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mardi 11 février 2025

Tidö, perspectives – temps long - 4

Les accords de Tidö ont été prévus, travaillés (avec quelle pertinence, c’est une autre affaire) ; 63 pages de contrat gouvernemental. L’attelage Barnier – RN, en France, semble avoir été plus improvisation d’un instant ; instant de panique ou de mauvais conseils d’obscurs marquis ?

NB

Ce billet, comme son titre l’indique, fait suite à trois autres :

- Tidö, France - 1 (15 janvier 2025).

Et récemment, le 7 février dernier, a été publié un article complet (Marius Perrin, Fondation Jean Jaurès, février 2025 ; il ne semble cependant pas bien tenir compte des dernières évolutions en France, et notamment de l’expérience Barnier, lors qu’il compare la Suède et la France dans sa dernière parie…) faisant le tour de la question que pose en Suède et en Europe le gouvernement suédois (issu de ces accords de Tidö).

(Drôle, de hasard, je parlai au premier billet de cette série sur Tidö de « cris continuels » dans l’hémicycle, lors du discours de politique générale de F. Bayrou. C’était le 14 janvier. Or, le 21, Argoul  évoque sur son blog le chapitre XIII (et ultime) du Livre III des Essais. Citons : « Nos députés qui font les lois ne sont guère meilleurs que les législateurs d’Ancien régime : une bande de singes braillards peut-elle énoncer ce qui est juste à l’intérêt général ? L’invective et la posture peuvent-elle susciter l’intelligence ? En quoi Montaigne est toujours actuel… Qui ne dirait que les gloses augmentent les doutes et l’ignorance ? »)

Julius Kronberg, La sagesse - Capture d'écran


Bon, pour ce qui est des deux partis d’extrême droite, les Démocrates de Suède de Jimmie Åkesson et le Rassemblement national de Jordan Bardella, on est frappé par certains traits communs entre les deux meneurs actuels. Tous les deux ont pris très jeunes les rênes de leurs partis : J. Åkesson est devenu porte-parole du sien quelques jours avant d’avoir 26 ans (en 2005), J. Bardella, lui, est devenu président du R.N. le jour même de ses 26 ans (en septembre 2021) !
Le premier publie une autobiographie en 2013 (il a donc alors 34 ans) ; le deuxième en a publié une en 2024 à 29 ans…
Plus sérieux : d’anciens Waffen SS se retrouvent parmi les membres fondateurs des deux partis.

Dans les faits, force est de constater que, paradoxalement, l’expérience suédoise, plus durable, est plus extrême dans un certain néolibéralisme – baisses d’impôts, lors que Barnier prévoyait plutôt de les augmenter ; il est vrai dans des situations économiques différentes –, baisses des allocations au chômage… Et, dans ce néolibéralisme, la partie extrême de l’attelage a essayé de freiner. On connaît de vagues remugles « gilets-jaunistes » du Rassemblement national. Pour la Suède, Marius Perrin rappelle (pp. 4-6) que « Le parti de Jimmie Åkesson n’avait de cesse depuis le courant des années 2000 de se poser comme le nouveau parti des classes populaires, attaché au concept de Folkhem (Maison du peuple) développé dans les années 1930 par le Premier ministre socialiste Per Albin Hansson et fortement associé à l’État-providence. »
L'alliance suédoise est allée plus loin aussi que ne le prévoyait Barnier (si vraiment ces gens prévoyaient quelque chose) en France pour ce qui est de la restriction de l’immigration.
Marque de son orientation fondamentale (on a rappelé d’où venaient les gens de « SD » – les Démocrates de Suède) : le gouvernement Kristersson a essayé de mettre en place une obligation aux fonctionnaires de dénoncer des situations de personnes en situation irrégulière !

Julius Kronberg - Capture d’écran

En Suède comme en France, la politique environnementale est la grande perdante de ces expériences (et, en France, de ses suites ; Bayrou ayant cru bon de s’en prendre, pour complaire à la FNSEA, aux agents de l’Office Français de la Biodiversité). Le nucléaire – ce n’est certes pas là l’apanage de l’extrême droite – est relancé plus que jamais… (Oui, décidément, une partie de ces gens semble complètement oublier l’est du Monde : la guerre en Ukraine, mais aussi et là encore, Tchernobyl, ou ce qui se passa au Japon, à Fukushima, en 2011.)

