Affichage des articles dont le libellé est Charleville-Mézières. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Charleville-Mézières. Afficher tous les articles

mardi 17 octobre 2023

Champignons, renards

Au hasard de recherches sur le net, j’ai été interpellé par deux affiches aux couleurs et motifs assez semblables ; elles viennent de deux villes de taille vaguement comparables : Charleville-Mézières (plus grande quand même) et Haguenau.


 Or il se trouve que j’ai de vagues attaches dans l’une et dans l’autre.

Haguenau, je m’y promène assez fréquemment ; dans sa forêt itou – mais je n’y ai pas vu beaucoup de champignons je dois dire.
Un jour : un renard. J’ai vu une forme approcher à peut-être deux cents ou trois cents mètres, du bout d’une sente. Je me suis figé, m’efforçant de ne pas faire un seul mouvement. Ce que j’ai vite reconnu comme un renard – une bête qui m’est très sympathique – s’est approché, approché.
Jusqu’à environ trente mètre ? Là, arrêt. Ai-je cillé ? M’a-t-il senti ? Je l’ai vu comme hésiter. Puis, subitement, rapide comme l’éclair, il a disparu dans les fourrés sur le côté.
J'ai eu l’étrange impression qu’il y eut une expression de déception, de désapprobation, dans son regard, juste avant qu’il s’en aille. Comme s’il s’était senti trahi par mon immobilité. Sans doute ne pouvait-il que subodorer que je voulusse lui tendre un piège.
Bien sûr ce n’était pas le cas ; je voulais juste le regarder ; le voir.



Charleville-Mézières, c’est parce qu’on est dans les Ardennes dhôteliennes (même si le vrai Dhôtelland – un non-sens, ce Dhôtelland, dira Patrick Reumaux, et j’aurais tendance, avec une pointe d’agacement, à lui donner, encore une fois, raison… – est plus au sud).

Mais André Dhôtel a écrit un poème magnifique sur la chute d’un arbre (je crois l’avoir déjà cité quelque part, car il a été illustré par… Camille Claus – et on se rapproche là de Haguenau) :

« (...)

Un soir l’arbre mourut

s’abattit et devint

plus grand qu’il fût jamais

sur la terre étonnée,

et le renard pleura. »



(Ah, et Patrick Reumaux, bien sûr : un spécialiste des champignons… Entre autres.)

NB - Bohuslän, août 2023

D'après le blog Fonge et florule, on n’en serait en cette saison qu’au début des champignons en France. Aux avant-postes, un bolet radicant, non comestible.
En Suède, en août, il y eut des champignons comme rarement ; saison exceptionnelle (si, là encore, j’ai bien compris), liée peut-être à un début d’été très humide après un printemps très sec ?

Bon, mais on a déjà vu des champignons en ce blog... Et, ces derniers temps, j’ai été amené à parler çà et là de forêt (et on en reparlera…) Or, comme l’écrit un auteur présent à Haguenau pour les « mycofolies », Hubert Voiry (Actes Sud, 2022) : Pas de forêt sans champignons.


Nils Blanchard


Ajout, 21/10/2023 : 

Je n'avais pas si mal compris que ça : la saison des champignons était bien mémorable, en Suède. C'est ce qu'écrit hier Einar Jakobsson dans son blog Rapsodi, en lien d'en lien de ce blog (via Bernur, lui-même en lien de Nordic Voices in Translation...) 

Et qui plus est, il évoque Peter Handke, grand amateur... d'André Dhôtel !

