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dimanche 24 mai 2026

Vie d’auteure / Retour d’Hillevi Norburg

Un blog en lien du mien : « Stasimon », celui de la traductrice et écrivaine Hillevi Norburg, était en standby depuis plus de deux ans. Et voilà que des articles y reviennent avec le printemps.

NB - Mayenne, mai 2026

Entre-temps, l’auteure a eu un nouvel enfant. Elle a aussi ouvert notamment une librairie à Uppsala – elle en parle le 25 avril – notamment sur la littérature décadente. Ça n’a pas tenu.

Mais elle a pu continuer à travailler aussi. Et bientôt sortira en suédois une traduction de Rachilde, de Pierre Louÿs.
Elle a dû cependant s’interrompre… Et doit « maintenant » (article du dix mai dernier) se remettre à l’écriture pour deux avant-propos de livres – lesquels ? Elle ne le dit pas…

« (…) hur gjorde man det nu igen?
Det här är den del av min verksamhet som alltid gått trögast – artiklar, essäer, förord, föredrag, allt där jag ska formulera mig om ett ämne. Det tar oerhört lång tid innan jag kommer igång och när jag väl gör det, innan jag kommer in i skrivandet, har jag till en början som ett ångestsus i öronen. Sen släpper det oftast, men om jag inte lyckas skriva hela texten i en sittning (vilket man sällan gör) så är det precis lika jobbigt nästa gång jag ska sätta mig med den igen. »

« (…) mais comment faisait-on déjà ?
C'est la partie de mon activité qui a toujours été la plus difficile – articles, essais, préfaces, conférences : quand je dois m’exprimer sur un sujet précis. Ça me prend un temps fou de m’y mettre, avant même d’écrire ; j’en ai comme un bourdonnement d’angoisse dans les oreilles. Ça part la plupart du temps, mais si je n’arrive pas à écrire mon texte d’un coup (et on y arrive rarement), il faut s’y remettre encore, avec autant de difficulté. »

Eh ! Ces dossiers de recherches, idées, textes commencés qui s’accumulent. Et tout à coup (plus ou moins), reprendre, s’y remettre…
Parfois cela coïncide avec une rupture, un changement dans l’existence (qui n’est – et n’est pas… – que ruptures et changements).
J'ai évoqué en ces lignes Florence Gould, sur qui j’ai entamé un travail depuis plusieurs années. Bien d’autres choses. Il faut entre autres que je me remette à diffuser le beau livre de Martin Fahlén…

NB - Mayenne, mai 2026

U. Norburg poursuit :

« Nå, båda dessa böcker hat ordet ”trädgård” i titeln (…)
Är inte barndomen alltid ett förlorat paradis? Står det inte så hos Proust någonstans? Hellre den synen på de första levnadsåren än den som – om inte dominerar, så i alla fall existerar – idag i psykologins och Freuds efterföljd och tycks mena att den är ett slags sinnets Golgata-vandring där den unga individen åsamkas en rad trauman som han sedan – mer eller mindre medvetet – kommer ägna resten av sitt vuxna liva att bearbeta. Barndomen som en samling aldrig helt läkta sår? »

« Bon, mais ces deux livres [auxquels elle doit écrire des avant-propos] contiennent dans leur titre le mot « jardin » (…)
L'enfance n’est-elle pas toujours un paradis perdu ? C’est pas dans Proust, ça, quelque part ? Je préfère cette vision des premières années de la vie à celle (qui existe, à défaut peut-être de dominer) qui, suite aux conséquences d’une certaine psychologie, d’un certain freudisme, semble présenter cette période comme une sorte de calvaire psychique, lors duquel le jeune individu subit une série de traumas que plus tard – plus ou moins conscient – il va passer le reste de son existence à appréhender. L’enfance vue comme une collection de blessures jamais tout à fait cicatrisées ? »

Eh ! J’évoquais Martin Fahlén… J’avais envisagé intituler la traduction de son livre (Märtas tavla, qui est devenu en français Le tableau de Savery) « Paradis perdu-retrouvé ».

Bon, mais on retrouve Hillevi Norburg… Ça nous donnera l’occasion de reparler de Pierre Louÿs, de Benoît Duteurtre… La décadence !


Nils Blanchard


Triche ; rajout d'étiquettes du dernier billet : Finlande, LCI, Göteborgs Posten, États-Unis.

mardi 28 octobre 2025

Balade / traces / forêt

À l'occcasion de ce samedi ensoleillé (dernier jour de l’été en fait cette année), sitôt la « Kartoffelkeller » visitée, j’ai gravi – en voiture… – un peu encore le Mont Louise pour arriver à un point à 1000 mètres d’altitude. De là, d’un lieu où il y a des « Pierres de mémoire » : petite marche ; je me suis un peu enfoncé dans la forêt.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Mais à propos de voiture, ce lieu, près, autour de l’ancien camp de concentration de Natzweiler, a quelque chose quand même de particulier.
En allant à l’aller au Struthof, sur la petite route en zigzags bien après Rothau, une femme en voiture me coupe délibérément la route, tout en faisant une sorte de signe de la main, d’excuse ? de fatalité ? Elle était à un stop ; démarre juste quand j’allais la croiser.
Heureusement, conducteur somme toute expérimenté, j’avais comme subodoré la chose, n’allais pas très vite (on était de toute façon à un virage) et étais prêt à piler, ce que j’ai fait, tout en déviant à droite pour éviter l’imprudente – ou la folle ?

