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mercredi 22 juillet 2026

Des barbares, et de thèmes qui reviennent

Néopuritanisme, maastrichtlisbonnisation, racisme ou xénophobie… vaguement en lien à l’explosion d’un équilibre (il était précaire, après tout) d’après guerre froide, reviennent dans ce blog des thèmes qui, sans trop simplifier, rejoignent une certaine vision de la Cité.

Éphèbe d'Agde - Capture d'écran

C'est ce que je me disais en lisant un article d’Argoul, qui a le mérite de vulgariser régulièrement diverses lectures, à sa sauce certes, qu’on accommoderait pas toujours exactement de la même manière…
Il était question là du mot « barbare » chez les Grecs anciens, à travers le Dictionnaire du paganisme grec de Reynal Sorel.

« Être barbare, c’est avant tout parler barbare. Les Grecs étaient fils de la lumière et, comme Apollon aimait trancher, ils accordaient une grande importance au langage articulé, messager de la parole nette. Comme dit Thésée chez Euripide, cette façon de parler en mots distincts fait l’humanité. Elle la différencie de la bestialité selon Isocrate. Mais, si le barbare est incompréhensible, il peut être assimilable dès lors qu’il fait l’effort d’apprendre la langue grecque. (…) De plus, le barbare est perfectible s’il adopte la culture grecque, selon Isocrate, qui parle en vers -380. On appelle Hellène plutôt les gens qui participent à notre éducation que ceux qui ont la même origine que nous, dit Isocrate dans son Panégyrique. »

Voilà pour le racisme ou la xénophobie, ou une certaine forme d’antisémitisme raciste : la cité, civilisée, n’est pas ce qui rejette l’autre de par ses origines, sa couleur de peau, ou on ne sait quels fantasmes…

Capture d'écran

Aussi, « Pour le Grec, c’est le corps qui donne sa forme aux vêtements et non le vêtement qui redessine le corps. (…) Être de lumière, le Grec aime plutôt montrer son corps, aller nu au sport et le moins vêtu possible à la ville, portant des tuniques carrées, dont certaines laissent à découvert, pour les hommes, le sein droit. »

Voilà, entre autres, pour le néopuritanisme. Est-il besoin de développer beaucoup ?

Et là apparaît soudain Camus : « Un homme, ça s’empêche », disait-il, rappelle Argoul, qui ne confond pas gens de liberté et « libertariens ».

Deux jours plus tôt, le 18 février, Thomas Nydahl évoquait Camus lui aussi dans un tout petit article de son blog : « Att lita på Camus har inget med att göra. Hos honom finner man istället argument att själv bruka i livets svåra stunder. » « Se fier à Camus n’a rien d’idolâtre. On trouve au contraire chez lui un argumentaire à utiliser, soi-même, dans les moments difficiles. »

Luis Márquez Romay - Capture d’écran

D
e là, on en arrive progressivement à ce à quoi je fais référence de temps en temps, à travers ce terme de maastrichtlisbonnisation : cette union européenne qui a donné la primeur à l’argent roi, qui confond souvent, malgré tel ou tel slogan, unité et uniformisation… Argoul : « La loi est faite pour dompter son chaos intérieur afin d’être libre. Car on n’est pas libre sous la loi de la jungle (...) » « Libre » concurrence partout, n’est-ce pas aussi ce qui amène au chaos environnemental, culturel, dans lequel on s’englue ?
Car finalement (Argoul via Reynal Sorel) : « Le barbare accepte la servitude, contrairement aux Grecs. Il est le sujet d’un Grand roi, et non pas le citoyen d’une cité. »

(Bon, mais ensuite, il faudrait s’interroger sur le sens que Jules Roy, qui fut ami de Camus, s’en sépara quelque peu au moment de la guerre d’Algérie – ou est-ce l’inverse ? –, donne au mot « barbare », lui qui a écrit des Mémoires barbares, des Amours barbares…)


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du dernier billet : Fata Morgana, Carl Köhler, Frans Timén.

vendredi 10 juillet 2026

Maisons de rêvasserie

J'ai écrit récemment que je devrais plus me focaliser sur certains sujets, moins me disperser. En même temps, l’injonction n’est point du tout mon fait…
Il se trouve que, pour diverses raisons, je fréquente plus que je devrais sans doute ces bandes goudronnées, sans fin, dévoreuses de nature et de calme, qu’on appelle routes.

NB, Mont-de-Jeux (Ardennes), maison d’André Dhôtel.
U
ne association, L’Observatoire André Dhôtel, s’en occupe…

Je « trace »… Pas le temps de faire des croquis comme je faisais avant – pour ne pas parler de peintures de modèles rieurs.
À peine quelques notes sur des carnets, quelques mots échangés au téléphone.
Pour diverses raisons, j’ai besoin d’aller de points A à B assez éloignés. Et en route – je n’écoute quasiment plus France info et leur footballinullité, un peu des chaînes happées au hasard des ondes… quelques disques… Et parfois rien. Alors je rêvasse. Je me dis qu’il me faudrait une maison à cet endroit là, un point de chute ici encore. Il y en a une, là-bas, qui m’attend, mais c’est trop loin pour l’heure ; une autre mais encore plus loin…

Or il se trouve qu’une de ces maisons de rêvasserie – petite, petite ; d’abord parce que je ne suis pas particulièrement fortuné, ensuite parce que je ne saurais trop que faire sans doute d’une plus grande ; quand même, une pièce pour mettre des livres… – pourrait se trouver dans les Ardennes. J’y ai beaucoup pensé, au Mont-de-Jeux ce printemps ; en le quittant, pas loin – j’étais pressé, il me fallait « tracer » ; arrêt de quelques minutes… – à la sortie de je ne sais quel bourg, ce cheval pie, comme celui du Pays où l’on n’arrive jamais (évidemment) semblant me demander pourquoi je ne restais pas là simplement ; il y aurait tant de choses à visiter…

