mercredi 30 septembre 2026

Gammalsvenskby, 1929 / Et Mayenne

Suite d’un premier billet sur le sujet. La date, 1929, était vraiment de malchance : début de la crise mondiale, bien sûr (et on sait que les crises suscitent repli sur soi des peuples et méfiances envers les migrants), puis la famine en Ukraine, l’Holodomor, en 1932-1933.

Capture d’écran du programme du colloque du 16 octobre 2026, Uppsala

Un article de la SOV (26 juillet dernier) a laissé un lien vers le site du Musée régional de Jönköping. Récemment en effet (fin août), Jörgen Hedman, auteur d’un livre sur l’installation d’Esto-Suédois dans le Småland et le Västergötland, y a présenté l’histoire des migrants de Gammalsvenskby arrivés à Jönköping.
Déjà évoqué, Peter Hedfors (SOV) note :

« Nästan en tredjedel av alla de svenskbybor som kom till Sverige år 1929 kom att stanna i trakterna av Jönköping; antingen i Jönköpings län eller i dåvarande Skaraborgs län. Man kan med fog säga att denna grupp inte uppmärksammats lika mycket som de svenskbybor har gjort som bosatte sig på Gotland. Svenskbybornas på Gotland hade fördelen av att ha mindre geografiska avstånd till varandra och inte minst tillkomsten av Svenskbygården i Roma som en samlingsplats har betytt mycket. »

« C'est presque un tiers de l’ensemble des habitants de Gammalsvenskby venus en Suède en 1929 qui s’est retrouvé dans les environs de Jönköping ; soit dans la région administrative de Jönköping, soit dans ce qui était alors celle de Skaraborg. Il apparaît que ce groupe n’a pas eu autant d’attention que ceux (de Gammalsvenskby) qui se sont installés à Gotland. C’est que là, à Gotland, ils avaient l’avantage d’être moins éloignés les uns des autres, puis surtout la création, là, d’un lieu de rencontre à Roma a eu une grande importance. »

Mais globalement sur les 900 (environ) habitants de Gammalsvenskby venus en Suède (certains sont aussi partis vers le Canada), 250 ont choisi de revenir en Union soviétique, à la grande joie des communistes suédois. Peut-être, du reste, ont-ils évité l’Holodomor, vu que « Under Stalineran drabbades befolkningen av svåra förföljelser och många deporterades till Komirepubliken, Kolahalvön och Sibirien. Det var först under 1950-talet som de överlevande fick möjlighet att återvända till sin hemby. » « Pendant l’époque stalinienne, la population a subi de grandes persécutions et beaucoup ont été déportés vers la République de Komi, la presqu’île de Kola et la Sibérie. Ce n’est qu’au cours des années 1950 que les survivants ont eu la possibilité de revenir dans leur village d’origine. »
(Citation de la présentation du colloque du 16 octobre 2026 à Uppsala.)

Arrivants de Gammalsvenskby à Jönköping, aoüt 1929 -
Jönköping Nordiska Musset ; Digital Museum

Et qu’en est-il maintenant, me demandera-t-on peut-être ? Je rappelle qu’en lien de ce blog figure un site sur Gammalsvenskby, en anglais et suédois, donnant des nouvelles régulières des lieux en ces temps de guerre, via Sofia Hoas.
La présentation du colloque du 16 octobre 2026 à Uppsala résume bien la situation :

« Innan den fullskaliga invasionen av Ukraina bodde runt 2 400 personer i Zmiivka kommun, där Gammalsvenskby ingår. Endast ett litet antal av dessa var ättlingar till de ursprungliga svensktalarna. Kriget har drabbat byn hårt, och under perioden mars till november 2022 ockuperades den av ryska trupper. Sedan dess har byn utsatts för upprepad rysk beskjutning från andra sidan floden, vilket har lett till att den nu är i det närmaste ödelagd; de flesta husen är utbrända eller raserade, och byborna har tvingats fly. Åtminstone ett 60-tal personer har lyckats ta sig till Sverige. I augusti 2026 befann sig bara två personer kvar i byn. »

« Avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, la commune de Zmiivka (à laquelle appartient Gammalsvenskby) comptait environ 2400 personnes. La guerre a touché cruellement le village, et de mars à novembre 2022 il a été occupé par les troupes russes. Depuis, la zone est l’objet de bombardements russes répétés, de l’autre côté du fleuve [Dniepr], ce qui fait qu’elle est maintenant quasiment inhabitable ; la plupart des maisons ont été incendiées ou rasées, la population a dû fuir. Au moins une soixantaine de personnes ont pu rejoindre la Suède. En août 2026, il ne se trouvait plus que deux personnes au village. »


Et la Mayenne ?
Étrangement, 1929 est une des rares dates de Conversation avec le taupier de Jean-Loup Trassard (éditions Le temps qu’il fait, 2007, page 87).
Un autre personnage de la conversation (que Joseph Heulot) – tout ça se passe du côté de Juvigné en Mayenne, pas si loin de la Normandie, près d’Ernée – lance le sujet des hivers froids.