J'ai pensé à diverses choses, diverses symboliques dont on pourrait parer cette conductrice. Puis bien sûr j’ai eu autre chose en tête.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Mais j’y ai repensé au moment de ma promenade. Ce lieu.

Il y a là des panneaux qui datent de 2006, posés alors sans doute pour illustrer un « Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme ». De l’autre côté de la route, un panneau détaillé indique les randonnées possibles sur le thème. Il est criblé de balles (ou de jets de pierres?)

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Itou, il faut en convenir, un panneau à proximité marquant l’entrée d’une zone forestière :

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Des gens par ici ont-ils des pulsions incontrôlables : tirer sur des panneaux (entre autres) mémoriels, couper la route d’autres automobilistes ?

Songe aussi à Benoît Duteurtre, en entendant des motos faire rugir leurs moteurs.

Évidemment, plus vraisemblablement, on a simplement un faisceau de hasards…

Retour à « mon » côté de la route, vers ma balade, et aux panneaux de 2006. L’un est quasiment effacé.
On est presque dans l’archéologie des ferrailles indicatrices.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

On y lit sans trop de difficulté, néanmoins : « “Toi qui marches sur le sentier, libre et sans crainte, / entends le message des pierres, mets-toi debout, deviens sentinelle / œuvre à ce que, plus jamais, le murmure du vent dans les branches / ne soit étouffé par la plainte des opprimés.” Juin 2006 »

Il ne reste que le panneau inférieur (l’inscription) ; le haut du panneau a disparu.
Un peu plus loin, une autre inscription.

« Libre et sans crainte » ?

Celle-ci est criblée de balles aussi, et difficile à lire.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Écriture (étrangement) manuscrite : « Pierre de la Mémoire // Ici, au point culminant du Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme, / et la croisée des chemins, point de convergence entre passé et futur, / se dresse la Pierre de la Mémoire. / Les pierres couchées, de granit rose, ont symboliquement été prélevées / dans la Grande Carrière du Struthof et représentent l’homme opprimé, / humilié dont les droits fondamentaux ont été bafoués. / La pierre dressée, de granit gris, provient des abords de la RD 130 / menant au village du Hohwald, village natal du Dr Adélaïde Hautval, / médecin résistante, déportée par solidarité. / Cette pierre dressée symbolise / l’Homme debout dans toute sa dignité et sa grandeur. / Que cette Pierre de la Mémoire rayonne dans l’édification de notre futur. »

Plus loin encore, des indications mises à bas.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Puis c’est la forêt et un étrange silence – hormis quelques pétarades de motos plus ou moins loin – ; une douceur, aussi, de dernier jour d’été.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


Nils Blanchard


Ajout. – Il y a quelques jours, publication d’une étude de l’OCDE relevant, d’après ce qu’en dit la presse, un mal-être des professeurs un peu partout dans le monde mais notamment en France.
Bon. C’est la même OCDE qui fait paraître régulièrement les pseudo « enquêtes » PISA qui ont consciencieusement sapé depuis des décennies maintenant le travail desdits professeurs.
Une idée d’économie pour le gouvernement : sortir de l’OCDE, ce qui soulagerait la France (ce serait sans doute symbolique, mais…) de sa participation au budget de ladite organisation (5,1 % nous dit-on sur son site), et du « travail » de fonctionnaires, notamment de l’Éducation Nationale, qui sous-traitent les fameuses « enquêtes » PISA ; ceux-là pourraient être mis devant des classes.

Un point néanmoins dont ne saurait être rendue responsable l’OCDE (quoique… n’y conseille-t-on pas de mettre les jeunes élèves devant des écrans?), c’est l’effet délétère, particulièrement sur certains enfants, des « réseaux » « sociaux » et autres smartphones.

– Ajout d’étiquettes de l’article précédent : Télérama, Bernur, Haguenau.



