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vendredi 30 janvier 2026

Retour de Provence / deuil et fragilité d’un blog

Il est des moments qui marquent on ne sait quelle rupture, et dont on pressent que les quelques jours qu’ils auront occupé laisseront plus de traces dans la mémoire que plusieurs semaines de vie ordinaire.

NB - Provence

Dans une église provençale, à une messe d’enterrement, un curé ancien pilote – en hommage à celui qu’on enterre ? – emploie un ton mi familier, mi goguenard. Il en arrive à la question : aurez-vous aimé tout le monde ?
Tout le monde…

Évangile de saint Jean.

Le monde dans lequel on vit semble inciter à la détestation de tous contre tous, à l’instar de ce contre quoi fulmine le personnage joué par Claude Rich dans Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer. 

Une idée de l’instant : cela n’est-il pas lié au temps, à la manière de l’appréhender ?
Comment aimer qui que ce soit quand on ne prend pas même la peine de s’arrêter quelques minutes dans une course à la croissance qui nous pousse à détruire toujours plus ce qui donne de la valeur – réelle, pas seulement de l’argent – à la vie humaine ?
La tour de Babel.

NB - Provence

Pluie ; Bretagne en Provence. Foule – tous amis je crois –, cercueil.
Une autre ondée me pique soudain les yeux. Je me retourne ; personne ne verra rien.

Vague pensée vers Jules Roy – c’est Saint Ex qui a été lu à la cérémonie.

Vézelay ou l’amour fou (pages 32-34) :

« Il ne faisait pas encore jour, la grosse meule qui fermait le tombeau était repoussée. Alors, prise de peur, elle s’élancera en toute hâte alerter Pierre et Jean [on n’est pas sûr que ce soit le même que l’évangéliste…] et, tous ensemble, ils se mettront à courir vers le sépulcre où Jean, le plus jeune, arrivera le premier. Marie-Madeleine verra les bandelettes à terre mais n’entrera pas et se tiendra sur le seuil, en larmes, tout essoufflée.
Là, il est plus simple de reprendre la succession des faits dans le récit du narrateur, Jean [on n’est pas sûr, etc.], le disciple que Jésus aimait, celui qui, à la Cène, a posé sa tête sur la poitrine du Seigneur et qui raconte ce qu’il a vu. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre, et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l’un à la tête l’autre aux pieds. Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur répondit : “Parce qu’on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis.”
(...) “Ne cherche plus, il est ressuscité.” Alors un homme passe, qu’elle prend pour le jardinier et à qui elle dit (…) : “Si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis.” Car tout le monde se tutoie en Orient. L’homme qu’elle distingue à peine à travers ses larmes s’arrête, la regarde, et simplement : “Marie.” (…) Elle ne sait plus, elle fond en sanglots sous les yeux de l’Adoré qui semble dans un ailleurs : “Ne me touche pas. »

Mais quant à l’Évangile de saint Jean à la messe, il ne s’agissait pas de ce qui est évoqué plus haut, mais de Lazare.


Vaguement au retour, entre deux discussions dans la voiture, je songeais aux événements de Minneapolis – rien à voir – les gens assassinés par une milice raciste, dont les membres peut-être descendent de migrants européens, asiatiques, que sais-je… De ces pionniers dont beaucoup à l’époque tiraient sur les Amérindiens non parce qu’ils venaient d’arriver sur leur sol, mais parce qu’ils y étaient déjà bien avant eux – il y a toujours quelque chose qui cloche avec ces gens…
Mon blog va-t-il décemment pouvoir continuer, hébergé sur Blogspot ?
Je ne crois pas…
Quelques articles…



Puis, quelque part… ce titre, de Wera von Essen : Våld och nära samtal. Tenez, on y lit page 28 :

« Det finns ingen andlighet utan skugga, det finns ingen renhet i att stå och se på, vill man göra skillnad måste man tåla att händerna blir smutsiga (…) »

« Il n’y a pas de spiritualité sans ombre, nulle pureté à simplement regarder ce qui se passe ; pour faire la différence, on doit supporter d’avoir les mains sales (...) »


Nils Blanchard


Rajout d'étiquettes du dernier billet : Minneapolis, Kungälv.


lundi 3 novembre 2025

Encore des lits défaits / des disparitions

J'ai parlé déjà de lits défaits du blog (qui n’est pas en lien de celui-ci) Krickelins, qui plus est déjà vaguement de retour d’Auvergne. Draps froissés, traces d’on ne sait quels mouvements, plus ou moins nocturnes, plus ou moins conscients… N’y a-t-il là comme une allégorie d’une façon de voir la mémoire ? 