Marius Perrin (article de la Fondation Jean Jaurès) évoque les perspectives des Démocrates de Suède. Ils semblent avoir pris ce qu’ils pouvaient de l’électorat (plutôt de classes populaires) autrefois dévolu aux Sociaux-Démocrates. Il leur reste donc à continuer de grignoter celui de la droite plus modérée, ce qui pourrait à terme fissurer l’entente des deux blocs… Là, à nouveau, on remarque d’étranges correspondances entre les situations française et suédoise.
Quant à la question des raisons de la durabilité de l’expérience suédoise au regard de la française, posée le 15 janvier dernier, on a vu que J. Åkesson était « porte-parole » de son mouvement politique ; et il le contrôle. J. Bardella, lui, est « président » du sien, mais on sait qu’il y a quelqu’un au-dessus. Ceci explique peut-être cela.


Nils Blanchard


Et puis... 

On ne va pas parler sans cesse ici de Donald Trump. Mais alors que ce dernier ressort des Accords de Paris, de l’OMS, conspue la Cour pénale internationale… on peut se rappeler qu’en août 1941, Churchill est allé rencontrer Roosevelt au large de Terre Neuve. S’est ensuivi la Charte de l’Atlantique, qui a posé les bases du système international des Nations Unies. C’est ce système qui est remis en cause, aujourd’hui, par les grandes puissances plus ou moins grignotées par les « oligarques » : Russie et Chine d’un côté… États-Unis donc de l’autre.
Cette charte de l’Atlantique fut signée dans ce qui était, dans ce qui est toujours, les eaux territoriales du Canada, qu’un Trump aujourd’hui voudrait « intégrer » à « son » pays.

W. Churchill, F. D. Roosevelt, 9 août 1941

Il est vrai que la Charte de l’Atlantique fut, dans les faits, vite mise à mal, dès l’entrevue de Londres entre les ministres des Affaires étrangères britannique et soviétique A. Eden et V. Molotov du 26 mai 1942, le premier ayant dû concéder au second un « glacis de sécurité » à ses frontières stratégiques. « Glacis »… avant-goût de vocabulaire de guerre froide…
Mais c’était en pleine guerre. On se demande quelles raisons ont poussé les extrêmes français actuels – et quelques gens de droite – à devenir poutinolâtres dès les années 2010, peut-être avant…


NB

dimanche 2 février 2025

Tidö, France – Liens et dissemblances - 3

Retour sur ces gouvernements mâtinés d’extrême droite, en Suède et en France ; Ulf Kristersson versus Michel Barnier.
Le sujet, ici, est à mon sens assez désagréable (mais, une fois n’est pas forcément coutume, soulève des questions on peut plus d’actualité)

NB - Janvier 2025


Mais il est bien d’autres époques, thèmes, sur lesquels on pourrait apposer cette comparaison entre des passages étrangement parallèles de la Suède et de la France. (Serait-il par exemple si abracadabrantesque que de comparer – comparer, simplement… – les situations de la Suède et de la France pendant la Seconde Guerre mondiale : divers soutiens à la Finlande, situations face à la phase victorieuse de l’Allemagne nazie…) Ceci entre parenthèses donc.

Au fond, les constitutions des deux pays ne sont pas si dissemblables ; plus exactement, elles fonctionnent (et c’est du reste logique, ce sont des démocraties) de manière comparable face à l’éparpillement des partis (avec le surgissement des extrêmes gauche et droite à des niveaux concurrençant les « partis de gouvernement »). Un chef de gouvernement nommé (par le talman du Riksdag en Suède, par le président de la République en France) est bloqué devant le parlement s’il ne parvient pas à s’en faire reconnaître (en France, après 49-3 et censure).
Dans les deux cas (hors période de soutien de l’extrême droite), on peut voir, comme sous les troisième et quatrième républiques, d’anciens chefs du gouvernement redevenir simples ministres : Carl Bildt sous Fredrik Reinfeldt, Manuel Valls et Elisabeth Borne sous Bayrou...

