Affichage des articles dont le libellé est Paris. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Paris. Afficher tous les articles

dimanche 9 août 2026

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an mal an (si je puis dire), j’ai quand même une formation d’historien. Pas loin de l’archiviste…


 
J'essayais justement de ranger différents papiers. (Ce rêve d’une maison, d’un havre, où ranger livres et dossiers…) Je suis tombé sur cet ancien catalogue (ou carton, un peu entre les deux), d’exposition.

Il concerne Paul-Armand Gette. Aïe, aïe, aïe ; en nos temps de néopuritanisme désinhibé, je risque encore de choquer…
C'est pour une exposition à la galerie Claire Burrus, rue de Lappe (Paris), début 1987.

Introduction à un entretien entre Bernard Marcadé et Paul-Armand Gette : « Où il s’agit de l’Antiquité, de l’enfance, de la Grande Chartreuse, de Nathalie, de Vladimir Nabokov, de Lewis Carroll, de Claude Monet, de botanique, de Carl von Linné, de Lucas Cranach, de Marcel Duchamp, de salle de bain-lavabos & toilettes, et de Søren Kirkegaard. »
Eh ! Pas mal, non ?
Je me souviens d’une Nathalie (ce fut un prénom très répandu…) que je connus de relativement près… Complètement perdue de vue (par ma faute). Ce serait amusant qu’elle lise ces lignes…

Mais je m’égare (forcément…)

Paul-Armand Gette - Capture d’écran.
(Puisque je reviens d’Auvergne…)

 Sous la première illustration (page 5), en hommage à Claude Monnet comme de juste, on lit : « Le 2 août 1975, circulant en automobile dans la ville de Karlshamn, sur la côte est de la Suède, et apercevant une formation lacustre, je priais mon ami conducteur de bien vouloir arrêter son véhicule (…) »

Karlshamn, aussi.
Bien. Mais on a parlé de relations entre arts et sciences ; on lit à la même page : « (…) je me rendrais compte, même en dehors de mon travail – chez Duchamp ou Nabokov, par exemple –, du rapport quasi immanent que l’amour et l’érotisme entretiennent avec l’entomologie. »
On me dira, amour et érotisme ne sont pas forcément art… Disons qu’ils lui sont souvent associés. (Moins à Kungälv, il est vrai, où l’on a vu les ravages d’une sorte d’art moderne inféodé aux sous-traitants kafkaïens…) 

Paul-Armand Gette - Capture d’écran

Bon, mais peu à peu dans l’entretien, à la liste introduisant ce billet, on passe (quand même) aux nymphe(ette)s, au maniérisme, à Actéon… dont l’aventure serait pour B. Marcadé (page 10) assez proche « de celle d’Œdipe. Dans les deux cas, il est question d’effraction, de culpabilité et de châtiment. Ce que vous dites, vous, c’est qu’il est possible de regarder sans perdre la vue. Vous vous inscrivez en faux contre un certain fatalisme, voire un certain masochisme dont la psychanalyse aime à se nourrir ?...»

Eh ! On se retrouve là entre des thèmes récents d’Alluvions et de mes modestes aventures

François Joseph Bosio, La nymphe Salmacis,
Louvre ; Wikipedia

Mais j’ai échangé avec Héloïse Combes – c’est un thème qui reviendra sans doute en ces lignes – sur les relations entre le sexe et la guerre.

À Kirkegaard, on arrive après un passage par… les toilettes d’un musée. Puis P.-A. Gette d’expliquer : « La métaphore qu’il [Søren Kirkegaard] choisit d’ailleurs pour rendre compte de ce sentiment [crainte et amour – on me dira, crainte et amour ne sont pas forcément guerre et sexe…] est Nymphaea alba : oderint, dum metuant (Ils haïssent comme ils craignent), comme si seulement la crainte et la haine étaient liées, alors que la crainte et l’amour n’auraient rien à faire l’un avec l’autre (…) »


Nils Blanchard

mercredi 29 juillet 2026

Vie d’auteure / ancien blog découvert récemment – Ville et campagne

Évidemment, le titre de ce blog ne peut que m’attirer : « Libertin ». J'ai dû y parvenir par je ne sais quels rebondissements de liens.
Je ne le mets en lien de celui-ci notamment… parce qu’il est anonyme, peut-être – je ne sais même pas si son auteur est… une auteure… Plutôt un auteur…

NB – Londres, avril 2026


Je suis donc tombé sur ce blog, et sur une série d’articles autour de novembre 2018 (le blog, toujours en activité, court depuis décembre 2013…), sur une vie à Londres, les refus d’un manuscrit…

Londres, alors ; j’en revenais, ça tombe bien… (Et aimerais y retourner assez vite… Mais il y a aussi tant de choses à faire à Paris avant… puis il y a aussi… tant de choses à ne pas faire… D’aucuns parleraient de flemme (moi-même, en certaines circonstances), d’aucun d’atavisme méditatif…)

Puis, un titre d’article, le 14 novembre 2018 : « Att refuseras ». Voilà qui nous ramène à un sujet exploré ici aussi… Le billet commence de la sorte :

« Jag suckar över refuseringarna som trillar in en efter en, några standardiserade och intetsägande i sina Tack, men nej tack. Andra positiva och uppmuntrande, men refuseringar likväl. Ett förlag skriver att det var ett av de bättre manus de någonsin refuserat, att det inte var ett enkelt beslut. »

« Soupir, devant les lettres de refus qui se pressent l’une après l’autre, standardisées et sans sens dans leur Merci, mais non, merci. D’autres, positives, encourageantes, refus néanmoins. Un éditeur écrit que ça a été l’un des meilleurs manuscrits qu’ils ont jamais refusé, que la décision n’était pas facile. »

