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jeudi 27 novembre 2025

Exclusion / bas matériaux et dématérialisation

Longtemps, les vêtements, draps, avaient une valeur réelle. Je me souviens de testaments du XVIIIème siècle étudiés mentionnant des « couettes » dans les legs. On a l’impression aujourd’hui qu’une profusion de produits jetables retire comme d’autant d’humanité.

Helena Westermarck - Wikipedia

 Les pires arguments sans doute sont ceux qui essaient de faire vibrer les cordes sensibles de la commisération pour défendre ces marques géantes en ligne venues de Chine qui vendent n’importe quoi. On a entendu des « Mais il y a des gens qui peuvent ainsi se payer des choses qu’ils ne pourraient pas autrement »… Et allez pour un tour de larmes dans les chaumières, dûment rémunéré en montagnes de déchets de polyester, tonnes carbone de transport inutile, sans parler des conditions de travail des employés des sociétés concernées.
À cela, Agnès b. rétorque (sur France culture, le 5 novembre dernier) : « Moi j'aime les vêtements qu'on garde longtemps, qui sont de bonne qualité, avec des bonnes matières. (…) On achète ça et on est tranquille pour très longtemps. C'est le contraire de Shein. » « On n’a pas besoin d’autant de vêtements », rappelle-t-elle aussi, en se souvenant qu’elle-même, quand elle n’avait pas les moyens de s’acheter des produits coûteux, chinait (ne « sheinait » en aucune manière).

Ellen Thesleff - Capture d’écran

À peu près au même moment où j’entendais Agnès b. faire une démonstration de bon sens somme toute inhabituelle sur nos ondes (même sur une station comme France culture) – n’affirma-t-elle pas par surcroît : « Ce qu’on appelle les réseaux sociaux font beaucoup de mal aussi. Je ne trouve pas du tout que ce soit « social », ces réseaux. » –, on apprenait que les tickets de métro papier n’en avaient plus que pour quelques mois à Paris. Il faudra désormais acheter des sortes de cartes, ou avoir une « appli » sur son « smartphone ». Et allez, retour du monde entre guillemets.
Pas entre guillemets, l’ambition j’imagine de la RATP, et peut-être derrière elle de la mairie de gauche de Paris : se débarrasser de la pauvreté, en empêchant les gens sans abri de pénétrer dans les stations.

Ça me fait penser : un vieil ami parisien dans une brasserie non loin de chez lui, refuse que je paye : « Je suis chez moi... », dit-il, ou quelque chose d’approchant.
Le serveur, qui le connaît, opine du chef.
Moi : « Paris appartient à tout le monde... »

Mais ces cartes, dématérialisations, risquent de diviser les clients du métro entre « usagers » et « touristes ». Où seront les Parisiens là-dedans ?

Helena Westermarck - Wikipedia

Retour à « Shein », ce vendeur de chinoiseries à bas coût : il n’y a pas de raison qu’on ne puisse décider de bouter ces choses hors de notre pays… Tenez: il y avait une page « instagram » usurpant mon nom (et mon image)
J'avais envoyé un courriel un peu menaçant à… comment qualifier les gérants d’« instagram » : une société, une SA… bref, à ce truc. J’ai vérifié, du coup, l’effet de ma missive, projetant ensuite une visite au commissariat de police : la page en question a « miraculeusement » – il faut mettre des guillemets partout quand on parle de ces… choses – disparu…

Nos États de droits peuvent encore mater les fâcheux.


Nils Blanchard


Triche. Rajout d’étiquettes du dernier billet : Jennie Augusta Brownscombe, The Guardian.

Ajout. J’ai « publié » ce billet ce matin. On est l’après-midi… Et voilà que je consulte la page de la Route inconnue (en lien de ce blog, dans la liste à droite, etc.), consacrée à André Dhôtel, et vois qu’une lecture est prévue ce soir rue Bonaparte !


