mardi 3 février 2026

Discussion d’hiver – écrans et désintégration

Une cousine de passage à Strasbourg ; on discute quelques heures.
Revient dans la conversation le thème des enfants, des élèves, des Djeuns…
(Je l’ai déjà écrit, il faudrait une étiquette « vieux con » à ce blog…)

NB

Bon, mais on tombe d’accord sur… une sorte d’écrasement de certains jeunes gens du fait de l’horizon politique (les perspectives électorales, çà et là, pour le moins, ne sont pas très bandantes… pour ne pas parler de gens – dont on n’a précisément pas envie de parler – qui sont déjà en place, voire qui sont arrivés, malgré tentative de coup d’état, à revenir en place, démocratiquement…), géopolitique, environnemental…

Beaucoup de gens ne s’informent plus du tout aux sources « établies » (presse écrite, radio, voire télévision), qui ont le mérite d’être un peu contrôlées qu’on le veuille ou non ; quand ils s’« informent », c’est au lait de « réseaux » « sociaux » – pardon… – d’une débilité souvent exaspérante, ou franchement corrompus (intellectuellement).
Le savoir, là-dedans est vu comme une contrainte, ou une sorte d’entité extérieure à leur monde (l’école).
Comment s’attendre dans ces conditions qu’ils participent à la démocratie par le vote (et a fortiori par un vote éclairé…) ? (J’ai pu appeler, ça, çà et là, la « désintégration ».)

Là, je repense soudain à Claude Allègre* – paix à son âme. Lui n’était en rien confronté à tout cela – ou vraiment aux prémisses – et il a eu cette originalité de déstabiliser, pour le moins, l’Éducation nationale et de s’en prendre, d’une certaine manière, à la protection de l’environnement (négations réitérées, et fallacieuses, du réchauffement climatique…)


Et voilà que je tombe sur le site Terrestres (en lien indirect de ce blog, via Alluvions…) sur l’annonce d’une table ronde sur Herbert Marcuse, intitulée : « La guerre contre la nature ».

Encore des sujets à creuser…

Notre système économique qui repose sur la croissance infinie ne peut qu’aller dans le mur. N’y sommes-nous déjà ?
La consommation passe avant l’intérêt de la personne, des personnes aussi, de leurs interactions.
On retrouve là nos Djeuns – ma cousine et moi-même avions des exemples chacun dans notre sphère – et leur consommation effrénée, pour trop d’entre eux, d’écrans. Jeux vidéos des heures durant, « participations » stériles – virtuelles – à des « réseaux » « sociaux »…
Cerveaux « nettoyés », individus laissés comme hagard face à leur destinée, à laquelle ils ne pensent même plus à s’intéresser…

NB - Paris, automne 2025

En Suède, les choses ont été poussées loin, avec la privatisation du système scolaire, la numérisation de bien des apprentissages, au point que des enfants ne pouvaient plus écrire à la main (on en a, en France, de plus en plus dans nos classes…) J’avais retenu cet article de Gabrielle Roland Waldén (Gabrielles blogg, en lien de Suédois d’ailleurs, écran, version ordinateur, à droite, etc.) ; c’était le 10 mai 2023, et s’intitulait : « Om att skriva för hand » « Sur l’écriture à la main ».
Cela commençait ainsi :

« Vi kom att tala om att skriva för hand och om människors handstil. Har läst att i svenska skolor av i dag övar man inte skrivstil i nån större utsträckning. I nån artikel stod om en pojke som gått i svensk skola och sedan i Frankrike dit familjen flyttade. Bild på pojkens handskrift fanns med före och efter flytten. Skillnaden var minst sagt stor.
(...)
Det sägs ju också att förbindelsen mellan hand och hjärna är värdefull att ta vara på genom att just skriva för hand. Samma verkar tyvärr inte gälla för hand och tangentbord. Synd det!
Digitaliseringen har redan tagit över mycket av handens tidigare funktion. Om vi inte gör något åt det kan handfunktionen i framtiden komma att reduceras till pekfingrar och tummar. Den mänskliga kontakten kan gå förlorad och kreativitet, känsloliv och yrkeskunnande kan påverkas.” Så står det i en text om boken ”Handen i den digitala världen”, skriven av Göran Lundborg, specialist i handkirurgi. »