« Paul Feuve : “Quand l’z’éronces poussent beaucoup, on dit que l’hiver sera rude”. Il n’a pas lui même vérifié mais en tout cas se souvient de l’hiver 29. La neige, où le vent l’avait poussée, s’était amoncelée sur un mètre d’épaisseur. Elle a tenu six semaine et là-dessus il gelait. (…) Joseph [le taupier] a aussi vécu cet hiver mémorable, il avait vingt-trois ans. »

Trente-trois ans en 1939 ; Joseph Heulot a fait la guerre, y a attrapé une pleurésie qui l’a laissé en partie invalide… d’où, aussi, son métier.
Quant à l’hiver 29, l’auteur y revient aux pages 135-136 :

« Le neveu, un gars de La Viennais, est jeune, cela lui paraît loin, mais Joseph Heulot s’en souvient de 29, “Oh bin, eune hiver si dure, ça perd tout !” »


Nils Blanchard

dimanche 27 septembre 2026

Des pommes / Tribulations

Suite… appels, rappels… La seule solution pour régler mon problème semble être d’appeler le commerçant auquel les arnaqueurs ont passé des commandes : « Apple ». 

Eva Blanchard - Pommes et roses (NB)

Et là, je tombe à nouveau sur une intelligence artificielle ; un peu mieux réglée, un peu plus pointue, je dois dire, que celle de mon opérateur téléphonique.
Je suis tout de même obligé de l’interrompre dans ses circonlocutions et demande à parler à un être humain. Je ne suis pas un alien !
J'obtiens satisfaction, avant quoi cependant on m’oblige à écouter quelques dizaines de seconde de crasse sonore (non, on ne peut pas appeler « musique » les vagissements aigus que l’on entend…)
Bon, un homme – avec un accent étranger – finit par me prendre en charge, de manière satisfaisante.



On me rappelle de Bouygues, de là je rappelle « Apple » ; dans les deux cas, femmes avec accent étranger, compétentes, semble-t-il… Semble-t-il, car pour l’instant les quelque 100 euros qu’on m’a volés ne m’ont toujours pas été remboursés…

Ces sommes qui me concernent sont (relativement) modestes, mais elles me font penser à des brigands de films du passé. Je pense à Symphonie pour un massacre, film (en noir et blanc) de Jacques Deray, de 1963, que j’ai vu récemment par hasard. L’époque, et les brigands, y sont autrement sympathiques qu’aujourd’hui (bien qu’impitoyable, pour le plus sympathique d’entre eux puisque joué par Jean Rochefort).
Ils manient de jolies voitures sur des routes à peu près désertes. Les entrées de villes (Lyon, entre autres), ne sont pas saturées d’enseignes commerciales hideuses. Surtout, peut-être, les personnages ne savent rien de la « pensée », la société « computationnelle »…
C'était mieux alors… peut-être, mais, il ne faut pas le dire, ça ne finit pas très bien.


Ç
a devrait finir bien dans mon cas ; on m’a prévenu que quelqu’un d’Apple devrait me rappeler quelques jours après encore, d’un numéro irlandais, pour me dire si oui ou non je serais remboursé.
On m’appelle en effet. Un homme parlant français, mais avec un accent vraiment difficile à comprendre. Très… irlandais, anglo-saxon dans ses expressions ; me demande par exemple d’emblée si j’ai passé une bonne journée…

Je repense à l’Irlande, au Royaume-Uni ; ce monde somme toute si proche, si lointain aussi.
Les pubs – mais ils se raréfient, au profit de Coffee-shop qui ne sont pas ma cup of tea…
La mer, bien sûr ; elle m’a manqué etc.
Impression qu’une autre langue s’exprime en moi / de moi parfois. Je parle d’un autre…
Pourquoi est-ce que je ne fais pas ceci, cela, lors que tout (et rien) en moi me le demande ?
Mais je vous égare peut-être…

J'ai parlé dans ce billet, ainsi que dans le précédent sur le sujet d’accents étrangers. Il semble que la langue française parlée, en direct, au téléphone, par des gens (et non des voix d’IA), soit devenue l’apanage d’étrangers, ou de gens d’origine étrangère. Là, je pose cette question aux racistes et autres contempteurs de toute immigration : que veulent-ils, un monde du silence ?

NB

E
t moi, de temps à autres, je songe à des destinations d’exil. La Suède, évidemment (surtout sans Tidö), le Royaume-Uni ?