NB - Ardennes

Et voilà que, presque en rentrant, je trouve chez moi une belle (forcément : Éditions Sous le Sceau du Tabellion…) édition de Saint-Pol Roux : Poèmes de la forêt.
Voici comment l’éditeur présente la chose :

« La forêt en question c’est la forêt d’Ardennes et plus précisément, l’Ardenne belge du côté du Val de Poix où Saint-Pol-Roux (1861–1940) séjourna à la toute fin du 19ème siècle, un bref séjour qui n’en fut pas moins déterminant et essentiel et où le Magnifique sut assurément se rassembler pour partir entier vers des œuvres durables, respectant ainsi à la lettre cette profession de foi extraite de Verlaine le pâtre. (…) »

Et dans la lettre des éditions, de juin 2025, sur leur site, on trouve un croquis de la maisonnette.

On en reparlera.


Plus loin encore peut-être, sur les terre de Jean-Loup Trassard, la Mayenne. C’est là que j’avais commencé ce livre de Boileau-Narcejac.
Alors je me suis demandé si Boileau-Narcejac était traduit en suédois. Pas tant que cela apparemment ; Les Diaboliques, bien sûr.
Moins que Simenon en tout cas.

Mais vaguement entre Mayenne et Ardenne, ce serait plus sur « ma » route, peut-être : la Bourgogne, Vezelay. Là : Jules Roy. Tenez, sa Lettre à Dieu (Albin Michel, page 75), en pleines diableries peut-être ?

« “Il a retrouvé sa maison et Vezelay, il est sauvé, répète Tania. Tous pensent comme elle, sauf moi. Je gagne mon lit par un escalier raide, presque une échelle de meunier. Je respire avec de plus en plus de peine. Par devoir, j’avale, comme je l’ai promis, les gélules qui doivent me sauver. J’hésite à désirer le sommeil qui va me replanter encore derrière le pilote dont les mains sautent avec le volant du manche, tandis qu’à vingt et un mille pieds, le F Fox dérape sans que personne y puisse rien. »

Passé venant hanter la vieillesse. Et relire ces lignes me fait penser à quelqu’un d’autre. Je suis justement en train d’écrire à Héloïse Combes (une lettre qui ne parviendra pas tout de suite : j’ai décidé, par politesse, de soigner un peu ma calligraphie…), à propos de projet de livre que j’intitulais au départ La Maison, que j’ai tendance à plaquer des situations, lieux, personnages, sur d’autres.
Allez, on parlera d’une sorte d’œcuménisme…

Édition suédoise des Diaboliques

Mais je serai déjà peut-être parti ailleurs quand paraîtra ce billet. « Là », tout à fait plus loin encore, en Suède ; et la maison existe bel et bien. Et les bains dans l’onde calme de cette mer, juste en bas.
À croire que ces maisons gagnent en réalité avec l’éloignement.


Nils Blanchard


Ajout d'étiquettes du précédent billet : George Sand, Germaine Beaumont, France inter, Binômes, Les sens des mots.

mercredi 6 mai 2026

De la retenue / héritiers

Fâchons-nous un peu, avec des sujets plus ou moins récents… Et tâchons d’éviter par là-même les raccourcis, mensonges, bêtises de divers fâcheux, qui n’ont bien sûr guère vocation à monopoliser les billets de ce blog.

NB – printemps haguenovien

D'abord, je m’étonne que sur beaucoup de médias, on ne parle absolument plus d’« économies » d’énergies, à l’heure de crises au Moyen-Orient, mais aussi toujours en Ukraine, pour ne pas parler de la « crise écologique » tout court. (Dans la bouche de certains fâcheux le mot « écologiste » est devenu une insulte.) Tout juste évoque-t-on des « alternatives » ; il faudrait privilégier l’alternative de l’électricité au détriment des énergies fossiles, en oubliant allègrement qu’une grande part de cette électricité est nucléaire, et par là-même extrêmement problématique.
À Bure, récemment (le 19 avril), une manifestation d’opposants au « projet » d’enfouissement de déchets radioactifs a été interdite par les autorités ; on se demande pour quel motif.

L'économie pourrait passer par une grosse taxation des panzers et autres grosses cylindrées, par une taxe sur les jeux vidéo consommateurs d’électricité… (Est-ce un hasard, ou bêtise et consommation excessive d’énergie vont-ils de pair?)

Or donc, l’économie, la retenue… La sobriété (je ne parle pas d’alcool…) : tout cela semble totalement passé de mode.

NB – printemps haguenovien

On a parlé en ces lignes d’héritiers à propos du chef d’un syndicat de patrons. Il semble que nous vivions des temps où ces derniers auraient tendance à s’acoquiner sans vergogne avec le front national.
Un autre héritier contrôle financièrement (entre autres) les éditions Grasset, dont plusieurs auteurs ont claqué la porte récemment (avril 2026…) à la suite du renvoi de l’éditeur Olivier Nora.
Grasset… André Dhôtel, Jules Roy y ont été publiés… Et Jacques Brenner y a longtemps travaillé.
Alors je cherche trace d’Olivier Nora dans le journal de Brenner (Pauvert… Fayard (!), tome V, 1980-1993). Le problème, avec Brenner, c’est qu’on n’arrive plus à s’arrêter quand on commence de musarder là-dedans. Et l’on peut s’abuser : cela semble si actuel, ces descriptions de vie, où l’on côtoie aussi bien Ionesco, Florence Gould que Matthieu Galey ou… qui sais-je. Des auteurs anciens tout aussi bien. Brenner était une encyclopédie vivante.
Olivier Nora ? Pas trace. Mais il n’y a pas d’index ; on ne peut tout (re)lire…

