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samedi 2 décembre 2023

À Stockholm, à Gammalsvenskby / ici ailleurs

Un des intérêts (ou… l’intérêt?) d’internet est d’avoir accès, bien sûr, facilement à des nouvelles, des réclames, presque des quotidiens (pas les journaux spécialement ; les gens ne les lisent plus paraît-il) du monde entier.

 

En l’occurrence, via les liens de ce blog, on tombe sur une réclame (sur le site de la SOV) pour une journée au musée de l’histoire de la marine, à Stockholm, consacrée aux pays baltes, via un partage culturel sur le thème de Noël. C’est ce 2 décembre…

On entre dans décembre bien sûr ; besoin d’un peu de scintillements rêveurs pour se réconforter face au  froid qui s’installe, à l’obscurité… En France, qui plus est, les 2 décembre sont de fichue mémoire.

Bon, mais à Stockholm, l’hiver, le Mälar est vaguement pris dans les glaces, dans lesquelles les lumières s’en donnent à cœur joie. Il y a une étrange sensation d’espace, de possible.

NB - Stockholm en hiver

On a accès – je reviens à internet – aussi à des événements moins sereins, pour le moins. Le site en lien de ce blog, récemment ajouté, « Föreningen Svenskbyborna » (sur Gammalsvenskby), fait régulièrement le point sur la situation face à la guerre, dans ce village d’origine esto-suédoise dont on a déjà plusieurs fois parlé en ce blog. Là (on est près de Kherson), on a connu des jours meilleurs. Un rapport du 22 novembre dernier, de Sofia Hoas, s’intitulait : « Värsta dagen någonsin » / « Le pire jour jusqu’à présent ». Le 25 novembre, on lisait (toujours de Sofia Hoas) :

« Rapport från Gammalsvenskby.
Vädret är nu kallare i byn och det har kommit lite snö. Ryska armén fortsätter sina terrorbombningar med artilleri, tunga glidbomber och drönare. Senaste dagarna har även brandbomber använts, som gjort att bostadshus har brunnit ner.
(...) »

« Rapport de Gammalsvenskby.
Le temps est plus froid maintenant et il a neigé un peu. L’armée russe poursuit ses bombardements de terreur via l’artillerie, des planeurs et des drones. Ces derniers jours, il y a eu aussi des bombes explosives, qui ont entraîné des incendies de maisons.
(...) »

Gammalsvenskby était une survivance, à l’histoire mouvementée (ce « retour » d’une partie de la population en Suède, puis la décision d’une partie d’entre eux de repartir vers l’Ukraine…)
Gammalsvenskby, évidemment, aujourd’hui, c’est une fenêtre vers cette autre réalité, celle de cette guerre.

Le 28 novembre, c’est la maison communale qui a été mise en miettes par un bombardement.

Quoi qu’il en soit, derrière cette autre réalité de la guerre, des guerres, pointe, souvent, la situation des minorités, plus ou moins acceptées, plus ou moins intégrées peut-être, plus ou moins fantasmées. (Je ne parle pas là de « wokisme »...) La première de ces minorités est la juive bien sûr. Je l’avais en tête – cela apparaît un peu dans mon livre – quand je travaillais sur l’histoire des Esto-Suédois pour présenter l’environnement d’Elmar Krusman.

Et je suis retombé sur un article (relativement) ancien de Thomas Nydahl, du 31 octobre 2022) ; il est introduit par cette citation d’Imre Kertész, traduit par Ervin Rosenberg :

« Jag lever i en frivilligt vald och accepterad minoritetssituation, jag skulle lika gärna kunna kalla den: världsminoritetssituation, och om jag ville ge en mer exakt definition av denna minoritetssituation skulle jag inte använda rasmässiga eller etniska begrepp och inte heller religiösa eller språkliga. Min accepterade minoritetssituation skulle jag definiera som en andlig livsform som har sin grund i den negativa erfarenheten. »

« Je vis dans une situation minoritaire volontairement choisie et acceptée ; je pourrais l’appeler aussi bien : situation de minorité au monde. Et si je voulais en donner une définition plus exacte, je n’utiliserais pas des notions de race ou d’ethnie, pas plus que de religion ou de langue. Ma situation minoritaire acceptée, je la définirais comme un mode de vie et de pensée ayant ses racines dans l’expérience négative. »

On en reparlera, vraisemblablement.
Bon, mais pour en revenir à ma modeste personne, j’ai ressenti çà et là par le passé quelque chose qui approche peut-être de la « situation minoritaire », mais elle n’avait pas de racine négative. Au contraire, dans un sens, cela partait de voyage, d’imprégnation dans divers pays, Finlande, États-Unis, Suède principalement, voire Allemagne, Royaume-Uni ; çà et là en France tout aussi bien.
Je faisais partie de la minorité des voyageurs, des gens qui se posent à un endroit sans savoir nécessairement combien de temps va durer leur séjour, qui envisagent, vaguement, plus ou moins précisément parfois en fonction de rencontres, d’amours, de s’installer plus longuement.

