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vendredi 1 mai 2026

Pensées d’hôpital et sente clandestine / Loft Story

Rendez-vous à l’hôpital, ophtalmologie. Efficacité, bon accueil. Sauf…
Étrange monde ; j’en ai déjà un peu parlé, comme une île dans la ville, autour de laquelle passent, comme des drones étrangement silencieux, cyclistes aux écouteurs, passants aux yeux rivés sur leurs smartphones.

NB – Strasbourg, avril 2026

Sauf ? Séance de laser. Un interne s’énerve que mon front et mon menton ne trouvent pas leur place sur la machine qui nous sépare, et à travers laquelle il va me bombarder de coups de laser douloureux. Heureusement, cette fois-là, une infirmière et une secrétaire s’avèrent beaucoup plus humaines.

(La fois d’après – mais pas de laser pour me mettre en rogne –, que des humains semble-t-il.)

Ah, cette fois au laser, une patiente dans la salle d’attente, faux air de Charlotte Rampling, peut-être aussi sonnée que je serai quelques minutes plus tard. On se salue aimablement ; rien qu’un salut, mais dans cet univers de cyclistes enécouteurés, de bâtiments à la mocheté soignée…

NB – Strasbourg, avril 2026

Je sors du « NHC » (Nouvel Hôpital Civil). Pour me dégourdir les jambes et laisser reposer mon œil endolori, je traverse la rivière et m’enfonce dans une sente comme clandestine dans la ville.
« Jardins familiaux », maisons préservées ou abandonnées. Une tente dans un sous-bois… Je pense au livre de Michel Lamart, Le Terrain vague, même s’il ne s’agit pas ici de terrain vague, plutôt de vagues terrains.

NB – Strasbourg, avril 2026

Il est question dans ce livre principalement de deux personnages (outre l’auteur, si l’on veut, et ses auteurs, Huysmans…), elle, Claire, jeune étudiante, et un vagabond dénommé par elle « Île ». Plutôt qu’un vagabond, il est à demeure, précisément dans le terrain vague. Page 19 (éditions Unicité, 2025) :

« Il semble, comme elle, né de l’instant, accroché à ces riens qui rendent la minute éternelle. Il a du temps à perdre : ça se voit. C’est rare. Il est libre. Il n’est pas, comme tant d’autres, ligoté à la bouée jetée sur la mer démontée des compétitions professionnelles. (…) Son naufrage est loin derrière lui : il ne peut plus avoir lieu. Il s’en est sorti. »

En même temps, allez vivre dans un terrain vague ! Même dans une sorte de voiture abandonnée…


Au bout d’un tiers du livre, est évoquée l’émission « Loft story », celle qui mit en scène des Loana et Steevy. Étrangement – c’est un de ces hasards, en l’occurrence triste et morbide –, alors que j’avançais à cette étape de ma lecture (on passe la page 50), la radio annonçait la mort de Loana.
J'ai entendu parler de cette émission, de ces gens ; ne crois les avoir jamais vus.
Steevy, je l’ai entendu dans des émissions de Laurent Ruquier.
C'est tout un passé, soudain, très moderne (ce qu’on en pense, c’est autre chose), qui devient très daté… C’est un peu comme regarder des photos anciennes qui fichent le cafard parce qu’elles illustrent des temps que l’on a perdus (je veux dire, que l’on a mal employés…) La Fontaine (que Michel Lamart aime bien aussi) dirait peut-être que ça intègre tous les temps…

NB – Strasbourg, avril 2026

La mention de l’émission, en tout cas, date l’histoire du livre, si je ne me trompe, du début des années 2000. Et c’est peut-être aussi ce qui donne un certain charme à l'histoire (outre les qualités de l’auteur) : il n’y a pas de portables, d’ordinateurs, d’écrans partout… « Loft story » n’est alors qu’une curiosité, une émission nouvelle (malsaine peut-être, là n’est pas la question), une sorte d’île dans l’époque.
Et Claire qui a bien des problèmes, s’en laisse un peu fasciner, comme on se laisse prendre à des jeux stupides pour passer le temps, quand on veut qu’il passe (page 89) :

« Elle se sentait encore plus solidaire des locataires de Loft Story. Elle s’identifia même, pour un temps, à la blonde et pulpeuse Loana, dont la victoire ne faisait pour elle aucun doute. Elle alla même jusqu’à s’imaginer que son appartement était truffé de caméras et de micros. »

Maintenant, smartphones et réseaux ; un certain télécran est partout.


Nils Blanchard


Ajout : Il a été question récemment en ces lignes des Guerriers de l’hiver, d’Olivier Norek, qui se passe pendant la guerre d’Hiver.
IIl se trouve qu’Argoul (déjà évoqué parfois ici, notamment en lien à ses recensions de mes petits travaux, évoque ce même livre d’Olivier Norek le 27 avril dernier. Comme souvent, cette recension est intéressante et complète.  

mercredi 11 mars 2026

Autres questions ; faut-il défendre le faible, etc.

J'évoquais ici une rédaction de sixième sur les inondations. Elle me ramène à une autre rédaction, une dissertation plus exactement, que j’eus en terminale – je m’en souviens car j’y eus une très bonne note, qui me surprit un peu, avec là encore d’ailleurs un très bon professeur – ; la question : faut-il (ou doit-on ?; je ne suis plus sûr) défendre le faible.