Nils Blanchard

lundi 21 septembre 2026

Des élections ; victoire de la démocratie ; Elmar Krusman 2026

Il semble que nous allons pouvoir nous intéresser à des choses plus agréables pendant quelques temps que la triste coalition Tidö, dont il fut question ici notamment (il suffit de cliquer ; et sans parler de l'index de ce blog, en orange, à droite, version ordinateur...). 

NB - Carl Milles, Stockholm

Peut-être ces gens-là ont-ils franchi un pas que les Suédois (un peu hypocritement?) ne voulaient pas les voir franchir : annoncer une participation de l’extrême droite, d’origine néo-nazie, au gouvernement, lors même que les « Démocrates de Suède » (SD) soutenaient le gouvernement dans le cadre du programme (et des accords) Tidö.
Les résultats sont un peu déroutants : si SD perd 3,07 % des voix et 11 sièges, autant qu’ils en avaient gagné en 2022 (en tombant à 17, 5 %, ce qui est déjà énorme pour ces gens) ; le parti du premier ministre sortant Ulf Kristersson (les « modérés », disons à peu près la droite) monte à près de 20 % (gagne 0,75 % et deux sièges). Peut-être les électeurs du royaume sont-ils en train de se lasser du mouvement d’extrême droite, tout en ayant fait progresser le score des « modérés » et même des étranges « chrétiens » « démocrates » ; ce, pour les récompenser d’avoir suivi leurs engagements ? De ne pas avoir si mal géré certaines crises (aide à l’Ukraine...)
Difficile de répondre avec certitude.

Pour ce qui est de la gauche (et du centre), l’ensemble monte globalement, mais les sociaux-démocrates baissent de 2,32 % et passent en-dessous de 30 % (28,01%) des voix (ils perdent 8 sièges ; restent cependant la principale force du Parlement). Leurs alliés pour la gestion du gouvernement, notamment le parti de gauche (Vänster) et les centristes, ont montré par le passé qu’ils n’étaient pas des alliés très sûrs.

Le taux de participation est de 83,6 % est en très légère hausse (et, vu de France, il paraît élevé…)
(J'ai repris dans ce billet les chiffres de Wikipedia, en les corrigeant pour l’abstention vu que Wikipedia en retire – de l’abstention – les blancs et les nuls. Je ne compte quant à moi comme votants, et donc ayant participé au scrutin, que les inscrits. Mais les blanc et nuls, surtout les bulletins nuls, d’ailleurs, ont progressé…)
Le nombre d’inscrits a progressé aussi malgré une année sur la législature en solde migratoire négatif ; il est passé de 7,77 à 8,05 millions.
Contrairement à ce qu’on lit ici et là (il n’y aurait pas de vrai vainqueur…), la démocratie, elle, a gagné.

Carl Milles (Millesgården) - Wikipedia

Et cela, bien que le scrutin n’eût pas été parfaitement organisé semble-t-il, au vu de queues trop importantes à certains bureaux de vote. En même temps, cela montre que les gens se déplacent et ne font peut-être pas trop confiance aux systèmes de votes en avance… dont personnellement – j’ai peut-être tort – je me méfie. Je crois que je ne voterais plus si on m’imposait de le faire sur une machine électronique.

Bon, mais Ulf Kristersson a fini par reconnaître sa défaite ; Magdalena Andersson, à la tête de la coalition de gauche et centre disposant de trois voix d’avance au Parlement sur le bloc Tidö semble la mieux placée pour former un gouvernement.
On assiste, comme il y a quatre ans, aux talmansrundor, négociations au Parlement entre les chefs de partis, notamment ceux en possibilité de former un gouvernement tenable sur la durée, et le talman (président de l’Assemblée), actuellement (et comme en 2022) Andreas Norlén, par ailleurs compilateur de poésie suédoise…


En regardant les différents résultats qui tombaient dans la nuit du 13 au 14 septembre, je suis tombé, sur le site de Sveriges Radio (la radio suédoise), sur un article parlant de deux électeurs, un arrière-grand-père et son arrière-petite-fille. L’un votait pour la vingt-cinquième fois à des élections législatives, l’autre pour la première fois. L’information, au départ, venait du Kungälvs-Posten…
Bon, pour la vingt-cinquième fois ? La première fois qu’Arne Emanuelsson vota, c’était en 1944. Il a 105 ans. C’est l’âge qu’aurait Elmar Krusman aujourd’hui.
Elmar Krusman, lui, en 1944, était transféré du camp de Stutthof à celui de Bisingen.