Mais tenez, Brenner lui-même s’égare dans le temps ; il écrit le 4 décembre 1988 (p. 564) : « Ai-je cependant une vraie conscience d’être un vieil homme? Dans l’après-midi, rue des Canettes, très étroite et très encombrée, un automobiliste me lance : “Hé, pépé, il y a des trottoirs !” J’ai été surpris par ce “pépé”. »

NB – printemps haguenovien

S'égarer dans le temps. Bon. Mais un historien (j’en suis, en partie) essaie de s’y repérer. Or je m’interroge çà et là sur la nécessité de continuer ce blog (plus exactement : quand y mettrai-je fin?) Mais un blog peut avoir l’intérêt, parfois, de diffuser une information plus précise, voire plus juste que celle de certains médias (et je ne parle pas bien sûr des « réseaux » « sociaux »…)
Ainsi récemment (22 avril… 2026), on entend sur France info que les Français se détournent du livret A. Raison invoquée : la baisse de son taux. Certes, mais on oublie aussi qu’il a été annoncé que ledit livret A servirait à financer le nucléaire. Peut-être cela gêne-t-il certains épargnants. (On en revient à Bure…)
Ou encore, je trouve un ancien article de Ouest-France du 14 janvier 2024, à propos d’Amélie Oudéa-Castéra, au moment de son calamiteux passage au ministère de l’Éducation nationale. Le journaliste, Stéphane Vernay, semble la voir d’un plutôt bon œil. Et d’omettre de rappeler, à l’époque, ce qu’elle avait dit lors de son adresse à la presse, à son premier jour « sur le terrain », de proprement mensonger et insultant envers les personnels qu’elle était censé (on se demande bien pourquoi, en arguant de quelles compétences…) représenter ; je cite sa diatribe notamment ici.
On a entendu récemment (pas en avril, quelques mois avant…) parler de cette dame, qui a joué un rôle au moment des jeux olympiques d’hiver.
Là, encore, quand on sait le coût écologique de ce truc… (je parlais d’alliance entre bêtise et consommation excessive…)


Nils Blanchard


Or tenez, cela ne rejoint-il pas un poème récent publié le 4 mai dernier par Sandra Holmqvist dans son blog (Sandra skriver) ? (Liste des blogs en lien, à droite de l’écran, version ordinateur…)
Le cœur de ce poème intitulé « Hur jag vill leva » dit ceci :

« (...)
Lite mera generöst
lite mindre digitalt
det ska alltid finnas mat
för extra middagsgäster

(...)

Lite mera litterärt
lite mindre monetärt
(...) » 

« (...) 
Un peu plus généreusement
un peu moins digitalement
avec toujours à manger
pour un convive ajouté

(...) 

Vivre de manière un peu plus littéraire
un peu moins monétaire
() »


vendredi 30 janvier 2026

Retour de Provence / deuil et fragilité d’un blog

Il est des moments qui marquent on ne sait quelle rupture, et dont on pressent que les quelques jours qu’ils auront occupé laisseront plus de traces dans la mémoire que plusieurs semaines de vie ordinaire.

NB - Provence

Dans une église provençale, à une messe d’enterrement, un curé ancien pilote – en hommage à celui qu’on enterre ? – emploie un ton mi familier, mi goguenard. Il en arrive à la question : aurez-vous aimé tout le monde ?
Tout le monde…

Évangile de saint Jean.

Le monde dans lequel on vit semble inciter à la détestation de tous contre tous, à l’instar de ce contre quoi fulmine le personnage joué par Claude Rich dans Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer. 

Une idée de l’instant : cela n’est-il pas lié au temps, à la manière de l’appréhender ?
Comment aimer qui que ce soit quand on ne prend pas même la peine de s’arrêter quelques minutes dans une course à la croissance qui nous pousse à détruire toujours plus ce qui donne de la valeur – réelle, pas seulement de l’argent – à la vie humaine ?
La tour de Babel.

NB - Provence

Pluie ; Bretagne en Provence. Foule – tous amis je crois –, cercueil.
Une autre ondée me pique soudain les yeux. Je me retourne ; personne ne verra rien.

Vague pensée vers Jules Roy – c’est Saint Ex qui a été lu à la cérémonie.

Vézelay ou l’amour fou (pages 32-34) :

« Il ne faisait pas encore jour, la grosse meule qui fermait le tombeau était repoussée. Alors, prise de peur, elle s’élancera en toute hâte alerter Pierre et Jean [on n’est pas sûr que ce soit le même que l’évangéliste…] et, tous ensemble, ils se mettront à courir vers le sépulcre où Jean, le plus jeune, arrivera le premier. Marie-Madeleine verra les bandelettes à terre mais n’entrera pas et se tiendra sur le seuil, en larmes, tout essoufflée.
Là, il est plus simple de reprendre la succession des faits dans le récit du narrateur, Jean [on n’est pas sûr, etc.], le disciple que Jésus aimait, celui qui, à la Cène, a posé sa tête sur la poitrine du Seigneur et qui raconte ce qu’il a vu. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre, et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l’un à la tête l’autre aux pieds. Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur répondit : “Parce qu’on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis.”
(...) “Ne cherche plus, il est ressuscité.” Alors un homme passe, qu’elle prend pour le jardinier et à qui elle dit (…) : “Si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis.” Car tout le monde se tutoie en Orient. L’homme qu’elle distingue à peine à travers ses larmes s’arrête, la regarde, et simplement : “Marie.” (…) Elle ne sait plus, elle fond en sanglots sous les yeux de l’Adoré qui semble dans un ailleurs : “Ne me touche pas. »

Mais quant à l’Évangile de saint Jean à la messe, il ne s’agissait pas de ce qui est évoqué plus haut, mais de Lazare.