Je pense soudain à Paulhan, aimé et détesté des auteurs, qui dans une même missive – de refus… – pouvait placer le destinataire au plus haut, pour ensuite avancer quelque détail qui rendît le livre temporairement impubliable.
Ainsi refusa-t-il David d’André Dhôtel, qui fut publié quelques années plus tard par Florence Gould (Paulhan à la manœuvre, du reste), puis l’année suivante par les Éditions de Minuit, puis, puis…

Dhôtel écrivait à Florence Gould, en août 1946 (« Les Perroquets déplumés », présentation et notes des lettres d'André Dhôtel à Florence Gould par votre serviteur, 1946 - 1955, publiées dans La Route inconnue, n° 39 de mars 2015, pages 30-43) : « Nous sommes venus passer nos vacances à Provins, et aussitôt que je quitte mon travail nous filons dans la campagne. C’est une campagne qui ressemble par endroits à la Champagne avec des déserts de céréales et des espèces de lieux qui ne ressemblent à rien justement. Mais il y a aussi des bois plus frais que ceux de la Champagne.
Il m’arrive souvent de songer à David et de retrouver cette joie que vous m’avez donnée en accueillant ce livre et en le lisant avec votre franche attention. »

Florence Gould, années 1940 - Capture d’écran

Mais revenons-en au blogueur anonyme, novembre 2018… (Dire que ça fait plus de dix ans que j’ai transcrit ces lettres d’André Dhôtel à Florence Gould!)

Et la campagne. Quelques jours avant le refus, le 5 novembre 2018, Libertin commence un article de la sorte : « En helg på landet. Jag hälsar på Laura och Tim som hyr ett hus utanför Glastonbury. Promenerar över fälten, längs smala landsvägar, upp på Glastonbury Tor. Utsikten. Himlen hög och transparent. Återvänder till huset. Tänder en brasa i den stora spisen, raggsocksfötter, ylletröjor, rufsiga frisyrer. Ett ständigt tedrickande. Djupa andetag. Skratt. »

« Un congé à la campagne. Je rends visite à Laura et Tim qui louent une maison près de Glastonbury. Promenades dans les champs, dans des petits chemins, jusqu’à la tour. La vue. Le ciel haut et transparent. Je reviens à la maison. On allume un feu dans la grande cheminée, bonnes chaussettes, pulls en laine, cheveux décoiffés. On enfile les tasses de thé. Respirations. Rires. »

Puis le lendemain « Train of thought » : « Jag åker tåg och lyssnar på Fleet Foxes. Tänker på Ashley. Utanför är det kolsvart novembermörker och jag är på väg hem. Det känns som en metafor, att resa i mörker. Destinationen höljd i skuggor, framtiden, oöverskådlig. Världspolitiskt, inrikespolitiskt, personligt. Att inte ha en aning. Tänker på levande ljus. Köper en silverljusstake i second hand-butiken på George Street. Tänder stearinljus i mörkret. Lyssnar på Fleet Foxes. Tänker på Ashley. Alltid på Ashley till If you need to, keep time on me. Hennes glödande blick. Eld i bröstet. Alltid den där elden. Hur den jagar och värmer. »

« Je suis en train et écoute les Fleet Foxes. Je pense à Ashley. Dehors, la grande obscurité de novembre et je suis en route pour la maison. Ça a quelque chose d’une métaphore, de voyager ainsi dans le noir. La destination est enténébrée, l’avenir impossible à discerner. Politiques internationale, intérieure, personnelle. N’avoir aucune idée. Pourquoi pas des bougies ? J’en achète dans une boutique d’occasions sur George Street. Je les allume dans l’obscurité ; écoute les Fleet Foxes ; pense à Ashley, à Ashley, toujours, jusqu’à If you need to, keep time on me. Son regard scrutateur. La poitrine en feu. Toujours ce feu. Comme il poursuit et réchauffe. »

Voyager dans le noir… N’est-ce pas une belle image de vie d’écrivain ?


Nils Blanchard


Ajout d'étiquette du dernier billet: Albert Camus.


vendredi 3 avril 2026

Allers-retours

Périodes d’allers-retours, mais très rapides – nécessités diverses – entre l’Ouest et l’Est de la France.
Pas le temps de prendre la voiture ; le train.
Et des lectures plus ou moins de hasard.

NB

D'abord… J’ai déjà parlé de cette notion de désintégration. Alors même que divers racistes et esprits simples s’en prennent sans cesse aux étrangers dans leurs discours, leur reprochant notamment de ne pas s’intégrer, une partie de la population – parmi elle, des racistes, des esprits simples ?… ce serait à étudier bien sûr – me donnent l’impression de se désintégrer au contraire, de se retirer de la civilisation commune…

J'eus cette impression dans le train, passant dans tel wagon, et voyant tous les gens les yeux accolés à leurs écran. Pas de lecture (autre), de conversation, de rêvasseries à la vue du paysage. Une sorte de cohorte – immobile – d’absents.
Entrant – je ne sais plus à quel trajet – dans un espace de bout de wagon où m’avait relégué ma réservation hasardeuse (carré à quatre, ou comment disent-ils cela?), je ne vois autour de moi que des gens absentéisés par leurs écouteurs et écrans. Un homme arrive et dérange une de ces personnes – une jeune femme – pour rejoindre sa place près de la fenêtre. Il salue sans obtenir de réponse. Puis, ayant pu s’asseoir, il remercie. « Merci », dit-il donc. Incompréhension sur le visage de la jeune femme. « Comment ? » Je ne sais plus si elle retire seulement ses écouteurs.
« Merci », répète-t-il, à la fois amusé et gêné. 
Le mot a-t-il été seulement compris ?

Mot « magique », dit-on aux enfants. Peut-être a-t-il repris là quelque chose d’un mystère impénétrable. Politesse (de polis la ville), civilisation (de civis, la ville encore).
Vivre en ville signifie aussi de souffrir des interactions avec les autres, de s’intégrer un minimum dans un groupe.