NB

dimanche 3 août 2025

Vers le pire ? – Laser, vélos, fermeture de blog et patron

Toute fin de juillet, journée, décidément… Je sors de l’hôpital après être passé entre les mains d’un interne… comment dire, pas particulièrement délicat (et je ne crois pas être spécialement douillet…) Je me retrouve dans les rues de Strasbourg ; œil douloureux et larmoyant – « surlunettes » merci à vous… –, à me faufiler un chemin, un peu flageolant…

NB Autoportrait à la coquille (juin 2025)

Me faufiler un chemin… parmi les vélos (et les voitures, mais elles au moins restent sur leurs voies). Sans mentir : je cherche un endroit réservé aux piétons. Sur telle avenue, on leur laisse un petit chemin au bord de la chaussée, en plein cagnard…
Je fulmine, râle… devant les cyclistes à la queue-leu-leu qui, au mieux, ne voient rien de mon manège, au pire, doivent me prendre pour un fou, un marginal, un inadapté… ce que je suis peut-être après tout…

Je repense à Benoît Duteurtre, encore une fois. Mélanie… (Souvenez-vous, dans En marche!)
Pages 97-102 :

« (…) Mélanie (…) fit avancer son fauteuil vers le trottoir où elle jeta un regard plein de colère. Car le spectacle de cette ville la confortait, jour après jour, dans sa principale certitude : ce monde – comme chacun d’entre nous – avance obstinément vers le pire.
(…) Quant aux cyclistes auxquels on avait accordé tant de privilèges, ils en exigeaient davantage et abandonnaient continuellement la chaussée pour ces mêmes trottoirs où ils se sentaient plus en sécurité. Rapides et silencieux, ils ne semblaient guère s’aviser que leurs engins, déboulant parmi les promeneurs, semaient l’inquiétude. Surgissant à chaque instant, ils filaient à vive allure, slalomaient entre les piétons, faisaient du lèche-vitrine entre les poussettes. Et Mélanie observait avec colère ce mélange d’assurance vertueuse (eux aussi luttaient pour sauver la planète”) et de mépris pour les autres. »

Mélanie, on en a déjà parlé a pour sport favori de remettre à leur place ces cyclistes. Et :

« Penaud, le coupable s’en retournait vers la chaussée. Mais, dès qu’il enfourchait de nouveau sa selle, il retrouvait les mœurs de sa caste et dressait un doigt d’honneur en direction de la handicapée, puis disparaissait en quelques tours de pédales, certain qu’elle ne le rattraperait pas. »

NB - Strasbourg, août 2025 (le week-end suivant, avec beaucoup moins de monde...)

Bon, mais aussi, il y avait eu certes quelques fausses alertes, mais cette fois c’est la « bonne » semble-t-il : Thomas Nydahl a fermé son blog !
Désormais, plus rien : il faut être « invité »… ce qui revient à dire semble-t-il que c’est fermé…
Évidemment, il était malade, fatigué… Il écrivait le 18 janvier 2025 (j’avais « copié-collé »…) :

« Det kan gå dagar mellan suckarna. Påstår han själv. Men omgivningen hör hur de kommer allt tätare, som attacker mot tystnaden. Suckarna har blivit hans nya sätt att meddela omvärlden vantrivlseln.
(...)
Tyst men märkbart suckar han sig denom dagarna. Tyngden på hans axlar och smärtan i hans bröst är nu som en synlig rustning som ska skydda honom mot världen. »

« Il peut s'écouler des jours entre les soupirs. Du moins d'après lui. Mais son entourage les entend de plus en plus fréquemment, comme des attaques contre le silence. Ils sont devenus le nouveau moyen d'expression de son malaise. 
(...) 
Silencieux, mais visible, il soupire et pleure au travers des jours. Le poids sur ses épaules, la douleur dans sa poitrine, sont maintenant comme une protection ostentatoire contre le monde. »

Capture d'écran du blog de Thomas Nydahl - Fausse alerte en juin 2023...

Autre fin d’une histoire – fin d’une époque en tout cas : Gammalsvenskby. L’agression russe qui n’en finit pas… On lit sur le site Svenskbyborna, en lien de ce blog, le 28 juillet (Sofia Hoas) :

« Ryska armén fortsätter att beskjuta och bränna det som finns kvar av byn. Drönare släpper sprängämnen och minor.
Det är svårt att hålla kontakt med de 6 personer som är kvar. En person lämnade byn till fots. Han möttes upp och togs till sjukhus för behandling.
De som är kvar uppmanas att omedelbart lämna byn till fots, till en säker plats. »

« L'armée russe continue de prendre pour cible, de brûler ce qu’il reste du village. Les drones larguent explosifs et mines.
Difficile de garder un contact avec les six personnes restantes. Un habitant s’est enfui à pied ; il s’en est tiré et a été soigné à l’hôpital.
Ceux qui restent sont invités à quitter sans délai le village vers des lieux plus sûrs. »

