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mardi 19 mai 2026

Retour à la Guerre d’hiver / Réflexion autour du livre l’Olivier Norek

Retour sur le livre d’Olivier Norek, Les Guerriers de l’hiver, qui se passe durant la Guerre d’hiver et suit notamment les soldats finlandais d’une sixième compagnie.

Väinö Blomstedt, L’archer - Capture d’écran

J'avais parlé de « choses à nuancer, à corriger »… Il est ainsi question de la notion de « trauma », qui me semble bien anachronique pour les soldats de 1939-40, non qu’ils n’y fussent confrontés, mais ils ne devaient sûrement pas l’exprimer comme on l’exprime aujourd’hui.
Me vient aussi à l’esprit un certain discours du roman qui tendrait à considérer que c’est la guerre d’hiver qui aurait fait la Finlande. Non. Elle était indépendante depuis 1917. Puis, paradoxalement, alors qu’elle était sous domination russe (mais avec une certaine autonomie dans le cadre du Grand Duché), le nationalisme finlandais s’est développé dans la seconde partie du XIXème siècle. La Société de littérature finnoise y est créée dès 1831. C’est l’époque des recherches folkloriques, des épopées fondatrices, ainsi le Kalevala d’Elias Lönnrot. Le mouvement des « Fennomanes », par opposition aux suédophones (ou svécophones, dit-on parfois), favorise le finnois, parlé par une grande majorité de la population. Des artistes (comme Gallen-Kallela) « fennomanisent » leurs nom et prénom…

Väinö Blomstedt, Garçons à ski - Capture d’écran

Bon, mais on a pu trouver récemment des échos à la lecture d’Olivier Norek. Argoul (déjà évoqué en ces lignes) en parle le 27 avril dernierIl rappelle, faisant des raccourcis avec l’Ukraine actuelle, la capacité d’adaptation des Finlandais : « les Finlandais ont inventé les raids éclairs à ski, la tactique des motti : encercler les colonnes soviétiques, les isoler, les détruire méthodiquement aux cocktails incendiaires, qu’ils ont baptisé ironiquement Molotov, ministre des Affaires étrangères de Staline ».
 
Puisqu’on en est aux affaires étrangères, Olivier Norek évoque plusieurs présidents finlandais. Urho Kekkonen, à la fin du roman, mais avant lui (p. 41), Kyösti Kallio (remplacé par Risto Ryti à partir du 19 décembre 1940). Puis, surtout, Mannerheim (qui sera président après la guerre).
Martti Ahtisaari, par ailleurs grand diplomate apparaît aussi. Lui aurait fait partie de ces enfants envoyés en Suède… Vraiment ? Il était né en juin 1937… Je n’en vois nulle trace. Il dit lui-même lors de son discours de prix Nobel : « I was only two years old when, as a result of an agreement on spheres of interest between Hitler’s Germany and Stalin’s Soviet Union, war broke out, forcing my family to leave soon thereafter the town of Viipuri. Like several hundred thousand fellow Karelians, we became refugees in our own country as great power politics caused the borders of Finland to be redrawn and left my home town as part of the Soviet Union. This childhood experience contributed to my commitment to working on the resolution of conflicts. » (Je surligne...)

On se rend compte en tout cas d’une certaine qualité des présidents finlandais (remarquée encore récemment dans le Göteborgs Posten, en comparaison à l’actuel ministre d’État suédois) ; est-ce lié au suffrage universel ? (Cette tendance ne serait alors pas universelle ! Cf. ce qui se passe en Amérique. Mais la situation des États-Unis n’est-elle pas liée plutôt au système des primaires ?)

Väinö Blomstedt, Épisode du Kalevala - Capture d’écran

P
uisqu’on est on en est arrivé à évoquer en ce billet l’administration américaine, Dominique de Villepin, début avril, a à plusieurs reprises dénoncé la guerre « de destruction » menée contre l’Iran, sans autre stratégie claire, et notamment pas de porte de sortie politique.
N'en a-t-il pas été de même de la Guerre d’hiver – Olivier Norek le montre bien, avec le bombardement des villes, une stratégie de « non retour » des Soviétiques (non retour de certaines dépouilles, pour masquer les pertes, non retour de munitions, et donc ordre de les tirer toutes à quelques heures de la fin annoncée des hostilités en mars 1940) ?

D. de Villepin, le 3/4/2026, sur LCI, « D’abord, nous constatons jour après jour l’impuissance militaire, l’impuissance de la puissance militaire américaine. Deuxièmement, nous constatons le désintérêt des États-Unis pour ce qu’est l’ordre économique international, et cela affecte l’ensemble de la planète. Et (…) nous constatons le peu d’intérêt qu’ils accordent à l’ordre stratégique international, c’est-à-dire que la puissance américaine devient une puissance négative. Et quand je dis « négative », c’est une puissance de désordre. Et c’est le signe du déclin impérial américain. Nous sommes aujourd’hui sur un autre versant de l’histoire. »

Là, le stalinisme fauteur de guerre de 1939-40 n’était pas très éloigné de ce qui précède. Peut-être la stratégie d’un Staline était-elle plus assurée (sécuriser la Baltique en cas d’un conflit avec l’Allemagne nazie), même si on peut se demander (pacte germano-soviétique, invasion d’une partie de la Pologne…) s’il ne répondait pas à un simple appétit territorial.

