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dimanche 24 mai 2026

Vie d’auteure / Retour d’Hillevi Norburg

Un blog en lien du mien : « Stasimon », celui de la traductrice et écrivaine Hillevi Norburg, était en standby depuis plus de deux ans. Et voilà que des articles y reviennent avec le printemps.

NB - Mayenne, mai 2026

Entre-temps, l’auteure a eu un nouvel enfant. Elle a aussi ouvert notamment une librairie à Uppsala – elle en parle le 25 avril – notamment sur la littérature décadente. Ça n’a pas tenu.

Mais elle a pu continuer à travailler aussi. Et bientôt sortira en suédois une traduction de Rachilde, de Pierre Louÿs.
Elle a dû cependant s’interrompre… Et doit « maintenant » (article du dix mai dernier) se remettre à l’écriture pour deux avant-propos de livres – lesquels ? Elle ne le dit pas…

« (…) hur gjorde man det nu igen?
Det här är den del av min verksamhet som alltid gått trögast – artiklar, essäer, förord, föredrag, allt där jag ska formulera mig om ett ämne. Det tar oerhört lång tid innan jag kommer igång och när jag väl gör det, innan jag kommer in i skrivandet, har jag till en början som ett ångestsus i öronen. Sen släpper det oftast, men om jag inte lyckas skriva hela texten i en sittning (vilket man sällan gör) så är det precis lika jobbigt nästa gång jag ska sätta mig med den igen. »

« (…) mais comment faisait-on déjà ?
C'est la partie de mon activité qui a toujours été la plus difficile – articles, essais, préfaces, conférences : quand je dois m’exprimer sur un sujet précis. Ça me prend un temps fou de m’y mettre, avant même d’écrire ; j’en ai comme un bourdonnement d’angoisse dans les oreilles. Ça part la plupart du temps, mais si je n’arrive pas à écrire mon texte d’un coup (et on y arrive rarement), il faut s’y remettre encore, avec autant de difficulté. »

Eh ! Ces dossiers de recherches, idées, textes commencés qui s’accumulent. Et tout à coup (plus ou moins), reprendre, s’y remettre…
Parfois cela coïncide avec une rupture, un changement dans l’existence (qui n’est – et n’est pas… – que ruptures et changements).
J'ai évoqué en ces lignes Florence Gould, sur qui j’ai entamé un travail depuis plusieurs années. Bien d’autres choses. Il faut entre autres que je me remette à diffuser le beau livre de Martin Fahlén…

NB - Mayenne, mai 2026

U. Norburg poursuit :

« Nå, båda dessa böcker hat ordet ”trädgård” i titeln (…)
Är inte barndomen alltid ett förlorat paradis? Står det inte så hos Proust någonstans? Hellre den synen på de första levnadsåren än den som – om inte dominerar, så i alla fall existerar – idag i psykologins och Freuds efterföljd och tycks mena att den är ett slags sinnets Golgata-vandring där den unga individen åsamkas en rad trauman som han sedan – mer eller mindre medvetet – kommer ägna resten av sitt vuxna liva att bearbeta. Barndomen som en samling aldrig helt läkta sår? »

« Bon, mais ces deux livres [auxquels elle doit écrire des avant-propos] contiennent dans leur titre le mot « jardin » (…)
L'enfance n’est-elle pas toujours un paradis perdu ? C’est pas dans Proust, ça, quelque part ? Je préfère cette vision des premières années de la vie à celle (qui existe, à défaut peut-être de dominer) qui, suite aux conséquences d’une certaine psychologie, d’un certain freudisme, semble présenter cette période comme une sorte de calvaire psychique, lors duquel le jeune individu subit une série de traumas que plus tard – plus ou moins conscient – il va passer le reste de son existence à appréhender. L’enfance vue comme une collection de blessures jamais tout à fait cicatrisées ? »

Eh ! J’évoquais Martin Fahlén… J’avais envisagé intituler la traduction de son livre (Märtas tavla, qui est devenu en français Le tableau de Savery) « Paradis perdu-retrouvé ».

Bon, mais on retrouve Hillevi Norburg… Ça nous donnera l’occasion de reparler de Pierre Louÿs, de Benoît Duteurtre… La décadence !