Bon, Yves Lepesqueur, on connaît ; il a déjà été cité ici (voir index, à droite, version ordinateur, e tutti quanti…)
Mais Cécile A. Holdban, m’était – bêtement, forcément – inconnue.
Or, outre lire André Dhôtel, cette poétesse a publié un livre où apparaît sur la couverture une autre connaissance de ce petit blog, Edith Södergran !

lundi 9 juin 2025

Fantômes / nudité

Dans Voyage nu évoqué lors d’un précédant billet, plus ou moins aussi sur les fantômes, on pouvait voir dans un poème de François Squevin de « grandes nudités » comme comparées à de grandes marées.



J'y pensais pour plusieurs raisons.
D'abord, au chapitre des expositions manquées, il y a eu « Femmes Artistes de la Côte d’Opale », à Étaples-sur-Mer. C’était jusqu’en novembre 2024… Les éditions Invenit en ont édité un catalogue.
On y lit en quatrième de couverture :

« À la recherche de paysages et d’atmosphères vibrantes, capables d’inspirer et de nourrir leur peinture, de nombreuses artistes reconnues de leur temps ou au talent naissant, telles que Virginie Demont-Breton, Marie Duhem, Marie Cazin, Iso Rae, Catherine Hawdon ou encore Elizabeth Nourse, ont chacune à leur façon marqué de leur empreinte le paysage artistique de la Côte d’Opale.
(...) [Cet] ouvrage révèle tout le talent de ces femmes ayant joué un rôle prépondérant dans l’affirmation et la diffusion de l’art dans la société et ouvert parfois la voie vers la modernité des années 1920. »

Retour une nouvelle fois aux années vingt.

Une autre raison pour laquelle je songeais à l’auteur de Voyage nu, c’est que j’ai eu le plaisir de le revoir, ainsi que Dominique Tourte des éditions Invenit, lors de l’Assemblée générale, fin mai, de La Route inconnue.

Rolf Winqvist, Sculpteur et modèle - Capture d’écran


Et en marge de cette assemblée (une autre raison encore), j’ai présenté le dernier cahier en date de cette association des Amis d’André Dhôtel.
Je n’avais que quelques minutes ; pas vraiment le temps de développer… Or je venais de terminer (d’André Dhôtel) le formidable Plateau de Mazagran (1947), pour lire l’article de Jean-Yves Gillon (alias Yves Lepesqueur) dans ce dernier cahier, à lui consacré. Dans ce roman, étrangement concordant à son époque (on y parle de la guerre récente…), le mal est bien présent, se « révèle » surtout à la fin, une certaine forme de diable, même s’il a été dit (et pas par des buses) que Dhôtel esquivait la question du mal.
En lien au mal, on peut évoquer Adam et Eve, et la nudité ; ça a déjà été effleuré en ce blog ; le blog Alluvions (en lien de celui-ci…) a exploré aussi ce thème. Le péché – le mal originel – ; j’y pensais aussi car dans le même cahier n° 22 est publié un début de roman inachevé de Dhôtel mettant en scène sa relation, de jeunes militaires, avec Marcel Arland, relation – un peu mystérieuse ; il y a eu aussi un Cahier Dhôtel sur sa correspondance avec Arland, mais plus tardive… – à laquelle je ne peux m’empêcher d’adjoindre je ne sais quelle cassure initiale dans la vie d’écrivain d’André Dhôtel.

