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vendredi 16 janvier 2026

Peintres, anges et Jacob

                                                                La mort, c'est le point sur le mot "vie", disait-il. 

                                                                À Henri Blanchard, 
                                                                 i. m.   

Ces dernières semaines, plus ou moins par hasard – il y a des choses qu’on me signale aussi, parfois – j’ai rencontré ici et là des œuvres de Roger Dale et Camille Claus (les deux, qui ont enseigné à l’actuelle HEAR de Strasbourg, où Asuka Kazama, très attachée à l’Alsace, a étudié…, se sont rencontrés, mais je crois avoir déjà parlé de ça. 

Capture d’écran, site Youtube de Roger Dale

La couverture d’Elmar Krusman emprunte aux Cent vues du Struthof de Roger Dale.
Il a donné une interview à L’écho de La Robertsau en décembre 2025.
Jacques Gratecos, journaliste de l’écho en question, pose comme première question :

« JG – Comment peut-on naître à Liverpool, passer 25 ans à Calgary au nord-ouest de la frontière canado-américaine et finir par s’ancrer dans notre quartier ? [La Robertsau étant un quartier de Strasbourg…]

RD – Ma patrie c’est la peinture. (…) »


Ah, et étrange coïncidence, Roger Dale d’évoquer dans la suite de l’entretien le château de Pourtalès, qui lui a fait forte impression quand il est arrivé en France. Quand j’ai visité une galerie d’Asuka Kazama à Paris, fin 2025, elle y avait des œuvres représentant ce château (et son parc)…


Mais j’arrive par je ne sais quel hasard de tâtonnements numériques sur une vidéo datant d’il y a plusieurs années, montrant Roger Dale peignant une toile intitulée L’échelle de Jacob. (C’est là !)

Or je reparlerai aussi d’anges musiciens

Mais cette allusion, plus à Jacob qu’aux anges, m’a amené à Camille Claus, dont je venais de voir, la veille, une petite exposition (entre autres) d’œuvres délaissées par une église, à la médiathèque protestante (de Strasbourg encore).

Or j’avais vu il y a déjà quelques années à une autre exposition ce tableau de Claus représentant le combat de Jacob et de l’ange.

NB - Camille Claus, Combat de Jacob avec l’ange, 1957 -
Exposition au Centre culturel de Drusenheim, mars-avril 2022 

C'est dans le Livre de la Genèse (Bible de Jérusalem), 32, 23-32 :

« Cette même nuit, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué du Yabboq. Il les prit et leur fit passer le torrent, et il fit passer aussi tout ce qu'il possédait. Et Jacob resta seul. Quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. Voyant qu'il ne le maîtrisait pas, il le frappa à l'emboîture de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui. Il dit : Lâche-moi, car l'aurore est levée, mais Jacob répondit : Je ne te lâcherai pas, que tu ne m'aies béni. Il lui demanda : Quel est ton nom ? - Jacob, répondit-il. Il reprit : On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre tous les hommes et tu l'as emporté. Jacob fit cette demande : Révèle-moi ton nom, je te prie, mais il répondit : Et pourquoi me demandes-tu mon nom ? et, là même, il le bénit. »

Moi, de par diverses réflexions sur l’adversité – bon… mais visitées de loin en loin… Eh, mais si on y ajoute en plus des anges… –, m’intéresse cette bénédiction venant après une agression et un combat…
Quelque chose vers le Ma-aï des arts martiaux, au-delà de l’espace-temps ordinaire ?

L'ange, là, au bord d’une rivière… Comprenne qui pourra : je pense à des scènes de « reptation » des personnages principaux, dans plusieurs romans de Dhôtel.

Mais qu’est-ce que tout cela veut dire ? Faut-il en décider, d’ailleurs, de ce sens ?

Rosemary Ellen Guiley de noter dans The Encyclopedia of Angels :

« Cette scène dramatique a suscité de nombreux commentaires de la part des théologiens judaïques, catholiques et protestants, des biblistes et des critiques littéraires. Jacob lutte-t-il avec Dieu ou avec un ange ? … Il n'y a pas de réponse définitive, mais l'histoire a été rationalisée : romancée, traitée comme un mythe et traitée symboliquement. »

An Encyclopedia of Angels… Why not ?