Mollie Faustman - Capture d’écran

Et puisqu’on est dans des thèmes peu réjouissants, on peu ajouter ici ces discours, toujours semblables, qui se répètent comme des disques rayés au fil des années…
Un chef de syndicat des patrons, sur une chaîne de radio d’« informations », explique qu’il faut travailler plus pour produire plus. Il est favorable évidemment à la suppression de jours fériés, reprend l’antienne de l’absentéisme qui serait plus fort dans le secteur public que dans le privé (bien qu’on ait dû lui expliquer moult fois que les choses étaient à y regarder de plus près…)
Le brave garçon n’a jamais entendu parler, semble-t-il, de réchauffement climatique, de baisse drastique de la biodiversité, de la nécessité de baisser l’artificialisation des sols, de cesser l’empoisonnement des gens (pesticides, etc.) C’est apparemment un héritier ; quelqu’un qui consacre sa vie à préserver ce qu’il a reçu de plus que d’autres pour se donner de l’importance, et ce, « quoi qu’il en coûte » (socialement, écologiquement…)
Morbide, oui.

Il est de ces journées…


Nils Blanchard


Triche. Ajout d’étiquettes du dernier article : Martine Sgard, Martin Fahlén, Le tableau de Savery, Patrick Reumaux.

samedi 14 juin 2025

Écrans et vélos (électriques) / Égarement

Je me fais le plus en plus l’effet de vivre au milieu de zombies (moi qui ai pourtant tendance à être passablement distrait, à ne pas reconnaître des gens dans la rue, ce qui m’a parfois été reproché).
Zombies ?

NB - Mont-de-Jeux, mai 2025, devant l’ancienne maison d’André Dhôtel

 Des gens aux yeux fixés sur leur écran de « téléphone », ou (au téléphone réellement alors – ou pas), sans cesse en conversation. Zombies, oui, en ce sens qu’ils sont sans cesse en un autre monde, qui ne saurait être partagé avec celui des autres autour d’eux. Un ailleurs purement personnel ; la chose est bien trouvée. C’est sans doute ce qu’Arnauld Le Brusq veut dire quand il parle de « l’axiome ultime du capitalisme intégral » (blog Terre-gaste, le 1er mai dernier) :

« Depuis lors, le tour de force des opérateurs de téléphonie mobile aura été d’imposer à chaque Terrien ou presque la greffe d’un appareil soi-disant intelligent et d’ainsi transformer l’espace public en une gigantesque cabine privée à ciel ouvert. (…) Désormais, ils vont – les Terriens – le regard baissé vers l’écran, dans l’attitude de la soumission, titubant dans la rue, accros fascinés par les contenus en ligne. Réfléchissant au business model de la drogue, l’écrivain William Burroughs a sans doute formulé l’axiome ultime du capitalisme intégral, auquel ressortit la solvabilité de l’attention numérique : The junk merchent does not sell his product to a consumer, he sells the consumer to his product.” »

Jusque dans les piscines où des parents accompagnent leurs enfants, les premiers n’arrivent pas à se détacher de la visqueuse « communication » numérique. Andreas Granath racontait, en août 2024 dans le Göteborgs Posten, ce qu’il en était à Hambourg :

« Föräldrar som stirrar på sina mobiltelefoner i stället för att hålla koll på sina barn har blivit ett växande problem i tyska badhus.
I Hamburg sätter man nu hårt mot hårt – och kastar ut föräldrar som inte kan slita sig från sina telefoner. »

« Dans les piscines allemandes, le problème des parents qui surveillent plus leurs écrans de téléphone que leurs enfants est de plus en plus important.
À Hambourg on emploie désormais les grands moyens – on exclue les parents qui n’arrivent pas à se détacher de leurs téléphones. »

NB - Mont-de-Jeux, mai 2025, devant l’ancienne maison d’André Dhôtel 

Mais encore : ces vélos qui roulent de plus en plus sur les trottoirs. Quand on est piéton, difficile du coup de ne pas assimiler ces véhicules – de plus en plus motorisés ; dans certains cas, on conjecture que les gens (dûment casqués, tout juste s’ils n’ont pas une lance ou un fusil) qui sont perchés dessus ne se risqueraient pas à pédaler de la sorte si ce n’était le cas – à des panzers, tels les 4x4 ou « pick-up » qu’on croise sur les routes. Des panzers light.

« Partagez la route!! » pensent-ils (sur des trottoirs…) en voyant les piétons à qui ils en refusent, précisément, le partage.
Moi qui suis distrait… Une que j’ai obligée à dévier de sa trajectoire m’a lancé, rageuse : « Il faut regarder à gauche et à droite ! »
Plaît-il ?
Des policiers, s’il y en a à proximité, n’interviendront pas. (Et tant mieux du reste.)
Plus le droit de rêvasser, de regarder une vitrine, un arbre, de discuter avec quelqu’un… DROITE ! GAUCHE !

Ces gens sont des anti-promeneurs (lors qu’ils se parent d’attributs écologistes et de « cool attitude »).