NB

Au bar TGV, début de coucher de soleil par la fenêtre. Crayonnages d’avions et de rayons de soleil dans le ciel. J’étais dans Olivier Norek, Les Guerriers de l’hiver, qui raconte les aventures de différents personnages, soldats notamment, pendant la Guerre d’hiver (novembre à mars 1940).
Très bien fait, peu d’erreurs semble-t-il – la notion de « trauma » évoquée en début de roman peut-être cependant anachronique (dans les représentations de l’époque)…

Me revient le souvenir d’un grand-père dans une famille finlandaise, dans les années 1990, qui m’avait dit quelques mots sur cette guerre. Elle semblait difficile à évoquer seulement.

Dans un chapitre évoquant le front de Kollaa, quelques jours avant la fin de la guerre (de cette guerre), avec les opérations des survivants de la 6e Compagnie de l’ancien légionnaire Juutilainen, il est 4h30 du matin, il fait moins 40°… (Pocket, page 393.)

« Deux mille Finlandais contre six fois plus de Russes. Au vu de l’infériorité numérique criante, aucune armée n’aurait choisi autre chose que la défense. Les Finlandais optèrent donc pour l’attaque. »

On y reviendra, vraisemblablement.



NB

Au bar TGV – c’était à un autre trajet, ma place était voisine du bar –, quasiment personne.
On regretterait par moments l’époque du Covid où les bars des trains étaient pris d’assaut par des voyageurs qui en profitaient pour ôter quelques instants leurs masques. Les masques…

Puis soudain, discussion entre un passager et la « barrista ».
C'est l’inverse, cette fois-ci ; les deux sont très polis et diserts. Cela donne, dans mon souvenir, à cet instant quelque chose de poétique et charmant.
Comme une humanité retrouvée, lointaine.
C'est que dans un sens les deux parleurs ont baissé les masques, ont presque tout raconté de leurs vies, mais pas par exhibitionnisme ; on avait l’impression plutôt d’une simple volonté de communication permettant de redonner quelque sens à des existences – l’une des deux au moins dans mon souvenir – qui étaient à un point de basculement.
S'ancrer quelque part, dans une conversation avec un inconnu pour faire le point, avant de continuer, repartir.

Quelque part mais pas n’importe où, précisément dans une certaine civilisation.


Nils Blanchard


Triche, ajout d'étiquettes du dernier billet : Maurice Garçon, Xavier Gianoli, Jean Luchaire, Paris, Homère, Paul Jourdy, Guillaume II, Jean-Baptiste Corot, Louis Hector Leroux, Bertel Thorvaldsen.

samedi 21 février 2026

De l’éternel problème du gagne-pain / Blog

Vaquer un peu, disais-je, histoire de pouvoir travailler sérieusement. On me dira que je divague. J’écrivais il y a quelque temps à Martin Fahlén que j’aimerais avoir quelques mois à moi quelque part sur la côte du Bohuslän, pour mener à bien divers projets en cours.

NB - Paris, Pont d’Austerlitz, fin août 2025

 Et voilà que Sandra Holmqvist a redonné de ses nouvelles sur son blog (en lien de celui-ci…), après plus de deux mois d’éclipse, après un article qui s’intitulait « Det är inget fel på kvinnor » (Il n’y a pas de problème avec les femmes »). Titre de celui-ci : « Jag har stängt dörren » (« J’ai fermé la porte ») ; c’est de la porte de son blog qu’elle parle. Mais elle précisera quelques lignes plus bas : « Men jag har inte låst dörren. » « Je n’ai pas verrouillé la porte »
Elle pourra y revenir en d’autres termes. De loin en loin.
Elle compare cette situation avec la porte de la remise à bois qu’on referme sans y penser ; plus exactement, sans penser, tout occupé que l’on est du quotidien, qu’on ne la rouvrira plus de l’année, que c’est la dernière fois qu’on vient chercher du bois pour le feu.
Et aucune importance qu’on n’y pense pas. « Tankarna redan på att få eld i spisen. » (« Ne pensant pour l’heure qu’à allumer le feu dans la cheminée. »

Per-Hilding Perjons - Capture d’écran

Mais pourquoi cette fermeture ? (On n’est certes pas au printemps…) Non, mais c’est que la blogueuse a un travail fixe, avec les contraintes qui vont avec ; la volonté, une journée de travail finie, de faire autre chose que de se remettre à taper sur des touches :

« När jag stänger datorn för dagen vill jag inte se mera tangentbord och displayer. Jag vill ta en promenad runt Metviken, jag vill läsa en bok om vår ändliga tid, jag vill laga mat med lök, bönor, grädde, soltorkad tomat, spenat. Jag vill elda i spisen. »

« Quand j’éteins l’ordinateur après le travail, je ne veux plus voir de clavier ou d’écran. Ce que je veux : me promener autour de Metviken, lire un livre sur le temps qui nous est échu, cuisiner avec des oignons, haricots, de la crème, des tomates séchées au soleil. Je veux faire du feu dans la cheminée. »

La cheminée, encore.

Per-Hilding Perjons - Capture d’écran

Bon, mais Sandra remarque aussi : « Så här är livet nu. Jag saknar friheten i frilanslivet och gläds åt tryggheten i anställning. » « Voilà à quoi ressemble ma vie désormais. Je regrette la liberté de mon ancien statut de travailleur indépendant mais me réjouis de la sécurité liée à l’emploi. »

Sécurité, relations avec des collègues… revenus fixes, pauses café, statut social plus… simple…

Mais le mot a été lancé : la liberté.

