité pour me plonger dans la leur. Depuis, je tente de recréer la mienne », a-t-il expliqué.
(Extrait d’Essais d’autobiographie, cité dans le livret de présentation de l’exposition au Pôle culturel de Drusenheim (printemps 2022).)


De la Baltique, dans le roman (les soixante premières pages ; le reste du livre concernant principalement le milieu littéraire, artistique fréquenté après-guerre par Kern comme Claus), en a ramené une image – une obsession ? –

« Je ne suis pas revenu d’Idriza. Le gel avait enlevé aux sons toute épaisseur. »


Il se trouve qu’un des derniers rescapés alsaciens du Tambov (un des derniers en deux sens du terme : il le quitta très tard, et est décédé récemment, en 2018), est passé lui aussi par les rivages de la Baltique, et de rivages qui l’ont rapproché singulièrement des parages d’Elmar Krusman. Il a en effet été en poste entre l’automne 1943 et le printemps 1944 sur l’île d’Odensholm. Il y est resté plusieurs mois, sans avoir su apparemment que la population qui y vivait avant-guerre était suédophone.

On reparlera de tout ça...

Et en lien à mon livre, son illustration de couverture, on trouve cette citation sur le site du peintre Roger Dale, de… Camille Claus :

« Le regard de Roger Dale est d'une rectitude absolue. Il fixe, avec la concentration physique et philosophique du tireur à l'arc zen, le réel. Il ne fixe que cela – ce qui est tout. La main de Roger Dale ne tremble pas, ne dévie pas, ne trahit pas : elle obéit. Avec une science remarquable, elle se soumet en se conformant à la sensation que l'œil enregistre et transmet au cerveau. Et voilà que ce point – et seulement lui, car tout ce qui est autour reste flou – cette portion de l'espace, déterminée avec précision, apparaît là, sur la toile. Un verre, une bouteille, le visage du peintre ou celui d'un ami (qu'importe le sujet, seule compte la peinture !) Sans la moindre concession ou indécision, la portion de réel captée n'est pas une reconstitution, ni un document photographique, ni de l'hyperréalisme, ni de l'expressionnisme, ni de l'idéalisme, ni du surréalisme, ni de l'académisme, ni du romantisme.
La peinture de Roger Dale est celle d'un moraliste. Dans notre monde où règne le factice, la dérision et le doute, c'est quelque chose de nouveau et de très fort. »

(Site du peintre Roger Dale: www.roger-dale.com)


Nils Blanchard


Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...