Henri B Goodwin, Carin, 1920 - Capture d’écran


Bon, mais Adam et Eve quittent nus le paradis. C’est que la nudité est comme l’apanage de l’au-delà de la civilisation. La civilisation est vêture, aussi légère soit-elle. La nudité est en dehors ; elle est fors la ville ; elle est de la forêt. Elle est aussi de ce qu’on ne contrôle pas et qui donc peut être colonisé par le mal – ou tout aussi bien par Dieu (le paradis…)
Jean-Yves Gillon l’évoque dans son article d’une manière assez bluffante, en repérant un lien avec le roman écrit après Le Plateau de Mazagran, à savoir Ce lieu déshérité (1949) (entre les deux a été publié David, écrit avant…) Je cite :

« On relèvera (…) que Dhôtel a employé, pour relier les deux livres, un procédé bien connu de la rhétorique sémitique. C’est l’usage de ce que les savants appellent termes médians, qu’on appellerait aussi bien, si l’on veut éviter tout jargon, crochets” ou “agrafes”. Le principe en est simple : lorsque deux textes sont liés, la fin du premier comporte un élément remarquable qui se trouve aussi au début du second. (…) Or, Dhôtel a bel et bien placé une telle agrafe. C’est l’image du nageur nu, très rare dans ses romans. Dans les dernières pages du Plateau de Mazagran (p. 257), Maxime et Gabriel entrevoient Jeanne qui nage nue dans l’Aisne. Au début de Ce lieu déshérité, Hélène regarde Sotiros et Iannis qui nagent nus dans la mer (p. 16). Deux jeunes hommes regardent nager une jeune fille nue ; une jeune fille regarde nager deux jeunes hommes nus : l’agrafe est renforcée par un chiasme. »

(La guerre, le mal – Cahier André Dhôtel n° 22, pages 139-140.) (Les Cahiers André Dhôtel sont disponibles auprès de l’Association La Route inconnue ; dont le lien apparaît sur ce blog, en haut, à droite de l’écran…)

Rolf Winqvist, Rêve de nu, années 1940 - Capture d’écran


Pour en revenir aux grandes nudités, grandes marées ; la nudité ne peut-elle être liée aussi aux animaux marins, à la mer plus généralement, qui est à la fois l’ailleurs et le danger ?

Mais on se contentera là de rivière. Dans le cahier évoqué plus haut, j’évoquai quant à moi notamment L’Homme de la scierie (1950), qui peut s'apparenter à un roman de guerre. Je ne peux m’empêcher d’en citer l’incipit :

« Il y avait eu ces courses folles le long des quais de Nogent. On se baignait dans les roseaux. Garçons et filles étaient nus. Qui le savait ? »


Nils Blanchard


Ajout. J'ai reçu, des mêmes éditions Sous le Sceau du Tabellion qui ont réédité L’Homme de la scierie, qui ont fait paraître aussi le dernier recueil d’Héloïse Combes… leur nouvel opus : Poèmes de la forêt, de Saint-Pol-Roux.

Il y a en ce moment au Louvre une exposition sur Rodolphe II, dont il est beaucoup question dans Le Tableau de Savery (voir la page en lien de ce blog…) ; il s’agit de L’Expérience de la nature – Les arts à Prague à la cour de Rodolphe II, jusqu’au 30 juin.

mercredi 20 novembre 2024

Croisements / passé présent / Modiano – Trump / Yves Lepesqueur

On aura peut-être remarqué que ce blog adopte des thèmes parfois différents, avec trois (et bien vagues) peut-être qui surnagent, outre la Suède : l’art (notamment peinture et sculpture), une certaine littérature d’après-guerre (et notamment André Dhôtel), une partie de l’histoire concentrationnaire (autour d’Elmar Krusman, des camps annexes du Kl Natzweiler).

NB - Automne 2024


Les croisements de thèmes peuvent amener à quelques surprises. Des hasards non abolis par des coups de touches. Mais des touches…




On a dépassé les mille jours de guerre en Ukraine, mille jours donc que l’agression russe sur son voisin a eu lieu. C’est à peu près le nombre de jours d’existence de ce petit blog aussi.