NB, Strasbourg, hiver 2026

Je me souviens avoir évoqué en mon texte les poches nazies à la fin de la Seconde Guerre mondiale à l’Ouest de la France ; fallait-il les défendre uniquement parce qu’elles étaient faibles (quelques centaines d’hommes laissées en arrière lors du repli des troupes allemandes…)

En des temps orwelliens où post-vérité se mêle aux nouvelles souvent mal données (déformées aussi par d’infinis blablas appelés « débats » par des chaînes d’information ; cf. France info en « édition spéciale » sur l’Iran des jours durant…), que penser des « faibles » placés sous le feu de forces qui puisent leur grandeur semble-t-il en grande partie de l’information (au sens militaire du terme), elle-même basée pour beaucoup sur des technologies avancées.

Rappelons-le d’abord : ces « faibles » – les dirigeants iraniens – se sont montrés inflexibles dans leur répression des manifestants de janvier 2026 notamment, mais d’avant aussi. Milliers de morts, exécutions, agressions de femmes sur leur tenue vestimentaire par leur milice des mœurs ; on a là quelque chose d’on ne peut plus détestable évidemment.

Est-ce pour autant qu’il faudrait soutenir sans ciller les agissements des États-Unis et d’Israël – une de leurs premières bombes, aux premiers jours de leur attaque, a touché une école de jeunes filles… –, hors de tout cadre international et, aurais-je tendance à dire, de tout tabou (déclaration de guerre, observations extérieures… On a bien annoncé l’envoi par la Chine d’émissaire pour entamer des négociations… qu'en adviendra-t-il?)

De tabous justement – le terme est assez complexe à appréhender me semble-t-il – il a été question lors d’une (visio)conférence récente, et intéressante, de Rudy Reichstadt, sur les théories du complot. Une société, un monde sans tabous, devient un espace où l’on peut faire et dire n’importe quoi, à partir du moment où l’on en a les moyens.

NB, Strasbourg, hiver 2026

Les tabous, la civilisation, un certain partage de valeurs communes… (Attention, valeurs à ne pas confondre avec des idiotismes siglés, incompréhensibles de divers programmes et ambitions "éducatives" qui se surajoutent les uns aux autres en une bouillie à laquelle plus personne ne comprend goutte, sauf peut-être quelques inspecteurs qui en tirent de la poudre de perlimpinpin pour asseoir leur autorité). On se demande comment les professeurs peuvent y travailler (sachant que le cœur de leur métier devrait être avant tout de transmettre, simplement, du savoir) quand, dans leurs établissements même, on expose leurs élèves aux écrans, véritables écrans au savoir et à la réflexion, sans parler des dégâts neurologiques qu’on peut à tout le moins les suspecter d’infliger notamment aux plus jeunes d’entre nous ?

C'est mon métier (pour quelque temps encore…) qui m’inspire ces questions bien sûr. C’est aussi l’annonce sur le site Terrestres (en lien du blog Alluvions en lien ce ce blog-ci…) d’une table ronde le mercredi 11 mars (qui pourra être revue en différé) avec le sociologue Sébastien Broca, l’essayiste Karine Mauvilly et Félix Treguer, chercheur et membre de La Quadrature du Net., à l’Académie du Climat, à Paris.
Cela est présenté de la sorte :

« En 1999, Eric Schmidt, futur PDG de Google entre 2001 à 2011, énonce qu’Internet est la première chose que l’humanité a construite et qu’elle ne comprend pas, la plus grande expérience d’anarchie que nous ayons jamais eue. Un quart de siècle plus tard, la plus grande expérience d’anarchie est devenue le business le plus profitable de l’économie capitaliste : une poignée d’entreprises dominent l’économie numérique et occupent les sept premières places de la capitalisation boursière mondiale… »

Bon, entre nous, comme anarchistes, je préfère Léo Ferré, ou cet ami que j’eus en cinquième, un peu lâcheur peut-être…
Retour à Terrestres, le constat est accablant :

« (...) en quelques décennies, la civilisation des écrans et du numérique a enfanté un mode d’être, de relations et d’interactions profondément nouveaux. Lorsque les coordonnées de l’expérience humaine sont à ce point modifiées, les sciences humaines ont pour habitude de parler d’un « fait social total » : une réalité sociale complexe et multidimensionnelle, qui interfère sur la totalité de la société et de ses institutions, et façonne les individus. »

Alors, programme… Notamment, dans une deuxième partie :

« (...) avec Karine Mauvilly, nous examinerons le chantier de l’école numérique (les justifications avancées, les acteurs qui l’ont soutenu, les coûts, etc.), afin d’en esquisser un premier bilan. Exemple significatif : pionnier du numérique à l’école, la Suède a décidé en 2023 de revenir … à l’école traditionnelle, sans écran (...) »

(Et, surtout, rompre avec les diktats des pseudo-enquêtes PISA…)

De Karine Mauvilly, qui a écrit avec Philippe Bihouix Le Désastre de l’école numérique. Plaidoyer pour une école sans écrans, nous reparlerons sans doute.