L'article commence ainsi: 

« I vintras utkom några nya prosaverk av Peter Handke på det förträffliga förlaget Faethon. Det med titeln "Försök om svampdåren. En berättelse för sig" (översatt av Jesper Festin) sparade jag till svampsäsongen, som den här hösten ju visat sig särskilt minnesvärd som sådan. »

« Cet hiver sont parues de nouvelles œuvres en prose de Peter Handke chez l'excellent éditeur Faethon. Celle intitulée Essai sur le fou de champignons. Une histoire en soi (traduction de Jesper Festin), je l'ai gardée pour la saison des champignons, qui cet automne s'est révélée particulièrement mémorable. » 

Dans la revue Etudes, Yves Auclair avait écrit : 

« André Dhôtel avait écrit une merveilleuse fable sur Le vrai mystère des champignons. On ressent ici un même absolu mystère, mais d'une autre manière : une impression faite d'étrangeté, de plus en plus insidieuse, et de malaise finement pointé d'humour, envahit le lecteur devant l'existence de ce chasseur fou de champignons, de ce mari, père de famille et avocat pourtant bien comme il faut. Dans son pays où il n'arrive jamais, mais finira par « arriver » (un peu), sa passion fabuleuse déraille en addiction infernale et contamine jusqu'à la phrase de son témoin écrivain, lui aussi chasseur improbable de ce qui fait le sens d'une vie. »  


NB

mardi 16 mai 2023

Forêt, livres. Universités, contradiction.

 Diverses choses me ramènent – des hasards ? – à la Finlande suédophone.

NB - Angers, février 2023

Cette photo, d’abord, prise à l’étang Saint-Nicolas, à Angers. En avais-je conscience quand je l’ai prise ? Je ne m’en souviens plus, ne saurais l’affirmer. Mais elle me ramène à cette peinture d’Ellen Thesleff, déjà montrée en ce blog.

Ellen Thesleff

N'est-ce pas ?

Ou encore, toujours autour de cet étang ; on distingue les bâtiments de l’université de Belle-Beille, où votre serviteur a fait quelques années d’études. Et il est vrai que de cette université – où étaient déposées encore, à l’époque, c’est un hasard complet je vous l’assure, des archives d’André Dhôtel, depuis « rapatriées » à Charleville Mézières… Il y avait en outre une collection à peu près complète je crois me souvenir de ses romans, à la bibliothèque… – de cette université, donc, on pouvait gagner en quelques pas cet ensemble forestier.

Alors, là, on repense au blog Sandra skriver, son auteure écrit de Vasa, où je passai quelques jours en bien bonne compagnie, là encore, il y a pas mal d’années… Elle, sa volonté soudaine d’aller en forêt, évoquée en ces lignes le 20 avril dernier, peut faire penser à ces déambulations mentales d’étudiant entre un bâtiment encore bien moderne – style « gris Mitterrand », comme le décrivait un mien professeur d’histoire – et l’espace boisé qui le flanquait.

NB - Angers, février 2023

Thomas Nydahl, le 9 mars (2023) :

« Bland de skogar jag mest vandrar i på gamla dar är strandskogen framtrâdande. Barn- och ungdomens var Bokskogen (…) Hela dagen kunde jag med barnen vandra, sitta och ligga där i den ljusa och milda skogen, på mopedavstånd från bostaden i Malmö.
Men ingen skog skänker så mycket tröst som bokens. Jag blir uppfylld av frid om jag får befinna mig i den. (…) »

« Parmi les forêts dans lesquelles je me promène le plus dans mes veux jours, celle de la plage est primordiale. Celle de l’enfance, de la jeunesse était Bokskogen* (…) Là, je pouvais y passer des journées entières avec les enfants ; on s’asseyait, on se posait quelque part dans le bois doux et 
 non loin de Malmö.
Mais il n’est pas meilleure forêt pour ma consolation que celle des livres. Quelle paix, quand je peux y être ! (…) »

* Bokskogen est un parc à Malmö. (Bokskogen peut signifier littéralement "forêt des livres"...)


De qui?

Étrangement, les bibliothèques personnelles sont très intimes, se lèguent difficilement (un peu comme les  jardins?)
Les bibliothèques universitaires – de même que les parcs ? – permettent une autre intimité, parfois ; une autre évasion.
Contradiction encore. 

Nils Blanchard


Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...