Nils Blanchard


Pourquoi ces illustrations d’œuvres du (formidable) Carl Milles ? L’artiste avait des sympathies nazies. Comme quoi, il faut bien distinguer, parfois, les biographies des œuvres… Voilà qui est aussi tout un problème…

Ajout d’étiquettes du dernier billet : Rita Mitsouko, Primo Levi.


mercredi 16 septembre 2026

Correspondances : blog en lien, école de peinture

Cela fait pas mal de temps que le blog de Gabrielle Björnstrand (Gabrielles blogg) est en lien de celui-ci (à droite de l’écran, version ordinateur…) Et je n’avais pas vu, en lien d’icelui, celui de Karin Englund.

Rune Bergström, Ny Arkitektur - Capture d’écran

Il mérite pourtant le détour !
Et précisément, lors que je narrais au billet précédent mes démêlés avec des plateformes téléphoniques, des escrocs, de l’« intelligence » artificielle…, elle-même donne un étrange écho à ces aventures, le 29 août 2026. Elle et une amie ont attendu en vain, une soirée, la livraison d’une pharmacie ; on les a baladées sur je ne sais quelle plateforme commerciale… 
 
« Ibland tänker jag att detta är den nya sortens dystopi. Ett samhälle med kontaktlösa opåverkbara system och chatt-loopar som tar all ens tid, men aldrig leder framåt. Här finns inget telefonnummer att ringa, ingen människa att prata med. (...)
Enshittifikation har jag skrivit om tidigare, det som händer när olika system tillåts försämras vartefter (…) »

« Parfois, j’ai l’impression quon a affaire à une nouvelle sorte de dystopie. Une société aux systèmes fermés, sur lesquels on n’a plus prise, avec des discussions en ligne qui sucent votre temps, mais ne mènent jamais à rien. Là : aucun numéro de téléphone, aucune personne à qui l’on pourrait parler. (…)
J'ai déjà écrit sur la merdification, ce qui arrive quand on laisse différents systèmes se dégrader les uns après les autres (…) »

Bon, mais je vais du coup à son article sur cette « Enshittifikation » ; là on lit, le 12 février 2024 :

« I USA har  ”Enshittification” utnämnts till årets nyord 1923, av American Dialect Society. Det är svåröversatt. »

« Aux États-Unis, ”Enshittification” a été nominé nouveau mot de l’année 1923 par l’ American Dialect Society. C’est difficile à traduire. »

Je regarde sur Wikipedia ; eux traduisent cela par « merdification »…
Bien.
Et ils corrigent l’erreur que je subodorais : le terme n’est pas reconnu en 1923, mais cent ans plus tard bien sûr.
Mais 1923 est une année que j’ai un peu évoquée ici et là en ce blog (voir l’index, à droite, version ordinateur…)
D'où Henri Lebasque, tenez… dont il y avait déjà une peinture de 1923, dans cet article... 

Henri Lebasque, Le bar sur la plage, 1923-1925
-
Capture d’écran

Et celle-ci, ci-dessus, datée de 1923-1925.
C'est que je l’ai dit déjà : m’a manqué cet été un séjour à la mer.

Sur le blog de Karin Englund, il y a aussi une section sur une école de peintres, de l’après-guerre (Seconde Guerre mondiale) : « Grifflarna » (Les griffes?), basée à Horndal (Dalécarlie), et qui aurait été active de 1946 ou 1947 aux années 1960. C’était une école de peintre proprement dite ; des étudiants s’étaient regroupés d’abord autour du père de l’auteure, Martin Englund.

Des artistes enseignants passèrent aussi dans le cercle, tels Åke Pernby, qui a laissé une réputation de… sévérité. Ou encore, Dal-Edvin. On en reparlera sans doute.

Il ne reste plus beaucoup de traces des membres du groupe des Grifflarna. Mais sur une photo publiée sur le site de Karin Englund – allez-y voir –, des jeunes gens concentrés assis en cercle, blocs en main, en train de dessiner.
Ça manque de filles, peut-être, même s’ils eurent des modèles.

Rune Bergström, Komposition (lithographie)
- Capture d’écran

Et de Rune Bergström, dans le cercle, sur la photo, on retrouve des œuvres sur le net (à des prix très bas dans des sites de vente), qui ne sont pas sans intérêt.


Nils Blanchard


P.-S. : Il est question d’art ; j’en profite. Annonce d’une exposition de lithographies de Sacksick.


Annonce aussi d’une exposition de Roger Dale.


