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vendredi 11 juillet 2025

Revue de revue de revues de…

Peut-être vais-je finir par devenir un homme de revues ; un « moitié fou » dit (je cite de mémoire, ça ne doit pas être exactement ça) Morand (ou Chardonne?) à propos de Léautaud et de son travail au Mercure de France.
Il y a mes travaux sur 84 (je ne vais pas vous enserrer de liens ; allez voir, l’index, version ordinateur…), textes dans La Route inconnue…

NB - Tallinn, 2018

Et voilà qu’un travail sur un étrange hebdomadaire, Sovjet-Estland, suite à un colloque auquel j’ai participé à l’INALCO en 2021 (déjà…) vient de paraître dans la revue numérique Nordiques (elle aussi en lien de ce blog…)

En voici le résumé : Sovjet-Estland, une revue soviétique pour les Suédois d’Estonie.

« Sovjet-Estland, édité à Tallinn d’octobre 1940 à août 1941, est un hebdomadaire en langue suédoise, à destination des Suédois d’Estonie (environ 8000 habitants) qui paraît pendant la première annexion de l’Estonie par l’URSS, jusqu’à l’arrivée des troupes allemandes du plan Barbarossa. Organe du parti communiste local (Läänemaa), il est particulier d’abord parce qu’il s’adresse à une petite minorité, et parce que cette minorité est a priori peu à même d’épouser son communisme militant. L’hebdomadaire doit donc s’adapter aux caractéristiques des Esto-Suédois, en reprenant en partie la tradition de leur revue précédente qu’était Kustbon, tout en menant une opération de communication politique, au long de ses 43 numéros. Sovjet-Estland pointe ainsi les efforts du gouvernement soviétique à destination des Esto-Suédois et tâche de les convaincre de renoncer à l’idée d’émigrer vers la Suède. En même temps, Sovjet-Estland peut apparaître comme une tribune pour développer l’image d’un contre-modèle à destination de l’Occident. »

NB - Tallinn, 2018, vers l'ancienne prison Patarei 

Il se trouve que peu avant a paru le numéro 73 de La revue des revues (en lien de ce blog, cela aussi, en lien…) Celui-ci, je me le suis procuré (maintenant, je suis abonné…) à cause d’un de ses titres (je parlais récemment de mes dispersions… de Jules Roy aussi…) : « Henri Bosco, Aguedal ».
Pour être plus précis, c’est un article de Guy Dugas, « Henri Bosco au Maroc (1931-1955) et l’aventure d’Aguedal ». Seize pages (avec illustrations) sur un sujet (qui m’intéresse…) sur lequel on trouve peu de choses sur le net et ailleurs…
Résumé ? Résumé…

« C'est chose peu connue : l’écrivain provençal Henri Bosco (1888-1976) a passé près de 25 années au Maroc, entre 1931 et 1955. Outre la publication de plusieurs ouvrages importants, notamment Le Mas Théotime (éd. Charlot, 1945) prix Renaudot, il y dirigea durant cette période très compliquée la revue Aguedal (une vingtaine de numéros avec une suspension au début de la guerre, et quelques tirés-à-part).
Par sa longévité comme par la richesse de ses sommaires, son ancrage en milieu arabe et berbère sans équivalent parmi les revues nord-africaines de la période coloniale, Aguedal représente un élément majeur de l’histoire littéraire au Maghreb. Elle a été le creuset d’une réflexion, contrariée par la guerre, sur une « métaphysique orientale » inspirée de la Doctrine guénonienne qui irriguera une partie de la littérature marocaine contemporaine, de langue arabe ou française, grâce à des intellectuels tels que Mohamed-Aziz Lahbabi ou Ahmed Sefrioui. » (Guy Dugas.)



Jules Roy et Henri Bosco ont entretenu une correspondance pendant la guerre. Jules Roy reçut les lettres d’abord en Afrique du Nord, puis en Angleterre, où il servait sur un équipage de bombardier – il en a parlé (notamment encore) dans La Vallée heureuse. Ou, voyez-vous ça, dans un livre évoqué récemment par Argoul, Le navigateur.– Puis à Paris…
Les lettres de Henri Bosco (1942 à 1969, mais en fait surtout jusqu’à 1946) ont été gardées par Jules Roy et publiées par l’Amitié Henri Bosco, dans le vingt-cinquième de leurs Cahiers Henri Bosco (1985).
Comme Jules Roy le note dans un texte introductif, l’amitié des deux hommes fut de quelques années, et semble-t-il surtout épistolaire. Il semble que ce soit Jules Roy qui écrivit d’abord à son aîné ; il se souvient : « Son âme sensible avait compris à quel point j’étais coincé entre mes devoirs et mes affections et combien j’avais peu d’espoir de m’en sortir. Durant cette longue période de nuit semée de feux et de terreur, il veilla sur moi. » (Cahiers Henri Bosco, 25, 1985, pages 89-90.)