NB - Mont-de-Jeux, mai 2025, devant l’ancienne maison d’André Dhôtel

On pense avec nostalgie au regretté Benoît Duteurtre (dans En marche !, 2018, Folio, p. 110-111). Ça se passe en Rugénie ; une certaine Mélanie semble plus humaine que d’autres dans ce pays d’exemplaires adaptés – évidemment, c’est une emmerdeuse… :

« Mais une fois de plus, cet après-midi, elle comptait se distraire en s’attaquant à ses ennemis favoris.
Elle ne tarda pas, d’ailleurs, à repérer un spécimen, juché sur la selle de son vélo dans un équilibre approximatif. Penché sur un téléphone, il bavardait tout en agrippant son guidon pour déambuler tant bien que mal, au risque de renverser un passant. À cinquante mètres de distance, Mélanie effectua un rapide calcul avant d’amorcer le mouvement qui lui permettrait d’obstruer l’unique voie dégagée pour cet être malfaisant. (…) »

Il faut préciser que cette Mélanie est en fauteuil roulant…

Et cependant des « voies vertes » cyclables, aux confins du Dhôtelland, ne seraient pas pour me déplaire. Je ne suis pas un anti-vélo ; mais avec antivol du droit à la distraction, au rêve.

N'en déplaise à certains – Martinien sera d’accord avec moi je crois –, loin des uniformisations individualisées et des priorités conquérantes, les distraits sont des scientifiques

subtils

de l'égarement.

NB - Mont-de-Jeux, mai 2025, devant l’ancienne maison d’André Dhôtel

Mais quant à la vie écranisée (ce n’est certes pas l’endroit où dire cela) : on a l’impression que les gens font de plus en plus semblant de vivre.

Mais le texte du trottoir (peint par Roland Frankart) ? Il est tiré de La chronique fabuleuse (d’André Dhôtel évidemment), « Le champ », page 29 de l’édition du Mercure de France (préfacée par Jean-Claude Pirotte), qu’on se le dise… :

« Avant de nous promener sur les routes, Martinien, il faut nous envelopper d’éternel. On dit que c’est la chose la plus simple du monde.
Mais nous avons réservé notre enthousiasme pour le vent, l’amitié du jour, le bruit des volets qui s’ouvrent. À notre tour nous allons inventer la vie, prêts à déplorer nos erreurs et à pâtir, et cependant de retrouver toujours sur l’asphalte le reflet fidèle de l’immobilité des cieux. »


Nils Blanchard


Triche : étiquettes rajoutées du dernier article : Le Louvre, Rodolphe II.

mercredi 24 juillet 2024

Sainte Brigitte, l’Apocalypse et Dürer. Et Benoît Duteurtre, et Gammalsvenskby

¤ Une amie passionnée d’André Dhôtel (c’est quasiment pour moi un pléonasme) m’a récemment envoyé une carte représentant une gravure sur bois de Dürer de Sainte Brigitte.
Quelques mois plus tard, je retrouve Dürer, qui a inspiré un panneau de vitraux de Chavanges, cette fois sur l’Apocalypse.

Dürer, Sancta Birgitta, incunable imprimé en 1500 à Nuremberg ; bibliothèque municipale de Charleville-Mézières


Bon, mais alors le premier « lien », c’est la marche. La patronne de la Suède a fait le pèlerinage de Compostelle. J’en ai fait une il y a peu, printemps, en bien bonne compagnie as usual, entre Aube et Haute-Marne, d’églises en églises (à pans de bois et / ou contenant des vitraux du XVIème siècle…) On y reviendra…

À Chavanges, dans l’imposante église de cette petite ville dont la rue principale peut étrangement faire penser à celle d’un bourg du Far West, il y a donc un panneau de vitrail sur l’Apocalypse.


NB - Chavanges


NB - Chavanges


L’œuvre a été réalisée vers 1549, d’après la série de gravures de Dürer publée en 1498. Elle a subi à la fin du XIXe siècle une importante restauration.

On y reviendra.


¤ Mais entre Aube et Haute-Marne, on n’est encore pas très loin des Vosges de Benoît Duteurtre, disparu « brutalement », lit-on dans les journaux, le 16 juillet, lors même que j’avais cité son nom dans le précédent billet de ce blog, qui reprenait le fil de thèmes déjà un peu anciens à défaut d’être délaissés. (Et qui avaient dû être clôturés par mon trop fréquent « On y reviendra... ») J’ai « publié » ce billet le 18 juillet, lors que j’étais de passage à Angers, en ignorant que Benoît Duteurtre était décédé deux jours plus tôt – nouvelle que j’ai apprise bien incidemment du reste, le 18 juillet aussi d’ailleurs. (Cet article, qui plus est, tournait autour de la mort ; une sorte de ronde nudité-mort-enfance.)

