Rendez-vous à l’hôpital, ophtalmologie. Efficacité, bon accueil. Sauf…
Étrange monde ; j’en ai déjà un peu parlé, comme une île dans la ville, autour de laquelle passent, comme des drones étrangement silencieux, cyclistes aux écouteurs, passants aux yeux rivés sur leurs smartphones.
| NB – Strasbourg, avril 2026 |
Sauf ? Séance de laser. Un interne s’énerve que mon front et mon menton ne trouvent pas leur place sur la machine qui nous sépare, et à travers laquelle il va me bombarder de coups de laser douloureux. Heureusement, cette fois-là, une infirmière et une secrétaire s’avèrent beaucoup plus humaines.
(La fois d’après – mais pas de laser pour me mettre en rogne –, que des humains semble-t-il.)
Ah, cette fois au laser, une patiente dans la salle d’attente, faux air de Charlotte Rampling, peut-être aussi sonnée que je serai quelques minutes plus tard. On se salue aimablement ; rien qu’un salut, mais dans cet univers de cyclistes enécouteurés, de bâtiments à la mocheté soignée…
| NB – Strasbourg, avril 2026 |
Je sors du « NHC » (Nouvel Hôpital Civil). Pour me dégourdir les jambes et laisser reposer mon œil endolori, je traverse la rivière et m’enfonce dans une sente comme clandestine dans la ville.
« Jardins familiaux », maisons préservées ou abandonnées. Une tente dans un sous-bois… Je pense au livre de Michel Lamart, Le Terrain vague, même s’il ne s’agit pas ici de terrain vague, plutôt de vagues terrains.
| NB – Strasbourg, avril 2026 |
Il est question dans ce livre principalement de deux personnages (outre l’auteur, si l’on veut, et ses auteurs, Huysmans…), elle, Claire, jeune étudiante, et un vagabond dénommé par elle « Île ». Plutôt qu’un vagabond, il est à demeure, précisément dans le terrain vague. Page 19 (éditions Unicité, 2025) :
« Il semble, comme elle, né de l’instant, accroché à ces riens qui rendent la minute éternelle. Il a du temps à perdre : ça se voit. C’est rare. Il est libre. Il n’est pas, comme tant d’autres, ligoté à la bouée jetée sur la mer démontée des compétitions professionnelles. (…) Son naufrage est loin derrière lui : il ne peut plus avoir lieu. Il s’en est sorti. »
En même temps, allez vivre dans un terrain vague ! Même dans une sorte de voiture abandonnée…
Au bout d’un tiers du livre, est évoquée l’émission « Loft story », celle qui mit en scène des Loana et Steevy. Étrangement – c’est un de ces hasards, en l’occurrence triste et morbide –, alors que j’avançais à cette étape de ma lecture (on passe la page 50), la radio annonçait la mort de Loana.
J'ai entendu parler de cette émission, de ces gens ; ne crois les avoir jamais vus.
Steevy, je l’ai entendu dans des émissions de Laurent Ruquier.
C'est tout un passé, soudain, très moderne (ce qu’on en pense, c’est autre chose), qui devient très daté… C’est un peu comme regarder des photos anciennes qui fichent le cafard parce qu’elles illustrent des temps que l’on a perdus (je veux dire, que l’on a mal employés…) La Fontaine (que Michel Lamart aime bien aussi) dirait peut-être que ça intègre tous les temps…
| NB – Strasbourg, avril 2026 |
La mention de l’émission, en tout cas, date l’histoire du livre, si je ne me trompe, du début des années 2000. Et c’est peut-être aussi ce qui donne un certain charme à l'histoire (outre les qualités de l’auteur) : il n’y a pas de portables, d’ordinateurs, d’écrans partout… « Loft story » n’est alors qu’une curiosité, une émission nouvelle (malsaine peut-être, là n’est pas la question), une sorte d’île dans l’époque.
Et Claire qui a bien des problèmes, s’en laisse un peu fasciner, comme on se laisse prendre à des jeux stupides pour passer le temps, quand on veut qu’il passe (page 89) :
« Elle se sentait encore plus solidaire des locataires de Loft Story. Elle s’identifia même, pour un temps, à la blonde et pulpeuse Loana, dont la victoire ne faisait pour elle aucun doute. Elle alla même jusqu’à s’imaginer que son appartement était truffé de caméras et de micros. »
Maintenant, smartphones et réseaux ; un certain télécran est partout.
Nils Blanchard