Nils Blanchard

jeudi 12 février 2026

Peintres, conférence…

Diverses conférences auxquelles il m’a été donné d’assister à Strasbourg, cinq sur une journée, voyez-vous ça…
L'une d’elles, la dernière, le soir… était consacrée à Camille Claus. Et elle m’a ramené à la mention récente d’un tableau du peintre Adriaen Van Stalbemt, pas très, très éloigné d’un Savery… 


C'est dans le cadre de l’exposition (déjà évoquée en ces lignes) « Icônes de la présence » que Jean-Louis Mandel est intervenu à la Médiathèque protestante du Stift mardi (10 février) au soir.
Son propos a porté plus particulièrement sur les œuvres de Camille Claus dans les églises alsaciennes.
Il en est passé par une certaine genèse de l’œuvre du peintre (retour de l’URSS après la guerre via le Tambov) portant sur l’horreur de la guerre et d’un camp d’internement soviétique.
De là, évocation d'œuvres plus tardives de l’artiste, au soir de sa vie – entre les deux, peu d’œuvres à caractère directement religieux –, notamment donc pour des commandes de diverses paroisses alsaciennes.

La conférence avait lieu dans la salle Koch, étrange lieu comme soustrait à un dix-huitième siècle préservé, où, peut-être, une Madame Roland aurait pu tenir salon. On peut en retrouver les diverses conférences sur ce site ; et celle de Jean-Louis Mandel y apparaîtra…

Tout au long de son propos, le conférencier de faire référence à un journal retrouvé du peintre, qui semble mériter amplement quelque publication. (Amis éditeurs…)

Soudain, d’évoquer un tableau peu connu de Camille Claus qui se trouve à la Bibliothèque humaniste de Sélestat : La Guerre et la Paix.
Et de noter que les différents personnages ornant le versant « guerre » de l’œuvre rappellent étrangement les peintures d’après Tambov. Boucle bouclée... 

Adriaen Van Stalbemt, Allégorie de la Paix et de la Guerre - Capture d’écran

Quelques jours plus tôt, je me retrouvais à nouveau, et bien par hasard – via une « lettre » du site de ventes Drouot – sur les sentes de la forêt des maniéristes. Il y était en effet question d’une vente qui aura lieu à Lille le 15 mars prochain, d’un tableau d’Adriaen Van Stalbemt, Albert d’Autriche et Isabelle.
Adriaen Van Stalbemt ne m’était pas inconnu. S’il n’apparaît pas directement dans le livre de Martin Fahlén (que j'ai eu le plaisir de traduire), il fait partie de ces peintres du début du XVIIème siècle, dans la mouvance des miniaturistes flamands dont fait partie notre Roelandt Savery…

Dans ce tableau, auquel un article de Carole Blumenfeld nous initie, Albert d’Autriche n’est autre que le frère de l’empereur Rodolphe II que Martin Fahlén évoque beaucoup dans Le Tableau de Savery ; qui plus est, lui et son épouse visitent un cabinet de collectionneur, ce qui n’est pas très loin des cabinets de curiosités dont, encore, Martin Fahlén parle beaucoup dans son livre.

Et Adriaen Van Stalbemt, lui aussi, nous ramène à la paix et à la guerre.


Nils Blanchard


Ajout. Du peintre finlandais Pekka Halonen, je croyais avoir déjà parlé en ce blog, mais visiblement (cf. index, à droite, version ordinateur, c’est pratique, il suffit de cliquer…) non.




Pour les gens qui ont la chance de vivre à, ou de passer par Paris…

vendredi 16 janvier 2026

Peintres, anges et Jacob

                                                                La mort, c'est le point sur le mot "vie", disait-il. 

                                                                À Henri Blanchard, 
                                                                 i. m.   

Ces dernières semaines, plus ou moins par hasard – il y a des choses qu’on me signale aussi, parfois – j’ai rencontré ici et là des œuvres de Roger Dale et Camille Claus (les deux, qui ont enseigné à l’actuelle HEAR de Strasbourg, où Asuka Kazama, très attachée à l’Alsace, a étudié…, se sont rencontrés, mais je crois avoir déjà parlé de ça. 

Capture d’écran, site Youtube de Roger Dale

La couverture d’Elmar Krusman emprunte aux Cent vues du Struthof de Roger Dale.
Il a donné une interview à L’écho de La Robertsau en décembre 2025.
Jacques Gratecos, journaliste de l’écho en question, pose comme première question :

« JG – Comment peut-on naître à Liverpool, passer 25 ans à Calgary au nord-ouest de la frontière canado-américaine et finir par s’ancrer dans notre quartier ? [La Robertsau étant un quartier de Strasbourg…]

RD – Ma patrie c’est la peinture. (…) »


Ah, et étrange coïncidence, Roger Dale d’évoquer dans la suite de l’entretien le château de Pourtalès, qui lui a fait forte impression quand il est arrivé en France. Quand j’ai visité une galerie d’Asuka Kazama à Paris, fin 2025, elle y avait des œuvres représentant ce château (et son parc)…


Mais j’arrive par je ne sais quel hasard de tâtonnements numériques sur une vidéo datant d’il y a plusieurs années, montrant Roger Dale peignant une toile intitulée L’échelle de Jacob. (C’est là !)

Or je reparlerai aussi d’anges musiciens

Mais cette allusion, plus à Jacob qu’aux anges, m’a amené à Camille Claus, dont je venais de voir, la veille, une petite exposition (entre autres) d’œuvres délaissées par une église, à la médiathèque protestante (de Strasbourg encore).

Or j’avais vu il y a déjà quelques années à une autre exposition ce tableau de Claus représentant le combat de Jacob et de l’ange.