Villepin : « Une population déterminée, un régime déterminé, face à une hyperpuissance, dès lors qu’elle défend son territoire, est toujours en situation de force. »

On croirait qu’il parle de la Finlande en 1939-40… Mais la population iranienne est-elle si déterminée, après les exactions de ses dirigeants avant la guerre ?


Nils Blanchard

jeudi 9 novembre 2023

De l'écrit, des marquages

On m’embête çà et là, jusqu’à des gens censément très proches, parce que je n’utilise (quasiment) pas de smartphone. Qui plus est, je me tiens à l’écart de toute forme de « réseaux » dits « sociaux ». 

NB - Marstrand, août 2023

En fait (et je vais bien parler de faits), au départ ce qui me gêne dans ces ustensiles, c’est l’anonymat dont ils couvrent certaines personnes.
À vrai dire, l’anonymat… Cela a toujours existé ; je veux dire, des gens usant de pseudonymes, de « noms de plume ». Mais je parle là – pardon d’avance, on m’accusera peut-être de snobisme – de l’anonymat des médiocres, de ces gens qui déversent sans réfléchir la tiédeur de leurs réflexions dans la masse informe de « discussions » et de concours d’anathèmes. Pas mal de siècles après les jeux du cirque, pouces levés et baissés ont été paraît-il, un temps, remis au (dé)goût des jours.

J'aime l’écrit direct, simple – j’espère que mes bavardages sont à peu près compréhensibles… – De là l’évocation, çà et là, d’un Paul Léautaud.
De là, aussi, mon goût pour Laclos. Cette leçon d’écriture de la marquise de Merteuil à Cécile Volanges (lettre CV) :

« Voyez donc à soigner davantage votre style. Vous écrivez toujours comme un enfant. Je vois bien d’où cela vient ; c’est que vous dites tout ce que vous pensez, et rien de ce que vous ne pensez pas. (…) Vous voyez bien que, quand vous écrivez à quelqu’un, c’est pour lui et non pas pour vous : vous devez donc moins chercher à lui dire ce que vous pensez, que ce qui lui plaît davantage. »
 
Tant il est vrai que certains écrivains peuvent charmer par ce qu'ils dévoilent d'eux-mêmes – Léautaud prônait l’écriture au fil de la plume, la vérité…

Capture d'écran; ill. des Liaisons dangereuses de George Barbier,
édition Le Vasseur de 1934

J'aime néanmoins les relations simples ; de là une certaine méfiance pour les démocraties trop indirectes, ou compliquées.
Je me refuse aussi à participer à des élections où l’on passe par une « machine » pour s’exprimer et non seulement par un bulletin simplement préparé dans une urne.

Pardon pour cette digression ; elle me vient de ce ticket de ferry pour l’île de Marstrand. Le flashcode y occupe près de deux fois plus d’espace que les quelques lignes d’écriture du billet.
Forme d’écriture cryptée, elle donne ou non droit de passage. On arguera que c’est très pratique ; quelque chose me gêne, là-dedans.
Quelque chose à voir avec ces pièces qu’on posait sur les yeux des morts, à l’intention du passeur ? – On voit que je reste aussi dans la thématique du dernier billet…


Itou me gêne cette nouvelle – annoncée depuis longtemps déjà – de la disparition, cet automne, des carnets de tickets de métro dans le métro (et de bus et tramway) de Paris ; et les tickets à l’unité devraient disparaître aussi dans quelques mois.
Profitera de cette disparition, de ce simple moyen de transport d’honnêtes gens, qu’ils habitassent ou non Paris, ce monde d’étiquettes – à défaut de noms – : on sera j’imagine estampillé « touriste » si on n’a pas la carte de réduction des résidents d’Île de France.
Je ne suis pas un touriste à Paris. Paris est une fête, et le vrai Paris emmerde les étiquettes.

Capture d'écran; ill. de George Barbier

Profitera aussi de cette disparition le « smartphone », ou une carte qu’il faudra recharger et faire biper sur je ne sais quel ustensile, pour rejoindre le troupeau dûment flashcodé et bippé
J'aime beaucoup les vaches, et j’en reparlerai. Mais je n’ai guère de goût pour les étiquettes qu’on leur met parfois sur les oreilles.


Nils Blanchard

– Ajout : J'évite en ce blog, pour diverses raisons, les opinions politiques, les réactions « à chaud » sur l’actualité… Cependant, le 7 novembre au matin sur France info : interview de Dominique de Villepin.
Dans la lignée de Joe Biden, il a rapproché 2023 et 2003.
2003, c’est la rage revancharde d’un G. Bush, à laquelle s’opposa, avec l’Allemagne (et contre l’ensemble du reste de l’UE) la France, dont le ministre des affaires étrangères était Dominique de Villepin ; il fut alors, quand il s’exprima notamment à la tribune de l’ONU, le vrai ami des Américains, en leur conseillant la bonne voie (en l’occurrence, renoncer au mensonge sur les prétendus sites d’armements irakiens) ; de même, lui – mais il ne représente plus la France – est un vrai ami d’Israël quand il lui conseille de ne pas céder aux sirènes de la revanche aveugle.

J'avais participé au début d'une manifestation en 2003 contre la guerre en Irak, à Lille. Mais j’avais quitté la manifestation caviardée par des pseudo « anti-sionistes » (où était le rapport ?) que j’avais jugé alors, avec raison me semble-t-il, être simplement antisémites.
Étrange souvenir ; étrange écho.

– Triche, je rajoute à ce billet ces étiquettes qui auraient dû figurer au précédent : André Dhôtel, André Lhote, Kerstin Ekman.

NB

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...