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mercredi 25 mars 2026

Dhôtel – Relations franco-américaines – Art nouveau – Guerre et Grèce – Esto-Suédois

Quelle mouche le pique ? Dira-t-on peut-être, à nouveau, de ma modeste personne. Quels lien entre les différentes accroches du titre de ce billet ? 

NB - Bibliothèque Carnegie ; hall d’entrée

D'abord, s’est tenue le 21 mars à Reims l’Assemblée générale de la Route inconnue.
Participant à la vie de cette association passablement salutaire, j’y étais bien sûr.

(Au passage, presque chacune de ces assemblées tombe pour moi à un moment où je suis pris par le temps, tenaillée par un sommeil en berne, ébloui, comme un lapereau dans les phares d’un panzer, par la lumière nouvelle du printemps, et du coup, ou peut-être par ailleurs, légèrement agacé par je ne sais quel mal de tête.)

Cela se passait, non loin de la magnifique cathédrale, à la Bibliothèque Carnegie. Construite (finie) il y a 99 ans ; Dhôtel en avait 27.
C'est une dotation de la Fondation Carnegie qui en rendit possible la construction, au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’hôtel de ville de Reims, qui abritait des collections de la ville – heureusement mises à l’abri –, avait été bombardé en mai 1917.

NB - La bibliothèque Carnegie

Un membre de la Route inconnue, François Squevin, amateur de lieux improbables et d’embarras (littéraire), et auteur de poèmes duquel on a déjà parlé en ces lignes, me faisait remarquer l’importance de la Grande guerre pour les Ardennais, période au cours de laquelle leur région fut occupée par l’Allemagne.
La cathédrale de Reims fut bombardée. La petite ville d’Attigny, comme Dhôtel l’explique dans Retour, minutieusement rasée, maison par maison…

Et après les guerres, les États-Unis – il fut bien remarqué la différence entre un Carnegie et un Musk! –, des donateurs américains pouvaient participer à construire, reconstruire des sites.
Ainsi de cette bibliothèque ; on sait aussi ce que Versailles doit aux Américains. Plus récemment, la Fondation Gould (issue de la fortune de Florence Gould – dame qui a été sottement attaquée, par exemple dans le torchon relativement récent de Susan Ronald parce qu’elle était riche et originale, mais qui a passé une grande partie de sa vie, aussi, à défendre les écrivains, de langue française, ça tombe bien, la culture en général) a participé par exemple à des rénovations au Mont-Saint-Michel.

NB - mosaïque dans le hall d’entrée, d’après des
cartons de Henri Sauvage

La bibliothèque, elle, témoigne d’un bel art déco (sa grande porte d’entrée en fer forgé fut primée à l’Exposition des Arts décoratifs de 1925).

Les dates sont parfois étranges. En 1921 (début de la construction de la bibliothèque, donc), Dhôtel commence d’écrire son premier livre, Le Petit livre clair. C’est l’époque de son service militaire dans un peloton des étudiants (il échappe de peu à la guerre), de sa participation, avec notamment Marcel Arland, à des revues vaguement dadaïstes.

NB - L’intérieur de la bibliothèque

Quand la bibliothèque est inaugurée en 1928, Dhôtel rentre en France, d’un séjour de quatre ans à Athènes. Il publie son Petit livre clair.

On pourrait broder, prétendre que l’esprit d’Athènes avait vaincu en France celui de Sparte ; ça n’aurait pas grand sens.
On sait que les choses sont plus complexes que les anciennes images d’Épinal.
On sait aussi… – en reparlera-t-on ici ? – que quand on entre dans la culture grecque, on n'en sort pas tout de suite…

                                                                                    *

Et il y aura ce soir, à Uppsala, une conférence sur les Suédois d’Estonie. Göran Hoppe y parlera de ce sujet : Vana hea rootsi aeg? Var 1600-talet särskilt gynnsamt för Estlands svenskar? (Le XVIIème siècle a-t-il été si favorable aux Esto-Suédois?)

Rappelons que la Suède occupe l’Estonie (en partie…) entre 1561 et 1710.