Aussi, bien malheureusement, disparition, hier 15 septembre, de Catherine Ringer. Me vient en mémoire, comme ça, « C’était un homme », magnifique chanson parue sur l’album des Rita Mitsouko de 2000, Cool Frénésie. Comme pour finir un siècle. Mais…

NB

vendredi 11 septembre 2026

Le scandale PISA

Cela fait partie de ces choses que personne n’a sollicitées, qui s’ajoutent aux menus soucis du quotidien. « On fait une enquête, vous êtes nuls, vous devez faire ceci, cela… » Comme si les citoyens des différents pays de l’« OCDE » (plus personne ne sait vraiment ce qu’est et ce que regroupe cette chose) étaient les employés d’une espèce d’entreprise mondialisée à laquelle ils devaient rendre des comptes.
Or, non. Non.

Henri Rachou, Allégorie de la 
Connaisance - Capture d'écran 

On a donc eu le 8 septembre dernier le cyclique rapport PISA, de l’antique OCDE, qui « fonctionne », rappelons-le, avec nos deniers publics. 

Or se souvient-on, que, sans broncher, des chalands du genre, il y a quelques années (2009, publié en 2010), s’émerveillèrent du score de Shanghaï – et seulement Shanghaï (et la Chine n’est pas tout à fait une démocratie, je le rappelle, ses chiffres sujets à caution) –, comparé à ceux de pays entiers (pas par exemple, pour la France, à ceux de Paris intra-muros...)
Se souvient-on que les mêmes, gens souvent prétendument « de gauche » portèrent la parole dudit rapport qui reprochait en définitive à certains pays d’accueillir une forte immigration (avec forcément, notamment dans la langue du pays, un moins bon niveau des élèves) lors que l’on portait aux nues les États réduisant leur immigration (et ayant donc comme par hasard de meilleurs « résultats » dans leurs langues nationales…) Les bons scores de PISA semblaient alors aller de pair avec ceux de l’extrême droite (Finlande, Estonie…), notamment – et cela n’a guère changé, pour ce qui est des inégalités entre élèves… Un pays avec moins d’immigrés, moins potentiellement de personnes plus faibles dans la langue d’accueil, plus pauvres en général, va avoir de bien meilleurs « scores ». Du reste, pour cette édition 2025, la Suède de Tidö ne s’en sort pas si mal pour ce qu’on peut en comprendre ; on sait que l’« esprit d’entreprise » (basse goujaterie) insufflée dans ses établissements scolaires les met sous pression, ce qui engendre des « résultats » à court et moyen terme, mais à quel prix, et pour quel avenir (turn over très important des professeurs, épuisement…)

Tout cela dit, pour ce qui est de PISA, il faut mettre ses « résultats » entre guillemets. Quel chercheur, quel journaliste sérieux (et disposant d’une certaine audience…) s’est penché sur la manière dont ces études sont faites – par des fonctionnaires des ministères de l’éducation des différents pays, au passage, prêtés à l’OCDE, payés par les deniers des pays houspillés à remplir des espèces de QCM d’enquêtes au lieu d’être devant des élèves ?

Pays houspillés : certains se sont mis en devoir de suivre les recommandations de ces gens. Allez-y voir en Suède, donc (privatisation des établissements et tutti quanti), en France avec l’instauration de l’inepte « socle commun » – personne n’a encore été capable d’expliquer le sens de cet étrange terme mal traduit du globish – avec force QCM et petites croix fleurant vaguement la Stasi, sur quoi on est enfin revenu, sans le faire disparaître complètement néanmoins.

Allégorie de la Connaissance ; école romaine
du XVIIe siècle - Capture d’écran

Par ailleurs, pas besoin de PISA pour savoir (n’importe quel professeur un peu honnête vous le dira) que la période de la crise du Covid a entraîné une baisse importante du niveau des élèves. Les périodes de chaleur aux alentours de l’été n’améliorent pas les choses (à l’échelle du monde, un rapport de l’Unicef – publié le 10 septembre – montre que 171 millions d’enfants ont vu leur scolarité perturbée en 2025).
Pas besoin de PISA non plus pour comprendre que le temps passé par les élèves devant les écrans détériore considérablement leur faculté de concentration, compréhension, leur niveau de vocabulaire... (Du reste, en maths, le niveau baisse beaucoup ? C’est là aussi que les écrans sont le plus utilisés en cours.)
Ce sont là autant les contenants que les contenus qui sont en cause. Les écrans et ce qui va avec (oreillettes, bruits compressés…, stimuli incessants) détournent les jeunes gens (et les moins jeunes) de la lecture, de la conversation, d’un certain ennui, ou disons, d’un laps de temps d’hésitation, d’attente, qui est aussi une base du travail intellectuel. On pourrait évoquer (pour le contenant), l’excitation liée au média, le manque de sommeil qu’il engendre, la privation d’activités, notamment physiques, dont il est la cause. (Un esprit saint dans un corps saint, etc.)
Quant au contenu… Les réseaux sociaux ; grand Dieu ! Temples de la bêtise, de la couardise (anonymat) et de l’agressivité… Ne parlons même pas de l’IA qui donne tout cuits résultats, processus pour y parvenir, sans qu’aucun travail réel n’ait été fait par un élève (le travail étant pour commencer l’intérêt pour quelque chose, l’effort pour maîtriser une connaissance puis enfin l’aptitude à hiérarchiser les informations et à se forger ainsi une culture. Car non, pardon, un exposé sur un « chanteur » – pour peu que les bêlements que l’on entend çà et là soient du chant – stupide ou un footeux n’a pas la même valeur, non, qu’une fiche sur La Fontaine ou que l’apprentissage d’un court texte de Baudelaire).