Julius Kronberg, Abondance - Capture d'écran 

(Ne peut-on voir en cette image la démocratie dispensant ses bienfaits aux extrêmes, comme à la fin d’un repas où tout le monde s’égare?)

Pour ce qui est des ressemblances, dans les deux cas (Kristersson et Barnier), les gouvernements ont été nommés lors que la gauche avait « gagné » les élections, comprenez qu’elle était arrivée en tête en sièges ou en voix. Cela, très nettement en Suède (30,33 % des voix aux sociaux-démocrates, près de 10 % de plus que l’extrême droite arrivée deuxième), moins en France (Nouveau Front populaire : 26,63 % des voix au second tour et 190 sièges) mais l’extrême droite est en tête en pourcentage (37,10 % mais « que » 143 sièges). (En l’occurrence, ironiquement, la gauche française qui réclame la proportionnelle a été favorisée par le scrutin majoritaire ; itou le centre…)
Et les leaders des deux gouvernements, issus de partis conservateurs de gouvernement, représentaient tous deux des partis en déroute électorale.

Dans les deux pays, les gouvernements mâtinés d’extrême droite (Kristersson et Barnier) sont arrivés après des crises institutionnelles relativement inédites. En Suède, le talman (président du Parlement) Andreas Norlén (par ailleurs compilateur de poésie) a eu du mal à trouver une solution viable pour gouverner la Suède. En France, l’abracadabrantesque dissolution de l’Assemblée nationale n’a pas arrangé l’état de désordre dans lequel se trouve cette assemblée.
Ces crises institutionnelles : liées au déséquilibre engendré par la montée de pôles nouveaux (à ce niveau de voix ; en l’occurrence les extrême droites notamment) rendant impossibles les majorités sur les modèles passés.

Il est à noter que dans les deux pays, les dernières majorités de gauche (celles de Magdalena Andersson en Suède, de François Hollande en France), avaient été affaiblies (celle de F. Hollande beaucoup plus que la suédoise il est vrai) par des défections de leurs ailes gauches (les « frondeurs »…)

Julius Kronberg - Capture d'écran


(Là, ne peut-on voir à la place de ces muses les trois mouvances ordinaires de gouvernement – gauche, centre et droite – observant avec une certaine légèreté d’autres courants d’opinions les rejoignant dans le grand bain?)

En l’occurrence, pour ce qui est des dissemblances entre les situations française et suédoise en 2024, on peut noter que l’extrême gauche (ou une partie d’icelle), en Suède, ne flirte pas à ma connaissance avec l’antisémitisme.

Je suis obligé d’écrire : à suivre…


Nils Blanchard


Et puis : - Sur Trump : Reed Brody, entendu peu après l’élection du président américain sur France info, de remarquer que c’est Trump qui a fait la division entre démocrates et républicains notamment… alors même qu’il disait dans son second discours passablement improvisé au Capitole que c’était dommage qu’il y ait ces divisions !

- Reed Brody de prévoir un second mandat beaucoup plus problématique que le premier, car lors du premier, Trump n’était pas préparé, avait des gens légalistes dans son équipe… Là, il a des gens prêts à lui obéir au doigt et à l’œil.
Et de ça aussi on reparlera.

vendredi 24 janvier 2025

Tidö, France (mais aussi États-Unis) - 2

Comme promis, retour sur les étranges expériences de gouvernements soutenus par l’extrême droite, sans que celle-ci daigne avoir de ministres, en Suède et en France.

Farliga förbindelser, Natur & kultur, à paraître en mai 2025 (traduction de Jan Henrik Swahn)