Commentaire sur cette conférence : « Från 1500-talets sista decennier och ungefär 50 år framåt kom svenskbygderna i Estland att till stor del förlänas officerare och andra personer som den svenska staten stod i skuld till. De ständiga krigen tömde statskassan och det blev därför nödvändigt att utnyttja andra tillgängliga resurser. Vilka effekter kom dessa processer att få på det estlandssvenska lokalsamhället?

Plats och tid: Institutet för Rysslands- och Eurasienstudier, Gamla Torget 3, 3 ½ trappa i biblioteket. Porten på gatuplanet är öppen 17.30-18.15. »

« Des dernières décennies du XVIème siècle et ce pour environ cinquante ans, les terres des Suédois d’Estonie furent cédées en grande partie à des offiers, d’autres personnes encore, du fait des dettes de l’État suédois. Les guerres incessantes ayant vidé les caisses de la couronne, il était devenu nécessaire de trouver des ressources. Quels effets ont eu ces événements sur les communautés locales esto-suédoises ?

Lieu et horaire : Institut pour les études russes et eurasiennes, Gamla Torget 3, escalier 3 ½ de la bibliothèque. L’entrée principale est ouverte de 17:30 à 18:15. »

Capture d’écran en lien à la conférence

Bon, une bibliothèque, encore.

(Peut-être y ont-ils mon petit livre Elmar Krusman, où j’évoque un peu cette période dans l’introduction à la communauté esto-suédoise...)


Nils Blanchard

samedi 26 avril 2025

I. A., et d’André Dhôtel à Elmar Krusman

Un blog, La précarité du Sage de Guillaume Thouroude, de parler deux fois récemment d’André Dhôtel. Et, le 26 février dernier, de manière détaillée et pertinente, avec un joli titre, qui ne gâche rien : « André Dhôtel, écrivain du basculement invisible ».

Helene Schjerfbeck, Fille sur le sable - Capture d'écran 

Une fois n’est pas coutume (on va me voir faire des choses assez étranges, dans ce billet…), je me suis intéressé à des commentaires anonymes. L’un, d’un « Djeannerod », le 23 février (lors que l’auteur a affiché une photographie de ses livres de Dhôtel) :

« Je ne vois pas L’île aux oiseaux de fer ?
 (G. Thouroude.) Bien vu. Tu sauras que m’offrir la prochaine fois que tu voudras me faire un cadeau.
(...)
(« Djeannerod ».) Le premier livre contre Elon Musk. »

Bon, allez, je le confesse… Des jeunes gens « à la tête légère » ont utilisé « Chat GPT » pour tricher à un devoir (dans mon cours). Je l’ai vu à la correction bien sûr, et en ai pris note (sans modifier les notes, je ne le fais jamais, ayant eu par le passé maille à partir avec des parents indélicats, et étant trop peu enclin ces dernières années à susciter des discussions avec des cons – ceux-ci représentant une fraction très minoritaire des parents d’élèves, mais…)
Bref, j’ai eu la curiosité – c’est cela que je voulais confesser – d’aller voir ce qu’il en retournait de cette « application » d’« intelligence artificielle ».

Je demande d’abord qui je suis (qui ne voudrait le savoir?) On me répond :

« Nils Blanchard est un nom qui n’est pas très connu dans le domaine public, et je n’ai pas d’informations spécifiques sur une personne avec ce nom qui ressortent largement dans les sources disponibles jusqu’à maintenant. (…)
Si tu fais référence à une personne spécifique, pourrais-tu préciser davantage dans quel contexte tu l’as entendue ? [Il faudra faire quelques progrès en français…] Cela pourrait m’aider à trouver plus d’informations pertinentes pour toi. »

« Plus d’informations pertinentes... » Ils en ont de bonnes, vu qu’ils n’en ont fourni aucune. Je réponds :

« Pourquoi me tutoyez-vous ? 
 Je m’excuse si le tutoiement t’a dérangé [me répond Chat-GPT sans cesser dans un premier temps d’utiliser la deuxième personne du singulier] ! Je peux très bien vous vouvoyer si vous préférez. N’hésite pas à me faire savoir comment tu souhaites que je m’adresse à toi. :) »

« Emoticône », si, si, vous avez bien « lu ». Sans doute la première en 257 billets de ce blog…
Bon, je ne me laisse pas démonter ; je réplique :

« Ce n’était pas ma question.
 Ah, je comprends mieux maintenant ! Tu te demandais probablement pourquoi j’ai choisi de te tutoyer. Le tutoiement est une forme de communication plus décontractée et courante dans certaines interactions, mais je suis parfaitement capable de vous vouvoyer si vous préférez une approche plus formelle. C’est une question de style, mais je m’adapte toujours à ce qui vous convient le mieux. »

Et bing : passé au vouvoiement.
Pas si bête, il faut le reconnaître.
(Mais… les gens – heureusement qu’il ne s’agit pas de ça ici… – qui s’adaptent à tout sont bien inquiétants, non?)