Giambattista Tiepolo, Allégorie de la Noblesse et de la Vertu
chassant l’Ignorance - Wikipedia

Bon. Mais ce rapport, 2025… Très mal présenté et difficile à lire comme à l’accoutumé. Une nouveauté, dont semblent s’enorgueillir ses « auteurs » : la « pensée computationnelle ».

Il n’y a plus qu’à tirer l’échelle.


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du billet précédent : Démocrates de Suède, Göteborgs Posten. 

lundi 7 septembre 2026

Approches / Pomme

J'ai été la cible d’une tentative de fraude assez… têtue. Rien d’exceptionnel (malheureusement), mais, lors qu’on approche des élections en Suède, qui nous débarrasseront peut-être de Tidö, on peut tâcher d'en tirer quelques enseignements.

NB - Entre Aube et Haute-Marne, août 2026

Voilà la chose : le 13 août, vers 16h30, un type m’appelle (07 quelque chose) pour me dire qu’il a un colis chronopost à me livrer. (Je précise – pas si pomme quand même – que j’attendais justement la livraison d’un livre.) Il a mon nom, mon adresse.
Il me demande un code que je viens de recevoir sur SMS (à 4 chiffres), je lui donne ; il me dit qu’il arrive dans cinq minutes. Quinze minutes environ après, je reçois une série de notifications de Bouygues télécoms m’informant d’une série d’achats de services « Apple » à 9,99 euros (par SMS) ; et c’est suivi d’une notification de Bouygues m’informant d’un dépassement de forfait de près de 100 euros. Je vérifie sur mon compte client via l’ordinateur : en effet…
J'appelle Bouygues télécoms (1064) ; impossible d’avoir leur téléphone sur leur site ; j’ai dû me renseigner par internet… Tombe sur une fille à l’accent difficilement compréhensible, qui d’abord me renvoie vers « Apple » ! Puis s’engage à contacter le service fraudes et me dit que normalement, je n’aurai rien à payer ; ce sera effacé de ma facture du 2 du mois…

Quelques minutes après, appel d’un bonhomme (01 truc), se présentant comme quelqu’un du service des fraudes de la banque, très convaincant… Mais il se montre un peu désarçonné quand je lui dis que je n’ai pas de smartphone, que je ne pourrai cliquer sur nul lien… Puis, pris d’un doute – pas si pomme –, je raccroche, il essaie de rappeler…

J'appelle ma banque ; un employé vérifie que tout est en ordre, puis entreprend de me vendre un service juridique. Il m’explique, aussi, que mon cas serait lié aux piratages du trésor public et de Bouygues télécoms !…

NB - Entre Aube et Haute-Marne, août 2026

Le rapport avec les élections suédoises ? Je lis dans le blog de Thomas Nydahl (le 13 août 2026) une citation de George Orwell :

« Totalitarismen har avskaffat den fria tanken i en, under tidigare epoker, aldrig tidigare skådad utsträckning. Och det är viktigt att inse att dess kontroll av tanken inte enbart är negativ, utan också positiv. Den inte bara förbjuder dig att uttrycka - till och med att tänka - vissa tankar, men den dikterar också vad du ska tänka, den skapar en ideologi åt dig, den försöker styra ditt känsloliv lika väl som att sätta upp en kod för hur man ska uppträda. (Ur George Orwell, “Litteratur och totalitarism”, radioutsändning 21 maj 1941, i essäsamlingen Som jag behagar, översättning av Peter Handberg). »

« Dans le passé, le totalitarisme a supprimé la pensée libre à un point difficilement dépassable. Et il est important de considérer que son contrôle sur la pensée n’est pas uniquement négatif, mais aussi positif : il ne se contente pas de t’interdire d’exprimer – et même de penser – certaines pensées, mais il dicte aussi ce que tu dois penser, il te fabrique une idéologie, essaie de gouverner ta vie sentimentale, et d’installer un code de bonne conduite. (George Orwell, “Litterature et totalitarisme”, émission de radio du 21 mai 1941, dans le recueil d’essais Comme bon me semble, traduction [en suédois] de Peter Handberg. »

Bon, mais T. Nydahl, ensuite, s’empresse de parler de sa jeunesse ; les temps, n’est-ce pas, deviennent si sombres… (Eh ! Coco, je voudrais bien te voir, à 20 ans, charger hors d’une tranchée, mettons fin 1914, début 1915, derrière un officier aussi exalté qu’incompétent, écrivain pourquoi pas… « Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre... » Mais je m’égare…)
Et d’enchaîner sur le danger islamiste.

