| NB - mars 2024 |
| NB - Vitrail de René-Louis Petit, abbatiale de Montier-en-Der, mars 2024 |
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| NB - Vitrail de René-Louis Petit, abbatiale de Montier-en-Der, mars 2024 |
Nous voilà déjà au temps où, dans la région où j’ai passé mon enfance, se tient comme chaque année le parcours proposé par Art et chapelles en Anjou Or j’ai reçu une lettre récemment, d’une amie de La Route inconnue, de l’autre côté de la France, des Ardennes. Il y est question aussi de chapelles.
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Chapelle allemande de 1917, Falaise (Ardennes) |
Pendant l’été, les articles de ce blog seront un peu moins nombreux
qu’à l’habitude, parce que je serai en vacances (les seuls moments
de l’année où un professeur, qui plus est mal noté, peut travailler un
peu sérieusement). Et on pourra s’autoriser quelque liberté par
rapport aux thèmes habituels de ce blog. Ou… Vraiment ?
Dès le premier article, on a parlé de paix, et de chapelles abandonnées.
On s’est pas mal interrogé – et l’on continue – sur la politique de
neutralité de la Suède.
Neutralité n’est pas pacifisme.
Dans le Göteborgs Posten, le 20 mars dernier, j’ai retenu le texte de
Jonas Eek (un prêtre, je crois) : « Varje kyrka är ett skyddsrum » –
« Toute église est un lieu protégé ». Il y est question bien sûr de la
guerre en Ukraine, de lutte entre bien et mal sur quoi je pourrais
revenir pour d’autres raisons… Et on lit ceci :
« Varje dag nås vi nu av bilder från krigets Ukraina. Vi blir åter
medvetna om krigets vansinne. Men det finns också andra bilder;
en som fastnat hos mig är kyrkan som ett skyddsrum. »
« Chaque jour viennent à nous des images de la guerre en Ukraine. On
reprend conscience de la folie de la guerre. Mais il y a aussi d’autres
images ; une, gravée en moi, celle d’une église comme un lieu
protégé. »
En l’occurrence, sur la carte, la chapelle allemande a dû être construite
non vraiment comme un abri, mais comme un hommage aux soldats
allemands tués au front.
Les pacifistes, eux, sont souvent peu férus d’hommages.
Un Paul Léautaud connaissait mieux les sépultures de ses chats dans
son jardin que les monuments à la gloire des soldats morts au front.
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| Paul Léautaud et ses chats |
Jugez plutôt ; il écrit à André Billy, le 23 novembre 1914
(Correspondance, Flammarion, 10/18, 1972, pages 443-444) :
« J’ai su, comme vous, la mort d’Alain-Fournier en même temps que
celle de bien d’autres, dont le nom m’était connu, sinon la personne.
J’ai fort bien connu Fournier. Je le voyais souvent au Mercure (…) Du
moins, Fournier, lui, y était parti [à la guerre], si j’en juge par une
lettre qu’il écrivit alors à Péguy, dans des sentiments guerriers. Je ne
sais pas, mais cela me dispose à m’attendrir un peu moins sur lui. (…)
Vous voyez bien, mon cher ami, que je n’ai pas acquis des sentiments
nouveaux, appropriés aux circonstances. Ces histoires me font horreur,
et la grandeur, je me le reproche quelquefois, m’en échappe. Là non plus, je ne
crois pas et mon manque de foi me fait me détourner.
(…)
J’ai toujours mes soucis. Je les ai même plus grands, ma réserve
d’argent épuisée et tous mes moyens se trouvant réduits à l’allocation
du Mercure. Je dure comme je peux. Je vis chez moi en pardessus, le
chapeau sur la tête, gelant, grognant, ricanant, plein d’impatience et de
sarcasmes. Quand nous foutra-t-on la paix, Grands Dieux ! Cette guerre
m’agace, que de choses elle m’a déjà coûtées, que de mauvaises
choses elles m’a déjà occasionnées, que de mécomptes, que de
soucis, que de chagrin ! Je devais passer de si belles
vacances ! Allez, moi aussi je suis bien atteint.
(…)
Il y aura quelque littérature patriotique, certes. Mais je crois qu’on
s’en lassera vite. Ne vous semble-t-il pas que nous sachions déjà
tout ce qu’on nous racontera là ? 1870 n’est pas si loin qu’on
garde encore quelque fatigue detoutes les balivernes qu’il nous
a values. (…) »
Alors, bien sûr, tous les conflits ne sont pas semblables. Et un (autre)
de mes projets – j’ai déjà pas mal avancé – est une étude de la
position de Léautaud – ce formidable écrivain – face à la
Seconde Guerre mondiale. Le moindre que l’on puisse dire est que
les sources ne manquent pas. Disons-le tout de suite :
Léautaud n’y apparaît pas si sympathique… Mais bien loin,
néanmoins, du mal incarné.