Nils Blanchard


Triche ; rajout d'étiquettes du dernier billet : Finlande, LCI, Göteborgs Posten, États-Unis.

jeudi 17 juillet 2025

Et soudain les fantômes reviennent

Une petite série de billets de ce blog met les fantômes en tête de gondole, pour ainsi dire. La dernière fois, c'était en lien avec la nudité. Là, ce serait plutôt du côté des lieux qui plient face à la mercadence, ou à une certaine modernité ?
(Oui, quand j’aurai de la place, je rajouterai l’étiquette « vieux con ».) 


Il a déjà été fait mention dans ce blog du livre Le pays où l’on arrive un jour, paru aux éditions Invenit, avec c’est vrai des illustrations de Julie Faure-Brac, avec aussi quelques pépites.
Ainsi il me faut citer la fin du texte de Roland Frankart, qui lui-même cite Hubert Juin (page 11) :

« Dans bon nombre de ses romans, un lecteur familier de la région peut situer certains de ces lieux [dhôteliens, donc] (…). Dans d’autres, c’est moins évident (…) Sa cartographie romanesque [à André Dhôtel] ne coïncide que très approximativement avec la réalité de son pays ardennais. (…)
L'Ardenne d’André Dhôtel n’est plus vraiment celle de notre XXIe siècle (…). Il y a cinquante ans, Hubert Juin écrivait déjà : “Le lecteur d’André Dhôtel remarquera qu’en quittant le livre pour l’Ardenne réelle, il découvre un paysage défiguré. Il en va ici comme partout : l’avidité mercantile souille la parole des lieux et détruit la géographie du poème. Il n’empêche qu’un pays, qu’une contrée, qu’une ville mettent longtemps à mourir. On les jette bas, on les bouscule, on les modifie, mais il suffit d’un accord furtif de l’air et du regard pour que le site d’aujourd’hui soit envahi par le fantôme (…) du site d’hier.” »

Nous y voilà. Et l’histoire parfois (j’entends par là celle avec un grand H) est aussi histoire de discussion avec des fantômes.



C'est ce qui apparaît dans le livre d’Emmanuel de Waresquiel, Juger la reine (Tallandier, 2016), sur le procès de Marie-Antoinette.
À la fin du livre, dans la postface – quelle mouche le pique ? – voilà que l’auteur évoque les lieux d’archives (pages 278-279) et :

« Aujourd’hui, la partie contemporaine des Archives nationales est conservée dans la banlieue parisienne, à Pierrefitte-sur-Seine. (…) On prend la ligne 13 du métro et on débouche en face des bâtiments de l’université de Saint-Denis. Ah ! Les banlieues d’autrefois. Lorsque j’étais enfant (…). Cela ressemblait encore à ce qu’on lit dans la Recherche, lorsque Robert de Saint-Loup va rendre visite à sa maîtresse dans le pavillon de pierre meulière d’un village dont on ne sait pas le nom. (…) Des poiriers, des pommiers, des cerisiers, tout un univers de maraîchage et d’horticulture où l’on devinait comme la trace de ces folies anciennes qui servaient de villégiatures aux financiers ou aux maîtresses du roi.
À Pierrefitte, cette banlieue-là, de pavillons et de jardins a disparu. »

Eh, que voulez-vous. Financiers et maîtresses, titre d’un roman, non ?

De Waresquiel poursuit : « Des séries de cubes et de rectangles. On a quitté les confins improbables des banlieues de Gracq à demi envahies par la forêt. »

NB - Haguenau, juin 2025

Proust, Gracq, bien sûr. L’auteur aurait pu évoquer aussi Le ciel du faubourg, d’André Dhôtel (eh ! Ne retombons-nous pas sur nos pattes?)
Il est un ouvrage vaguement collector peut-être, compte-rendu d’une série de conférences lors des journées Littérature en Lagast ; je parle du Cahier n° 8, consacré à André Dhôtel bien sûr (en 2016) (où je commis quant à moi de longues réflexions sur la géographie passablement erratique de l’auteur). Philippe Blondeau, lui, évoqua le faubourg, dans un texte de « tentation de définition d’un lieu dhôtelien ». On y lit (entre autres, entre autres…) page 63 :

« Lieu privilégié d’un certain égarement, le faubourg se caractérise, plutôt que par une situation précise, par une poétique des lieux, un certain sentiment d’étrangeté, l’impression d’être ailleurs, là où les repères de la ville s’effacent ou se brouillent. »

Quelle impression aujourd’hui. Cubes, rectangles et fantômes ; un tout autre égarement.