Vaguement au retour, entre deux discussions dans la voiture, je songeais aux événements de Minneapolis – rien à voir – les gens assassinés par une milice raciste, dont les membres peut-être descendent de migrants européens, asiatiques, que sais-je… De ces pionniers dont beaucoup à l’époque tiraient sur les Amérindiens non parce qu’ils venaient d’arriver sur leur sol, mais parce qu’ils y étaient déjà bien avant eux – il y a toujours quelque chose qui cloche avec ces gens…
Mon blog va-t-il décemment pouvoir continuer, hébergé sur Blogspot ?
Je ne crois pas…
Quelques articles…



Puis, quelque part… ce titre, de Wera von Essen : Våld och nära samtal. Tenez, on y lit page 28 :

« Det finns ingen andlighet utan skugga, det finns ingen renhet i att stå och se på, vill man göra skillnad måste man tåla att händerna blir smutsiga (…) »

« Il n’y a pas de spiritualité sans ombre, nulle pureté à simplement regarder ce qui se passe ; pour faire la différence, on doit supporter d’avoir les mains sales (...) »


Nils Blanchard


Rajout d'étiquettes du dernier billet : Minneapolis, Kungälv.


vendredi 11 juillet 2025

Revue de revue de revues de…

Peut-être vais-je finir par devenir un homme de revues ; un « moitié fou » dit (je cite de mémoire, ça ne doit pas être exactement ça) Morand (ou Chardonne?) à propos de Léautaud et de son travail au Mercure de France.
Il y a mes travaux sur 84 (je ne vais pas vous enserrer de liens ; allez voir, l’index, version ordinateur…), textes dans La Route inconnue…

NB - Tallinn, 2018

Et voilà qu’un travail sur un étrange hebdomadaire, Sovjet-Estland, suite à un colloque auquel j’ai participé à l’INALCO en 2021 (déjà…) vient de paraître dans la revue numérique Nordiques (elle aussi en lien de ce blog…)

En voici le résumé : Sovjet-Estland, une revue soviétique pour les Suédois d’Estonie.

« Sovjet-Estland, édité à Tallinn d’octobre 1940 à août 1941, est un hebdomadaire en langue suédoise, à destination des Suédois d’Estonie (environ 8000 habitants) qui paraît pendant la première annexion de l’Estonie par l’URSS, jusqu’à l’arrivée des troupes allemandes du plan Barbarossa. Organe du parti communiste local (Läänemaa), il est particulier d’abord parce qu’il s’adresse à une petite minorité, et parce que cette minorité est a priori peu à même d’épouser son communisme militant. L’hebdomadaire doit donc s’adapter aux caractéristiques des Esto-Suédois, en reprenant en partie la tradition de leur revue précédente qu’était Kustbon, tout en menant une opération de communication politique, au long de ses 43 numéros. Sovjet-Estland pointe ainsi les efforts du gouvernement soviétique à destination des Esto-Suédois et tâche de les convaincre de renoncer à l’idée d’émigrer vers la Suède. En même temps, Sovjet-Estland peut apparaître comme une tribune pour développer l’image d’un contre-modèle à destination de l’Occident. »

NB - Tallinn, 2018, vers l'ancienne prison Patarei 

Il se trouve que peu avant a paru le numéro 73 de La revue des revues (en lien de ce blog, cela aussi, en lien…) Celui-ci, je me le suis procuré (maintenant, je suis abonné…) à cause d’un de ses titres (je parlais récemment de mes dispersions… de Jules Roy aussi…) : « Henri Bosco, Aguedal ».
Pour être plus précis, c’est un article de Guy Dugas, « Henri Bosco au Maroc (1931-1955) et l’aventure d’Aguedal ». Seize pages (avec illustrations) sur un sujet (qui m’intéresse…) sur lequel on trouve peu de choses sur le net et ailleurs…
Résumé ? Résumé…

« C'est chose peu connue : l’écrivain provençal Henri Bosco (1888-1976) a passé près de 25 années au Maroc, entre 1931 et 1955. Outre la publication de plusieurs ouvrages importants, notamment Le Mas Théotime (éd. Charlot, 1945) prix Renaudot, il y dirigea durant cette période très compliquée la revue Aguedal (une vingtaine de numéros avec une suspension au début de la guerre, et quelques tirés-à-part).
Par sa longévité comme par la richesse de ses sommaires, son ancrage en milieu arabe et berbère sans équivalent parmi les revues nord-africaines de la période coloniale, Aguedal représente un élément majeur de l’histoire littéraire au Maghreb. Elle a été le creuset d’une réflexion, contrariée par la guerre, sur une « métaphysique orientale » inspirée de la Doctrine guénonienne qui irriguera une partie de la littérature marocaine contemporaine, de langue arabe ou française, grâce à des intellectuels tels que Mohamed-Aziz Lahbabi ou Ahmed Sefrioui. » (Guy Dugas.)



Jules Roy et Henri Bosco ont entretenu une correspondance pendant la guerre. Jules Roy reçut les lettres d’abord en Afrique du Nord, puis en Angleterre, où il servait sur un équipage de bombardier – il en a parlé (notamment encore) dans La Vallée heureuse. Ou, voyez-vous ça, dans un livre évoqué récemment par Argoul, Le navigateur.– Puis à Paris…
Les lettres de Henri Bosco (1942 à 1969, mais en fait surtout jusqu’à 1946) ont été gardées par Jules Roy et publiées par l’Amitié Henri Bosco, dans le vingt-cinquième de leurs Cahiers Henri Bosco (1985).
Comme Jules Roy le note dans un texte introductif, l’amitié des deux hommes fut de quelques années, et semble-t-il surtout épistolaire. Il semble que ce soit Jules Roy qui écrivit d’abord à son aîné ; il se souvient : « Son âme sensible avait compris à quel point j’étais coincé entre mes devoirs et mes affections et combien j’avais peu d’espoir de m’en sortir. Durant cette longue période de nuit semée de feux et de terreur, il veilla sur moi. » (Cahiers Henri Bosco, 25, 1985, pages 89-90.)