NB - bac traversant le Rhin


Hasard sans grande importance sans doute ; j’avais surtout évoqué Benoît Duteurtre en juin et juillet 2023 (il suffit de cliquer sur son nom dans l’index, à droite…), à propos de Ma vie extraordinaire, des Vosges… ou encore d’un livre que je n’ai pas encore lu, son Dictionnaire amoureux de la Belle Époque et des Années folles, qui, prévoyais-je, allait me ramener à Hillevi Norburg (Stasimon, en lien de ce blog, et l’index, à droite…) qui elle-même nous conduit à la littérature décadente, plus étrangement à Champigné (à droite…), au peintre Henri Lebasque… Sur quoi, sur tout cela, on reviendra, on reviendra…

Contrairement à ce que je pensais (j’ai vérifié, cliqué à droite…), je n’ai pas encore parlé du roman En marche sur lequel j’ai pourtant un billet en préparation, depuis pas mal de temps déjà, dans une série, commencée, autour du prénom Thomas, en tout cas de quelques uns de ses porteurs… (Si, vous verrez…) Mais j’ai commencé sur Thomas Mann (27 septembre 2022)… Et je n’ai donc pas encore évoqué le Thomas d’En marche.

Mais je me disais alors que j’avais pas mal de choses à lire de lui, que j’en lirais encore d’autant plus qu’il en avait pas mal encore à écrire…
Une crise cardiaque. Cette façon de mourir est-elle un hasard, chez qui écrivait, dans Ma vie extraordinaire (Galimard, Folio, pages 248-249) :

« Ce moment-là, je voudrais qu’il dure éternellement et que nous traversions ensemble l’espace et le temps. La mort cependant finira par nous séparer et cette perspective m’est insupportable. Car, en découvrant l’amour, j’ai découvert aussi la hantise de nous perdre (…) Cette appréhension devient plus aiguë si je songe aux dix-huit années qui nous séparent (…)
Quelquefois, l’âge venant, je suis envahi de cauchemars atroces, les mêmes que je faisais enfant. La mort est là, impitoyable (…)
Cette hantise provoque en outre, chez Jean-Sébastien comme chez moi, une absurde réaction consistant à courir plus vite vers la catastrophe en faisant primer nos plaisirs sur nos santés. »




¤ Enfin, puisqu’il est question d’églises, je me faisais la réflexion que la Russie de Vladimir Poutine semblait goûter particulièrement la destruction de ces édifices.
En tout cas, si je m’en réfère au site Svenskbyborna, consacré à Gammalsvenskby, en lien de ce blog.
Le 17 juin 2024, on y mentionne que l’église allemande luthérienne du village a été détruite par un drone kamikaze russe. Le premier juillet (2024), on annonce que c’est l’église suédoise (qui était partagée avec le culte orthodoxe) qui a été brûlée.

À l'assemblée nationale française, les (ex?)-poutinolâtres des deux extrêmes donnent le spectacle que l’on sait.


Nils Blanchard

jeudi 18 juillet 2024

(À) poil ; encore plus loin qu’ailleurs

Au début de l’été, dans le blog Gabis annex (Gabrielle Björnstrand) en lien de celui-ci, l’auteure intitule son article : « Plötsligt tänkte jag på döden ». Elle y évoque Ingmar Bergman, qu’elle a connu si j’ai bien compris, puis différentes choses, sur la possibilité d’un ciel (non d’une île…)

Hugo Simberg (capture d'écran)

 Puis elle en arrive à l’angoisse de la mort dont elles se dit préservée. Elle compare alors la mort à un chien bâtard (il y a peut-être une expression là-dessus en suédois que je ne connais pas) qu’on peut laisser dans un coin avant de se rendre compte qu’on ne l’a peut-être pas assez nourri…
Ou on peut le sortir :

« Och medan den löper kan man tänka på allt möjligt som döden kanske lär oss. Till exempel att vi är rätt små, oavsett vad vi gör och inte gör. Till exempel att vi är rätt stora. Vi är faktiskt allt vi kan se och fatta med våra öppna ögon och sinnen och tankar. »

« Et pendant qu’il court, on peut penser à tout ce que la mort peut nous enseigner. Par exemple notre petitesse, quoi qu’on fasse ou qu’on ne fasse pas. Par exemple notre grandeur. Nous sommes au fond tout ce qu’on peut voir et comprendre avec nos yeux ouverts, nos sens et pensées. »

De là, on en arrive aux diverses expériences religieuses, puis à Eros. Eros et Thanatos, Freud…

« Dödsdriften i hans tappning är förstörande, destruktiv, upplösande. Eros förbinder och bygger upp och älskar och har sig. Men i Eros finns också ett försvinnande. Emellanåt blir man ett, i en enda stor känsla. Man går upp i, ger sig hän, sjunker i ett hav. Och fransmännen, som alltid är lite sisådär finsmakare när det gäller erotik, kallar tillståndet efter orgasmen för Le petit mort, den lilla döden. »