Et cet autre, juste après : contradiction. Pour cela, détour par Whalt Whitman :

« Do I contradict myself?
Very well then I contradict myself,
(I am large, I contain multitudes.) »

Per-Hilding Perjons - Capture d’écran

L
a vie est contradiction. Pas ?


Nils Blanchard

jeudi 12 février 2026

Peintres, conférence…

Diverses conférences auxquelles il m’a été donné d’assister à Strasbourg, cinq sur une journée, voyez-vous ça…
L'une d’elles, la dernière, le soir… était consacrée à Camille Claus. Et elle m’a ramené à la mention récente d’un tableau du peintre Adriaen Van Stalbemt, pas très, très éloigné d’un Savery… 


C'est dans le cadre de l’exposition (déjà évoquée en ces lignes) « Icônes de la présence » que Jean-Louis Mandel est intervenu à la Médiathèque protestante du Stift mardi (10 février) au soir.
Son propos a porté plus particulièrement sur les œuvres de Camille Claus dans les églises alsaciennes.
Il en est passé par une certaine genèse de l’œuvre du peintre (retour de l’URSS après la guerre via le Tambov) portant sur l’horreur de la guerre et d’un camp d’internement soviétique.
De là, évocation d'œuvres plus tardives de l’artiste, au soir de sa vie – entre les deux, peu d’œuvres à caractère directement religieux –, notamment donc pour des commandes de diverses paroisses alsaciennes.

La conférence avait lieu dans la salle Koch, étrange lieu comme soustrait à un dix-huitième siècle préservé, où, peut-être, une Madame Roland aurait pu tenir salon. On peut en retrouver les diverses conférences sur ce site ; et celle de Jean-Louis Mandel y apparaîtra…

Tout au long de son propos, le conférencier de faire référence à un journal retrouvé du peintre, qui semble mériter amplement quelque publication. (Amis éditeurs…)

Soudain, d’évoquer un tableau peu connu de Camille Claus qui se trouve à la Bibliothèque humaniste de Sélestat : La Guerre et la Paix.
Et de noter que les différents personnages ornant le versant « guerre » de l’œuvre rappellent étrangement les peintures d’après Tambov. Boucle bouclée... 

Adriaen Van Stalbemt, Allégorie de la Paix et de la Guerre - Capture d’écran

Quelques jours plus tôt, je me retrouvais à nouveau, et bien par hasard – via une « lettre » du site de ventes Drouot – sur les sentes de la forêt des maniéristes. Il y était en effet question d’une vente qui aura lieu à Lille le 15 mars prochain, d’un tableau d’Adriaen Van Stalbemt, Albert d’Autriche et Isabelle.
Adriaen Van Stalbemt ne m’était pas inconnu. S’il n’apparaît pas directement dans le livre de Martin Fahlén (que j'ai eu le plaisir de traduire), il fait partie de ces peintres du début du XVIIème siècle, dans la mouvance des miniaturistes flamands dont fait partie notre Roelandt Savery…

Dans ce tableau, auquel un article de Carole Blumenfeld nous initie, Albert d’Autriche n’est autre que le frère de l’empereur Rodolphe II que Martin Fahlén évoque beaucoup dans Le Tableau de Savery ; qui plus est, lui et son épouse visitent un cabinet de collectionneur, ce qui n’est pas très loin des cabinets de curiosités dont, encore, Martin Fahlén parle beaucoup dans son livre.

Et Adriaen Van Stalbemt, lui aussi, nous ramène à la paix et à la guerre.


Nils Blanchard


Ajout. Du peintre finlandais Pekka Halonen, je croyais avoir déjà parlé en ce blog, mais visiblement (cf. index, à droite, version ordinateur, c’est pratique, il suffit de cliquer…) non.




Pour les gens qui ont la chance de vivre à, ou de passer par Paris…

lundi 26 janvier 2026

Sujets d’hiver / comparaisons ; infrastructures

Certaine apathie en cet hiver ; j’avoue reporter des études, écritures…
Il faudrait pouvoir s’éloigner davantage d’une certaine rumeur du monde, peut-être… Ne pas trop se focaliser sur les miroirs aux alertes…

NB - Walbourg

On a reparlé de l’A69, de la nécessité absolue selon certains d’en finir la construction… au même moment où la SNCF contourne le massif central pour un projet de ligne Bordeaux-Lyon, pour ne pas avoir à entretenir des infrastructures (voies ferrées dudit Massif Central scandaleusement abandonnées par la SNCF version Maastrichtlisbonnisation).
Or à propos d’infrastructures, un article a été publié dans Terrestres (en lien indirect de ce blog, via Alluvions…) le 2 décembre (date funeste dans l’histoire de France), autour d’une conférence tenue en juin à Paris par Anna Lowenhaupt-Tsing, coordinatrice du livre Field Guide to the Patchy Anthropocene. The New Nature (2024, traduit en français par Philippe Pignarre et Isabelle Stengers en 2025).
Anna Tsing et d’autres auteurs étudient l’anthropocène d’en-bas, avec ses effets « féraux » (conséquences de créations humaines, qui échappent à tout contrôle, par exemple des espèces invasives) et ses « patches » – peut-être faudra-t-il, en français, trouver un autre terme ! – : les sites, espaces, impactés par ces tribulations.