On peut penser peut-être, même s’il semble que les drones ont remplacé en grande partie les bombardiers, à certains combattants d’Ukraine.


Nils Blanchard


Triche. Ajout d'étiquette du dernier billet : Garçon au poisson. 

jeudi 19 juin 2025

(Dé) Colonisation

Titre un peu étrange, peut-être ; c’est que j’ai dans l’esprit un autre billet sur le thème de la colonisation.
Mais là, article de Bernur (Björn Kohlström), en lien indirect de ce blog (voir Voices in translation), le 14 juin dernier, sur une nouvelle traduction de Robert Antelme en Suède : Hämd ? (Vengeance?)

NB - Eva Blanchard – Collection particulière


Bernur rappelle que Robert Antelme a été marié à Marguerite Duras, qu’ils se sont séparés après la guerre (lors de laquelle Antelme a survécu notamment à Buchenwald) et que Duras a tiré de la période de la guerre le recueil La Douleur (récits retrouvés plusieurs décennies plus tard par l’auteure, publiés en 1985).

Quand on pense à Marguerite Duras, on pense bien sûr à la présence française en Indochine. Or récemment, Argoul a évoqué un roman de guerre, Le navigateur de Jules Roy. Jules Roy, lui, s’il a écrit aussi sur l’Indochine, et évidemment la Seconde Guerre mondiale, est lié à son histoire algérienne, une certaine amitié avec Camus.

Deux auteurs, donc, concernés par deux drames comme parallèles, qui se suivent chronologiquement, les guerres d’Indochine et d’Algérie. Ces guerres : acmés de la bêtise et de l’ignominie de la colonisation, et de sa gestion à cette époque.
Peut-être y reviendra-t-on.

Eugène Delacroix, Roméo et Juliette au tombeau des Capulet – Capture d’écran.


Mais le sentiment de vengeance, l’incapacité à tirer un trait (même pointillé, même nuancé) sur un passé, la transmission d’une volonté de violence à des générations à venir – la vendetta ? – ; n’y a-t-il pas là une forme de colonisation des esprits ?

On ne peut s’empêcher d’y penser en lien aux événements autour de Gaza ; la fuite en avant criminelle de B. Netanyahou, qui mélange allègrement notions et époques, suscitant sciemment le désordre dans les âmes plus ou moins simples (de Mélenchon à l’excité anonyme et ignare derrière son écran...)

Bernur commente :

« Numera handlar allt om det bibliska öga mot öga (fast mer ”öga mot ögon, tand för tänder …”). Vad beror det här på? Kanske vår tid är för narcissistisk: det här är priset vi får betala för att allt större fokus läggs på individen, våra känslor och hur vi upplever saker. Vi pratar för mycket om våra rättigheter, och för lite om våra skyldigheter. På ett sätt blir vi allt dummare, det vill säga, mindre intellektuella. »

« Maintenant il n’est plus question que de l’œil pour œil biblique (ou plutôt œil pour œil, dent pour dent…”). À quoi cela est lié ? Peut-être est-ce que notre temps est trop au narcissisme : c’est le prix à payer de ce que l’individu prend de plus en plus de place, avec ses sentiments, sa façon d’appréhender les choses. Nous parlons trop de nos droits, pas assez de nos devoirs. Dans un sens, nous devenons de plus en plus bêtes, plus exactement de moins en moins cérébraux. »

NB – Carrière du Struthof, août 2022 (depuis, la recherche a avancé…) 

Je ne suivrai pas dans son article Bernur dans tous ses commentaires ; mais celui-ci est assez imparable me semble-t-il. J’ajouterai néanmoins : droits, et devoirs, vis-à-vis de la vie, de la nature, des autres espèces…, surtout.

Et un des moyens d’échapper aux réductions et généralisations erratiques, c’est le travail et la réflexion étayée, de bonne foi.
L'archéologie offre un terrain de réflexion et de travail méthodique, ancré dans ce qui nous a précédé, formé. Il y avait justement (14 et 15 juin), les journées de l’archéologie, à l’ancien camp de concentration de Natzweiler (Struthof) notamment.
Les archéologues font suffisamment râler les entrepreneurs de « BTP », quand leur progression bétonisée est ralentie par un signe du passé.
Au Struthof, ailleurs, l’archéologie permet de clarifier, remettre en perspective certaines zones d’ombre, ou de trouble. On en reparlera aussi.


Nils Blanchard


Ajout : visite du président Macron au Groenland, le 15 juin. Il s’agit là de lutter contre une autre forme de danger de colonisation.

jeudi 18 juillet 2024

(À) poil ; encore plus loin qu’ailleurs

Au début de l’été, dans le blog Gabis annex (Gabrielle Björnstrand) en lien de celui-ci, l’auteure intitule son article : « Plötsligt tänkte jag på döden ». Elle y évoque Ingmar Bergman, qu’elle a connu si j’ai bien compris, puis différentes choses, sur la possibilité d’un ciel (non d’une île…)

Hugo Simberg (capture d'écran)

 Puis elle en arrive à l’angoisse de la mort dont elles se dit préservée. Elle compare alors la mort à un chien bâtard (il y a peut-être une expression là-dessus en suédois que je ne connais pas) qu’on peut laisser dans un coin avant de se rendre compte qu’on ne l’a peut-être pas assez nourri…
Ou on peut le sortir :

« Och medan den löper kan man tänka på allt möjligt som döden kanske lär oss. Till exempel att vi är rätt små, oavsett vad vi gör och inte gör. Till exempel att vi är rätt stora. Vi är faktiskt allt vi kan se och fatta med våra öppna ögon och sinnen och tankar. »

« Et pendant qu’il court, on peut penser à tout ce que la mort peut nous enseigner. Par exemple notre petitesse, quoi qu’on fasse ou qu’on ne fasse pas. Par exemple notre grandeur. Nous sommes au fond tout ce qu’on peut voir et comprendre avec nos yeux ouverts, nos sens et pensées. »