NB - Camille Claus, Combat de Jacob avec l’ange, 1957 -
Exposition au Centre culturel de Drusenheim, mars-avril 2022 

C'est dans le Livre de la Genèse (Bible de Jérusalem), 32, 23-32 :

« Cette même nuit, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué du Yabboq. Il les prit et leur fit passer le torrent, et il fit passer aussi tout ce qu'il possédait. Et Jacob resta seul. Quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. Voyant qu'il ne le maîtrisait pas, il le frappa à l'emboîture de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui. Il dit : Lâche-moi, car l'aurore est levée, mais Jacob répondit : Je ne te lâcherai pas, que tu ne m'aies béni. Il lui demanda : Quel est ton nom ? - Jacob, répondit-il. Il reprit : On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre tous les hommes et tu l'as emporté. Jacob fit cette demande : Révèle-moi ton nom, je te prie, mais il répondit : Et pourquoi me demandes-tu mon nom ? et, là même, il le bénit. »

Moi, de par diverses réflexions sur l’adversité – bon… mais visitées de loin en loin… Eh, mais si on y ajoute en plus des anges… –, m’intéresse cette bénédiction venant après une agression et un combat…
Quelque chose vers le Ma-aï des arts martiaux, au-delà de l’espace-temps ordinaire ?

L'ange, là, au bord d’une rivière… Comprenne qui pourra : je pense à des scènes de « reptation » des personnages principaux, dans plusieurs romans de Dhôtel.

Mais qu’est-ce que tout cela veut dire ? Faut-il en décider, d’ailleurs, de ce sens ?

Rosemary Ellen Guiley de noter dans The Encyclopedia of Angels :

« Cette scène dramatique a suscité de nombreux commentaires de la part des théologiens judaïques, catholiques et protestants, des biblistes et des critiques littéraires. Jacob lutte-t-il avec Dieu ou avec un ange ? … Il n'y a pas de réponse définitive, mais l'histoire a été rationalisée : romancée, traitée comme un mythe et traitée symboliquement. »

An Encyclopedia of Angels… Why not ?


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du dernier billet : Florence Gould, Balthus, Fred Vargas, Maurice Sendak, Georges Duby, Le Louvre, Eugène Delacroix, xénophobie.

mercredi 24 décembre 2025

Retour sur l’enfance / Marcel Arland, Dominique Aury et anges musiciens

J'ai été à la BNU (Bibliothèque Nationale Universitaire) de Strasbourg, le 20 décembre, voir une exposition « Les anges musiciens » que je guignais depuis quelque temps, juste avant qu’elle ne ferme.

NB - Un jouet suédois, mais avec des rênes

Mais d'abord, il y a ce texte de Dominique Aury qui traîne depuis quelque temps dans mes notes. Évidemment le mieux serait d’en parler à la Sainte Lucie. Mais c’est passé… On sait que ce blog a beaucoup de mal à coller à l’actualité…
C'est un très beau texte sur La musique des Anges, de 1967, livre de Marcel Arland. (En recherchant cette année de parution, je viens de me rendre compte qu’on trouvait ce texte assez simplement, à cet endroit.)

(J'ai un peu étudié Marcel Arland – auteur que j’aime bien – et Dominique Aury, importante figure de la Nrf, amie de Jean Paulhan, en plus d’être l’auteure bien sûr d’Histoire d’O. Tous les deux ont été, sans doute pas aux mêmes époques, aux déjeuners de Florence Gould. Je ne sais pas s’ils s’entendaient si bien que ça. J’aurai sans doute l’occasion de revenir là-dessus, ailleurs qu’en ce blog vraisemblablement…
Peut-être donc ne s'entendaient-ils donc pas, mais la littérature, pour les gens qui la servent vraiment, est comme d’une autre dimension.)

Bref, le texte commence de la sorte : « À la Sainte Lucie, au plus noir de l'hiver, on donne aux enfants de Suède de petits manèges d'anges musiciens. Il s'en élève une fugace et poignante musique, à peine saisissable, et qui pourtant ravit. C'est une mélodie du même ordre que laissent échapper les récits dont est composé le dernier livre de Marcel Arland, une mélodie qui célèbre, au plus noir des désastres dont une longue vie peut accabler un homme, et avec lui tous les hommes, un miraculeux éclair : la grâce, un instant, de l'accord entre n'importe lequel d'entre nous et le coin de terre où il fait halte, de l'accord entre celui qui parle et ses lieux de prédilection. »


On en a parlé... les lieux de prédilection d’Arland ? L’Auvergne, notamment… Les crucifix dans la pierre d’une campagne étincelante de beauté.
Je revenais justement, récemment, de la visite d’une bibliothèque en ces coins, où il y avait du reste des dédicaces d’Arland…

NB, Auvergne, automne 2025 - En l’occurrence, ici, le crucifix est métallique

Or donc, cette exposition à la BNU, sur les anges musiciens… Peut-être en parlerai-je une autre fois.
C'est que je vais assez rarement à Strasbourg, pour diverses raisons. Là, je voulais profiter de mon passage en cette ville pour allez voir si je ne pouvais pas trouver quelques DVD et CD dans une enseigne bien connue, qui a à peu près le monopole de la chose désormais (sans quoi je n’y mettrais sans doute jamais les pieds… Et la dernière fois que j’avais été dans ce magasin, tenez ; ça apparaît dans ce billet).