Titre de l’article dans Terrestres : « Anna Tsing : Nos infrastructures nous échappent ».
(Je souligne…)

Autre infrastructure : le système médical, basé sur la raison. Récemment, malade, je vais voir un médecin – dans une sorte de centre qui seul proposait des rendez-vous ce jour sur « Doctolib » ; mon médecin traitant ayant récemment pris sa retraite – pour justifier d’une matinée (crois-je me souvenir) d’arrêt. Pour lui, un « gros rhume » n’en nécessitait pas ; si tous les gens malades, m’a-t-il été dit, s’arrêtaient de travailler, la moitié de la France serait en arrêt…
Eh, pignouf ! Et si les gens prenaient sur eux de ne pas partager leurs miasmes et microbes, peut-être qu’il y aurait moins de la moitié de la France qui serait malade…
Et là-dessus – début janvier – j’apprends que les médecins se mettent en grève ; tant ils en ont marre, visiblement, des vexations, et économies contre-productives, notamment sur les… arrêt de travail.
Je vérifie sur « Doctolib » ; le médecin évoqué plus haut, lui, ne fait pas cette grève évidemment…

Imagine-t-on mon ancien médecin – qui était un vrai praticien – se conduire de la sorte ?

NB - Walbourg

Et voilà que quelques jours avant encore des footeux (que les « cris de singes » dans les cages de supporters ne gênent pas beaucoup semble-t-il, ni l’homophobie paraît-il culturelle dans les stades, sans parler de l’esprit même du jeu – dans le foot masculin – : contestations systématiques des décisions de l’arbitre, feintes de blessures et douleurs aussi systématiques…), des footeux, donc, se mêlent de réparer l’injustice de la non remise du prix Nobel à D. Trump, en lui remettant on ne sait quelle médaille lors du tirage au sort de la coupe du monde de ce sport à Washington, début décembre.

Dans un sens, ces gens ont eu quelque prémonition : le lendemain, Trump en question de parler d’« effacement civilisationnel » de l’Europe. Qu’entend-il par là, dans un sens on s’en fiche (on ne va pas perdre de temps à commenter ici les calembredaines racistes de ces gens).

Étrange réaction (source, article du site de France 24, et AFP, du 6 décembre) de l’eurodéputée Valérie Hayer, qui s’exprime… sur le « réseau » « social » « X » !
Aussi (même source), Kaja Kallas réaffirme que les États-Unis demeurent le principal allié de l’UE. De l’« UE » peut-être ; mais n’est-il pas temps de sortir précisément de la maastrichtlisbonnisation pour mettre sur pied un nouveau partenariat européen (incluant le Royaume-Uni, excluant certains pays poutinolâtres?)

Peut-être faudrait-il profiter de ces évolutions pour rompre les ponts, non forcément avec les États-Unis – Trump sera un jour remplacé par autre chose, peut-on espérer – mais avec leurs importations des dernières décennies :
- exit les plateformes de « streaming » qui zappent les salles de cinéma, et sont passablement énergivores,
- exit l’huberisation de la société qui détruit des emplois pérennes au profit de plus ou moins grands profits de klaxonneurs,
- exit le foot professionnel (masculin) aussi ? On le leur donnerait en échange ; qu’ils le prennent !
Exit !

Et exit les simili-miliciens de Kungälv ou de l’ICE américaine, à Minneapolis et ailleurs !
Les cohortes de racistes : DÉGAGEZ !


Nils Blanchard

samedi 6 décembre 2025

Sujets d'hiver

C'est peut-être l’hiver qui rend mes sujets plus sombres. Mais une certaine actualité aussi, et malgré tout.

NB - Novembre 2025

Il y a déjà bientôt un an, il a été fait allusion ici (en post scriptum…) un projet de surtaxer les « non-Européens » dans les musées nationaux français.
La chose semble malheureusement confirmée ; Roxana Azimi écrit dans Le Monde, le 27 novembre dernier : « La machine est lancée : dès janvier 2026, le Louvre, Versailles, la Sainte-Chapelle, l’Opéra de Paris et le château de Chambord appliqueront une tarification différenciée à l’adresse des visiteurs extra-européens. Tous font le pari que les touristes ne mégoteront pas une dizaine d’euros supplémentaires pour remonter le temps avec Marie-Antoinette, faire un selfie devant La Joconde, grimper le monumental escalier de Garnier ou communier devant de sublimes vitraux gothiques. Les grands musées le répètent en boucle : plus un touriste vient de loin, moins il renâcle à la dépense. »
Il est vrai que faire des milliers de kilomètres pour faire des « selfies » n’est peut-être pas ce qu’il y a de plus intéressant, néanmoins : ne nous honorerions-nous pas, au contraire de ces calculs de mauvais managers, d’accueillir au mieux les gens venant de loin plutôt que les plumer ?
N'a-t-on pas là de ce mauvais trumpisme que l’on dénonce pourtant à l’envie dans les dîners en ville : plus les gens viendraient de loin, plus ils mériteraient de payer…
Encore une fois : non. Et particulièrement pas dans les musées.

NB - novembre 2025

On me dira que ce n’est pas chose importante, et c’est peut-être vrai somme toute. Mais m’exprimant en ce blog « Suédois d’ailleurs », qui s’intéresse, aussi, avant tout peut-être, à des gens en marge des grandes communautés, en marge, ou en parallèle… venant d’ailleurs – malgré tout – d’une certaine manière à la rencontre de… voulant pouvoir s’arrêter, regarder, échanger… sans qu’on les enferme dans la case « touriste à plumer »…
Et à propos de mon livre Elmar Krusman, Martin Fahlén me disait récemment au téléphone qu’il avait l’intérêt, aussi, de traiter – indirectement – de petites nations, de leur droit d’exister avec les grandes, d’être également respectées dans un « concert » – bien cacophonique de nos jours – des nations. Mais cela ne passe-t-il pas par le respect – l’accueil – des gens, traités non comme des chiffres dans une case, mais comme des voisins, des hôtes ?