De là, on en arrive aux diverses expériences religieuses, puis à Eros. Eros et Thanatos, Freud…

« Dödsdriften i hans tappning är förstörande, destruktiv, upplösande. Eros förbinder och bygger upp och älskar och har sig. Men i Eros finns också ett försvinnande. Emellanåt blir man ett, i en enda stor känsla. Man går upp i, ger sig hän, sjunker i ett hav. Och fransmännen, som alltid är lite sisådär finsmakare när det gäller erotik, kallar tillståndet efter orgasmen för Le petit mort, den lilla döden. »

« La pulsion de mort, dans son sens, abîme, détruit, dissout. Eros relie et reconstruit et aime et s’assume. Pourtant il y a aussi une disparition en lui. Dans l’intervalle on ne fait plus qu'un, dans un seul grand sentiment. On monte et on s’abandonne dans une mer, on y plonge. Et les Français, qui sont toujours peut-on dire connaisseurs en matière d'érotisme, appellent l'état qui suit l'orgasme "Le petit mort". »

L'erreur est intéressante peut-être. La petite mort – la mort, comme la vie, est féminin (et pas besoin d’« inclusion » là-dedans!) – est l’orgasme lui-même. La mort qui le suivrait pourrait être issue d’une épectase…

Hugo Simberg (capture d'écran)

À v
rai dire, ce billet fait suite à deux autres : celui-ci, celui-là, d'il y a un an, mais je l’ai laissé trop longtemps de côté et suis parti dans autre chose… Il devait être question au départ de Vosges, d’Ardennes, autour d’André Dhôtel, Benoît Duteurtre et même Jules Roy… On y reviendra plus tard, vous verrez.
Mais je retrouve Jane Birkin, dans la chanson (écrite par elle) Enfants d’hiver (musique de Hawksley Workman) :

« Les corps gris, enfants / D’hiver, rares / Les poils éparpillés / Sur les jambes bleutées / Éraflées par les / Épines des jardins défendus / Croyant toute perfidie interdite / Épaves de promesses enfantines / Les lèvres mauves, les plages noires / J’ai passé mes nuits à nous regretter / Il y a un pays / Invérifiable / Inaccessible / Comme les morts / J’ai passé ma vie à le rechercher (…) »

Eh allez ! Ça devait arriver quand même ; on retourne à Dhôtel ; Le pays où l’on n’arrive jamais.
D'ailleurs, le méchant dans ce roman – il y a un « méchant » (en fait, au fond, c’est sans doute plutôt un indifférent ; et n’est-ce pas la même chose?) – s’appelle Parpoil.


Nils Blanchard


Étiquettes rajoutées du précédent billet : Philippe Noble, Alsace.

vendredi 26 août 2022

(19)42

C'est le numéro (aussi), de cette revue Nordique, de Caen, déjà évoquée. J’ai dit que j’en reparlerais, et j’en reparlerai encore…


NB - Laholm


Mais, au début de son interview par Harri Veivo, cette réponse de Susanna Alakoski (auteure suédo-finlandaise – traduction de Harri Veivo et Yohann Aucante), qui me ramène à mes LONGING, à mes tissages… mais aussi à la langue et à la migration…

« Bomullsänglen peut bien être analysé comme cette broderie qui tiendrait ensemble plusieurs mondes parallèles, mais qui parfois ne communiquent qu’à travers les pensées et les sentiments des protagonistes. Je considère la migration un peu de cette façon, dans le sens où nous nous trouvons dans plusieurs pays en même temps, et peut-être sommes-nous « étrangers » dans notre propre esprit chaque jour par le fait de changer de langue sans même que les autres s’en aperçoivent. »

Edith Södergran ? (Jag.)

« Jag är främmande i detta land, / som ligger djupt under det tryckande havet, / solen blickar in med ringlande strålar / och luften flyter mellan mina händer. / Man sade mig att jag är född i fångenskap – (…) »

« Je suis étrangère en ce pays, / qui gît en profondeur, sous la mer oppressante, / Les regards du soleil ondoient là, rayonnants / et l’air s’écoule entre mes mains. / On me disait que j’étais née en captivité – (…) »

Elle était entre Finlande, Suède, Russie… et d’autres langues encore.


NB - Laholm


Roger Dale (image de couverture de mon livre) a récemment donné un « Grand entretien » au Magazine de la Faculté des Arts plastiques de l’Université de Strasbourg (ce printemps).
Il parle d’une autre forme de migration, liée à la guerre ; il explique en effet dans cet entretien (page 6 – attention, si vous consultez cet entretien sur la toile, il y a deux pages 6…) :

« Ce lien avec la guerre, je le tiens de mon père. Parce qu’il était pilote dans la Royal Air Force, à bord des bombardiers qui ont pilonné Stuttgart, Dresde ou encore Francfort, à la fin de la guerre. Il disait que l’avion commençait à chauffer en s’approchant de Dresde, tellement la ville était enflammée. Après la guerre, il a voulu fuir l’Angleterre et cette mémoire et il nous a emmené au Canada, à l’abri de l’Europe. À l’abri de la guerre. »

*
* *

Sur un blog aujourd’hui disparu, j’avais copié-collé un article sur une photo, sans référence, mais présentée de 1942, d’août 1942. Il y aurait exactement 80 ans. Le commentaire :

I love this vintage photograph...
It tells a story...
Happiness, love and friendship...
Two American boys?
What was their fate? Did they go to war? Did they come back from war?
I love the mood of this photograph...
Summer memories...

La photo : 



Tout d’abord, je trouve la coupe des garçons, voire leur attitude, un peu modernes pour 1942.
Autre chose : s’ils sont, peut-être, américains, le paysage (vieux bâtiment agricole au loin, plutôt en pierre, bocage), semble plus appartenir à l’Europe ; mettons à l’Ouest de la France ou à l’Angleterre.