Je trouve quelques petites choses (dont un Polanski, un Woody Allen…), fais une longue queue pour payer mes achats, et au moment où ça aurait dû être mon tour d’aller à la caisse, des gens me passent devant, venus de nulle part : ils sont « prioritaires ». Je commence à râler évidemment ; n’a-t-on jamais entendu parler de la nuit du quatre août, l’abolition des privilèges, etc.
Mais les gens de la queue restent impassibles (sans doute leur faut-il un gilet jaune pour se croire autorisés à s’exprimer…)
(Ça me fait penser, à propos d’anges – ou peut-être pas du tout – que j’ai renoncé aux musées du Vatican, lors d’un séjour à Rome, parce que les « coupe-file » m’écœuraient, comme m’écœurent les tarifs particuliers de la SNCF, les péages autoroutiers privés, les ceci, les cela ; tous ces retours d’égouts des temps des octrois…)

Bref, je finis par me retrouver devant une souriante jeune caissière, qui dissipe ma mauvaise humeur. « Vous pouvez avoir une carte gratuite pour Deezer, me dit-elle.
– Dix heures de quoi ? »
Bon, il y avait la queue derrière moi, je n’ai pas prolongé trop longtemps la confusion.
« Mais vous savez – me dit-elle l’air quand même, un peu inquiet – ce sont les concurrents de Spotify... »

Spautie – faille ?

God Jul ! Joyeux Noël !


Nils Blanchard

mardi 14 octobre 2025

Retour de Paris et lit défait

Passé deux jours à Paris, pour diverses raisons bien sûr, et surtout pour le Salon de la revue, qui avait lieu à la Halle des Blancs-Manteaux, où il y avait, entre autres… La Route inconnue, l’association des Amis d’André Dhôtel, qui était représentée avec ses bulletins, ses cahiers…

NB - octobre 2025, Paris, rue G. Geffroy

Outre la Route inconnue, au salon, pêle-mêle, la revue La Rocambole, sur le roman populaire, La Faute à Rousseau, de l’APA (association pour l’autobiographie), les Cahiers Charles Fourier, les Études Romain Rolland, Jean Paulhan et ses environs, La Revue des revues bien sûr, L’Actualité Verlaine et… Le Haïdouc, des Amis de Panaït Istrati. Je ne cite qu’une petite partie de ce que j’ai repéré ; il y avait à faire… 
Ah, on me parle aussi des Nouveaux Cahiers Castoriadis. J’avoue que j’ignorais Cornélius Castoriadis, dont, pourtant, la biographie (Wikipedia….) me ramène à diverses pistes…

J'avoue… n’avoir pas été très consciencieux. J’ai un peu tenu le stand André Dhôtel bien sûr, me suis un peu promené… Puis j’ai chopé à un moment mal à la tête. C’était peut-être un appel de Paris. Je suis sorti marcher…

NB - octobre 2025, Paris, vers la rue Mouffetard

À cette marche-là ou à une autre – souvent, ces derniers temps notamment… je marche beaucoup à Paris ; flemme d’aller à telle exposition ou rencontre pourtant prévue ; je préfère me promener… « Ces derniers temps »…, sans doute tout simplement parce que je ne vis plus à Paris ; j’y vais peu de temps, plus ou moins mal posé dans des hôtels de hasard… J’y suis comme vagabond, ce n’est pas complètement désagréable. Vagabond de luxe : de quelques heures, et logé, nourri, blanchi… –, je me suis retrouvé place de la République.

NB - Paris, 12 octobre 2025, Place de la République

Là, je discerne ce tag sur le socle de la statue, appelant à « détruire Israël », à « abolir le sionisme », le tout dans un globish conquérant…
Dénoncer les atrocités du gouvernement actuel d’Israël est une chose, appeler à la destruction d’un État reconnu par l’ONU en est une autre, qui fleure de bien mauvaises odeurs.

Capture d’écran, Ville de Paris


Au cours de mes promenades, des panneaux publicitaires souvenirs de la panthéonisation de Badinter évoquée au dernier billet. Sur cette photo-ci (que j’ai récupérée sur internet), un cycliste.
J'ai eu l’impression cette fois à Paris que les cyclistes s’étaient mis un peu au pas ; ils viennent moins frôler le marcheur que dans mon souvenir. C’est une trop grande ville ; les piétons se défendent – il y a qui plus est une certaine tradition de râlerie. En plus, les cyclistes eux-mêmes sont boutés un peu hors par leurs cousins motorisés : trottinettes, vélos électriques et autres étranges engins à grosses roues, hydres particulièrement laids entre des vélos et des motos (peut-être ces choses ont-elles un nom?)
À Strasbourg, l’affaire est tout autre. On y verra peut-être bientôt fleurir des panneaux d’interdiction de passage aux piétons sur les trottoirs…

Bien. Mais le lit défait, là-dedans ?

C'est qu’au retour à ce qui est encore chez moi, en ce moment (à Haguenau), je furète sur quelques blogs où j’ai coutume d’aller de temps en temps. Kristin Lagerqvist (blog Krickelins), dont je parlais il n’y a pas si longtemps, remet ça avec son lit défait, que d’un côté, etc.
Elle s’apprête à le retrouver (le lit) :

« (...) jag är på väg till mitt paradis och jag kan knappt bärga mig. Uppe i ottan, faktiskt tidigare än jag behöver men jag har vaknat två gånger i timmen hela natten. Varför gör man alltid det när man vet att man ska upp tidigt? Är det för att kroppen är så rädd att försova sig så den inte riktigt somnar kanske…? »

« (...) je m’apprête à rejoindre mon paradis et je trépigne d’impatience. J’étais debout à l’aube, clairement plus tôt que nécessaire, mais je me suis réveillée deux fois par heure toute la nuit.
Pourquoi en est-il toujours ainsi quand on sait qu’on va se lever tôt ? Est-ce parce que le corps craint de ne pas se réveiller et qu’il ne s’endort pas réellement… ? »

La photo est la même que celle évoquée là. Je n’avais pas remarqué le livre ouvert.