Helene Schjerfbeck, Autoportrait à la robe noire - Capture d'écran


Bon, mais je ne lâche pas l’affaire ; j’interroge à nouveau l’« intelligence artificielle » :

« Avez-vous entendu parler d’Elmar Krusman ? »

La réponse me « bluffe » un peu. En une douzaine de lignes (et quelques fractions de secondes toujours…), une biographie à partir des informations de mon livre est bien troussée. M’étonne la mention de la date de décès, qu’il faut aller chercher à l’intérieur de l’ouvrage en question… ou sur ce blog (ça m’étonnerait…), ou sur quelque article au sujet de mon travail disponible en ligne – celui de Maurice Carrez par exemple ? De Thierry Maricourt ? Ou, traduit du suédois, de Göte Brunberg…
Bon, mais la réponse se termine ainsi :

« Pour en savoir plus sur son histoire, vous pouvez consulter le livre “Elmar Krusman : Un Suédois d’Estonie au camp de concentration du Struthof” écrit par Nils Blanchard»

C'est moi qui souligne, non mais !

Helene Schjerfbeck - Capture d'écran


Au fond, cet ustensile me fait penser à certains bons élèves ; comment dire… trop intelligents pour être vraiment intelligents…

Un André Dhôtel avait dû être un (très) bon élève… fasciné par les cancres.


Nils Blanchard


Ajout. Guère de lien avec l’intelligence artificielle : on peut voir à la télévision suédoise, via ce lien, des films en continu de forêt, où passent des élans en migration.
Attention, comme le note Gabrielle Roland Waldén (Gabrielles blogg, 25 avril), il est difficile de se détacher de ces images (et sons) de nature, même si on ne voit pas toujours des élans. (On en voit…) On peut tricher aussi : aller directement aux « points d’intérêt », en « zappant » le direct.

(N'y a-t-il pas là du reste une réflexion à faire sur les chaînes d’information continue, qui ne « zappent » rien – sinon tout le reste – et restent fixées sur des « informations » qui deviennent des idées fixes, voire des névroses collectives ?
Rien ici d’idées fixes, de névroses. La forêt, « débarrassée » des hommes en apparence.)

Obsèques du pape François à Rome ce 26 avril. Dans l’assemblée des chefs d’État, Donald Trump s’est retrouvé « entouré » des présidents finlandais et estonien, Alexander Stubb et Alar Karis.

Ajout d’étiquettes du dernier billet : Ent’revues, Anthony Dufraisse, Oxana Melnychuk, France info, Mémorial de la Shoah.

vendredi 28 mars 2025

Cernay – Sennheim ; camp annexe et autres – Et précisions

Cernay (germanisé en Sennheim par les nazis) a été le lieu d’élection d’un camp de formation SS  comme il en a été question ici, et là, à propos des étudiants norvégiens qui refusèrent d’endosser l’uniforme de ces sinistres unités. Mais aussi, en lien à ce camp, a existé là un camp annexe (kommando) de Natzweiler.

NB – Mars ; route quelque part dans l’est de la France


Dans le camp de formation (SS-Ausbildungslager Sennheim), actif de janvier 1941 à novembre 1944 (il y avait là aussi des centres de formation de moindre importance, Hitlerjugend entre autres), on amène au départ des aspirants à la SS (évidemment volontaires), d’« obédience » plutôt germanique : Néerlandais, Flamands, Norvégiens, Danois et Suisses (et peut-être originaires du Lichtenstein et du Luxembourg). On parle alors de « Germanische SS », auxquels s’adjoignent par la suite des… Suédois, des Français, Estoniens, Finlandais… et autres encore.