En Suède, le gouvernement d’Ulf Kristersson est au pouvoir depuis le 18 octobre 2022.
On ne va pas faire ici un historique complet des entrelacements politiques qui ont conduit à ce gouvernement. Notons simplement que cette coalition de droite et extrême droite de Tidö fait suite aux résultats des élections législatives du 11 septembre 2022. Les sociaux démocrates (sortants, d’un gouvernement de coalition fragile) sont arrivés largement en tête avec 30,33 % (et 107 sièges). Les trois partis de droite et centre-droite (qui s’étaient déjà entendus par le passé pour gouverner), avec 19,10 % (68 sièges modérés, de Kristersson), 5,34 % (19 sièges chrétiens-démocrates) et 4,61 % (16 sièges libéraux) avaient donc moins de voix, à eux trois, que les sociaux-démocrates.
Mais Ulf Kristersson, qui avait déjà essayé, sans succès, de former un gouvernement quatre ans plus tôt, avait décidé de rompre le « cordon sanitaire » autour de l’extrême droite (« Démocrates de Suède » – ceux-là, à 20,54 % et 73 sièges) pour prendre le pouvoir (le nombre total de sièges étant de 349).
Donc, le 14 octobre, les accords de Tidö sont annoncés, accords de gouvernement incluant les Démocrates de Suède aux décisions programmatiques sans que ceux-ci participent au gouvernement. (Tous les membres des trois partis lestés de l’extrême droite n’ont pas accepté la chose ; le gouvernement de Kristersson a été investi par le Parlement (Riksdag) avec 176 voix contre 173…)

(Cette manière d’inclure l’extrême droite aux décisions sans qu’elle participe au gouvernement peut rappeler, peut-être, la posture entre deux chaises de la Suède pendant la Seconde Guerre mondiale.)

Ces accords sont censés être remis en cause tous les ans ; ceci étant, les Démocrates de Suède du parlement apportent donc leur soutien, décisif, aux décisions du gouvernement au Parlement.

Les représentants des 4 partis de Tidö; Wikipedia


Un article de Wikipedia sur ces accords note qu’ils sont divisés en 7 parties (croissance et économie, criminalité, migrations et intégration, climat et énergie, santé publique, éducation, démocratie et culture). Bon, on s’amusera peut-être à voir cela plus en détail ; ce n’est pas le propos du moment. Disons pour résumer, et faire écho à la vulgarité des temps, qu’on a là une forme de trumpisme (très?) light (parler de « trumpisme » est un peu rapide ; Tidö reste implanté dans une tradition nord-européenne, très difficilement comparable à l’orage imprévisible trumpien (on y garde un souci du droit des femmes, le respect des accords de Paris sur le climat… on n’y attaque pas les minorités de genre – y pense-t-on seulement ? –…)

Ce gouvernement a toujours cours aujourd’hui ; les prochaines élections devraient avoir lieu en 2026.

D'après Marguerite Gérard, illustration des Liaisons dangereuses, édition de 1796

En France, le malheureux (et très habile négociateur, nous a-t-on répété) Michel Barnier a été premier ministre avec l’accord tacite (il n’y a pas eu d’après ce qu’on sait de compromis, de contrat officiel) de Mme Le Pen. Cela a duré du 5 septembre au 13 décembre 2024, peu de temps donc vu que Mme Le Pen a soudainement baissé le pouce. Cela me fait un peu penser à cette fable, que je trouve très politique : Le scorpion et la grenouille. Elle a des origines lointaines, diverses sans doute, mais dans sa forme scorpion-grenouille, elle viendrait (Wikipedia encore) du romancier russe Lev Nitoburg (assassiné en 1937 pour activité "contre-révolutionnaire"…) Ah, et elle apparaîtrait dans le roman Le quartier allemand, de 1933.
(Le « C’est dans ma nature » du scorpion peut faire penser au « Ce n’est pas ma faute » de Valmont, dans Les liaisons dangereuses, bien que ce dernier me semble autrement moins antipathique.)

Dans un cas, un gouvernement est au pouvoir depuis plus de deux ans ; dans un autre il a tenu un peu plus de trois mois.

La suite, à un prochain billet... 


Nils Blanchard


Et puis… – Mort de Bertrand Blier, peu après celle de David Lynch. Pourrait-on sortir aujourd’hui un film comme Les valseuses ?