Sur le mien, de lit défait, un Panaït Istrati que je me suis procuré au salon de la revue…

Mais le mien, de lit, est défait, mal fait, pour d’autres raisons sans doute que pour celui de K. Lagerqvist. C’est en lien à ce vagabondage dont je parlais sans doute ; vagabond en ma ville (ou l’une d’elles), mais mon logement est dans un ailleurs que je quitterai vraisemblablement assez vite (raisons professionnelles, etc.)


Bon, mais quant au sommeil ; je me rends compte que j’en ai bien peu parlé ici.

Eh, oui, deux fois par heure…

Il y a une exposition au musée Marmottan-Monet ; j’aurais pu aller la voir avec moins de flemme ; il n’est pas trop tard, bien sûr… Si j'ai bien dormi.

En lien au dernier billet, on sait qu’Hypnos était frère jumeau de Thanatos.



Nils Blanchard


mercredi 1 octobre 2025

Mélange(s) des histoires

Journée de colloque dans l’ensemble passionnante au Cercle militaire de Strasbourg (place Broglie), le 27 septembre. Le thème en était « L’art dans le complexe concentrationnaire de Natzweiler ». Là, différents sujets, allusions, détails qui me ramènent à différents centres d’intérêt.


 Je pourrais évoquer toutes les interventions de la journée – j’en évoquerai –, mais je veux parler là de deux d’entre elles. L’une d’elles a été un peu iconoclaste quant au thème central (L’art dans le complexe concentrationnaire de Natzweiler) ; son titre : « Les objets fabriqués par les détenus des camps de Natzweiler-Struthof et Vorbruck-Schirmeck : art ou artisanat ? » Elle était dite par Juliette Brangé et préparée par elle et Michaël Landolt.
L'anomalie initiale m’a fait froncer les sourcils : on sait que le camp de redressement de Schirmeck n’appartenait pas au complexe de Natzweiler et, surtout, n’était pas un « camp de concentration ».

J'avais justement (quasiment) terminé le billet du 21 septembre dernier, consacré au KL Natzweiler, sur ceci :

« Bon, là [dans une petite vitrine provisoire d’objets exposés] voisinent étrangement des objets liés à la période concentrationnaire (le KL Natzweiler, et d’autres camps de concentration) et à la période carcérale (1944-1945) qui a suivi l’évacuation du camp de près. Ce mélange des mémoires, des histoires, pose question, même s’il est exact que le site a accueilli les deux systèmes successifs. (Le mélange imprécis, on le sait, est une tendance de certains historiens locaux qui ne sent pas toujours très bon…) »

Je pourrais réécrire à peu près la même phrase : « Ce mélange des histoires... », même si les deux camps autres (Schirmeck et Struthof période internement) ont des histoires particulières.

Goya, Esquisse du tableau La Vérité, le Temps et l’Histoire -
Musée des Beaux-Arts de Boston, Wikipedia

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ntervention, malgré tout, était intéressante.
Et Juliette Brangé de mentionner à un moment la découverte lors de fouilles à Natzweiler d’une plaque métallique avec le numéro matricule d’un prisonnier (soviétique en l’occurrence).
Évidemment, je pense à ce curieux hasard concernant la dépouille d’Elmar Krusman, au camp annexe de Bisingen : « Son corps, qui fut aussi un des rares enterré avec des vêtements) était donc le seul [parmi 1158 corps] doté d’une plaque d’identification métallique, alors que les autres étaient en carton [et se sont révélées quasi-illisibles à l’exhumation], d’où l’identification certaine et précise. (…) Outre qu’elle était métallique, cette plaque comportait donc la date du décès et une nationalité, en l’occurrence : 13.3.1945. Estland. » (NB, Elmar Krusman, L’Harmattan, pages 82-83.)


Cette intervention a été suivie par celle de Vincent Briand (directeur du Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon). Lui a évoqué un fonds de ce musée de plus de 600 œuvres d’art, « majoritairement des dessins, réalisés clandestinement par des déportés dans les prisons et camps nazis ». (Je cite là la plaquette du colloque.)
Je reviendrai, vraisemblablement, sur ce fonds, contenant entre autres 170 œuvres étonnantes – personnages au visage absent – de Jeannette L’Herminier.
Cela m’a ramené à une histoire géographiquement plus personnelle, celle de mon lycée angevin Joachim du Bellay. Au moment de la guerre, il était un « collège de jeune filles ». Sa directrice, Marie Talet, ainsi que quatre professeures et l’économe de l’établissement, dénoncées pour actes de résistance, ont été arrêtées et déportées. Parmi les trois survivantes, Jeanne Letourneau, professeure d’arts plastiques, a laissé des dessins de grande qualité, de Ravensbrück.
J'allais écrire : « des dessins magnifiques ». Impossible d’écrire cela. C’était un thème aussi du colloque ; je vais utiliser un langage un peu universitaire : comment appréhender – l’est-il possible ? – la notion de beauté, dans le système concentrationnaire ?