Bon. Le danger islamiste n’est pas à minimiser, et se combat.
Mais en ce qui me concerne, ce qui a récemment essayé de « conduire ma vie…... », ce sont ces interlocuteurs téléphonés, gredins ou gens de confiance, qui laissent passer quelques instants, infimes, de blanc, d’incompréhension, quand je leur dis : « Non, je n’ai pas de smartphone. »

Et non, je n’en ai pas ; pas encore…

Et quant à cliquer sur des liens… Non, je ne veux pas être une simple prolongation de chiffres embrassés par un QR code.
Non. 


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du dernier billet : Jan Stolpe, écrivains prolétariens, Jean-Eugène Buland.

Ajout. Au moment où j’avais rédigé ce billet, l’avais préparé pour parution dans le blog, je reçois ma facture téléphonique, qui prend en compte, contrairement à ce qu’on m’avait annoncé, les près de 100 euros volés.
Je recherche et retrouve, à nouveau, un numéro pour appeler le fournisseur téléphonique – qui, encore une fois, n’affiche aucun numéro téléphonique sur son site internet, où qu’on cherche !
Après m’être débattu à « négocier » – ou comment appeler cela ? – avec une « intelligence » artificielle pour obtenir enfin un contact humain, je tombe comme la fois précédente sur une personne avec un accent étranger, mais très compréhensible cette fois et courtois. Il m’informe que je dois aller porter plainte et transmettre copie de la plainte à Bouygues...


NB - Entre Aube et Haute-Marne, août 2026

Là, au moins est-on accueilli par des gens. Ah, évidemment, la police n’est pas encore sous-traitée, privatisée… c’est aussi sans doute ce qui permet à un état de droit de le rester. (Elle me ramène néanmoins à un site de dépôt de plainte… en ligne.)

On se sent exclu sur ces « plateformes » où l’on veut à toute force vous faire discuter avec des « IA », vous forcer à utiliser des médias alternatifs à la parole humaine, au contact direct (formulaires de réponses, d’« explications » préparés…)
Il y a là quelque chose, oui, de foncièrement inhumain – même si le mot « inhumain » est à prendre là en son sens premier ; pas humain : ce n’est pas forcément malintentionné…
Mais ce n’est pas un hasard si j’avais placé ce billet, dans mes petites archives (j’y conserve mes articles par thèmes) à la suite de deux autres :

- « Exclusion / Retour d’un blog » (8 novembre 2025), 


Avec le temps qui passe par là-dessus...

- Ajout : score très haut, hier 6 septembre, dans un certes petit Land allemand, de l’extrême droite. Airs bonhommes du leader de la chose, mais quand on entend les « arguments » de ses partisans, on en demeure circonspect : ces gens n’ont rien appris, rien compris, à rien, ni sur le long terme (80 ans), ni à l’échelle de leur existence ?


- Il y aura bientôt les élections en Suède. Les médias (ceux que je fréquente un peu, via internet) sont saturés de publicités jaunes avec une petite abeille-bonhomme (cf. plus haut)… Ces pubs gentillettes (énervantes car l’abeille bouge et dérange la lecture…) sont le fait de gens bien peu recommandables et guère partisans de la protection de l’environnement : les « Démocrates » de Suède (il faut mettre des guillemets partout, en nos temps étranges) !


NB

mercredi 2 septembre 2026

Gammalsvenskby, 1929 / Et Giono

On peut avoir des nouvelles de Gammalsvenskby sur le site en lien de celui-ci, qui lui est dédié. On y lit, malheureusement, des « informations de guerre » (le site peut se lire en anglais ou en suédois) rarement réjouissantes. Ainsi, il est rappelé régulièrement que, du fait des agressions répétées de la Russie qui ont particulièrement touché cette région, il n’y a plus dans l’ancien village, actuellement, que deux habitants.

Arrivants de Gammalsvenskby à Jönköping, aoüt 1929 -
Jönköping Nordiska Musset ; Digital Museum

 Là, c’est sur le site de la SOV (association des amis des Esto-Suédois) en lien de ce blog aussi… que l’on entend parler du « vieux village suédois » en Ukraine, à travers une conférence, fin août, sur la migration ratée vers la Suède en 1929 ; plus exactement, on parle là des migrants de Gammalsvenskby qui se sont installés (ou qui ont essayé) à Jönköping (à savoir, est-il précisé, à peu près le tiers de l’ensemble du groupe en migration).