Last, but not least : en août 1942, Elmar Krusman, alors âgé de 21 ans (ça « colle »…) avait été arrêté depuis un an et était alors détenu dans un « AEL » en Estonie (par la Sipo), avant un parcours concentrationnaire qui allait le conduire de Stutthof (Danzig) à un camp annexe du Struthof.

Bref, on ne sait pas dans quel temps on est, ni où, ni avec qui. (À moins de considérer que la photo soit a priori bien légendée.)

What was their fate ? Méfiez-vous mes petits amis (ça, c’est une expression de Jules Roy ; lui, 1942… Bombardier ; une autre histoire encore…), pour peu qu’une pièce de puzzle vous tombe sous le nez, vous risquez d’y passer quelques mois, quelques années de recherche…

Why not ?


Nils Blanchard


samedi 20 août 2022

(19)41

Un article dans Le Monde, sans rapport avec le monde nordique, revient à la surface de mon désordre…


NB - Laholm



Il s’agit de d’un papier de Juliette Heinzlef, « L’exil, en poète et en philosophe », sur Carlos Pereda et son livre Apprentissages de l’exil (Los aprendizajes del exilio).
Question d’exil, donc, qui démarre dans les années 70 avec la dictature en Uruguay.
Juliette Heinzlef termine son article ainsi :

« Carlos Pereda cite le philosophe grec Aristippe de Cyrène (v. 435-355 av. J.-C.) : “Je ne me soumets à aucun Etat. Je suis étranger de partout.” Apprendre à s’émanciper de la cité, savoir qu’on ne lui appartient jamais totalement, que quelque chose en soi relève d’un ailleurs et demeure étranger : telle est en définitive la leçon de l’exil. Elle ne vaut pas seulement pour les millions de gens qui ont dû tout quitter et partir sur les routes. Elle est, aussi, une leçon qu’ils adressent à ceux qui sont restés chez eux. »

Je me souviens de ma logeuse, et amie, au États-Unis (Cambridge, MD) – psychologue –, qui m’avait proposé d’assister (dans un lycée je crois, je ne sais plus où) à une de ses conférences, justement sur l’exil, où elle évoqua la manière de se débattre, en exil – ou en long voyage – de ses démons extérieurs.
(Du reste, dans ce pays si étranger à moi qu’étaient les États-Unis – voitures-panzers, etc., qui sont maintenant presque la norme en France –, je me suis senti chez moi comme rarement. Question de rencontres, aussi… Ellen, Bob...)

Mais alors, bien sûr, Edith Södergran ? (Jag) : « Jag är främmande i detta land (…) » « Je suis étrangère en ce pays (…) »


NB - Laholm




Bon. Pourquoi 1941 ?
Elmar Krusman a été arrêté par les Allemands à l’été 1941 ; il commence alors son parcours pénitentiaire et concentrationnaire. Un exil forcé qui va l’éloigner comme un aimant de son point d’origine, inclus comme on le sait à partir d’un certain moment dans le monde soviétique.

Et j’ai justement eu récemment de nouvelles informations sur lui. Peut-être en sera-t-il fait état ici assez vite.

Demeure l’aporie de sa nationalité, lors de son parcours concentrationnaire (KL Stutthof et KL Natzweiler). « Suédois » sur certaines listes des camps ; à l’initiative d’un SS, d’un Lagerschreiber (prisonnier en charge de la tenue des listes) ? A-t-il eu – on s’est déjà posé la question dans ce blog –, Elmar Krusman, son mot à dire ?

Je pense soudain à ce poème d’Edith Södergran : De främmande länderna – Les pays étrangers.

« Min själ älskar så de främmande länderna, / som hade den intet hemland. (…) »
« Mon âme aime tant les pays étrangers, / c’est comme si elle n’avait pas de patrie. (…) » 

On peut revenir à la littérature française, qu’on a évoquée, récemment. Léautaud : « Ma patrie, c’est la langue française. » (Journal littéraire.) Jacques Brenner : « (…) il est bien certain que ma langue est ma patrie. C’est même en ce seul sens que je suis patriote. » (Les familles littéraires françaises.) Jules Roy : « Pays natal. – Il n’existe de pays natal, de terre natale, qu’à condition de les croire perdus, d’une façon ou d’une autre. Sans quoi ils ne compteraient pas tant. Qu’était pour moi l’Algérie avant la guerre et tant que Camus vivait ? » (Journal des Chevaux du soleil.)

Peut-être ai-je raté une interprétation du « choix » de nationalité d’Elmar Krusman sur les listes des camps. Peut-être a-t-il dit qu’il était suédois sans référence au pays alors libre (et neutre), en se définissant simplement comme les siens s’étaient toujours définis, vers les rivages du nord de l’Estonie.


NB - Laholm


Allez, Edith Södergran, à nouveau : Det underliga havet / L’étrange mer :

« Sällsamma fiskar glida i djupen, / okända blommor lysa på stranden ; / jag har sett rött och gult och alla andra färger, – / Men det granna, granna havet är farligast att se, / det gör en törstig och vaken för väntande äventyr : / vad som har hänt i sagan, skall hända även mig ! »

« Des poissons singuliers glissent aux profondeurs / et des fleurs inconnues brillent sur le rivage ; / J’ai vu du rouge, du jaune et toutes les autres couleurs, – / Mais l’immense, immense mer est ce qu’il y a de plus dangereux à voir, / ça vous assoiffe d’aventures à venir : / si c’est arrivé dans le conte, pourquoi n’y aurais-je pas droit ! »


Nils Blanchard


mardi 2 août 2022

« Quand nous foutra-t-on la paix, Grands Dieux ! »

 Des Cévennes, je suis revenu à la mi juillet pour entendre parler d’incendies monstres liés à la canicule. Il est vrai que nous en eûmes quelques échos là-bas.