Et dans un sens, je n’ai jamais vraiment posé mes valises.

NB - Stockholm en hiver


Nils Blanchard


Triche : J'évoquai Henrik Ibsen, L'ennemi du peuple au dernier post-scriptum, mais que je ne pus placer dans les étiquettes. Aussi: André Dhôtel, Jean-Claude Pirotte.

lundi 10 juillet 2023

Vosges – Ardennes ; Descartes

 Série d’entretiens de Claudie Hunzinger, sur France culture, la semaine du 19 juin dernier. Avant cela, chez Alain Finkielkraut, le 6 mai : il était là question de chien. Mais de ça (de chien), on en reparlera.

NB - Canal de la Marne au Rhin

Claudie Hunzinger, elle, situe ses livres plus au sud que le canal de la Marne au Rhin, du côté de Colmar. (Du reste, le canal ne passe pas par les Ardennes non plus ; peu importe.)

On lit, en présentation du dernier entretien de la série :

« Pratiquant l’affût, Claudie Hunzinger a acquis au fil des années, une écoute très fine des êtres et des éléments, qu’ils soient végétaux, minéraux ou animaux. « On devient ce que l'on observe », dit-elle. Pour l'artiste, c'est une façon d'être à l'écoute du monde et de l'agrandir, « c'est une façon de se décoloniser soi-même » (…) »

Se libérer, comme l’écrit Thomas Nydahl, évoquant Imre Kertész (le 7 juillet dernier) :

« I detta kom Imre Kertész fram till kärnan: att bära en negativ erfarenhet genom livet behöver inte vara en börda. Den blir en börda för den människa som efter den erfarenheten förvandlar själva livet till just börda. För Kertész, och därmed för mig som lärdom, blir den en frigörelse. »

« En cela Imre Kertész est allé au nœud du problème : porter une expérience négative dans la vie ne nécessite pas que ce soit un fardeau. Ça le devient si la personne transforme sa vie en fardeau. Mais pour Kertész, et subséquemment pour moi, ça devient une libération. »


Ma vie extraordinaire, de Benoît Duteurtre, démarre, et revient régulièrement, aux Vosges de l’enfance de l’auteur. Sorte de paradis perdu, à la fois personnel (l’enfance) et de manière plus… globale, avec trois chapitres (« Le loup de Belbriette ») qui enserrent le livre, en partie d’anticipation (heureusement, souvent, dans ce domaine, on a tendance à se tromper…)
Ainsi lit-on page 227 :

« Tandis que le monde, sidéré, découvrait l’ampleur du désastre, Denis se rappelait son paradis perdu. [Qu’est-ce que je disais…] Après la Grande catastrophe de juin 2030, la perspective d’un refuge dans les montagnes lui apparaissait comme un espoir. (…) »

Une des conséquences de cette « grande catastrophe » est qu’il est nécessaire de détenir une sorte de pass pour entrer dans Paris. Et pourtant... 


O
n n’en est pas très loin… Quelqu’un, par exemple, qui n’utilise pas de smartphone se voit de plus en plus regardé de travers. (Ou n’est-ce pas que les gens qui utilisent beaucoup ces ustensiles ont tendance à ne plus regarder les autres qu’à travers leur écran, qui fait écran, qu’on le veuille ou non, devant une certaine réalité.)

Capture d'écran. Source?

Pas vraiment d’anticipation – plutôt l’inverse ; un peu Jean-Pierre Mocky au dix-septième siècle ? – chez Patrick Reumaux, dans Maison noire.
Puis là, on est passé dans les Ardennes, dhôteliennes à défaut d’être le « Dhôtelland » (comprenne qui voudra). Ce genre de pays où l’on pose un banc quelque part dans un village. Page 25 :

« Oui, il y a des Ardennais dans les Ardennes, à ceci près qu’on ne sait jamais de quelle Ardenne on parle – ni si ce dont on parle existe –, car le département qui porte ce nom n’est qu’un assemblage hétérogène estampillé par un coup de tampon administratif. »

Page 27 : « À deux pas de ma maison noire, sur la route de Saint-Lambert, au bas du village se dresse un tilleul, au pied duquel un banc a été aménagé pour que l’on puisse y prendre le frais. En plus de quarante ans, je n’ai jamais vu personne s’y asseoir. »

Et dans ce livre, beaucoup d’allusions à la Suède, mine de rien, vu qu’on y parle de mycologues, botanistes (Elias Magnus, un Finlandais aussi : Peter Adolf Karsten). Qu’un René Descartes, célébrité du village au banc, a quelque difficulté à parvenir à ses fins dans ses relations avec une reine de Suède…
Ou plutôt, il y arrive : il meurt.


À suivre.


Nils Blanchard


Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...