Triche… J’ajoute l’étiquette « Alluvions », du précédent billet.


mercredi 15 janvier 2025

Tidö, France - 1

Je n’ai pas « regardé » ces dernières années les « Questions au gouvernement » à l’Assemblée nationale, sur LCP ; ce : pour diverses raisons, notamment des questions de temps.
Mais j’ai « regardé » le discours de politique générale de François Bayrou le 14 janvier. (C’est peut-être son bayrou-d d’honneur – pardon… –, mais il cite Marc Sangnier, Jaurès…)


Hugo Simberg - Capture d'écran


Même si j’y étais préparé (je ne suis pas un ermite…), j’ai été passablement atterré par les cris continuels venant notamment de l’extrême gauche de l’hémicycle.
Aussi, comment ne pas être surpris par la violence des réactions les représentants des extrême droite et gauche ? Les deux vouent aux gémonies le malheureux premier ministre, sans rien proposer de sérieux en retour (on pense avec une certaine jalousie aux « cabinets fantômes » britanniques – puisqu’on était dans le sujet des fantômes, qui émanent d’oppositions qui travaillent). Est-ce travailler que se dandiner sur une estrade, lire plus ou moins bien des textes il est vrai assez bien torchés, en sachant pertinemment qu’on ne viendra pas tout de suite au pouvoir ?

Au passage, les représentants du Rassemblement national et de la France insoumise semblent totalement ignorants du fait que la Russie, il y a bientôt trois ans, a attaqué l’Ukraine, et que cette guerre continue aujourd’hui…

Hugo Simberg - Capture d'écran


J'ai le projet depuis quelque temps de comparer dans un billet les gouvernements Barnier (en France, soutenu – le brave homme – par l’extrême droite) et celui de Kristersson (en Suède, soutenu par l’extrême droite aussi). Force est de constater que l’expérience suédoise est plus durable ; pourquoi ? C’est ce que je tâcherai d’étudier…

Mais cette tension, ces cris incessants et stupides, qu’on entendait lors de ces questions au gouvernement du 13 janvier m’ont rappelé – lointainement – la situation de l’Allemagne à la fin des années vingt et au début des années trente. Le nazisme a alors finalement pris le pouvoir, mais n’oublions pas que la République de Weimar (très proche, dans ses institutions, de notre Vème République, ou de la République finlandaise d’alors) a été affaiblie aussi par l’extrême gauche. (Il est vrai que les communistes allemands pouvaient alors difficilement passer l’éponge sur la répression insensée des spartakistes…) Aux élections législatives de novembre 1932, les « partis de gouvernement » (mettons qu’on puisse entendre par là ceux qui étaient prêts à rendre le pouvoir pacifiquement après l’avoir exercé un certain temps), ont obtenu (source, Wikipedia) : SPD : 20,43 % + Zentrum : 11,93 % + peut-être le DNVP (Parti populaire national allemand) : 8,34 + le BVP (Parti populaire bavarois) : 3,09 + différents autres petits partis (6,66%)) 50,55 %.
Tout le reste, soit près de la majorité, revenait au parti nazi (33,09%) et au parti communiste (16,86 %). Ah, et il ne faut pas oublier les bons vieux abstentionnistes (près de 20%).

Hugo Simberg - Capture d'écran


Quant aux illustrations de ce billet, elles émanent du peintre Hugo Simberg (1873 – 1917, d’origine suédophone), antérieur on le voit à la période évoquée ; n’ayant pas même connu la Finlande indépendante. La Finlande était alors un grand-duché passablement autonome de la Russie ; Hugo Simberg avait pu voyager en Angleterre, en France, en Italie… Il était de Vyborg que les Soviétiques prendront à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.


Nils Blanchard

dimanche 31 mars 2024

Mars ; inquiétudes et étrangetés 2

On entend çà et là que « tout est possible », plutôt vers le pire. Thomas Nydahl par exemple, le 29 mars, d’asséner : « Djupt i mig rör sig dock en tanke: om inte dårskapen på plats snart upphör rör vi oss farligt nära den totala katastrofen. » / « Il y a cette pensée ancrée profondément en moi : si la folie ambiante ne s’arrête pas, on pourrait s’approcher d’une catastrophe totale. »

NB - mars 2024

On pourrait aussi citer Lennart Erling (Den långsamma bloggen), au début du mois :

« På teve menar Staffan Heimerson att vi i Europa befinner oss i samma läge som 1943, innan Hitler mötte ett samlat motstånd från demokratierna. Historien upprepar sig aldrig, sägs det. »