NB - Intérieur de l’église de Langogne (?)

Il y a quelques années : ces incendies inattendus en Suède. Là, un journal – je 

ne sais plus lequel – avait titré que les oiseaux brûlaient dans leurs nids…

Ici, on parle en hectares.

En chiffres.

Mais quelle signification ont-ils pour l’heureux propriétaire d’un panzer ?


Là n’était pas la question cependant. À Saint-Flour-de-Mercoire (Lozère),

monument aux morts très particulier : les photographies en médaillon des tués 

de la Première Guerre mondiale y apparaissent.

19 visages (pas autant que de noms).


« Aux héros ». Au-delà de la manière d’aborder la commémoration d’un

traumatisme passé (noms, chiffres… ou ces photographies…), on remarque 

cette mention, qui questionne une certaine tendance actuelle, anachronique, à

présenter les Français du début du XXe siècle comme des pacifistes absolus. 

Ce qui ne signifie pas qu’ils étaient pour autant des va-t-en-guerre

sanguinaires.

Du reste, pas de médailles ou de grades ici. Des photos.


NB - Monument au morts de St-Flour


NB - Monument aux morts de St-Flour


Paul Léautaud (auteur de la citation titre de ce billet) et Jules Roy, dont il fut

question à des derniers billets, se sont rencontrés peu après la guerre aux

déjeuners de Florence Gould. Le premier fut amusé par le second, qui 

respectait le talent d’écrivain du premier. Pour le reste… Jules Roy rentrait

meurtri d’avoir dû larguer des bombes sur la Ruhr qui, il le savait, avaient 

touché des civils.

À ces déjeuners, aussi… Jean Paulhan… Le Maast du Guerrier appliqué ; on 

en reparlera vite aussi, car la marche faite en juillet nous a conduit jusqu’à

Saint-Jean-du-Gard.

Un autre auteur encore : Ernst Jünger.


Léautaud, Paulhan (résistant, rappelons-le), Jünger, se côtoyèrent aux

déjeuners Gould (avenue de Malakoff) lors qu’un Elmar Krusman, un Maurice

Vissà (dont on reparlera), « vivaient » encore dans leurs camps annexes.



Paul Léautaud et Florence Gould, années 1940

Au retour d’une marche, quand on a discuté et plaisanté au fil des chemins, 

des bourgs, églises, avec un ami et des rencontres de hasard, quand on

reprend contact avec « les actualités », il est question bien évidemment aussi 

de l’inflation, des économies nécessaires d’énergie rendues d’autant plus

urgentes que le président russe semble désormais miser sur une prolongation 

du conflit qu’il a déclenché…

On se souvient que dans une des églises de la région de Langogne, nous

avions trouvé un bulletin paroissial du 22 mai 2022. Le texte de la première 

page est de Jean-Marie Clavel (de l’équipe pastorale), qui commence par

évoquer en négatif, à travers les Actes des apôtres, les querelles et rivalités

dans la « communauté chrétienne ». Il poursuit sur l’évocation de la ville sainte

dans l’Apocalypse…


                               La Jérusalem céleste (source, site de la paroisse de Puteaux ; 

                                    © CC BY-SA 4.0I), tapisserie du château d’Angers

Et dernière partie du texte :


« Bien réels par contre sont les affrontements que vit notre monde avec des

ruines à n’en plus finir et des familles déplacées et les personnes 

assassinées ! Nos vies peuvent trouver, après aimez-vous les uns les autres

dans l’évangile de dimanche dernier, des bases solides pour vivre la fraternité 

et la paix : Je vous laisse ma paix ; je vous donne ma paix nous dit

l’Évangile… Que l’Esprit de sagesse et d’intelligence puisse venir sur le 

président Poutine... »


Dans son blog, il y a déjà quelques semaines (le 12 juin), Thomas Nydahl 

de relever (« snappa upp ») des extraits du Dagens Nyheter :


« – Inte ens i mina värsta mardrömmar skulle jag ha kunnat tänka mig att 

ryssarna anfaller oss. Att de skulle göra så här! De var ju våra bröder.


(…)


Pappa var ryss. Mamma ukrainska. Jag förstår ukrainska utan problem, men 

jag har alltid talat ryska. Över halva befolkningen i Charkiv har sina rötter på

ryska sidan – Kursk, Voronezj, Belgorod... men nu är ryssarna inte längre våra

bröder. Inte på hundra år, säger Nikolaj Rjabynin. »


« Pas même dans mes pires cauchemars je n’aurais pu imaginer que les 

Russes puissent nous attaquer. Qu’ils agiraient de la sorte ! Ils étaient nos

frères !


(…)


Papa était russe. Maman, ukrainienne. Je comprends sans difficulté

l’ukrainien, mais j’ai toujours parlé russe. Plus de la moitié de la population de

Kharkiv sont originaires de Russie – Koursk, Voronej, Belgorod… mais

désormais les Russes ne sont plus nos frères. Et ce pour un siècle, dit Nikolaj

Rjabynin. »


Gare aux comparaisons intempestives… Mais Allemands et Français se sont

réconciliés après 1945. Il est vrai qu’il y avait alors des personnages aussi

singuliers qu’Ernst Jünger, Jean Paulhan…


Et Jünger, qui d’ailleurs lit alors la Bible à ses moments perdus, d’évoquer 

dans son journal (Second journal parisien) Léautaud (« le dernier des

classiques peut-être »), pour s’inquiéter de sa situation financière, le 1er mai

1944 :


« Sans doute, Léautaud est un cynique, satisfait de son fauteuil et de la

société de ses chats, et par qui l’on risque de se faire éconduire 

grossièrement. Il faut encore tenir compte de la malencontreuse situation

politique, qui projette sa lumière trouble sur chaque action humaine. »



Nils Blanchard


Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...