NB, Auvergne, fin octobre 2025

Alors que je m’apprêtais à aller voir son exposition dans le Limousin, devant donc me rendre en Auvergne – pour des raisons, voyez-vous ça, très dhôteliennes –, j’apprends la disparition de Gilles Sacksick, le 13 octobre dernier. Il était membre d’honneur de la Route inconnue, du fait de son amitié avec André Dhôtel. Et l’on peut discerner entre les deux créateurs une certaine correspondance d’univers, pourrait-on dire, peut-être.



J'ai écrit il y a quelques années un article sur des correspondances, oui, entre Dhôtel et le peintre Balthus. Certaines de ces correspondances – Balthus et Sacksick sont un peu de la même famille de peintres – peuvent se retrouver entre Dhôtel et Sacksick : des univers ordinaires en apparence, plutôt ruraux, des atmosphères d’attente. J’avais cité en exergue une citation de Jean-Claude Pirotte qui peut illustrer cette correspondance : « Il disait qu’il suffisait de regarder sans préjugé pour découvrir la permanente et merveilleuse innocence du monde, et sa sauvagerie, et cette étrangeté familière qui ménage sans cesse la surprise. » (Préface à la Chronique fabuleuse.)

Capture d'écran - Krickelins

Mais ces dernières nuits de la fin du mois d’octobre, entre Ouest de la France et Auvergne, j’ai assez mal dormi. C’est aussi que je participai à un travail d’inventaire d’une bibliothèque (on en reparlera, peut-être), travail passionnant mais remuant toutes sortes de poussières, comme autant de constellations de pistes de travail et de connaissances, mais… allez comprendre pourquoi : changements de températures, d’altitudes, d’oreillers ? Toujours est-il qu’un mal de tête, par moments, sournois, revenait…
Peut-être aussi qu’une bibliothèque – un peu complète… – est une image d’une vie… qui renvoie à la nôtre, à nos manques, à nos urgences ?

Photo de Tadzio (Björn Andrésen) - Capture d’écran

De retour d’Auvergne, précisément, je musarde sur divers sites. Parmi eux, un blog « gay » (Je suis partout n’est pas ma tasse de thé, mais je vais partout, ou pour le moins çà et là où il y a des choses intéressantes à lire, tant qu’il n’y a pas trop de sectarisme) : Gay Cultes.

Ceci me fait penser à cette réplique du personnage joué par Claude Rich, père de celui joué par Jean-Pierre Bacri (disparus eux aussi) dans le formidable Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer. Père et fils sont dans un restaurant japonais ; le fils se rend compte que son père folâtre avec le serveur charmant. Il lui demande des explications. Le père répond qu’il lui arrive de coucher avec des hommes, mais qu’il n’est pas homosexuel pour autant. Troublé, le fils quitte à un moment la table. Il revient…

« – Ça va mieux ? [Demande le personnage du père.]
– Oui… Parfaitement. [Répond le fils, qui fait mine de s’intéresser à nouveau au dossier qu’il a apporté avec lui, pour demander un service à son père, qui siège au Conseil d’État.] Euh… donc… euh… Mais, j’ai… j’ai pas très bien compris : tu couches, euh, avec des hommes, mais… tu n’es pas homosexuel…
– Il y a en chacun de nous une part de l’autre sexe. Seuls les imbéciles refusent de le reconnaître.
– Peut-être. Néanmoins…
– Je n’ai aucun goût pour ces casiers identitaires ridicules où tout le monde se bouscule pour entrer, pour ce communautarisme répugnant qui cherche à s’imposer partout, créer la haine de tous pour tous et finira par tout détruire. Je couche avec qui je veux. Et personne ne me collera une étiquette. »

Bon, mais tout cela pour dire que dans ce blog-là, j’apprends le décès récent de Björn Andrésen, « världens vackraste pojke », « le garçon le plus beau du monde », d’après un documentaire de 2021, l’acteur suédois de Mort à Venise, l’adaptation par Luchino Visconti du livre de Thomas Mann. (Il en a été question ici, aussi, entre autres là…)

Clic, clic… (Ou clic-clac?) Lits défaits de la mémoire du net.


Nils Blanchard

Fuir ?

Comme je le notai en réponse à une précision (commentaire) au billet « (Konstiga) sommar dagar » , je suis revenu il y a peu d’une marche e...