Le lieu a une histoire « concentrationnaire » complexe. Il s’implante autour de l’institut Saint-André, tenu par une congrégation de religieuses s’occupant d’enfants handicapés. Les sœurs et leurs pensionnaires sont évacués à la guerre et, pendant la Drôle de guerre, le gouvernement français y concentre 314 personnes, réfugiés de Mulhouse, communistes espagnols internés par Daladier…
Puis de l’été à décembre 1940, les Allemands en font un centre de regroupement d’« indésirables », qui n’ont pas vocation à demeurer dans les territoires annexés (Juifs, communistes, d’autres…) ; 105 000 (chiffre du livre de H. Mounine) vont y transiter avant d’être expulsés.

Ce livre de Henri Mounine, justement, est à la fois précieux et étrange.
Son auteur, aujourd’hui semble-t-il disparu, est présenté çà et là (qu’est-ce qu’il faut aller voir comme sites malodorants pour obtenir telles ou telles informations) comme un spécialiste des SS. Cernay 40-45 – Le SS-Ausbildungslager de Sennheim, Éditions du Polygone (Ostwald dans le Bas-Rhin), juin 1999, est un grand format de 480 pages assez richement illustré, fourmillant d’informations (toutes justes ? On va voir qu’il y a quelques… étrangetés) notamment sur le camp de formation SS bien sûr, mais aussi, et c’est pour moi le mérite de ce travail, sur les destins des principales nationalités qui s’y retrouvèrent. On y trouve aussi (on y reviendra peut-être) des renseignements sur un étrange personnage qui m’intéresse par ailleurs parce qu’il est lié à Emmanuel Peillet : Philippe Merlen. Aussi, des pages sur les officiers de réserve alsaciens ayant payé par la déportation leur REFUS d’entrer dans la SS.

Aussi, non moindre mérite de ce travail pour le moins conséquent : l’évocation du camp annexe du KL Natzweiler qui nous intéresse…



Sur ce sujet du refus d’entrer dans la SS, l’auteur (on arrive aux étrangetés évoquées plus haut) a une étrange tendance à « oublier » ce refus dans ses introductions. Ainsi page 103, en ouverture d’une sous-partie sur les étudiants norvégiens, on lit : « C’est une constante actuelle de vouloir présenter les soldats de la Waffen-SS comme tous volontaires. La réalité demeure tout autre. (…) »
PRÉCISÉMENT PAS, en tout cas, pour les étudiants norvégiens !

Ou encore, page 342, à propos des officiers de réserve alsaciens qui, l’auteur le note lui-même, refusèrent de contracter un engagement à la SS (à l’exception de quatre, sur quarante-six – chiffres de l’auteur –) et dont vingt-deux mourront à Neuengamme : « Contrairement à ce que nombre d’auteurs écrivent et veulent faire croire, il n’y eut pas que des volontaires dans les rangs de la Waffen-SS. Après les Norvégiens dont nous avons parlé précédemment, voici le tour de Français, d’Alsaciens très exactement. » Très exactement, je me répète, les Norvégiens et Français alsaciens évoqués ne sont pas entrés, en très grande majorité, dans la SS.

Un article du quotidien local L’Alsace, disponible sur internet, de Pascal Coquis, d’avril et décembre 2022, évoque aussi le complexe de Cernay/Sennheim. Il est en très grande majorité consacré au camp de formation SS. Une petite page sur le camp annexe, que je cite :

« A la mi-avril 1944, à peine deux mois avant le débarquement en Normandie donc, les autorités nazies décident même d’augmenter les capacités d’accueil du SS-Ausbildungslager de Cernay. Et pour construire les logements dans lesquels logeront les nouveaux stagiaires attendus, ils transfèrent des détenus du camp de concentration du Struthof à Cernay.
“Ce sont principalement des déportés russes et polonais qui ont été amenés là, précise Romain Blandre (…) Ils étaient environ 300 d’après ce que l’on a pu recouper, explique-t-il.
Aujourd’hui, bientôt 80 ans plus tard, il faut accepter de se faire griffer par les ronces pour découvrir les vestiges de cette installation qui gisent près de l’actuelle gravière, à 500 m à vol d’oiseau environ de l’institut.
(...) En sous-sol, un évier de pierre subsiste ainsi que les murs qui délimitaient le lavoir, la cuisine.
(...) Sandrine Garcia, responsable des collections au Centre européen du résistant déporté, explique que le camp de concentration de Sennheim fonctionnait selon le même principe que le camp annexe d’Obernai. A Cernay comme à Obernai, les détenus étaient au service des SS, ils s’occupaient de l’intendance, de l’entretien, du jardinage. En l’occurrence, ils étaient là pour effectuer des travaux de construction.
Une cinquantaine de baraques en bois, et a priori la piscine, seront construites par ces prisonniers entre avril 1944 et novembre de la même année avant qu’ils ne soient déportés à Dachau. »