NB - automne 2024


Et ne peut-on considérer – hasard, hasard ? – que cette attaque russe a coïncidé avec une prise de conscience étendue – même si elle n’a pas eu autant de conséquences qu’on voudrait – du fait que l’on est entré dans un temps où les énergies fossiles reculeront. La guerre russe est en lien aussi avec cette évolution : moins consommer de pétrole et gaz russes – ne plus en consommer du tout à terme ? – impose bien sûr d’accélérer ce qu’on appelle assez laidement la « transition énergétique ». Et il n’y aura pas de miracle, ça passera par une transition économique, d’abord une « stagcroissance » puis une décroissance – intelligente si possible…
Ça se cabre ici et là : l’autruche Trump avec son antivaccin Kennedy issu d’on ne sait plus quel monde, un Chris Wright, présenté comme un héraut de la fracturation hydraulique, annoncé comme ministre de l’énergie de l’ancien-futur président américain… un coup de téléphone récemment (15 ou 16 novembre) du chancelier allemand à Poutine… car l’Allemagne subit de plein fouet les transitions actuelles.




On pourrait parler ici aussi d’autres transitions, évolutions… migrations… entre pays autant qu’entre époques.
Yves Lepesqueur, dans un livre très intéressant dont on reparlera – aux éditions de l’Harmattan, ça ne surprendra personne – n’évoque peut-être pas des croisements ; l’auteur parle lui de paradoxes. On y évoque par exemple Taha Husayn, que j’évoquai quant à moi dans un petit article de La Route inconnue, à propos… d’André Dhôtel… Bref, lui, Yves Lepesqueur, écrit à propos des migrations pages 83-84 : « Le migrant est devenu une figure de légende comme l’étaient autrefois le chevalier ou le moine. Ce nouveau statut s’est traduit par cette nouvelle appellation : on ne parle plus d’émigrés ou d’émigrants, plus d’immigrés ou d’immigrants : seulement de « migrants », autant dire de migrateurs.
(...)
La disparition des préfixes a une signification très claire : les deux préfixes de l’é-migré et de l’im-migré faisaient référence à ses deux pays. Tout immigré était un émigré, il avait deux pays, celui où il était né et celui où il mourrait peut-être (…)
« Migrants », « mobilité des cadres », « mobilité internationale des étudiants », « formation tout au long de la vie », « flexibilité », etc. sont des termes qui ressortissent au même « champ sémantique », comme disent les cuistres, celui du changement, du mouvement, de l’instabilité, autant dire celui du Bien. »



Mais Modiano… Migrations dans le temps. Il apparaît le même jour, le 16 novembre dernier, dans les blogs de Patrick Bléron (Alluvions, en lien de ce blog-ci, en haut, à droite…) et de Thomas Nydahl, qui fait la recension d’une nouvelle traduite en suédois, Seine.

« Paris, 1940-tal. Berättarjaget är en blyg artonåring som går en kurs på en teaterskola.

Yre kvällar i veckan är det »gruppövning». Det är när stjärnan på kursen, kamraterna emellan kallad »grevinnan», har vunnit första pris i drama i den årliga tävlingen, som han får syn på en liten flicka som sover i en av de röda sammetsfåtöljerna längst bak i salen. Hon visar sig vara dotter till »grevinnan» som gett henne smeknamnet Lilla smycket.

Långt senare är det Lilla smycket själv som är berättaren i den roman av Patrick Modiano som bär hennes namn. »

« Paris, années quarante. Le narrateur est un jeune homme timide, dix-huit ans, suivant des cours de théâtre.
Trois soirs dans la semaine, ce sont des « exercices de groupe ». Quand la star du groupe, que ses camarades surnomment entre eux « la comtesse », remporte le premier prix dramatique au concours annuel, il remarque une petite fille endormie dans un des fauteuils de velours rouge tout au fond de la salle. Elle se révèle être la fille de la comtesse, qui l’a surnommée La Petite Bijou.

Bien plus tard, la Petite Bijou devient elle-même le personnage phare d’un roman de Patrick Modiano. »



Bon, mais sait-on que Modiano fait partie de ces gens qui n’ignorent pas André Dhôtel ? Encore un autre sujet.


Nils Blanchard

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...