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du dernier billet : Florence Gould, Balthus, Fred Vargas, Maurice Sendak, Georges Duby, Le Louvre, Eugène Delacroix, xénophobie.

jeudi 19 juin 2025

(Dé) Colonisation

Titre un peu étrange, peut-être ; c’est que j’ai dans l’esprit un autre billet sur le thème de la colonisation.
Mais là, article de Bernur (Björn Kohlström), en lien indirect de ce blog (voir Voices in translation), le 14 juin dernier, sur une nouvelle traduction de Robert Antelme en Suède : Hämd ? (Vengeance?)

NB - Eva Blanchard – Collection particulière


Bernur rappelle que Robert Antelme a été marié à Marguerite Duras, qu’ils se sont séparés après la guerre (lors de laquelle Antelme a survécu notamment à Buchenwald) et que Duras a tiré de la période de la guerre le recueil La Douleur (récits retrouvés plusieurs décennies plus tard par l’auteure, publiés en 1985).

Quand on pense à Marguerite Duras, on pense bien sûr à la présence française en Indochine. Or récemment, Argoul a évoqué un roman de guerre, Le navigateur de Jules Roy. Jules Roy, lui, s’il a écrit aussi sur l’Indochine, et évidemment la Seconde Guerre mondiale, est lié à son histoire algérienne, une certaine amitié avec Camus.

Deux auteurs, donc, concernés par deux drames comme parallèles, qui se suivent chronologiquement, les guerres d’Indochine et d’Algérie. Ces guerres : acmés de la bêtise et de l’ignominie de la colonisation, et de sa gestion à cette époque.
Peut-être y reviendra-t-on.

Eugène Delacroix, Roméo et Juliette au tombeau des Capulet – Capture d’écran.


Mais le sentiment de vengeance, l’incapacité à tirer un trait (même pointillé, même nuancé) sur un passé, la transmission d’une volonté de violence à des générations à venir – la vendetta ? – ; n’y a-t-il pas là une forme de colonisation des esprits ?

On ne peut s’empêcher d’y penser en lien aux événements autour de Gaza ; la fuite en avant criminelle de B. Netanyahou, qui mélange allègrement notions et époques, suscitant sciemment le désordre dans les âmes plus ou moins simples (de Mélenchon à l’excité anonyme et ignare derrière son écran...)

Bernur commente :

« Numera handlar allt om det bibliska öga mot öga (fast mer ”öga mot ögon, tand för tänder …”). Vad beror det här på? Kanske vår tid är för narcissistisk: det här är priset vi får betala för att allt större fokus läggs på individen, våra känslor och hur vi upplever saker. Vi pratar för mycket om våra rättigheter, och för lite om våra skyldigheter. På ett sätt blir vi allt dummare, det vill säga, mindre intellektuella. »

« Maintenant il n’est plus question que de l’œil pour œil biblique (ou plutôt œil pour œil, dent pour dent…”). À quoi cela est lié ? Peut-être est-ce que notre temps est trop au narcissisme : c’est le prix à payer de ce que l’individu prend de plus en plus de place, avec ses sentiments, sa façon d’appréhender les choses. Nous parlons trop de nos droits, pas assez de nos devoirs. Dans un sens, nous devenons de plus en plus bêtes, plus exactement de moins en moins cérébraux. »

NB – Carrière du Struthof, août 2022 (depuis, la recherche a avancé…) 

Je ne suivrai pas dans son article Bernur dans tous ses commentaires ; mais celui-ci est assez imparable me semble-t-il. J’ajouterai néanmoins : droits, et devoirs, vis-à-vis de la vie, de la nature, des autres espèces…, surtout.

Et un des moyens d’échapper aux réductions et généralisations erratiques, c’est le travail et la réflexion étayée, de bonne foi.
L'archéologie offre un terrain de réflexion et de travail méthodique, ancré dans ce qui nous a précédé, formé. Il y avait justement (14 et 15 juin), les journées de l’archéologie, à l’ancien camp de concentration de Natzweiler (Struthof) notamment.
Les archéologues font suffisamment râler les entrepreneurs de « BTP », quand leur progression bétonisée est ralentie par un signe du passé.
Au Struthof, ailleurs, l’archéologie permet de clarifier, remettre en perspective certaines zones d’ombre, ou de trouble. On en reparlera aussi.


Nils Blanchard


Ajout : visite du président Macron au Groenland, le 15 juin. Il s’agit là de lutter contre une autre forme de danger de colonisation.

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...