« Nous en sommes venus à parler d’écriture à la main, de manières d’écrire. J’ai lu que dans les écoles suédoises aujourd’hui on ne travaille pas la calligraphie particulièrement. Dans un article, il était question d’un garçon qui avait été dans une école suédoise puis dans une française, sa famille ayant déménagé. Il y avait des images de l’écriture de l’enfant avant et après. Le moindre qu’on puisse dire est que la différence était importante.
(...)
On dit aussi que le lien entre la main et le cerveau est précieux ; qu’il faut l’utiliser par l’écriture manuelle. Il ne semble pas malheureusement qu’on puisse autant tirer de choses d’un lien avec un clavier.
La digitalisation a déjà avalé plusieurs anciennes fonctions manuelles. Si on n’y fait rien, on n’utilisera bientôt plus de la main que les index et pouces. Le contact humain peut s’en ressentir, et partant la créativité, le domaine de l’émotion et les compétences professionnelles pourraient être affectés. C’est ce qu’on peut lire d’un extrait de La main dans le monde digital”, écrit par Göran Lundborg, spécialiste en chirurgie de la main. »

NB

Près de deux ans plus tard – mais ça fait déjà près d’un an !… –, le 5 mars 2025, un parent d’élève, Daniel Da Silva, écrivait dans le Göteborgs Posten un texte intitulé «  Ta med dina skärmknarkande barn med apatisk blick ut i skogen » « Emmène tes gamins accros à l’écran et au regard apathique dehors, dans les bois ».
Début et fin :

« Nästan varje dag ser jag samma sak. Hur mina barn, Elvira, 11 år, och Louie, 13 år, sjunker ner i soffan och försvinner in i sina mobiler. In i en digital värld som lockar och håller dem kvar. Jag ser hur deras skärmupplysta ansikten förändras. Med lätt gapande munnar och tomma, nästan apatiska blickar är de ganska snart helt okontaktbara.
(...)
Naturen är mer än en plats att besöka, den är en del av vilka vi är. Det är dags att vi påminner våra barn om det.
Det handlar inte om att förbjuda skärmar, utan om att erbjuda något mer. En värld där de själva får upptäcka, känna och utforska.
Frågan är inte om vi har råd att prioritera naturen för våra barn. Frågan är snarare om vi har råd att låta bli? »

« Presque chaque jour, j’assiste à la même chose. Mes enfants, Elvira (onze ans) et Louie (treize ans) se vautrent dans le canapé et disparaissent dans leur téléphone portable. Ils y sont comme enfermés dans le monde digital. Et je vois leurs visages changer, pris par l’écran. La bouche légèrement ouverte, les yeux vides, presque apathiques, ils sont assez vite hors de contact.
(...)
Or la nature est plus qu’un lieu de promenade, elle est une part de nous-mêmes. Il est temps qu’on le rappelle à nos enfants.
La question n’est pas d’interdire les écrans, mais d’offrir quelque chose de plus important. Un monde où ils peuvent découvrir, sentir, chercher par eux-mêmes.
Il ne s’agit pas de se demander si on a les moyens de rendre la nature prioritaire pour nos enfants.
Il s’agit plutôt de se demander si on peut attendre encore. »

DEHORS ! DANS LES BOIS !


Nils Blanchard


* Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître néanmoins que, dans ses démêlés avec les « profs », il s’en prenait aussi, et avant tout peut-être, aux syndicats et à une certaine machine dirigeante, indéboulonnable… (Ce que j’appelle, dans un billet à suivre, les « petits marquis ».)
Quand on voit la plupart des syndicats de l’enseignement grimper aux rideaux parce que le ministre Édouard Geffray décide de l’interdiction des portables dans les lycées…
« Ah, mais non – entend-on –, ce n’est pas possible, il nous faut plus de moyens... »
Des moyens ? Pour interdire les portables ? Est-ce une blague ? Les élèves les laisseront à leur domicile un point c’est tout. Amènent-ils dans leurs établissements leurs animaux de compagnie, leurs coffres à jouets, que sais-je ?

NB

vendredi 30 janvier 2026

Retour de Provence / deuil et fragilité d’un blog

Il est des moments qui marquent on ne sait quelle rupture, et dont on pressent que les quelques jours qu’ils auront occupé laisseront plus de traces dans la mémoire que plusieurs semaines de vie ordinaire.