On peut penser peut-être, même s’il semble que les drones ont remplacé en grande partie les bombardiers, à certains combattants d’Ukraine.


Nils Blanchard


Triche. Ajout d'étiquette du dernier billet : Garçon au poisson. 

dimanche 17 mars 2024

Mars ; inquiétudes encore, et étrangetés

Promenade au bord de la Maine en crue, non loin d’Angers. Reflets d’arbres dans les eaux – arbres-têtards pour certains ; odeur de vie un peu boueuse de la rivière. Vagues songeries de Henri Bosco. Mais, odeur ?

NB, mars 2024

 Les odeurs, senteurs, sont de plus en plus rares – je vieillis peut-être simplement – ; elles demandent presque des ruses pour être soudain débusquées.
Itou, en Suède, ou ailleurs au bord de la mer, je ressens moins les embruns, algues… Or les odeurs sont je crois ce qui relie le plus fidèlement à la mémoire.

Puis, là, au bord de la Maine, je lève les yeux : l’arbre au-dessus de moi est parsemé de plastique.

NB, mars 2024

Ça me fait penser que j’ai écrit trop vite mon petit avant-propos au Tableau de Savery. J’évoque un lieu, en Suède, où « je reviens de temps en temps me promener, travailler, me baigner dans une mer étrangement préservée des plastiques de notre époque »… Las, l’été dernier, voyez à quoi ressemblait une des plages.

NB - août 2023


NB - août 2023

Cette coupure d’un certain passé à travers certaines odeurs qu’on retrouve peu, ce plastique, ça me ramène à mes inquiétudes de fin d’hiver. Plus exactement : l’actualité s’en charge.

Mars, mois du dieu de la guerre bien sûr. Mais qu’est-ce que la guerre depuis le vingtième siècle ? Non que les guerres des siècles d’avant fussent nobles, même si elles étaient parfois par eux pratiquées, mais ces tranchées, exécutions industrielles, champignons nucléaires…

Ce vingtième siècle se convulse d’ailleurs comme un nœud de vipères dans les événements actuels à l’Est de l’Europe. Des observateurs remarquent que les opérations militaires (guerre de position) en Ukraine ressemblent à certaines phases de la Première Guerre mondiale. Dans le même temps, les rodomontades et violations de traités du président russe, les débats que ses actions entraînent en Europe ramènent aux années trente. La glaciation politique dans une partie de l’ancien bloc soviétique et en Chine ramène à la guerre froide…

Odessa - Photo du blog d'Argloul (argoul.com) - détail -, 31-3-2014

On a évoqué – et on y reviendra – une série d’articles d’Argoul sur des voyages en Russie.
Parmi eux, Odessa. Le 2 mars dernier – il y a déjà quinze jours –, on lisait dans le Göteborgs Posten :

« Flera civila har dödats i ryska drönarattacker i Odessa och Charkivregionen natten till lördagen, uppger ukrainsk räddningstjänst.
(...)
I hamnstaden Odessa i söder dödades fyra människor, bland dem ett treårigt barn, enligt ukrainska myndigheter. »

« Dans la nuit de samedi, plusieurs civils ont été tués dans des attaques de drones russes dans la ville portuaire d’Odessa et la région de Charkiv, d’après les services de secours ukrainiens.
(...)
Dans le sud de la ville, quatre personnes ont été tuées, parmi lesquelles un enfant de trois ans, d’après les autorités ukrainiennes. »

Citation anodine, peut-être.
Argoul, le 31 mars 2014 – en mars, encore –, parle d’Odessa, de ses voyages passés…

« Une autre statue de bronze fait recette, celle d’un couple du temps des tsars disant adieu aux voyageurs. La femme en crinoline et chapeau est tournée vers le large, elle tient debout sur le parapet l’enfant qui tend le bras droit vers la mer et le ciel, tout comme le jeune Tadzio dans la dernière séquence du film de Visconti, Mort à Venise. Adieu au père parti au loin, geste d’orphelin ou d’espoir, c’est selon»

Puis quand il revient sur le sujet, le 17 mars… 2023 :

« Tous ceux que j’ai vus il y a 17 ans sont peut-être au front, peut-être déjà tués… »

Eh, citation anodine. Mais c’est que les gens qui vivent / vivaient en cette ville, airs libérés devant les grues de radoub – les ports sont des lieux formidables, disait à peu près la semaine dernière Renzo Piano sur France culture ; et ces grues-là me rappellent celles qui ont survécu à Göteborg ne sont pas de métal.


Nils Blanchard


Triche : étiquettes rajoutées de l'article précédent: Dante, Marie-Madeleine, social-démocratie.

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...