Textes, mots, éclosent dans des blogs en lien de celui-ci (liste à droite, version ordinateur, etc., etc.)
C’est d’autant plus étrange – j’ai déjà dit, je le sais, que j’envisageais de changer assez vite de métier… – que comme professeur, j’échange de moins en moins de mots avec mes élèves (de plus en plus ont du mal à les comprendre, à les lire, à les écrire…)
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| Les Lumières de la forêt, 1964 ; illustration : Marianne Clouzot |
Et des rhumes se succèdent, cette année – des grippettes, écrirais-je à Héloïse Combes – en ces temps stakhanoviens où les gens croient de bon ton de partager leurs miasmes.
Et l’hiver qui se prolonge – court redoux qui a bien trompé son monde ; soirées sombres, froides et humides – personnalise comme un rhume dont on sort, soudain, telles les premières anémones des bois qui commencent à joncher les sols des forêts.
Les lumières de la forêt.
Bon, mais Julia Eriksson de titrer son article (en lien, etc.), le 9 mars : « Allt är text / Text är allt » (« Tout est texte / Le texte est tout »). Et là :
« Jag läser en stund på pendeltåget på väg mot kontoret. Strax innan Solna, på sida 94, fastnar jag för några rader.
”Eftersom vi förändras under vår existens måste vi ständigt ompröva våra ståndpunkter… Man måste i första hand försöka förstå, endast i andra hand vara kritisk.” »
« Dans le train, en allant au bureau, je lis pendant un moment. Juste avant Solna [eh ! Solna…], page 94, je m’arrête sur quelques lignes.
”Vu que nous changeons au cours de notre existence, il convient sans faute de remettre en cause nos points de vue… En premier lieu : essayer de comprendre ; et après seulement être critique. »
Page 94 de quoi, de son manuscrit ? C’est qu’elle écrit plus loin qu’elle a écrit que :
« Äntligen, här kommer det första manusutkastet! »
« Enfin ! La première version du manuscrit est prête ! »
Entendais quelqu’un, dans une radio je crois, peut-être à propos de mythologie, rappeler que certes on peut changer dans l’existence, mais que ce qui rend le changement possible est précisément le maintien d’une certaine identité qui peut l’observer.
Ce n’était pas du tout dit comme ça, mais peu importe.
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| Les Lumières de la forêt, décembre 2025 ; illustration : Daniel Nadaud |
Plus récemment encore, un article de Gabrielles Blogg, le 13 mars, s’intitule « En kvinna klädd i ord » (« Une femme habillée de mots »). Et cela commence ainsi :
« Häromdan såg jag Nationalmuseums utställning Porträtt (avslutas om några dar). Många mycket fina porträtt. Detta fotografi av Sara Danius hörde till dem jag särskilt fastnade för. Det är en så vacker bild och texten bredvid är också berörande. Det står så här:
Vem om inte Svenska Akademiens ständiga sekreterare bör kläs i ord? Sara Danius bär en klänning som Astrid Ljungberg Järnblad skapat av gulnade sidor ur en äldre utgåva av Svensk ordlista fram till bokstaven J. (...) »
« L'autre jour, j’ai vu au Musée national l’exposition Portraits (qui finit dans quelques jours). Que de beaux portraits ! Un de ceux qui m’a le plus accrochée est une photographie de Sara Danius. C’est une si belle image, avec un commentaire touchant aussi. Je cite :
Qui, sinon la Secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, pourrait être habillée de mots ? Sara Danius porte une robe créée par Astrid Ljungberg Järnblad à partir de pages jaunie d’une ancienne édition du dictionnaire suédois, jusqu’à la lettre J. (...) »
Pages jaunies ; dorées ? Les lumières de la forêt.
André Dhôtel (retrouvailles avec l’enfance?) ; nouvelle magnifique édition de Fata Morgana, allez (pages 36-37) :
« Parfois la tempête semblait s’éloigner, puis elle revenait en force. Les nuages passaient avec une rapidité folle et la pluie balayait les toits de Bergeloup.
Antoine et Martine, ce matin-là, restèrent longtemps sous le hangar. Leur père prétendait que la forêt écoutait les paroles, mais on ne savait pas s’il prenait très au sérieux ce qu’il disait. En ce jour, c’était la forêt elle-même qui parlait. Que disait-elle ?
Pas un mot qu’on puisse comprendre. C’étaient comme de grands discours menaçants, mais on entendait aussi de temps à autre une sorte de chant très doux qui montait des profondeurs et qui faisait songer à une immense bonté. »
Nils Blanchard
Ajout. Il y a, mine de rien (forcément...) une actualité autour d'André Dhôtel qui est loin d'être ridicule. Ainsi a paru ce mois-ci un Matricule des anges (titre étrange) dont il occupe la couverture, avec la reprise d'une belle aquarelle de Julie Faure-Brac.