À Hongkong, un drame – incendie de hautes tours – digne des pires films apocalyptiques a eu lieu le 26 novembre. Le bilan s’élève à plus de 150 morts.
On avance, parmi les causes du drame, un défaut des alarmes et des négligences sur un chantier de rénovation. Cela ramène aux causes de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, qui était à l’origine de ma digression, en janvier 2025, sur l’annonce de la hausse des tarifs d’entrée aux musées pour les étrangers. 
Peut-être peut-on comparer l’histoire de Hongkong sur plus d'un siècle à celle de Suédois d’Estonie, de suédophones de Finlande, ceux des îles d’Åland par exemple, du fait de l’occupation britannique qui a entraîné, en théorie, un statut particulier du territoire ensuite.
Je me souviens avoir assisté à la télévision à la cérémonie de rétrocession de Hongkong à la Chine (1er juillet 1997) ; le prince Charles saluant l’Union Jack…

C'était une autre époque. Le concert des nation était, peut-on penser, plus ordonné ; on croyait, un peu, au respect de la parole donnée.

NB - novembre 2025

L'année suivante, j’ai travaillé quelques mois aux États-Unis, dans le Maryland. J’y ai rencontré des gens formidables. À New York, les tours étaient toujours debout.
Ce qui s’est passé depuis…


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du dernier billet : Musée de l’aquarelle, Paris, Anna-Lisa Unkuri, galerie Guillaume, Carin Ellberg, galerie Andréhn-Schiptjenko.

jeudi 27 novembre 2025

Exclusion / bas matériaux et dématérialisation

Longtemps, les vêtements, draps, avaient une valeur réelle. Je me souviens de testaments du XVIIIème siècle étudiés mentionnant des « couettes » dans les legs. On a l’impression aujourd’hui qu’une profusion de produits jetables retire comme d’autant d’humanité.

Helena Westermarck - Wikipedia

 Les pires arguments sans doute sont ceux qui essaient de faire vibrer les cordes sensibles de la commisération pour défendre ces marques géantes en ligne venues de Chine qui vendent n’importe quoi. On a entendu des « Mais il y a des gens qui peuvent ainsi se payer des choses qu’ils ne pourraient pas autrement »… Et allez pour un tour de larmes dans les chaumières, dûment rémunéré en montagnes de déchets de polyester, tonnes carbone de transport inutile, sans parler des conditions de travail des employés des sociétés concernées.
À cela, Agnès b. rétorque (sur France culture, le 5 novembre dernier) : « Moi j'aime les vêtements qu'on garde longtemps, qui sont de bonne qualité, avec des bonnes matières. (…) On achète ça et on est tranquille pour très longtemps. C'est le contraire de Shein. » « On n’a pas besoin d’autant de vêtements », rappelle-t-elle aussi, en se souvenant qu’elle-même, quand elle n’avait pas les moyens de s’acheter des produits coûteux, chinait (ne « sheinait » en aucune manière).

Ellen Thesleff - Capture d’écran

À peu près au même moment où j’entendais Agnès b. faire une démonstration de bon sens somme toute inhabituelle sur nos ondes (même sur une station comme France culture) – n’affirma-t-elle pas par surcroît : « Ce qu’on appelle les réseaux sociaux font beaucoup de mal aussi. Je ne trouve pas du tout que ce soit « social », ces réseaux. » –, on apprenait que les tickets de métro papier n’en avaient plus que pour quelques mois à Paris. Il faudra désormais acheter des sortes de cartes, ou avoir une « appli » sur son « smartphone ». Et allez, retour du monde entre guillemets.
Pas entre guillemets, l’ambition j’imagine de la RATP, et peut-être derrière elle de la mairie de gauche de Paris : se débarrasser de la pauvreté, en empêchant les gens sans abri de pénétrer dans les stations.

Ça me fait penser : un vieil ami parisien dans une brasserie non loin de chez lui, refuse que je paye : « Je suis chez moi... », dit-il, ou quelque chose d’approchant.
Le serveur, qui le connaît, opine du chef.
Moi : « Paris appartient à tout le monde... »

Mais ces cartes, dématérialisations, risquent de diviser les clients du métro entre « usagers » et « touristes ». Où seront les Parisiens là-dedans ?

Helena Westermarck - Wikipedia

Retour à « Shein », ce vendeur de chinoiseries à bas coût : il n’y a pas de raison qu’on ne puisse décider de bouter ces choses hors de notre pays… Tenez: il y avait une page « instagram » usurpant mon nom (et mon image)
J'avais envoyé un courriel un peu menaçant à… comment qualifier les gérants d’« instagram » : une société, une SA… bref, à ce truc. J’ai vérifié, du coup, l’effet de ma missive, projetant ensuite une visite au commissariat de police : la page en question a « miraculeusement » – il faut mettre des guillemets partout quand on parle de ces… choses – disparu…

Nos États de droits peuvent encore mater les fâcheux.


Nils Blanchard


Triche. Rajout d’étiquettes du dernier billet : Jennie Augusta Brownscombe, The Guardian.

Ajout. J’ai « publié » ce billet ce matin. On est l’après-midi… Et voilà que je consulte la page de la Route inconnue (en lien de ce blog, dans la liste à droite, etc.), consacrée à André Dhôtel, et vois qu’une lecture est prévue ce soir rue Bonaparte !


Bon, Yves Lepesqueur, on connaît ; il a déjà été cité ici (voir index, à droite, version ordinateur, e tutti quanti…)
Mais Cécile A. Holdban, m’était – bêtement, forcément – inconnue.
Or, outre lire André Dhôtel, cette poétesse a publié un livre où apparaît sur la couverture une autre connaissance de ce petit blog, Edith Södergran !

dimanche 16 novembre 2025

De l’éternel problème du gagne-pain

Il m’est arrivé de dire au cours de ma carrière de professeur, en faisant mine de ricaner mais au fond avec le plus grand sérieux – mais être sérieux n’est pas toujours très poli – que j’attendais les vacances pour pouvoir me mettre sérieusement au travail.

Asuka Kazama ©, Paris, rue de l’Échaudé et pluie.
Collection particulière.