Nils Blanchard

dimanche 3 août 2025

Vers le pire ? – Laser, vélos, fermeture de blog et patron

Toute fin de juillet, journée, décidément… Je sors de l’hôpital après être passé entre les mains d’un interne… comment dire, pas particulièrement délicat (et je ne crois pas être spécialement douillet…) Je me retrouve dans les rues de Strasbourg ; œil douloureux et larmoyant – « surlunettes » merci à vous… –, à me faufiler un chemin, un peu flageolant…

NB Autoportrait à la coquille (juin 2025)

Me faufiler un chemin… parmi les vélos (et les voitures, mais elles au moins restent sur leurs voies). Sans mentir : je cherche un endroit réservé aux piétons. Sur telle avenue, on leur laisse un petit chemin au bord de la chaussée, en plein cagnard…
Je fulmine, râle… devant les cyclistes à la queue-leu-leu qui, au mieux, ne voient rien de mon manège, au pire, doivent me prendre pour un fou, un marginal, un inadapté… ce que je suis peut-être après tout…

Je repense à Benoît Duteurtre, encore une fois. Mélanie… (Souvenez-vous, dans En marche!)
Pages 97-102 :

« (…) Mélanie (…) fit avancer son fauteuil vers le trottoir où elle jeta un regard plein de colère. Car le spectacle de cette ville la confortait, jour après jour, dans sa principale certitude : ce monde – comme chacun d’entre nous – avance obstinément vers le pire.
(…) Quant aux cyclistes auxquels on avait accordé tant de privilèges, ils en exigeaient davantage et abandonnaient continuellement la chaussée pour ces mêmes trottoirs où ils se sentaient plus en sécurité. Rapides et silencieux, ils ne semblaient guère s’aviser que leurs engins, déboulant parmi les promeneurs, semaient l’inquiétude. Surgissant à chaque instant, ils filaient à vive allure, slalomaient entre les piétons, faisaient du lèche-vitrine entre les poussettes. Et Mélanie observait avec colère ce mélange d’assurance vertueuse (eux aussi luttaient pour sauver la planète”) et de mépris pour les autres. »

Mélanie, on en a déjà parlé a pour sport favori de remettre à leur place ces cyclistes. Et :

« Penaud, le coupable s’en retournait vers la chaussée. Mais, dès qu’il enfourchait de nouveau sa selle, il retrouvait les mœurs de sa caste et dressait un doigt d’honneur en direction de la handicapée, puis disparaissait en quelques tours de pédales, certain qu’elle ne le rattraperait pas. »

NB - Strasbourg, août 2025 (le week-end suivant, avec beaucoup moins de monde...)

Bon, mais aussi, il y avait eu certes quelques fausses alertes, mais cette fois c’est la « bonne » semble-t-il : Thomas Nydahl a fermé son blog !
Désormais, plus rien : il faut être « invité »… ce qui revient à dire semble-t-il que c’est fermé…
Évidemment, il était malade, fatigué… Il écrivait le 18 janvier 2025 (j’avais « copié-collé »…) :

« Det kan gå dagar mellan suckarna. Påstår han själv. Men omgivningen hör hur de kommer allt tätare, som attacker mot tystnaden. Suckarna har blivit hans nya sätt att meddela omvärlden vantrivlseln.
(...)
Tyst men märkbart suckar han sig denom dagarna. Tyngden på hans axlar och smärtan i hans bröst är nu som en synlig rustning som ska skydda honom mot världen. »

« Il peut s'écouler des jours entre les soupirs. Du moins d'après lui. Mais son entourage les entend de plus en plus fréquemment, comme des attaques contre le silence. Ils sont devenus le nouveau moyen d'expression de son malaise. 
(...) 
Silencieux, mais visible, il soupire et pleure au travers des jours. Le poids sur ses épaules, la douleur dans sa poitrine, sont maintenant comme une protection ostentatoire contre le monde. »

Capture d'écran du blog de Thomas Nydahl - Fausse alerte en juin 2023...

Autre fin d’une histoire – fin d’une époque en tout cas : Gammalsvenskby. L’agression russe qui n’en finit pas… On lit sur le site Svenskbyborna, en lien de ce blog, le 28 juillet (Sofia Hoas) :

« Ryska armén fortsätter att beskjuta och bränna det som finns kvar av byn. Drönare släpper sprängämnen och minor.
Det är svårt att hålla kontakt med de 6 personer som är kvar. En person lämnade byn till fots. Han möttes upp och togs till sjukhus för behandling.
De som är kvar uppmanas att omedelbart lämna byn till fots, till en säker plats. »

« L'armée russe continue de prendre pour cible, de brûler ce qu’il reste du village. Les drones larguent explosifs et mines.
Difficile de garder un contact avec les six personnes restantes. Un habitant s’est enfui à pied ; il s’en est tiré et a été soigné à l’hôpital.
Ceux qui restent sont invités à quitter sans délai le village vers des lieux plus sûrs. »

Mollie Faustman - Capture d’écran

Et puisqu’on est dans des thèmes peu réjouissants, on peu ajouter ici ces discours, toujours semblables, qui se répètent comme des disques rayés au fil des années…
Un chef de syndicat des patrons, sur une chaîne de radio d’« informations », explique qu’il faut travailler plus pour produire plus. Il est favorable évidemment à la suppression de jours fériés, reprend l’antienne de l’absentéisme qui serait plus fort dans le secteur public que dans le privé (bien qu’on ait dû lui expliquer moult fois que les choses étaient à y regarder de plus près…)
Le brave garçon n’a jamais entendu parler, semble-t-il, de réchauffement climatique, de baisse drastique de la biodiversité, de la nécessité de baisser l’artificialisation des sols, de cesser l’empoisonnement des gens (pesticides, etc.) C’est apparemment un héritier ; quelqu’un qui consacre sa vie à préserver ce qu’il a reçu de plus que d’autres pour se donner de l’importance, et ce, « quoi qu’il en coûte » (socialement, écologiquement…)
Morbide, oui.