D'après une brochure sur une exposition de lycées allemands et français datant d’il y a quelques années (ladite brochure n’est pas datée), Camp de concentration Natzweiler et ses annexes sur les deux rives du Rhin, un décès a été enregistré au camp annexe de Sennheim, sachant que d’autres blessés ou morts avaient été évacués vers le camp souche.

NB – Avril, Anjou


Difficile d’illustrer un tel billet. Les photos sépia d’imbéciles en uniforme idoine finissent par devenir insupportables.
Vive le printemps…


Nils Blanchard


Ajout d'étiquettes du dernier billet : Elon Musk, LFI, Selma Lagerlöf, France Culture. 

mercredi 8 janvier 2025

Fantômes, ratages d’expositions

Étranges jours un peu opaques (météo) dans l’Ouest de la France. Pour diverses raisons, j’ai loupé plusieurs expositions. Du coup, impressions parfois, fantomatiques, de passer à côté de gens, d’événements qui me concernent, sans les voir réellement, ou inversement de me frotter à trop de possibles – devenant impossibles. C’est un peu aussi le sort de ce blog.

NB - décembre 2024


Évidemment, on peut imaginer que les fantômes passent parfois de bons moments, à pouvoir pénétrer en des lieux difficiles d’accès, comme un vestiaire de danseuses. La peinture nous y mène presque aussi bien cependant.

Zinaïda Serebriacova, ballerines - Capture d'écran


Justement, première exposition ratée : celle sur Zinaïda Serebriacova (se terminant le 8 janvier 2025) au Centre spirituel et culturel orthodoxe russe. Bon, là, j’ai une excuse plus solide que pour d’autres ratages : ce n’est pas un ratage. Aucune envie en ce moment d’aller dans un centre culturel russe, pour des raisons que tout un chacun comprendra très aisément.
C'est dommage.

Zinaïda Serebriacova Bath House, 1913, Wikipedia


Du reste, une partie de son histoire, d’il y a à peu près cents, peut faire étrangement écho à nos temps (Wikipedia) :

« She did not want to switch to the Suprematist or Constructivist styles popular in the art of the early Soviet period, nor paint portraits of commissars, but she found some work at the Kharkov Archaeological Museum (…) After the October Revolution, inhabitants of private apartments were forced to share them with additional inhabitants, but Serebriakova was lucky – she was quartered with artists from the moscow Art Thatre. (…) »

Ayant reçu une rande commande, elle part pour Paris en 1924, souhaite ensuite rentrer en URSS – ce n’est pas toujours une bonne idée ; voyez ce qui est arrivé à Navalny – mais ne le peut finalement pas. Elle parvient à ramener auprès d’elle deux de ses quatre enfants, mais restera longtemps séparée des deux autres…



Moins pardonnable, mon incapacité à me rendre à deux expositions, guère éloignées l’une de l’autre, mais difficiles d’accès pour moi au dernier moment. Évidemment, j’aurais dû anticiper, y aller beaucoup plus tôt ; cet été par exemple, ou cet automne. J’ai bien quelques petites – ou grandes – excuses, mais…



Il y a eu cette exposition sur les peintres néo (post?) impressionnistes Henri Martin et Henri Le Sidaner, au Palais Lumière à Evian.
Il se trouve que j’ai eu quelque proximité, familiale, avec les peintures de ces deux artistes ; et il se trouve qui plus est que je les aime bien.