Au travail : rédiger un article, procéder à des recherches sur tel ou tel sujet, préparer mes cours d’université à une certaine époque du reste pas si éloignée, écrire… simplement écrire ; mais relire ensuite, forcément, et corriger… Cela demande temps et disponibilité, les deux ensemble, union dont on manque singulièrement quand on est professeur – j’ai renoncé à expliquer ça à certaines gens.

Or donc écrire ? Se dévouer entièrement à l’écriture ? Profiter, par exemple, d’une rente, d’une fortune, d’un braquage, que sais-je…
Certains auteurs affectent d’en discuter l’intérêt. Ce thème du travail (alimentaire) et de l’écriture ressort avec insistance chez plusieurs écrivains. Paul Léautaud, pour commencer, remarque régulièrement dans son journal qu’il faut avoir un métier (en plus de la manie d’écrire). Dhôtel, moins insistant, le dit dans cet entretien filmé par Pierre-André Boutang : « L’écriture c’est un peu en dehors. Pour moi c’est pas un métier ; et pourtant il faut un métier ! »

A. Dhôtel dans le film de P.-A. Boutang - Capture d'écran 

 On retrouve ces réflexions chez trois auteurs que je lis en ce moment : Angelo Rinaldi parce que j’ai appris récemment sa mort en mai 2025 – c’est un vieil ami parisien qui m’en a fait part –, Jacques Brenner parce que je relis son Journal (je l’ai chez moi vu que ce vieil ami parisien, précisément, m’en a offert les cinq gros volumes), et Wera von Essen parce que j’avance tranquillement dans son En emigrants dagbok que je me suis procuré lors de mon dernier séjour en Suède.

Angelo Rinaldi, dans un entretien avec Pierre Boncenne, le 1er octobre 1980 dans L’Express, évoque en fait d’abord la question – serpent de mer de bien des gens de plume – de la vie et de l’écriture :

« P.B. " L'œuvre préférée à la vie "?
A.R. On ne peut pas écrire et vivre. Il faut choisir.

P.B. Vous avez choisi d'écrire.
A.R. Jusqu'à présent, je n'ai pu que constater que le fait d'écrire m'a coupé d'une certaine vie. On ne peut pas faire deux choses à la fois. Je vous rappelle que je suis un salarié. Travaillant d'une part et d'autre part écrivant, je dois par conséquent renoncer à beaucoup.

P.B. Et si vous pouviez financièrement vivre de votre plume selon l'expression consacrée?
A.R. Au fond, je crois que c'est très vulgaire de vivre de sa plume. Vous êtes entraîné à donner au public toujours la même chose qui a fait votre succès. Un éternel remake. Il est très dangereux de vivre de sa plume et je préfère encore les sacrifices du travail de journaliste-critique aux facilités de l'argent venant par les seuls livres. L'argent gagné avec des livres me paraît suspect. Et au moins sur ce plan-là, je me permets de vous signaler que je suis à l'abri de la vulgarité. »


Chez Jacques Brenner – homme d’édition, libraire un temps, homme de revues… – on a l’impression au cours de plus de cinquante ans de Journal d’un long combat pour vivre de littérature (ce qui n’est pas forcément ou uniquement écrire…), cette littérature-là repoussant comme un aimant, paradoxalement peut-être, la possibilité de se consacrer vraiment à une œuvre. (À moins, bien sûr, que cette œuvre ait été son Journal, mais qui pour le coup – il n’en est pas moins à mon avis passionnant – a manqué de ce que Jacques Brenner savait si bien être pour les autres : ce que les Suédois appellent redactör ; comment traduire cela : un éditeur actif, accompagnant, guidant le travail de l’auteur…)

Jacques Brenner et le chien Falco - Capture d'écran


Wera von Essen, plus près de nous, En emigrants dagbok (5 mai 2021, page 66) :

« Jag vet inte vad jag ska göra om jag inte får pengar från förlaget (…) Essäerna bär inte min ekonomi. Jag måste betala sjugo tusen i skatt. Och så tio tusen varje månad för boende, räkningar, skulder. Hur ska det här gå till ? Problemet är att arbetsron försvinner, jag kan inte koncentrera mig på texterna (…) Det här är inte vad jag ville. Jag ville inte tvinga skrivandet, göra det till bröd. Det var av den anledningen jag hellre tog hotelljobb än att korrumperas av en byline. (…) Jag vill inte att litteraturen ska handla om försöjning, att den ska anpassas och kommersialiseras och få fel utgångspunkt. »

« Je ne sais pas ce que je vais faire si je ne reçois rien de la maison d’édition (…) Les articles ne me permettent pas de vivre. J’ai 20 000 couronnes d’impôts à payer. [Environ 2000 euros.] Puis aussi 10 000 chaque mois pour le loyer, les factures, crédits. Comment tout ça va-t-il finir ? Le problème est que je ne trouve plus le calme nécessaire au travail, n’arrive pas à me concentrer sur les textes (…) Cela n’est pas ce que je voulais. Je ne voulais pas avoir à forcer l’écriture pour en faire un gagne-pain. C’est pour ça que j’ai préféré prendre un travail à l’hôtel plutôt que me corrompre dans des écrits commandés. (…) Je ne veux pas que la littérature soit liée à la subsistance, qu’elle doive s’adapter et se vendre et partir ainsi du mauvais pied. »

Wera von Essen, photo de l’éditeur Polaris

Retour à Rinaldi. En décembre 2018, il donne un entretien à Zone critique, mené par Guillaume Narguet. Il se termine sur ceci :

« Et tous les artistes – écrivains, compositeurs, peintres – ont matériellement une vie difficile. [C'est très discutable me semble-t-il.Mais, comme disait Cioran, s’il faut rater sa vie, mieux vaut la rater à Paris qu’ailleurs. »

Du côté de la rue de l’Échaudé encrée par Asuka Kazama ?