Il est de ces journées…


Nils Blanchard


Triche. Ajout d’étiquettes du dernier article : Martine Sgard, Martin Fahlén, Le tableau de Savery, Patrick Reumaux.

samedi 28 juin 2025

Des temps et des oiseaux de fer

À cette journée au Mont-de-Jeux fin mai (Ardennes) consacrée à André Dhôtel, dont il a déjà été fait mention ici, une troupe amateur, le Théâtre de la Grande Oreille, a donné une représentation d’une partie de l’adaptation radiophonique de L’Île aux oiseaux de fer.

NB - Mont-de-Jeux, baraquement d’André Dhôtel

 
J'ai déjà parlé de ce livre ; il a une actualité étrange et dramatique. Son épitomé : Julien Grainebis, le héros des contes du même nom, est repris de l’envie de voyager, quitte Bermont et embarque du Havre sur le Tourterelle où il est engagé comme steward avec Daniel, personnage hâbleur et vaguement maléfique, qui pousse Julien à l’eau en pleine mer, quelque part dans le Pacifique à proximité d’une étrange île. Julien Grainebis rejoint l’île à la nage et est tout de suite accueilli – et peut-être sauvé de requins – par ceux qui donnent son nom au roman : les oiseaux de fer. Ce sont des sortes de drones – on ne devait pas employer le mot en 1956 –, qui servent de police, notamment morale et politique, à un gouvernement sans tête de l’endroit, dictatorial, totalitaire pour mieux dire. Le gouvernement – ses manifestations en tout cas – y est une hydre déconcertante d’intelligence artificielle et de psychologie.
Julien Grainebis est intégré tant mien que mal aux travailleurs de l’endroit – on a quelque chose de Kallocain (La Kallocaïne) de Karin Boye –, mais parviendra, aussi logiquement qu’invraisemblablement à faire « buguer » (ce terme non plus n’existait pas en 1956) les oiseaux de fer, mais aussi à entraîner dans sa fuite amoureuse une psychologue…



Or comment ne pas songer que tous ces drones sont – entre autres bien sûr – une marque des conflits actuels, notamment celui entre la Russie et l’Ukraine ? (Récemment, il a été annoncé que Renault devrait construire des drones en Ukraine, de même que la marque produisit des chars pendant la Première Guerre mondiale…) Kiev, Odessa, Gammalsvenskby, sont régulièrement touchés par des drones ou des bombes planantes. La population de Gammalsvenskby a été réduite quasiment à néant ; on lit sur ce blog en lien de celui-ci, le 19 juin (Sofia Hoas) :

« Det är nu bara 7 personer kvar i byn. De uppmanas att lämna. Det är livsfarligt att köra ner nödhjälp. Innan det ryska anfallskriget började bodde det 2300 personer i byn. Det fanns bl.s. skola, vårdcentral, ålderdomshem, butiker, kulturhus och kyrkor. Alla de är nu jämnade med marken eller utbrända. »

« Il n’y a plus que sept personnes au village. On les presse de partir. On risque sa vie quand l’on y achemine de l’aide d’urgence. Avant la guerre d’agression de la Russie, le village comptait 2300 habitants. Il s’y trouvait notamment une école, un centre de soins, une maison de retraite, des boutiques, une maison de la culture, et des églises. Tout cela est désormais rasé ou brûlé. »

Le blog Argoul de conter d’évoquer un ancien voyage à Odessa, le 17 mars 2023, et :

« Les gens d’Odessa méritent qu’on se souvienne d’eux.
Avec l’invasion russe à prétexte xénophobe, d’un clair racisme anti-occidental, l’Ukraine résiste.
Ce sont des gens ordinaires, des vieux qui ont encore l’habitus soviétique mais qui sont heureux d’en avoir fini avec les contraintes du « communisme », des hommes mûrs qui sont au front pour défendre leur travail, leur famille et leur patrie (mais oui, Pétain-Poutine !) ; des jeunes qui aspirent à l’avenir en Europe et à vivre selon leurs goûts.
Tous ceux que j’ai vus il y a 17 ans sont peut-être au front, peut-être déjà tués… Souvenir. »

NB - juin 2025, Strasbourg

Temps qui passe, passablement bouleversé en temps de guerre. Or j’écris ce billet d’une salle d’attente d’un vaste hôpital de Strasbourg, d’une ville en paix, donc… Le NHC (Nouvel Hôpital Civil), est une véritable ville dans la ville. La notion du temps y est comme transformée, de même que les repères géographiques – un peu comme sur une île. Je m’y repère notamment grâce au copain un peu râleur de l’emblème de ce blog, déjà évoqué, le garçon au poisson.

NB - juin 2025, Strasbourg

Que sont devenus, que deviendront les gens que je croise, que j’ai croisés ici ?


Nils Blanchard


P.-S. Il y a ces temps-ci une publicité qui met en scène des… oiseaux de fer, pour la marque « Macintosh » je crois. Ce sont là des volatiles métalliques dont le gros du corps est une caméra qui vient espionner ls regardeurs de « smartphones » (on se demande bien pourquoi ces volatiles perdent leur temps de la sorte!) ; une « application » (de protection des informations, des donnés?) les fait exploser en vol…

Triche. Ajout d’étiquettes du dernier article, à savoir : Iran, François Hollande, Donald Trump.

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...