NB - Provence

Dans une église provençale, à une messe d’enterrement, un curé ancien pilote – en hommage à celui qu’on enterre ? – emploie un ton mi familier, mi goguenard. Il en arrive à la question : aurez-vous aimé tout le monde ?
Tout le monde…

Évangile de saint Jean.

Le monde dans lequel on vit semble inciter à la détestation de tous contre tous, à l’instar de ce contre quoi fulmine le personnage joué par Claude Rich dans Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer. 

Une idée de l’instant : cela n’est-il pas lié au temps, à la manière de l’appréhender ?
Comment aimer qui que ce soit quand on ne prend pas même la peine de s’arrêter quelques minutes dans une course à la croissance qui nous pousse à détruire toujours plus ce qui donne de la valeur – réelle, pas seulement de l’argent – à la vie humaine ?
La tour de Babel.

NB - Provence

Pluie ; Bretagne en Provence. Foule – tous amis je crois –, cercueil.
Une autre ondée me pique soudain les yeux. Je me retourne ; personne ne verra rien.

Vague pensée vers Jules Roy – c’est Saint Ex qui a été lu à la cérémonie.

Vézelay ou l’amour fou (pages 32-34) :

« Il ne faisait pas encore jour, la grosse meule qui fermait le tombeau était repoussée. Alors, prise de peur, elle s’élancera en toute hâte alerter Pierre et Jean [on n’est pas sûr que ce soit le même que l’évangéliste…] et, tous ensemble, ils se mettront à courir vers le sépulcre où Jean, le plus jeune, arrivera le premier. Marie-Madeleine verra les bandelettes à terre mais n’entrera pas et se tiendra sur le seuil, en larmes, tout essoufflée.
Là, il est plus simple de reprendre la succession des faits dans le récit du narrateur, Jean [on n’est pas sûr, etc.], le disciple que Jésus aimait, celui qui, à la Cène, a posé sa tête sur la poitrine du Seigneur et qui raconte ce qu’il a vu. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre, et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l’un à la tête l’autre aux pieds. Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur répondit : “Parce qu’on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis.”
(...) “Ne cherche plus, il est ressuscité.” Alors un homme passe, qu’elle prend pour le jardinier et à qui elle dit (…) : “Si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis.” Car tout le monde se tutoie en Orient. L’homme qu’elle distingue à peine à travers ses larmes s’arrête, la regarde, et simplement : “Marie.” (…) Elle ne sait plus, elle fond en sanglots sous les yeux de l’Adoré qui semble dans un ailleurs : “Ne me touche pas. »

Mais quant à l’Évangile de saint Jean à la messe, il ne s’agissait pas de ce qui est évoqué plus haut, mais de Lazare.


Vaguement au retour, entre deux discussions dans la voiture, je songeais aux événements de Minneapolis – rien à voir – les gens assassinés par une milice raciste, dont les membres peut-être descendent de migrants européens, asiatiques, que sais-je… De ces pionniers dont beaucoup à l’époque tiraient sur les Amérindiens non parce qu’ils venaient d’arriver sur leur sol, mais parce qu’ils y étaient déjà bien avant eux – il y a toujours quelque chose qui cloche avec ces gens…
Mon blog va-t-il décemment pouvoir continuer, hébergé sur Blogspot ?
Je ne crois pas…
Quelques articles…



Puis, quelque part… ce titre, de Wera von Essen : Våld och nära samtal. Tenez, on y lit page 28 :

« Det finns ingen andlighet utan skugga, det finns ingen renhet i att stå och se på, vill man göra skillnad måste man tåla att händerna blir smutsiga (…) »

« Il n’y a pas de spiritualité sans ombre, nulle pureté à simplement regarder ce qui se passe ; pour faire la différence, on doit supporter d’avoir les mains sales (...) »


Nils Blanchard


Rajout d'étiquettes du dernier billet : Minneapolis, Kungälv.


lundi 26 janvier 2026

Sujets d’hiver / comparaisons ; infrastructures

Certaine apathie en cet hiver ; j’avoue reporter des études, écritures…
Il faudrait pouvoir s’éloigner davantage d’une certaine rumeur du monde, peut-être… Ne pas trop se focaliser sur les miroirs aux alertes…