Nils Blanchard


Ajout. Asuka Kazama (cliquer sur ce nom pour accéder à son site...) n'est pas une Suédoise d’ailleurs, peut-être pourrait-on dire une Japonaise d’ailleurs, encore que ses appartenances se floutent étrangement, étrangement car le « flou » est parfois très précis dans ses œuvres où la pluie souvent intervient presque comme artiste à part entière.

Elle a vécu notamment à Strasbourg après une première phase d'études et de travail au Japon. Là, elle passe par l’Université (un Master 2 notamment – où j’ai enseigné un peu, dans un autre département bien sûr) et par la HEAR - Haute école des Arts du Rhin, où ont enseigné Roger Dale, avant lui Camille Claus, dont ce blog parle çà et là. Et elle a obtenu le prix Théophile Schuler, de la Société des Amis des Arts et des Musées de Strasbourg en 2012.
Elle travaille maintenant à Paris, où elle enchaîne des expositions qui montrent l'étendue de son talent... 

jeudi 13 novembre 2025

Entre passivité et bêtise

J'ai été récemment témoin – et ça a été assez désagréable – d’une crise de passivité intellectuelle, de bêtise régionaliste d’une artiste que j’avais un peu aidée – j’admire toujours son œuvre du reste.

NB - Haguenau, septembre 2025 ; illustration à peu près de hasard

Bon, ça n’a pas une très grande importance et ne devrait pas figurer ici, sauf que j’ai lu – je ne suis pas rancunier… pas trop… ; voir le billet précédant... – un article récent de Thomas Nydahl, s'interrogeant lui-même sur un article de Torsten Fagerholm, dans le journal finlandais de langue suédoise Hufvudstadsbladet, le 25 septembre 2025. T. Fagerholm commence par se demander ce qu’ont à fiche de riches touristes russes à Biarritz ce dernier été. Il commente :

« Många upplever det som direkt provocerande att hundratusentals förmögna, oberörda ryssar obehindrat roffar åt sig från buffébordet av friheter som det demokratiska Europa erbjuder, samtidigt som Ukrainas folk genomlider ett fjärde år av terrorbombningar styrda från Moskva. »

« Beaucoup de gens peuvent vivre comme une provocation que des Russes aisés, indifférents, se gavent sans réserve au buffet des libertés offertes par l’Europe démocratique, lors que dans le même temps le peuple ukrainien subit sa quatrième année de bombardements moscovites. »

Thomas Nydahl (cette fois…) de nuancer :

« Det är en såväl delikat som relevant fråga. Men min följdfråga blir lika tydlig: ska ett folk som lever under diktatur och som drabbats av diktatorns krigspolitik också straffas? »

« Voilà une question aussi pertinente que délicate. Contre-question, directe : un peuple qui vit en dictature, qui subit la politique de guerre du dictateur, doit-il en plus être puni ? »

NB - Haguenau, septembre 2025 ; illustration à peu près de hasard

Thomas Nydahl poursuit : « Ett preliminärt svar är, att ett sådant straff förmodligen är oundvikligt. Hur skulle andra folk – historiskt och samtida – behandlas i samma situation? »

"Tout d'abord, une telle "punition" est inévitable. Puis, comment d'autres peuples (du passé et d'aujourd'hui) se conduiraient-ils dans la même situation ? »

L'histoire ne repasse pas les plats. Et je n’aime pas diffuser ici de mes opinions politiques – même si certaines transparaissent forcément de tout ce bavardage… Mais si l’on compare la situation de la Russie avec celle de la France. On peut se dire – en considérant les Russes comme des citoyens (ou d’anciens citoyens ?) – qu’un président comme Nicolas Sarkozy n’a pas été réélu. Les Russes pouvaient-ils encore, dans les années 2000, ne pas réélire Poutine ?

Ingrid Ruin - Publicité de 1928, Capture d’écran

Pour en revenir au propos de Torsten Fagerholm, il parle bien de « förmögna, oberörda ryssar » (« Russes aisés, indifférents »). N’est-ce pas un peu différent de la masse du peuple, pris dans les soucis et joies du quotidien, qu’on peut difficilement rendre responsable de la venue au pouvoir de tel ou tel.
Mais où commence l’opulence dispensatrice d’une responsabilité accrue ?

Au fond, n’est-il pas intenable de dire que les peuples sont irresponsables ; pourquoi alors le système de la démocratie ? Le moins mauvais des systèmes.

Churchill encore.

Les résistants, parmi lesquels certains ont fini à Natzweiler, sous la férule d’un Franz Hermanntraut, les Alexeï Navalny, eux ont voulu défendre une certaine responsabilité des peuples. Ils ont pris la leur.
À quel prix.


Nils Blanchard


P.-S. : – Rajout d'étiquette du dernier billet : Salla Leponiemi.

« Moins mauvais des systèmes », encore ne faut-il pas trop de démagogie. Ne pas laisser pénétrer les établissements scolaires, par exemple, de parents d’élèves parfois à moitié crétins – sous prétexte de « coéducation » – dont les plus bêtes essaieront forcément d’empêcher leur progéniture de les dépasser un tant soit peu.

Il fut un temps, en Égypte, où le ministère de l’Éducation s’appelait le Ministère du Savoir. Il est vrai qu’on n’y était pas encore en démocratie ; (on n’y est toujours pas du reste.)

Ingrid Ruin - Capture d’écran

– Ingrid Ruin, peintre finlandaise (d’expression suédoise…), a été russe dans un sens, vu qu’elle a connu l’époque (elle était née en 1881) où la Finlande était un Grand-duché intégré à la Russie…

– Rien à voir avec la passivité : dix ans qu'ont eu lieu les abominations des attentats de Paris, un vendredi. 

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...