« À la télé, Staffan Heimerson de considérer que l’on se trouve dans la même situation qu’en 1943, avant qu’Hitler rencontre une opposition unie des démocraties. Il est vrai qu’on dit que l’histoire ne se répète pas. »

Bon. 43 sonne étrangement : d’abord, c’est aussi l’URSS (Stalingrad), qui n’était pas précisément une démocratie, qui a contré le nazisme. Certes, en 1943, les États-Unis étaient entrés en guerre depuis plus d’un an, mais on oublie un peu vite que le Royaume-Uni était en guerre depuis 1939, à peu près seul (indépendant) face à Hitler de juin 1940 à juin 1941 (Barbarossa).

Le nouveau président finlandais, aussi, Alexander Stubb, prenant ses fonctions il y a à peu près un mois, d’asséner : « Vi lever i en tid av oro och oordning » « Nous vivons un temps d’inquiétude et de désordre »...

NB - mars 2024

Et un an après la Finlande, la Suède est entrée à son tour dans l’OTAN, après de longues périodes de neutralités – certes plus ou moins compromises çà et là – depuis Bernadotte, voire avant encore.
Au moins deux articles de ce blog évoquent déjà le sujet : dans ces parages. Encore une fois, un monde, ou un continent (quasiment) totalement divisé en deux camps ne laisse guère de place à une négociation, une simple communication possible. On me rétorquera qu’on ne peut guère communiquer avec V. Poutine. Mais le pouvoir de ce monsieur, aussi long ait-il été, n’est pas éternel…
Aussi, si quelqu’un comme Trump devait revenir au pouvoir aux États-Unis, l’utilité de l’OTAN pour la Suède serait de toute façon amplement diminuée.

Capture d'écran

Peu importe, il semble que le gouvernement d’Ulf Kristersson (soutenu par l’extrême droite) profite dans les sondages de la popularité de cette entrée dans l’OTAN (initiée, assez bizarrement d’ailleurs, par les sociaux-démocrates). Du coup, on lit ce genre d’article étrange, dans le Göteborgs Posten (le 11 mars), d’Alex Vårstrand, où il est question de la « protection de notre héritage culturel qui est une partie de notre défense nationale ». Et l’auteur précise :

« Regeringen har beslutat att inrätta ett kulturskyddsråd. Rådets syfte är att ta fram en effektiv beredskapsplanering för kultursamlingar, byggnader och miljöer. Rådet, bestående av Riksantikvarieämbetet, Riksarkivet, Kungliga biblioteket, MSB, länsstyrelserna, museerna och Svenska kyrkan, kommer att avgöra vad som ska skyddas och hur. »

« Le gouvernement a décidé d’instaurer un Conseil de défense de la culture. Le but de ce conseil est de mettre en place un plan d’alerte efficace concernant les collections, bâtiments et milieux culturels. Le conseil, constitué des autorités suédoises du patrimoine, des archives nationales, de la Bibliothèque royale, du MSB (administration pour les situations de crise), des autorités régionales, musées, de l’Église suédoise, qui va décider ce qui devra être protégé, et comment. »

NB - mars 2024

Encore une fois, l’extrême droite soutient ce gouvernement ; quelle idée peut-elle avoir d’un quelconque héritage culturel ?

Voilà qui rappelle en tout cas les collections du Louvre déménagées pendant la guerre, les vitraux de la cathédrale de Chartres…

NB - Vitrail de René-Louis Petit, abbatiale de Montier-en-Der, mars 2024

Face à cette « conjoncture » pour le moins déstabilisante, Lennart Erling poursuit son article du « blog  qui avance lentement », sans transition :

« Att vandra i skogen, längs stigar och vägar som vi känner till sedan länge. Ändå samma glädje att kunna röra sig i naturen, andas in skogsluften, iaktta de första tecknen på vårens ankomst. Äta lunchmackor i en solig backe, i lä för vinden. Samtala, eller vara tysta. »

« Se promener en forêt [la forêt est, d’abord, ce qui est en dehors…], suivre des pistes, des chemins que l’on connaît depuis longtemps. Et cependant la même joie toujours d’évoluer dans la nature, respirer l’air de la forêt, observer les premiers signes de l’arrivée du printemps. Manger des sandwichs sur un promontoire ensoleillé, à l’abri du vent. Parler, ou rester silencieux. »


Nils Blanchard 

samedi 17 septembre 2022

LONGING for Paris / enfants gâtés

N'est-on pas un peu gâté quand on vit à Paris ? Ce week-end, on peut y profiter – entre autres –, lors des journées du patrimoine, de visites de l’hôtel de Marle qui acueille, on le sait, l’Institut Suédois.