NB - Walbourg

On a reparlé de l’A69, de la nécessité absolue selon certains d’en finir la construction… au même moment où la SNCF contourne le massif central pour un projet de ligne Bordeaux-Lyon, pour ne pas avoir à entretenir des infrastructures (voies ferrées dudit Massif Central scandaleusement abandonnées par la SNCF version Maastrichtlisbonnisation).
Or à propos d’infrastructures, un article a été publié dans Terrestres (en lien indirect de ce blog, via Alluvions…) le 2 décembre (date funeste dans l’histoire de France), autour d’une conférence tenue en juin à Paris par Anna Lowenhaupt-Tsing, coordinatrice du livre Field Guide to the Patchy Anthropocene. The New Nature (2024, traduit en français par Philippe Pignarre et Isabelle Stengers en 2025).
Anna Tsing et d’autres auteurs étudient l’anthropocène d’en-bas, avec ses effets « féraux » (conséquences de créations humaines, qui échappent à tout contrôle, par exemple des espèces invasives) et ses « patches » – peut-être faudra-t-il, en français, trouver un autre terme ! – : les sites, espaces, impactés par ces tribulations.

Titre de l’article dans Terrestres : « Anna Tsing : Nos infrastructures nous échappent ».
(Je souligne…)

Autre infrastructure : le système médical, basé sur la raison. Récemment, malade, je vais voir un médecin – dans une sorte de centre qui seul proposait des rendez-vous ce jour sur « Doctolib » ; mon médecin traitant ayant récemment pris sa retraite – pour justifier d’une matinée (crois-je me souvenir) d’arrêt. Pour lui, un « gros rhume » n’en nécessitait pas ; si tous les gens malades, m’a-t-il été dit, s’arrêtaient de travailler, la moitié de la France serait en arrêt…
Eh, pignouf ! Et si les gens prenaient sur eux de ne pas partager leurs miasmes et microbes, peut-être qu’il y aurait moins de la moitié de la France qui serait malade…
Et là-dessus – début janvier – j’apprends que les médecins se mettent en grève ; tant ils en ont marre, visiblement, des vexations, et économies contre-productives, notamment sur les… arrêt de travail.
Je vérifie sur « Doctolib » ; le médecin évoqué plus haut, lui, ne fait pas cette grève évidemment…

Imagine-t-on mon ancien médecin – qui était un vrai praticien – se conduire de la sorte ?

NB - Walbourg

Et voilà que quelques jours avant encore des footeux (que les « cris de singes » dans les cages de supporters ne gênent pas beaucoup semble-t-il, ni l’homophobie paraît-il culturelle dans les stades, sans parler de l’esprit même du jeu – dans le foot masculin – : contestations systématiques des décisions de l’arbitre, feintes de blessures et douleurs aussi systématiques…), des footeux, donc, se mêlent de réparer l’injustice de la non remise du prix Nobel à D. Trump, en lui remettant on ne sait quelle médaille lors du tirage au sort de la coupe du monde de ce sport à Washington, début décembre.

Dans un sens, ces gens ont eu quelque prémonition : le lendemain, Trump en question de parler d’« effacement civilisationnel » de l’Europe. Qu’entend-il par là, dans un sens on s’en fiche (on ne va pas perdre de temps à commenter ici les calembredaines racistes de ces gens).

Étrange réaction (source, article du site de France 24, et AFP, du 6 décembre) de l’eurodéputée Valérie Hayer, qui s’exprime… sur le « réseau » « social » « X » !
Aussi (même source), Kaja Kallas réaffirme que les États-Unis demeurent le principal allié de l’UE. De l’« UE » peut-être ; mais n’est-il pas temps de sortir précisément de la maastrichtlisbonnisation pour mettre sur pied un nouveau partenariat européen (incluant le Royaume-Uni, excluant certains pays poutinolâtres?)

Peut-être faudrait-il profiter de ces évolutions pour rompre les ponts, non forcément avec les États-Unis – Trump sera un jour remplacé par autre chose, peut-on espérer – mais avec leurs importations des dernières décennies :
- exit les plateformes de « streaming » qui zappent les salles de cinéma, et sont passablement énergivores,
- exit l’huberisation de la société qui détruit des emplois pérennes au profit de plus ou moins grands profits de klaxonneurs,
- exit le foot professionnel (masculin) aussi ? On le leur donnerait en échange ; qu’ils le prennent !
Exit !