« La pulsion de mort, dans son sens, abîme, détruit, dissout. Eros relie et reconstruit et aime et s’assume. Pourtant il y a aussi une disparition en lui. Dans l’intervalle on ne fait plus qu'un, dans un seul grand sentiment. On monte et on s’abandonne dans une mer, on y plonge. Et les Français, qui sont toujours peut-on dire connaisseurs en matière d'érotisme, appellent l'état qui suit l'orgasme "Le petit mort". »

L'erreur est intéressante peut-être. La petite mort – la mort, comme la vie, est féminin (et pas besoin d’« inclusion » là-dedans!) – est l’orgasme lui-même. La mort qui le suivrait pourrait être issue d’une épectase…

Hugo Simberg (capture d'écran)

À v
rai dire, ce billet fait suite à deux autres : celui-ci, celui-là, d'il y a un an, mais je l’ai laissé trop longtemps de côté et suis parti dans autre chose… Il devait être question au départ de Vosges, d’Ardennes, autour d’André Dhôtel, Benoît Duteurtre et même Jules Roy… On y reviendra plus tard, vous verrez.
Mais je retrouve Jane Birkin, dans la chanson (écrite par elle) Enfants d’hiver (musique de Hawksley Workman) :

« Les corps gris, enfants / D’hiver, rares / Les poils éparpillés / Sur les jambes bleutées / Éraflées par les / Épines des jardins défendus / Croyant toute perfidie interdite / Épaves de promesses enfantines / Les lèvres mauves, les plages noires / J’ai passé mes nuits à nous regretter / Il y a un pays / Invérifiable / Inaccessible / Comme les morts / J’ai passé ma vie à le rechercher (…) »

Eh allez ! Ça devait arriver quand même ; on retourne à Dhôtel ; Le pays où l’on n’arrive jamais.
D'ailleurs, le méchant dans ce roman – il y a un « méchant » (en fait, au fond, c’est sans doute plutôt un indifférent ; et n’est-ce pas la même chose?) – s’appelle Parpoil.


Nils Blanchard


Étiquettes rajoutées du précédent billet : Philippe Noble, Alsace.

mercredi 26 juillet 2023

Incursions de la Suède dans les Vosges – et vilenies

 Marche dans les Vosges, en très bonne compagnie bien sûr, dans une fin juillet pas trop sèche là ; arbres explosant de vitalité. Évidemment, songeai çà et là au livre de Benoît Duteurtre, Ma vie extraordinaire (drôle de titre…)

NB - Vosges, vers Wingen

À noter que l’écrivain, musicologue, y parle du KL Natzweiler (Struthof) (page 82-83).

Mais, en ce qui concerne la forêt (page 50) :

« On entrait timidement dans cette cathédrale obscure où les troncs nus se dressaient comme des colonnes gothiques. Les branches des conifères se déployaient très haut dans la canopée. Mais au pied des arbres proliférait un monde de pierres moussues, de champignons, de feuilles mortes, de fourrés, de frémissements animaux qui happaient notre attention. »

Mon ami de marche, précisément, d’origine alsacienne et lorraine, d’avoir remarqué, çà et là, des ponts entre les cultures suédoise et alsacienne, voire lorraine. Ainsi, exemple parmi d’autres, la soupe de pois alsacienne, ressemblant fort à la ärtsoppa suédoise.

NB - D662, à la sortie de Reyersviller

Bon, mais certaines incursions suédoises dans les contreforts des Vosges ont été moins glorieuses.
Ainsi au bord de la départementale 662, en direction de Siersthal, à l’actuel Reyersviller (au sud de Bitche), c’est un village entier qui a été massacré par les troupes suédoises pendant la guerre de Trente Ans (évoquée un peu là).
Il en reste un chêne qui daterait de Jeanne d’Arc, auquel les soudards auraient pendu les villageois.

NB - D662, à la sortie de Reyersviller

NB - D662, à la sortie de Reyersviller

NB - D662, à la sortie de Reyersviller

Pour en revenir à Benoît Duteurtre, il imagine vers la fin de son livre (3e chapitre sur « Le loup de Belbriette ») un futur peu ragoûtant, dans les Vosges (pages 335-336) :

« Il faisait près de trente degrés, ce 20 mars 2070, quand un convoi de tricycles tout-terrain, à biopropulsion, apparut en lisière de la forêt décharnée. (...) 
(…) le paysage autrefois sombre et humide de la Voj Mountain avait pris un caractère presque méditerranéen. »

Vous avez bien lu, « Voj Mountain »… C’est que l’auteur imagine/prévoit :

« Vingt ans plus tôt la loi Une langue pour chacun”, répondant aux revendications de nombreux groupes et associations, avait en effet balayé les règles communes, offrant une liberté qui abolissait la notion même de faute ou d’usage inapproprié. (...) »

On n’en est pas très loin.