Nils Blanchard
P.-S. Annonce il y a quelques jours de la démission de la présidence
du Parti conservateur de Boris Johnson.
Je ne fais pas partie des gens qui l’ont bêtement comparé à
Donald Trump. Je me souviens d’une certaine classe, par exemple,
lors de sa rencontre avec la ministre d’État suédoise il y a
quelques semaines.
Et parlez-en aux Ukrainiens…
Comme promis, quelques retours de l’exposition LONGING – fils tissés, récits croisés à l’Institut Suédois, qui a cours en ce moment. Tapisserie, fils tissés ; art de la patience et de l’explosion de couleurs.
NB – Julia Bland (Etats-Unis), Blanket for Good Drams, 2020,
Exposition à l’Institut Suédois –
Déambulations dans l’hôtel de Marle ; tout près de la précédente, cette œuvre
qui, nous précise-t-on, s’inspire du travail de la photographe Ida Ekelund, qui
se détourna de la photographie il y a près d’un siècle.
Et on lit dans le commentaire de l’œuvre quelque chose qui pourrait assez
bien correspondre à ce petit blog : « Pour Kristina Müntzing, la notion de
LONGING se réfère à un processus intégré à sa pratique et qui la relie à
différentes époques et personnes, pour la plupart des femmes, avec
lesquelles elle ressent un lien très fort. »
NB – Kristina Müntzing (Malmö), Don’t quit your dayjob (détail),
Exposition à l’Institut Suédois –
On change de sujet, et, précisément, on change d’époque.
Après avoir poussé à la roue de l’entrée de la Suède dans l’OTAN, voici ce
qu’écrivait Thomas Nydahl [Lien] le 30 juin dans son blog :
« Om vårt arma land skickar en enda av dem till Turkiet är Sverige slut som
självständig nation. – Si notre pauvre pays en renvoie un seul en Turquie
[d’exilés demandés par le président turc], c’en sera fini de l’indépendance de
la Suède. »
Peut-être aurait-il fallu réfléchir un peu avant de suivre le troupeau… L’entrée
de la Suède dans l’OTAN va-t-elle apporter beaucoup à l’Ukraine ?
Ça me fait penser à cette accusation récurrente contre la Suède, juste après la
Seconde Guerre mondiale, d’avoir abandonné les exilés baltes à Staline.
(Mais quand on y regarde de près, on peut considérer aussi que la Suède a
plutôt bien résisté, en l’occurrence, au despote soviétique.)
Manifestation de 2015, après l’attentat à Charlie-Hebdo – je participe rarement
à des manifestations ; avais été à celle-ci –. Je me souviens d’un groupe de
Kurdes venus apporter leur soutien à la manifestation, Kurdes qu’on a été bien
content d’avoir sur certains fronts…
Alors tenez, cette citation d’un livre de Bernard Maris, que j’ai lu récemment :
« Il disait que la philosophie aimait la sagesse, mais qu’elle réfléchissait sur
des questions insolubles : la liberté, l’existence, Dieu, la beauté. Qu’elle
défaisait et refaisait sans cesse l’ouvrage de sa réflexion. Comme Pénélope.
Vague éternelle, elle dessinait et effaçait la vérité. Je me laissais bercer. Le
langage était la plus belle question. Le langage était un « éther », comme l’air
que nous respirions. Nous baignions en lui. »
On en revient au tissage, à la vérité…
Nils Blanchard
À la recherche de je ne sais trop quoi, je feuilletais mon Que sais-je ? Sur Homère, de Jacqueline de Romilly.
Page 116, l’auteure remarque : « Le fossé entre Grecs et barbares
[au temps des poèmes d’Homère] n’est pas encore creusé. Dans l’Iliade il
n’y a absolument aucune différence entre Troyens et
Achéens. Personne ne s’étonne qu’ils parlent la même langue,
qu’ils observent les mêmes usages, que leurs règles morales
ou sociales soient les mêmes, ou que leurs dieux soient les mêmes.
(…) Homère ne conçoit pas un instant que l’ennemi puisse
être différent. »
Les temps n’ont-ils pas beaucoup changé ?
On reparlera de la manière de voir les Russes, de certains de
leurs voisins. Elmar Krusman, comment voyait-il ses ennemis ?
Étaient-ils ses semblables, ses frères ? La brute, Ehrmanntraut, qui
l’a mené devant cette employée de mairie de Bisingen, qui a décrit
E. Krusman, sans le nommer, « tout à fait tremblant »…
Les Suédois d’Estonie en général ?