Et exit les simili-miliciens de Kungälv ou de l’ICE américaine, à Minneapolis et ailleurs !
Les cohortes de racistes : DÉGAGEZ !


Nils Blanchard

mercredi 21 janvier 2026

S’il n’y avait pas l’ordinateur

Étrange article, par son aspect ordinaire, peut-être… mais il y a autre chose, on va voir… sur le blog de Julia Eriksson (en lien de celui-ci, cliquer, à droite, liste des blogs, version ordinateur, etc.), blog que j’hésite à maintenir dans ma liste.

Carl Stefan Bennet, Stockholm - Capture d’écran

 On y trouve parfois de fort belles photos – prises de smartphone que je me refuse toujours à utiliser –, notamment du côté de quartiers de Stockholm où j’ai à peu près vécu, que je revois avec plaisir, et un certain serrement de cœur.
Parfois, plus rarement, des réflexions intéressantes.

Là, le premier novembre, deux photos d’un appartement suédois somme toute assez typique, si ce n’est – ou tout aussi bien parce que – que pas un grain de poussière n’affleure où que ce soit.

Blog de Julia Eriksson, capture d’écran


À y regarder de plus près, on est étonné par un côté années 70 de l’ensemble, et partant, d’une certaine intemporalité. Mes grand-parents auraient pu vivre là, il y a plus de cinquante ans. Telle autre personne, il y a plus de trente ans. Une autre encore il y a bien plus longtemps encore peut-être.
À une époque, peut-être même, où l’on pensait peu au réchauffement climatique, que le bon Trump – Harry Pottrump – et ses sbires croient avoir effacé d’un coup de baguette magique, tellement ils sont…)

Ceci, en tout cas, s’il n’y avait cet ordinateur portable, posé sur la table. Il n’a sûrement pas été laissé là, pour la photo, par hasard.
Est-ce une façon de montrer que le travail s’invite dans la vie intime ? Qu’on est une personne performante ? Je ferai crédit à la blogueuse de ne pas s’abaisser à une telle vulgarité.
Peut-être veut-on montrer alors que l’instrument du blog est là, prêt à servir encore.
Une sorte d’à suivre.

Peut-on imaginer que dans quelques années, décennies, un même intérieur puisse être débarrassé de cet ustensile ? Que l’époque numérique, un jour, finisse ?

Carl Stefan Bennet, intérieur, 1870 - Nationalmuseum, capture d’écran

Pour le reste – allez-y voir ; c’est peut-être un peu comme regarder à travers une fenêtre… – le texte décrit un couple qui s’installe ensemble, dans un nouvel appartement ; les habitudes qui se frottent.
Un commentaire anonyme (ça, c’est très années 2020!) remarque judicieusement que ces paragraphes sont bien troussés (je résume…)

L'article s’intitule « En etta, vi två » (« Un studio, nous deux »). Peut-être aurait-il été plus intéressant d’avoir un titre du genre : « En femma, vi sex. » (« Un cinq pièces, nous six. ») Mettons… deux femmes vivant avec quatre hommes, ou deux hommes avec quatre femmes…
En familistère sexuel.
Pardon, je divague. Enfin non, d’ailleurs.


Nils Blanchard


Ajout d'étiquettes du dernier billet: Genèse, André Dhôtel, combat, Rosemary Ellen Guiley.

vendredi 16 janvier 2026

Peintres, anges et Jacob

                                                                La mort, c'est le point sur le mot "vie", disait-il. 

                                                                À Henri Blanchard, 
                                                                 i. m.   

Ces dernières semaines, plus ou moins par hasard – il y a des choses qu’on me signale aussi, parfois – j’ai rencontré ici et là des œuvres de Roger Dale et Camille Claus (les deux, qui ont enseigné à l’actuelle HEAR de Strasbourg, où Asuka Kazama, très attachée à l’Alsace, a étudié…, se sont rencontrés, mais je crois avoir déjà parlé de ça. 

