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lundi 30 mars 2026

Dhôtel – Ulysse – Tiresias – Jean Luchaire – Germaine Beaumont – printemps

Quand on entre dans la culture grecque, écrivais-je au dernier billet, on n’en sort pas tout de suite.
Porte ouverte.
Bon, mais alors, entrons !

Bertel Thorvaldsen, Homère - Capture d’écran

Le blog Alluvions de Patrick Bléron, et ce n’est pas exceptionnel, nous régale depuis plusieurs semaines d’articles passionnants. Là, deux thèmes, comme parallèles, qui s’entremêlent : une pérégrination autour des Journaux (de guerre) d’Ernst Jünger et Jean Guéhenno ; une sorte d’Odyssée autour du personnage de Tirésias.
(Bon, de Tirésias, on reparlera sans doute, plus tard – c’est qu’on a l’impression, en ce moment, que Tirésias est partout.)

Et là dedans, quand on rentre d’une assemblée générale où l’on a réfléchi aux prochains Cahiers Dhôtel possibles, qu’on a visité une bibliothèque reconstruite dans l’entre-deux-guerres par les Américains à Reims… on se surprend avec les poches gonflées de mots et de thèmes ramassés le soir, en se reposant (vaguement) devant l’ordinateur en quelque « promenade chien » – comprenne qui voudra…
Et devant l’écran, ce blog, et ces derniers articles d’Alluvion.

Louis Hector Leroux, Homère - Capture d’écran

Par leur intermédiaire, on lit le 16 mars des mots de Yannick Haenel : « Ulysse, qui invoque les morts, qui les écoute, est l'éclaireur de la littérature, celui qui s'est sacrifié pour nous montrer le chemin des aventures étranges. »

Puis, Arthur Rimbaud, dans Une Saison en enfer : « Ma santé fut menacée. La terreur venait. Je tombais dans des sommeils de plusieurs jours, et, levé, je continuais les rêves les plus tristes. J’étais mûr pour le trépas, et par une route de dangers ma faiblesse me menait aux confins du monde et de la Cimmérie, patrie de l’ombre et des tourbillons. »

De là, retour à Yannick Haenel : « Rimbaud, poursuit-il, vient de là, comme Dante. Il vient de la Nekuia d'Ulysse, de cette brèche insensée qui déchire la cohésion du monde. »

De là… Dhôtel. Professeur par ailleurs de lettres et maîtrisant les grecs (ancien et moderne), André Dhôtel ne pouvait beaucoup ignorer Ulysse. Puis il a beaucoup écrit sur Rimbaud, avec qui on affecte de laisser dire qu’il avait une lointaine parenté.
Mais il était, quand même, surtout romancier. Dans ses romans, interviennent sans cesse pour ainsi dire des « déchirures », « interstices », « décalages », que sais-je encore, dont les articles des bulletins et cahiers de la Route inconnue (excellents bien sûr) sont farcis, au point que lesdits cahiers et bulletins devraient plutôt avoir la forme de confettis qu’autre chose.
Mais. À cette dernière assemblée générale (Reims, bibliothèque Carnegie, etc., était présent aussi André Murcie, qui a écrit cet article étrange dans le cahier n° 22 La guerre, le mal (2024). J’en ai déjà parlé : pour lui ces interstices ne sont pas des symboles, mais des séparations réelles – et quant à leur rencontre… – entre des personnages situés à des rives opposées ; vie et mort…

Jean-Baptiste Corot, Homère et les bergers - Capture d’écran

 M
ais ce n’est pas fini. Sur le blog Alluvions à nouveau, pas plus tard que le 24 mars, à propos du nouveau film de Xavier Gianoli sur Jean Luchaire, j’ai comme l’impression de clins d’œil incessants à diverses de mes recherches, dont « Suédois d’ailleurs » se fait parfois, plus ou moins maladroitement, l’écho. Vous pouvez prendre appui sur l’index, à droite…
Dans cet article, donc, on parle de tuberculose.
Puis plus loin, via Maurice Garçon (j’ai un souvenir moins enthousiaste que celui de Patrick Bléron sur ce diariste), Germaine Beaumont (grande amie de Dhôtel – pas encore évoquée dans le blog ??) Puis… Aristide Briand. Je lis diverses choses sur ce dernier, aussi, ces derniers temps… sans grande sympathie je dois dire. Juste avant la Première Guerre mondiale, Guillaume II l’avait convié à venir discuter, à l’occasion de courses nautiques. Briand déclina, ce ensuite pour pleurnicher (et jouer à l’européiste) après 1918 sur l’horreur de la guerre. Mais qui l’avait laissé se déclencher, cette guerre ?