Lors de ce colloque que j’évoquais au dernier billet, sur
l’évolution des contacts de langues et de cultures, je
m’interrogeais sur la place des Esto-Suédois parmi les
autres peuples, nations. Étaient-ils un simple groupe,
une ethnie, un peuple ? Ils étaient moins de 10 000, mais
furent reconnus comme une minorité. Ils n’étaient plus seulement
des Suédois (au moment de la guerre, ils avaient été séparés de
leur patrie d’origine depuis au moins sept siècles).
Une nation ? Ce qui semblait les caractériser, précisément, est qu’ils
n’avaient pas d’ennemis jurés. Peu de traces de batailles, de
révoltes, de massacres dans leur histoire, mais des dominateurs
dont on s’accommode comme on peut, des relations de voisinage
plus ou moins tendues sans doute, une constante diplomatie,
semble-t-il, pour préserver un mode de vie authentique
– les fameux « privilèges » suédois – dans la durée.
Quelque chose à mettre en rapport avec la neutralité suédoise
depuis Bernadotte…
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| Carte des zones esto-suédoises; années 30 |
Plus loin (pages 116-117), J. de Romilly remarque qu’Achéens
(Grecs, donc) et Troyens partagent les mêmes croyances, les
mêmes dieux. Puis : « Le fait est d’autant plus remarquable
qu’Homère n’a rien d’un pacifiste, blâmant la guerre en tant
que telle. Elle est comme un donné de la civilisation d’alors.
Elle a ses douleurs, mais aussi ses beautés. On peut, certes,
évoquer avec nostalgie le temps de paix. (…) Et l’on n’y trouve
pas non plus, nulle part, rien qui suggère une guerre nationale,
entre peuples différenciés. La lutte entraîne une âpre
compétition, mais point de haine : Troyens et Achéens
sont les uns et les autres des héros et des mortels, qui en tout
se ressemblent. »
| NB - Bohuslän |
Pour ce qui est de la Seconde Guerre mondiale, c’est en quelque sorte
l’inverse, surtout vue sous le prisme du système concentrationnaire.
Pour Boris Pahor, de Trieste (comme pour Elmar Krusman et les Esto-
Suédois), les choses ont commencé à se gâter avant même la
guerre, avec l’arrivée du fascisme (avec le climat délétère pour
les minorités qui s’est installé au cours des années trente en
Estonie). De quoi rêvait Boris Pahor en invoquant Calypso ?
D’un paradis à reconquérir ?
Nils Blanchard
P.-S. Sans rapport ?
Hier, J’ai vécu des heures vaguement kafkaïennes – j’évoquerai
bientôt, en passant, l’Autriche-Hongrie –. Une batterie morte,
en Allemagne, avant-hier soir, très tard. Un réparateur fort gentil
fait redémarrer ma voiture ; « Peut-être cela marchera-t-il ; après,
il faudra la faire tester... » Je rentre chez moi, en France, sans
couper une seule fois le moteur. Las, ce matin : obligé d’appeler
à nouveau un réparateur, pour me relancer à nouveau et me
permettre d’aller à un garage. On me promet quelqu’un pour
neuf heures trente, puis dix heures. Je prends rendez-vous au
garage, commande une batterie. Le temps passe…
Truc assistance (une personne dont j’ai oublié le prénom,
appelons-la G) : – Vous comprenez… Effectivement… [Cet adverbe,
tic de langage des sots de nos temps.] »
Onze heures.
G : – Ils ont peut-être un imprévu. Il faut comprendre.
Mais pourquoi ne communiquent-ils pas ?
À midi, j’appelle un taxi. Je ne peux plus attendre ; dois me rendre
à mon travail. À treize heures, le garage de dépannage
m’appelle : « On est chez vous. Pourquoi n’êtes-vous pas là ? »
Mais parce que je suis à mon travail. De petit fonctionnaire
récemment mal noté (mais je crois que c’est un honneur –
j’expliquerai peut-être pourquoi...)
D’autant plus ennuyé d’être sans véhicule que je dois nourrir,
pour deux ou trois jours, des chats d’amis, en Allemagne.
Et Thomas Nydahl, hier justement, citation dans un billet intitulé :
« Vänskapen gångbroar". Il est illustré par une photographie d'arbres
entre le printemps et l'été.
« Skriv om stunderna
då vänskapens gångbroar
verkar hållfastare
än förtvivlan
Adam Zagajewski, ur Törst, i översättning av Anders Bodegård »
(« Écris sur les moments
où les pontons de l’amitié
semblent s’accrocher davantage
que le désespoir
Adam Zagajewski, extrait de Soif, traduit [en suédois] par Anders
Bodegård »)
(Bon, mais en ce qui me concerne, le désespoir… Il ne faut
rien exagérer.)
Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...