Capture d’écran, site Youtube de Roger Dale

La couverture d’Elmar Krusman emprunte aux Cent vues du Struthof de Roger Dale.
Il a donné une interview à L’écho de La Robertsau en décembre 2025.
Jacques Gratecos, journaliste de l’écho en question, pose comme première question :

« JG – Comment peut-on naître à Liverpool, passer 25 ans à Calgary au nord-ouest de la frontière canado-américaine et finir par s’ancrer dans notre quartier ? [La Robertsau étant un quartier de Strasbourg…]

RD – Ma patrie c’est la peinture. (…) »


Ah, et étrange coïncidence, Roger Dale d’évoquer dans la suite de l’entretien le château de Pourtalès, qui lui a fait forte impression quand il est arrivé en France. Quand j’ai visité une galerie d’Asuka Kazama à Paris, fin 2025, elle y avait des œuvres représentant ce château (et son parc)…


Mais j’arrive par je ne sais quel hasard de tâtonnements numériques sur une vidéo datant d’il y a plusieurs années, montrant Roger Dale peignant une toile intitulée L’échelle de Jacob. (C’est là !)

Or je reparlerai aussi d’anges musiciens

Mais cette allusion, plus à Jacob qu’aux anges, m’a amené à Camille Claus, dont je venais de voir, la veille, une petite exposition (entre autres) d’œuvres délaissées par une église, à la médiathèque protestante (de Strasbourg encore).

Or j’avais vu il y a déjà quelques années à une autre exposition ce tableau de Claus représentant le combat de Jacob et de l’ange.

NB - Camille Claus, Combat de Jacob avec l’ange, 1957 -
Exposition au Centre culturel de Drusenheim, mars-avril 2022 

C'est dans le Livre de la Genèse (Bible de Jérusalem), 32, 23-32 :

« Cette même nuit, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants et passa le gué du Yabboq. Il les prit et leur fit passer le torrent, et il fit passer aussi tout ce qu'il possédait. Et Jacob resta seul. Quelqu'un lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore. Voyant qu'il ne le maîtrisait pas, il le frappa à l'emboîture de la hanche, et la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui. Il dit : Lâche-moi, car l'aurore est levée, mais Jacob répondit : Je ne te lâcherai pas, que tu ne m'aies béni. Il lui demanda : Quel est ton nom ? - Jacob, répondit-il. Il reprit : On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre tous les hommes et tu l'as emporté. Jacob fit cette demande : Révèle-moi ton nom, je te prie, mais il répondit : Et pourquoi me demandes-tu mon nom ? et, là même, il le bénit. »

Moi, de par diverses réflexions sur l’adversité – bon… mais visitées de loin en loin… Eh, mais si on y ajoute en plus des anges… –, m’intéresse cette bénédiction venant après une agression et un combat…
Quelque chose vers le Ma-aï des arts martiaux, au-delà de l’espace-temps ordinaire ?

L'ange, là, au bord d’une rivière… Comprenne qui pourra : je pense à des scènes de « reptation » des personnages principaux, dans plusieurs romans de Dhôtel.

Mais qu’est-ce que tout cela veut dire ? Faut-il en décider, d’ailleurs, de ce sens ?

Rosemary Ellen Guiley de noter dans The Encyclopedia of Angels :

« Cette scène dramatique a suscité de nombreux commentaires de la part des théologiens judaïques, catholiques et protestants, des biblistes et des critiques littéraires. Jacob lutte-t-il avec Dieu ou avec un ange ? … Il n'y a pas de réponse définitive, mais l'histoire a été rationalisée : romancée, traitée comme un mythe et traitée symboliquement. »

An Encyclopedia of Angels… Why not ?


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du dernier billet : Florence Gould, Balthus, Fred Vargas, Maurice Sendak, Georges Duby, Le Louvre, Eugène Delacroix.

lundi 12 janvier 2026

Liens d'hiver

Scintillements de hasards. J’entends parler de choses, différentes, qui me ramènent à Héloïse Combes.

