Évidemment, le titre de ce blog ne peut que m’attirer : « Libertin ». J'ai dû y parvenir par je ne sais quels rebondissements de liens.
Je ne le mets en lien de celui-ci notamment… parce qu’il est anonyme, peut-être – je ne sais même pas si son auteur est… une auteure… Plutôt un auteur…
| NB – Londres, avril 2026 |
Je suis donc tombé sur ce blog, et sur une série d’articles autour de novembre 2018 (le blog, toujours en activité, court depuis décembre 2013…), sur une vie à Londres, les refus d’un manuscrit…
Londres, alors ; j’en revenais, ça tombe bien… (Et aimerais y retourner assez vite… Mais il y a aussi tant de choses à faire à Paris avant… puis il y a aussi… tant de choses à ne pas faire… D’aucuns parleraient de flemme (moi-même, en certaines circonstances), d’aucun d’atavisme méditatif…)
Puis, un titre d’article, le 14 novembre 2018 : « Att refuseras ». Voilà qui nous ramène à un sujet exploré ici aussi… Le billet commence de la sorte :
« Jag suckar över refuseringarna som trillar in en efter en, några standardiserade och intetsägande i sina Tack, men nej tack. Andra positiva och uppmuntrande, men refuseringar likväl. Ett förlag skriver att det var ett av de bättre manus de någonsin refuserat, att det inte var ett enkelt beslut. »
« Soupir, devant les lettres de refus qui se pressent l’une après l’autre, standardisées et sans sens dans leur Merci, mais non, merci. D’autres, positives, encourageantes, refus néanmoins. Un éditeur écrit que ça a été l’un des meilleurs manuscrits qu’ils ont jamais refusé, que la décision n’était pas facile. »
Je pense soudain à Paulhan, aimé et détesté des auteurs, qui dans une même missive – de refus… – pouvait placer le destinataire au plus haut, pour ensuite avancer quelque détail qui rendît le livre temporairement impubliable.
Ainsi refusa-t-il David d’André Dhôtel, qui fut publié quelques années plus tard par Florence Gould (Paulhan à la manœuvre, du reste), puis l’année suivante par les Éditions de Minuit, puis, puis…
Dhôtel écrivait à Florence Gould, en août 1946 (« Les Perroquets déplumés », présentation et notes des lettres d'André Dhôtel à Florence Gould par votre serviteur, 1946 - 1955, publiées dans La Route inconnue, n° 39 de mars 2015, pages 30-43) : « Nous sommes venus passer nos vacances à Provins, et aussitôt que je quitte mon travail nous filons dans la campagne. C’est une campagne qui ressemble par endroits à la Champagne avec des déserts de céréales et des espèces de lieux qui ne ressemblent à rien justement. Mais il y a aussi des bois plus frais que ceux de la Champagne.
Il m’arrive souvent de songer à David et de retrouver cette joie que vous m’avez donnée en accueillant ce livre et en le lisant avec votre franche attention. »
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| Florence Gould, années 1940 - Capture d’écran |
Mais revenons-en au blogueur anonyme, novembre 2018… (Dire que ça fait plus de dix ans que j’ai transcrit ces lettres d’André Dhôtel à Florence Gould!)
Et la campagne. Quelques jours avant le refus, le 5 novembre 2018, Libertin commence un article de la sorte : « En helg på landet. Jag hälsar på Laura och Tim som hyr ett hus utanför Glastonbury. Promenerar över fälten, längs smala landsvägar, upp på Glastonbury Tor. Utsikten. Himlen hög och transparent. Återvänder till huset. Tänder en brasa i den stora spisen, raggsocksfötter, ylletröjor, rufsiga frisyrer. Ett ständigt tedrickande. Djupa andetag. Skratt. »
« Un congé à la campagne. Je rends visite à Laura et Tim qui louent une maison près de Glastonbury. Promenades dans les champs, dans des petits chemins, jusqu’à la tour. La vue. Le ciel haut et transparent. Je reviens à la maison. On allume un feu dans la grande cheminée, bonnes chaussettes, pulls en laine, cheveux décoiffés. On enfile les tasses de thé. Respirations. Rires. »
Puis le lendemain « Train of thought » : « Jag åker tåg och lyssnar på Fleet Foxes. Tänker på Ashley. Utanför är det kolsvart novembermörker och jag är på väg hem. Det känns som en metafor, att resa i mörker. Destinationen höljd i skuggor, framtiden, oöverskådlig. Världspolitiskt, inrikespolitiskt, personligt. Att inte ha en aning. Tänker på levande ljus. Köper en silverljusstake i second hand-butiken på George Street. Tänder stearinljus i mörkret. Lyssnar på Fleet Foxes. Tänker på Ashley. Alltid på Ashley till If you need to, keep time on me. Hennes glödande blick. Eld i bröstet. Alltid den där elden. Hur den jagar och värmer. »
« Je suis en train et écoute les Fleet Foxes. Je pense à Ashley. Dehors, la grande obscurité de novembre et je suis en route pour la maison. Ça a quelque chose d’une métaphore, de voyager ainsi dans le noir. La destination est enténébrée, l’avenir impossible à discerner. Politiques internationale, intérieure, personnelle. N’avoir aucune idée. Pourquoi pas des bougies ? J’en achète dans une boutique d’occasions sur George Street. Je les allume dans l’obscurité ; écoute les Fleet Foxes ; pense à Ashley, à Ashley, toujours, jusqu’à If you need to, keep time on me. Son regard scrutateur. La poitrine en feu. Toujours ce feu. Comme il poursuit et réchauffe. »
Voyager dans le noir… N’est-ce pas une belle image de vie d’écrivain ?
Nils Blanchard
Ajout d'étiquette du dernier billet: Albert Camus.