Mais quant aux fantômes, et dans sa postface, toujours (page 286), Waresquiel y vient, ou presque, après nous avoir promenés dans différents lieux d’archives :

« Dans l’introduction à son Histoire de France, Michelet convoque toute la galerie des rois et leur parle comme s’il les voyait. On peut dialoguer avec des ombres. (…) Ce sont des conversations utiles. On y apprend des choses sur le temps qu’il fait, sur le temps qui passe et sur celui qui ne passe pas (…) »


Nils Blanchard


Ajout. On en avait un peu parlé: publication en Suède d’une nouvelle traduction des Liaisons dangereuses de Laclos.
Bon, mais Jenny Högström de noter (dans le Göteborgs Posten du 28 juin :

« (...) på det stora hela har Jan Henrik Swahn lyckats med den äran med sin nyöversättning till svenska – den första på 70 år – utan att det låter krångligt eller konstlat. Han har ju tjuvtränat med att översätta Madame de Staël. »

« (...) dans l’ensemble, Jan Henrik Swahn [le traducteur] a franchi avec les honneurs l’étape ded cette nouvelle traduction – après 70 ans – sans qu’il y ait quoi que ce soit de compliqué ou d’affecté. Il est vrai qu’il s’est entraîné en traduisant Madame de Staël. »

Et de Madame de Staël, E. de Waresquiel parle, évidemment, dans son livre…


mardi 2 mai 2023

Au printemps des dilettantes

 France culture, un 1er avril, 2023 ; émission de ce qui est encore le matin, « Concordance des temps », Jean-Noël Jeanneney recevait François Walter.

J.-W. Waterhouse
Il y fut question de Rachel Carson, pionnière de la lutte contre les pesticides…
On parlait de guerre, à la fin de ce billet, sur un autre thème. Rachel Carson aussi, alors, pour Emmanuel Macron, aurait été « en guerre », comme les milliers de manifestants de Sainte-Soline ?

Dans la même émission, à la fin, une chanson de Charles Trenet : Mourir au printemps.
Chanson que je ne connaissais pas – Dieu merci, il doit y en avoir encore quelques unes comme ça ; de même que je n’ai pas encore lu tous les romans d’André Dhôtel… – Dans l’émission, la chanson est présentée de 1962. Là, je tique. La voix ne me semble pas être de 1962, mais de plus tard. Mais des recherches sommaires ne m’en disent pas beaucoup plus. Une première version (« remastérisée en 2017 ») daterait bien d’entre 1964 et 1968.

On se trompe si facilement.
Surtout quand on s’éloigne de ses zones de confort (en l’occurrence, avec Trenet, ce n’était pas le cas cependant…) Mais, allez… le 8 juin 2021, Roland Jaccard notait sur son blog, toujours consultable : « Il est préférable d’éviter de devenir un spécialiste de quoi que ce soit. Pourquoi ? Proust répond : dès lors qu’on est considéré comme tel – de l’hérédité bulgare à la politique extérieure bulgareon est amené à en parler toute sa vie, si on n’y met pas bon ordre. Ce qu’on gagne en prestige, on le perd en subtilité intellectuelle. »

Tant il est vrai que je me (vous) perds un peu dans mes dilet-tentations.


Quant au printemps des poètes ; affiche tombée au hasard du net à la recherche Désir de printemps.
Bon, mais on parle de « printemps », des peuples, de tel ou tel soulèvement. De ces "CRS du futur", on peut rêver...

Quant au tableau de Waterhouse (qui illustrait la présentation de l’émission sur le site de France culture), il date de 1913, l’année de naissance de Charles Trenet…

Nils Blanchard

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...