Depuis sa création après le déplacement punitif par Catherine II d’une grande partie de la population de Runö (des Esto-Suédois) en 1781 (1200 personnes, rappelle Peter Hedfors sur le site de la SOV, dont environ 500 seraient arrivés vivants à « bon port »…), Gammalsvenskby a réussi à garder des attaches, des us et coutumes, de son passé esto-suédois et, indirectement, suédois. Dans un contexte non dénué d’une certaine idéologie (crainte de l’URSS, volonté de rapatrier en Suède les tenants du « sang national »…), cette migration a dû susciter bien des incompréhensions (et des découvertes?) des deux côtés. Rappelons qu’une grande partie des Esto-Suédois accueillis a voulu repartir vers l’Ukraine après quelques mois.
On y reviendra. 

Arrivants de Gammalsvenskby à Jönköping, aoüt 1929 -
Jönköping Nordiska Musset ; Digital Museum

Bien. Mais Giono, là -dedans ?
Je venais de rédiger un billet où je montrais un peu d’énervement à l’encontre de Thomas Nydahl, et sa posture abstentionniste aux élections suédoises.
Mais voilà que retournant à son blog (un peu par désœuvrement, fascination pour l’écran… Il était temps que j’aille passer quelques jours – beaucoup moins que ce que j’avais prévu, mais il y a eu, n’est-ce pas, des circonstances indépendantes de ma volonté… – dans un de ces coins éloignés de tout, du côté de Jean-Loup Trassard peut-être, presque autant dans le temps que dans l’espace pourrait-on dire ; une de ces maisonnettes de rêvasserie où je ferais presque figure de fantôme, tant il est vrai que certaines fantasmagories paraissent plus réelles que telle ou telle farce contemporaine…) Retournant à son blog, donc, le lendemain (mais à une heure du matin… on peut donc dire quasiment le même jour ; le 19 août 2026), je tombe sur un article sur Jean Giono, plus exactement sur une traduction de Un de Baumugnes, roman, explique Thomas Nydahl, de… 1929.


Bon, pas de quoi néanmoins s’emballer sur les hasards des chiffres… ce qui est un peu étonnant, c’est que Un de Baumugnes, c’est un des deux livres que j’avais emporté dans ma petite marche en Auvergne, et que j’étais, ces 18 ou 19 août, en train de le finir. 
La traduction (de Jan Stolpe) en suédois du livre, Mannen från bergen (L’Homme de la montagne), date de 2013. Thomas Nydahl l’a lu en deux soirées. Pas moi ; je lis lentement, principalement parce que je lis, surtout en ce moment, plusieurs livres en même temps (surtout quand il y a des bibliothèques dans les gîtes d’étape...).

Je connais très peu Giono ; une remarque de ce genre (page 99 de mon édition du Livre de Poche) : « Les femmes, voyez-vous, ça complique beaucoup la vie. » ; cela fait d’abord sourire, puis…

Mais en lisant la belle préface de Michel Gramain de mon livre, je retrouve des thèmes très dhôteliens : le jeu sur les toponymes, la vie rurale, le mal et le bien, même la place de la religion… Que sais-je encore.
Et pourtant au début de ma lecture, j’ai eu un peu de mal à suivre, même si étrangement, l’usage du patois provençal pouvait me ramener à une lecture à peu près concomitante : Conversation avec le taupier, de Jean-Loup Trassard, dont il était question (c’est un hasard…) plus haut.

Jean-Eugène Buland, Bonheur parental, 1903 -
Capture d’écran, qui pourrait illustrer Un de Baumugnes

Thomas Nydahl de remarquer : « Den får mig att tänka på sådant jag läste av Ivar Lo och andra arbetarförfattare, då de utifrån egen erfarenhet gestaltade människor som kallas små bara för att de är så många, människor vars storhet består i att de sliter med jorden för att vi alla ska ha mat att sätta på bordet. »

« Ça m’amène à penser à ce que j’ai lu d’Ivar Lo et autres auteurs prolétariens, quand ils dépeignent, à partir de leur propre expérience, les gens considérés comme petits simplement parce qu’ils sont si nombreux, gens qui sont en fait grands parce qu’ils peinent à travailler la terre pour que nous autres aient à manger. »

Eh, il y aura à redire, aussi, sur les écrivains prolétariens…


Nils Blanchard

Gammalsvenskby, 1929 / Et Mayenne

Suite d’un premier billet sur le sujet . La date, 1929, était vraiment de malchance : début de la crise mondiale, bien sûr (et on sait que l...