Rien que de très banal vraisemblablement : impression de ne rien avoir le temps de faire, notamment pas de me consacrer à ce qui m’intéresse vraiment. Je « vole » – c’est l’impression que j’ai – un peu d’essentiel ici et là…
Il est vrai aussi que mes élèves me pourvoient généreusement en miasmes ; c’est la fête des années post-Covid ; les gestes « barrière » ? Pour certains de leurs parents, ce devait être un complot…
Néanmoins, pu voir quelques films ces deniers temps.
L'un, de Claude Chabrol, laisse songeur : La Rupture, de 1970. Il date d’un temps où je n’avais pas l’âge d’être spectateur – je n’étais du reste pas né – lors que je fais partie de ces gens qui, dans les années 1990 – 2000 rataient rarement le dernier Chabrol, pas plus qu’on ne ratait le dernier Woody Allen.
(Chabrol est mort en 2010, Woody Allen a été réduit au silence cinématographique par l’âge, peut-être, mais aussi par des attaques répétées d’une sorte de sphère néopuritanine…)
Le film en question, comme son nom l’indique, évoque la rupture d’un relativement jeune couple, très encouragée par les parents de l’homme, très riches. La femme (jouée par Stéphane Audran), dont l’enfant a été blessé par son père lors d’une crise de démence (d’où la rupture), se retrouve à un moment dans une sorte de familistère, assez puritain, sexes strictement séparés, etc.
Il y a un charme particulier dans les films de Chabrol de cette époque (indépendamment de la violence des histoires), comme si, pourrait-on dire peut-être, le temps y était de meilleure qualité. Du reste (là, Chabrol n’y est pour rien) : pas d’ordinateur…, pas de smartphone…
On retrouve ce charme, aussi, dans Les biches, de 1968. Là encore, Stéphane Audran, dont le personnage avait un peu, me semble-il-il, quelque chose de Florence Gould.
Mais cet étrange familistère de La rupture (dans une maison en passe d’être rachetée par un grigou… dont les fonds privés détruiront tout…) ; il se trouve qu’au soir de cet enterrement en Provence, il fut question au cours d’une conversation, plus ou moins sérieusement, d’envisager cette sorte de vie en commun. Famille peut-être, amis… Autres liens.
Tout un sujet.
Et je reviens à ce prêtre anciennement pilote ; son incantation à aimer tout le monde, à pardonner. Pas particulièrement surprenante, mais formulée d’une manière directe qui était somme toute assez troublante. Peu de temps après mon retour de Provence, je tombe dans Dixikon sur un article de Gregor Flakierski, du 30 janvier 2026, intitulé : « Kommer mördare till himlen ? » (« Les bourreaux vont-ils au paradis? »), qui porte sur le livre de Jacek Leociak : Välkommen till himlen. Om frälsta förbrytare (Bienvenue au ciel. Des criminels convertis).
L'article reprend les exemples de divers criminels, notamment nazis, convertis ; parmi les pires – certains protégés par les milieux catholiques autour de Pie XII. Il y a aussi le cas de l’espèce de secte qui a tué Sharon Tate ; trois de ses membres se sont ensuite convertis en prison…
Il semble que Jacek Leociak pose des questions sans donner de réponse. Évidemment le catholicisme est basé sur le pardon possible. G. Flakierski explique : « Gud är framtiden, och samvetskval skulle därför stänga vägen till gud. » « Dieu, c’est l’avenir. C’est pourquoi le remords empêche de l’approcher. » Pardon possible… Mais pour tout ?
C'est là qu’on retrouve Jacques Derrida, qui « écrit que le pardon nécessite l’existence de l’impardonnable, que par conséquent les crimes privant les victimes d’humanité, comme ceux de la Shoah, sont impardonnables. » (Traduction de l’article suédois.)
Ça a le mérite d’être une réponse. Satisfaisante ? Il y a eu tentative de priver les victimes de leur humanité ; en ont-elles été privées pour autant ?
Retour à Claude Chabrol, cette fois : Que la bête meure. À la fin, cette citation (reprenant le titre du film) : « Il existe un chant sérieux de Brahms qui paraphrase l'Ecclésiaste et qui dit : Il faut que la bête meure, mais l'homme aussi, l'un et l'autre doivent mourir. »
Bon, là, le problème est différent bien sûr ; le personnage de l’odieux chauffard joué par Jean Yanne ne se repend à aucun moment.
Il y a quelque chose de troublant, néanmoins : ses excès, ses attitudes absolument antipathiques, finissent par le rendre d’une certaine manière attachant.
Sorte de syndrome de Stockholm ? (Il enferme d’une certaine manière ses proches dans son château de richesse…)
Et la fin du film, le personnage principal (qui s’est vengé) part en voilier sur la mer – suicide vraisemblablement –, et cela de me ramener à La petite main de Geneviève Dormann…
Une autre histoire encore bien sûr.
Nils Blanchard





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