(Bon. Mais ayant en tête cette notion de fantôme, je retrouve un article, de Serge Bourjea, sur la page d’accueil de mon ordinateur, où il est question de « Fantômes de Rimbaud ». On y reviendra peut-être. Là, citation du poème Outre Harar, de Michel Butor : « (…) Frère au très loin je tourne / depuis des années sournoisement / autour de ton ombre gardée / farouchement par des spécialistes / dont tu aurais détesté la plupart (…) » Cela s’adresse à Rimbaud bien sûr ; ah, les querelles de Charleville !
Mais l’idée est que la trace – la culture ? Je résume en citant la conclusion de l’article… : – est « effacement / remplacement / renaissance (« avatar »), la mort seule lui donnant (« augmentant ») ses pouvoirs. »

Archéologie ?

Bon… mais dans cet article de Serge Bourjea, apparaît un autre Le Sidaner, Jean-Marie (poète).)




L'autre exposition était en Suisse, où j’aurais eu plaisir à retourner, sur les traces des découvertes évoquées – mais ça date déjà un peu – ici.


Nils Blanchard


Et puis… - J’ai eu l’occasion d’entendre les vœux présidentiels. En creux, si je puis dire, j’ai songé aux derniers de François Mitterrand. Il est vrai que j’y avais été aidé par une émission écoutée dans la voiture, sur France culture, sur laquelle je reviendrai vraisemblablement. Il y était question… de fantômes. Quant à Mitterrand : « Là où je serai, je l’écouterai [il évoque son successeur à la présidence] (…) Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »

- On entend parler ces derniers temps des soutiens qu’Elon Musk apporte aux extrême droites européennes, notamment allemande. Ma foi… il eut un prédécesseur – pas si éloigné dans le temps du départ de Zinaïda Serebriacova pour Paris – en Henry Ford. Une preuve s’il en fallait que richesse et qualité ne sont pas toujours réunies.

jeudi 5 décembre 2024

Entre Aube et Haute-Marne / saint Nicolas – Jean Balthazar

Il a déjà été évoqué ici cette marche du printemps dernier entre Aube et Haute-Marne, d’églises en églises (pour leurs pans de bois, vitraux…), marche prolongée par des arrêts ici et là, lorsque j’ai l’occasion de traverser cette région.

NB - Dans l'église d'Outines


Je me suis vite rendu compte qu’il y avait quasiment dans chacune des églises visitées quelque allusion à saint Nicolas (tableau, sculpture).
On le reconnaît assez facilement à son vêtement épiscopal (mitre, crosse…), et à cette cuve contenant trois enfants, auprès de lui.


NB - Dans l'église de Juzanvigny; un peu flou, mais... 


Ignorant du détail de l’histoire, j’ai fini par y revenir. Pour résumer, des enfants se perdent en forêt, sont récupérés par une sorte d’ogre (qui deviendra le « père fouettard ») qui décide d’en faire ni plus ni moins (des enfants en question), que du petit salé. D’où la cuve ; les enfants sont cuits, assaisonnés, prêts à être mangés.


NB - Dans l'égilse de Droyes

Mais saint Nicolas passe par là, intervient, et non seulement sauve – ce mythe est quand même assez particulier – mais ressuscite les trois enfants.

(Images de mer dans les deux précédents tableaux – saint Nicolas, outre celui des hommes célibataires, est le patron des marins et bateliers, entre autres…)

(Alors, une question que je me pose : est-ce de là que vient l’expression « lardons », pour désigner les jeunes enfants?)

NB - Dans l'église de Vallentigny

Bon, mais ensuite, saint Nicolas est plus ou moins associé au « père Noël »… Quant au père fouettard, il continue de l’accompagner ; les deux ont visiblement sympathisé.

(Alors, je me pose une question : est-ce la base d’un certain type d’éducation bien ancrée dans les mœurs ?)

NB - Dans l'église d'Outines


Pour finir, l’histoire en question se serait passée au troisième siècle et / ou au sixième en Lycie (sud de l’Anatolie), d’où une phalange d’un saint réunissant pour ainsi dire les deux siècles aurait été amenée en Lorraine via Bari. Du coup, saint Nicolas est devenu le patron de la Lorraine, d’où sa présence dans les sanctuaires d’Aube et de Haute-Marne qui n’en sont pas si éloignés.

(Coca-cola a participé à fixer le personnage du père Noël. Où serait passé le père Fouettard dans l’affaire ? Elon Musk ?)



Nils Blanchard

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