Paul Jourdy, Homère chantant ses vers - Wikipedia

Bon, mais Germaine Beaumont. Tenez, sur le printemps (Si je devais… au Dilettante ; recueil joliment présenté par Hélène Fau), page 66 :

« Inexplicablement allégé de ses peines, le martyr de la IIIe République qu’on nomme le piéton et qui ne circule qu’entre les instruments de sa passion, le bâton de l’agent et les clous du sol parisien, le piéton, cet ilote sans ivresse, s’évade enfin du sens unique, lève la tête au mépris du danger, et perçoit soudain, entre le nuage rond et le premier thyrse des marronniers, le sens éternel des chemins qu’il ne suivra jamais. »

Sous la Ve République, les instruments de la passion du piéton seront surtout le vélo (électrique, comme celui sur lequel était perché le nouvel élu maire de Paris, au milieu de son troupeau de bobos) et la trottinette…


Nils Blanchard

vendredi 30 mai 2025

Divers points – éditeurs, bobos (pas la même chose)

Croisé il n’y a pas très longtemps avec grand plaisir l’éditeur de cette maison dont il a déjà été question ici : Sous le Sceau du Tabellion, Alain Chassagneux. Cette maison d’édition, associative, a (ré)édité récemment, entre autres, Héloïse Combes, André Dhôtel, Patrick Reumaux !


Du coup, j’ai commencé de lire Biogriffures, de Patrick Corneau, qui lui-même a parlé non sans intérêt d’Héloïse Combes… J’en reparlerai peut-être, mais je voudrais m’arrêter sur le passage suivant (page 30 – il y est question d’un Frédéric…) :

« Il lui serait désagréable d’apprendre qu’il se rattache aux habitus de classe de la néobourgeoisie semi-intellectuelle française du début du XXIe siècle, dite bobo. (…) Pour Frédéric, les bobos ce sont les autres, sous-entendu ceux qui ont un peu plus d’argent, qui peuvent prétendre à l’atelier sur cour, la petite maison charmante dans une impasse privatisée, le loft avec vue sur le Sacré- Cœur, etc. Le bobo c’est toujours l’autre, celui qui vous ressemble mais en mieux, que vous dénigrez tout en l’enviant secrètement. »

Pourquoi pas. Sans vouloir empiéter sur les plate-bandes des sociologues – leurs semis sont déjà bien capricieux ! –, je me permettrai néanmoins de donner ici une définition simple et me semble-t-il assez complète du mot bobo, en cinq points. Sans doute la trouvera-t-on sujette à caution, mais elle aura le mérite d’exister.

1) Le bobo habite généralement le centre de certaines villes moyennes – grandes.

2) (En lien avec les points précédant et suivant), le bobo est aisé (matériellement), voire très aisé.

3) Le bobo est « branché », plutôt cultures underground, si possible locales.

4) Le bobo est de gauche (rarement communiste, entre LFI et un certain spectre de l’écologie et du centre-gauche).

5) (J'ai tendance à l’oublier, celle-ci), le bobo est assez niais.




Quant à l’Arbre vengeur – on en a parlé du fait de la belle réédition de David – ils ont parfois des soldes dans leur impressionnant catalogue. Gare alors, au porte-monnaie peut-être, aussi à l’espace jalousement préservé pour caser encore quelques livres ici ou là. En vrac : Franz Bartelt, Robert Louis Stevenson, Mark Twain, Remy de Gourmont, D. H. Lawrence…
J'hésite en l’occurrence un peu à me faire plaisir : sait-on jamais, quelque fâcheux – j’entrevois bien à l’heure où l’écris ces lignes quelques personnes particulièrement obtuses et ignares – pourrait me rendre le service de me décider à changer, enfin, de métier ; il me faudrait alors vraisemblablement déménager… et la difficulté serait alors précisément de transporter mes livres et leur trouver une place quelque part…

Ou rester indifférent à l’instar d’un David ?
Indifférent ; refuser l’influence du temps qui passe ? Jusqu’à prendre langue avec la mort ?
Je fais là allusion à un article d’André Murcie (mais on en reparlera…), qui évoque dans le dernier Cahier (n° 22, 2024) de la Route inconnue « Une mauvaise lecture d’André Dhôtel » :

« Les interstices dhôteliens changent le regard sur le sens profond de cette œuvre : pourquoi les amoureux de Dhôtel mettent-ils tant de temps à se retrouver ? Parce qu’ils ne sont pas situés sur la même rive, l’un se tient sur la rive du monde des vivants et l’autre sur celle de la mort. Ne poussez pas des cris d’orfraie (…) »

La thèse est troublante, même si elle généralise peut-être… Puis on pourrait penser aussi que Dhôtel a besoin simplement de temps pour raconter son histoire, « dérouler son tapis » (Paulhan).


Illustration de Julie Faure-Brac, tirée du
P
ays où l’on arrive un jour, Éditions Invenit


Ce jour au Mont-de-Jeux : présence de Julie Faure-Brac, Dominique Tourte (entre autres…) Ce dernier est l’éditeur d’Invenit, qui a confectionné le livre Le pays où l’on arrive un jour.
Le titre est résolument (par rapport à Dhôtel), contradictoire ; son objet a quelque chose de surprenant aussi (par rapport à Dhôtel, encore) : c’est qu’il a quelque chose, aussi, du guide de voyage, voire de randonnée. Dhôtel randonneur ? Dhôtel guidé ? Il se laissait plutôt guider par le hasard.

« Science subtile de l’égarement. »


Nils Blanchard

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...