NB - Ellen Roosval, La danse, Serge Lifar (Institut Suédois)



On se souvient de l’exposition LONGING, que j’avais évoquée ici.
Elle n’a plus court, remplacée par « Swedish Secrets » sur le design. Puis dès la fin du mois, sont annoncées des expositions « Showroom », en lien avec le textile, sur les créateurs de mode...
On en reparlera peut-être.

En attendant, il y a les "Semaines Internationales de Quilly", du 17 septembre au 2 octobre, qui consacre sa 31ème édition à la Suède. C’est en Normandie ; de Paris, ce n’est pas si loin.


Mais pour ce qui est des enfants gâtés, j’entends aussi l’expression en son sens moins agréable, en pensant à différentes personnes qui se vantent de ne pas ou plus se déplacer aux élections.
Dimanche dernier en Suède, quelques points seulement ont départagé (pour autant qu’elles le soient… un nouveau gouvernement n’est pas encore formé…) les deux coalitions, de droite autour d’Ulf Kristersson (modérés – conservateurs –, démocrates de Suède – l’extrême droite –, libéraux et chrétiens-démocrates) et de gauche autour de l’actuelle cheffe du gouvernement Magdalena Andersson (sociaux-démocrates, parti de l’environnement, parti du centre et « gauche »). Problème, à droite, la coalition s’est mise d’accord pour intégrer l’extrême droite à un projet de gouvernement – à défaut (?) d’entrer au gouvernement lui-même. Et l’extrême droite suédoise, un peu sur le modèle de la française, est issue de mouvances politiques assez nauséabondes.
Alors, ne pas voter, comme le recommande Thomas Nydahl ? À moins d’être franchement anarchiste, je ne comprends pas très bien cette logique. Surtout quand on se défend, en même temps, d’avoir voté SD. Dans son blog, T. Nydahl, le 15 septembre :

« Nej, jag är inte Sverigedemokrat. Eftersom jag inte röstar har jag inte heller röstat SD. » « Non, je ne suis pas Démocrate de Suède. Puisque je ne vote pas, je n’ai pas pu voter SD. »

Qu’il ne soit pas SD, certes…
Mais n’y a-t-il pas des priorités, dans la vie ? Voter ne nécessite pas d’adhérer à 100 % au profil d’un candidat. Rejeter tous les candidats d’une liste n’est-il pas une conduite d’enfant gâté ? (Tous sont-ils si mauvais ? Thomas Nydahl était par exemple pour l’entrée de la Suède dans l’OTAN ; n’a-t-il pas été exaucé?)

Longing… NB – Julia Bland (Etats-Unis), Blanket for Good Drams, 2020,
Exposition à l’Institut Suédois

Quant à pointer la faiblesse de l’argument assimilant l’extrême droite actuelle à l’hitlérisme. Certes encore… L’histoire ne repasse pas les plats, surtout dans un pays différent.
Ce qui est plus embêtant, c’est l’argumentaire sur le fond de ces mouvements, sur quoi peu de gens prennent vraiment la peine d’argumenter, lassés des répétitions incessantes de mêmes sornettes.
Encore plus embêtant : l’engouement, selon des sondages, des populations de 18-21 ans pour le parti SD (22 %, d’après l’article d’Anne-Françoise Hivert, dans Le Monde du 16 septembre).
Lassitude, déjà, à cet âge-là ? Ou malaise d’une génération particulièrement perméable à une certaine ignorance, du fait, entre autres, de « réformes » scolaires estampillées PISA et autres sigles de traviole ?


Nils Blanchard

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...