Or ne parlions-nous pas au dernier billet, après avoir évoqué des incendies, de la politique présidentielle à l’endroit de l’Éducation nationale ?

En ce domaine, les errements remontent à loin et réconcilient des tendances politiques a priori diverses. Souvenez-vous de ce ministre qui se vantait de faire des fautes d’orthographe ; le même homme particulièrement doué qui parla d’ « imposture climatique », pour dénoncer des prévisions qu’il pensait sans doute être des errements d’écologistes illuminés… Est-ce un hasard ?


Nils Blanchard

lundi 10 juillet 2023

Vosges – Ardennes ; Descartes

 Série d’entretiens de Claudie Hunzinger, sur France culture, la semaine du 19 juin dernier. Avant cela, chez Alain Finkielkraut, le 6 mai : il était là question de chien. Mais de ça (de chien), on en reparlera.

NB - Canal de la Marne au Rhin

Claudie Hunzinger, elle, situe ses livres plus au sud que le canal de la Marne au Rhin, du côté de Colmar. (Du reste, le canal ne passe pas par les Ardennes non plus ; peu importe.)

On lit, en présentation du dernier entretien de la série :

« Pratiquant l’affût, Claudie Hunzinger a acquis au fil des années, une écoute très fine des êtres et des éléments, qu’ils soient végétaux, minéraux ou animaux. « On devient ce que l'on observe », dit-elle. Pour l'artiste, c'est une façon d'être à l'écoute du monde et de l'agrandir, « c'est une façon de se décoloniser soi-même » (…) »

Se libérer, comme l’écrit Thomas Nydahl, évoquant Imre Kertész (le 7 juillet dernier) :

« I detta kom Imre Kertész fram till kärnan: att bära en negativ erfarenhet genom livet behöver inte vara en börda. Den blir en börda för den människa som efter den erfarenheten förvandlar själva livet till just börda. För Kertész, och därmed för mig som lärdom, blir den en frigörelse. »

« En cela Imre Kertész est allé au nœud du problème : porter une expérience négative dans la vie ne nécessite pas que ce soit un fardeau. Ça le devient si la personne transforme sa vie en fardeau. Mais pour Kertész, et subséquemment pour moi, ça devient une libération. »


Ma vie extraordinaire, de Benoît Duteurtre, démarre, et revient régulièrement, aux Vosges de l’enfance de l’auteur. Sorte de paradis perdu, à la fois personnel (l’enfance) et de manière plus… globale, avec trois chapitres (« Le loup de Belbriette ») qui enserrent le livre, en partie d’anticipation (heureusement, souvent, dans ce domaine, on a tendance à se tromper…)
Ainsi lit-on page 227 :

« Tandis que le monde, sidéré, découvrait l’ampleur du désastre, Denis se rappelait son paradis perdu. [Qu’est-ce que je disais…] Après la Grande catastrophe de juin 2030, la perspective d’un refuge dans les montagnes lui apparaissait comme un espoir. (…) »

Une des conséquences de cette « grande catastrophe » est qu’il est nécessaire de détenir une sorte de pass pour entrer dans Paris. Et pourtant... 


O
n n’en est pas très loin… Quelqu’un, par exemple, qui n’utilise pas de smartphone se voit de plus en plus regardé de travers. (Ou n’est-ce pas que les gens qui utilisent beaucoup ces ustensiles ont tendance à ne plus regarder les autres qu’à travers leur écran, qui fait écran, qu’on le veuille ou non, devant une certaine réalité.)

Capture d'écran. Source?

Pas vraiment d’anticipation – plutôt l’inverse ; un peu Jean-Pierre Mocky au dix-septième siècle ? – chez Patrick Reumaux, dans Maison noire.
Puis là, on est passé dans les Ardennes, dhôteliennes à défaut d’être le « Dhôtelland » (comprenne qui voudra). Ce genre de pays où l’on pose un banc quelque part dans un village. Page 25 :

« Oui, il y a des Ardennais dans les Ardennes, à ceci près qu’on ne sait jamais de quelle Ardenne on parle – ni si ce dont on parle existe –, car le département qui porte ce nom n’est qu’un assemblage hétérogène estampillé par un coup de tampon administratif. »

Page 27 : « À deux pas de ma maison noire, sur la route de Saint-Lambert, au bas du village se dresse un tilleul, au pied duquel un banc a été aménagé pour que l’on puisse y prendre le frais. En plus de quarante ans, je n’ai jamais vu personne s’y asseoir. »

Et dans ce livre, beaucoup d’allusions à la Suède, mine de rien, vu qu’on y parle de mycologues, botanistes (Elias Magnus, un Finlandais aussi : Peter Adolf Karsten). Qu’un René Descartes, célébrité du village au banc, a quelque difficulté à parvenir à ses fins dans ses relations avec une reine de Suède…
Ou plutôt, il y arrive : il meurt.


À suivre.


Nils Blanchard


Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...