Capture d'écran

 Ainsi un article de Bernur, le 13 décembre 2025, traitait de la réédition de Härdarna de Karin Boye (chez Nirstedt), qui a été traduit en France sous le titre Les Âtres.
Le blogueur de noter : qu’Aya Kanbar, dans son avant-propos, décrit le livre « som ”en samling som brinner av både styrka och sårbarhet, av både kamp och försoning – en bok där elden inte bara förtär, utan också lyser upp och pekar mot nya horisonter.” » (« Comme ”un recueil qui brûle à la fois de force et de vulnéralibilé, à la fois de lutte et de rédemptionun livre où le feu ne fait pas que consumer, mais illumine aussi et désigne de nouveaux horizons..” »)

L'Embrasement des siècles, d’Héloïse Combes, non seulement s’organise autour de l’incendie d’un refuge – avant, après… – et la deuxième partie s’intitule « La femme du feu des forêts ». Ce sont des poèmes dits « bruts » ; le premier : « Feu » !

Pages 49, 50 : « Le feu qu’en dire
Il a tout emporté
Mes robes les chaises paillées
Le lit les livres sauf un
D'André Dhôtel Ma chère âme

(...) 

Le feu a balayé
Les injustices des siècles
Il m’a poussée dehors nue et terrifiée
Mais digne
Le feu
Qui m’aime

() »


Bernur est en lien indirect de ce blog (version ordinateur, à droite…) ; Ent’revues aussi. Là, est annoncée une soirée organisée par la revue Les Haleurs, qui en est à son deuxième numéro – bientôt un troisième, en mars, sans parler de hors-série recueils et cahiers… – et traite notamment d’éco-poésie.

Je ne me sentis plus guidé par les haleurs

15 janvier, 18h30, boulevard Raspail… Le thème ? Nature et poésie.
Qui mieux qu’Héloïse pourrait évoquer ce sujet ?

(Le site précise que dans quelques semaines, on pourra suivre la captation de cette soirée ; il y a un lien – allez-y voir ; lien de lien, de lien…)


Et puisqu’il a été question d’André Dhôtel aussi, il se trouve que j’ai écrit un petit article sur les foyers, dans un bulletin (le 44) de la Route inconnue – grand Dieu ! Ça remonte déjà à 2016 ! (La Route inconnue, en lien elle aussi, à droite, version ordinateur, etc.)
Et – on évoqua Le bateau ivre – une partie de ce petit texte s’intitule « Rimbaud ». Ça commence ainsi : « À Florence Gould, Dhôtel écrit en décembre 49 : “Savez-vous que dans Rimbaud il y a aussi des villes et des paysages construits avec ce qu’on voit dans les foyers ?” »

André Dhôtel en 1955 (Rimbaud dans le cadre)

En feuilletant les pages de cet article – il est vrai que j’en profitai pour évoquer diverses interventions d’une réunion (consacrée à Dhôtel) – apparaissent, outre Rimbaud, Balthus, des chevaliers et Fred Vargas, Georges Duby, même, des fées du logis, jeux enfantins… Maurice Sendak !


Nils Blanchard


- Ajout d’étiquettes du dernier article : N4, SOV, Sade, Mûrs-Érigné, Georges Barbier, Göte Brunberg, Luc Autret.

- Décès le 3 janvier d’Eva Schloss, rescapée d’Auschwitz-Birkenau. Comme Anne Frank dont elle était devenue la belle-sœur par alliance après la guerre, elle était passée par le camp de Westerbork.

- Ajout : xénophobie culturelle française. Il en a été question ici notamment, certains musées, lieux patrimoniaux  le Louvre notamment  vont désormais (à partir du 14 janvier) faire payer des droits d'entrée plus chers aux étrangers. C'est en vigueur à partir d'aujourd'hui. lI faudra du coup contrôler l'identité des gens. Quant aux apatrides à qui on demande de se cultiver pour devenir français, j'imagine qu'ils ne pourront même plus pénétrer en ces lieux. 
Un Iranien paiera plus cher pour voir La Liberté guidant le peuple de Delacroix...

NB   

mercredi 7 janvier 2026

Mattias Reinholdson - Vagues agressions / Laclos par là-dessus

Retour Ouest – Est (un peu (trop?) traditionnel pour moi ; j’en reparle…)
Mais en rentrant, consultant le site de la SOV (Estlandssvenskarnas Kulturförening – Association culturelle des Suédois d’Estonie), en lien de ce blog (écran, à droite, version ordinateur, etc.), j’apprends la mort de Mattias Reinholdson.

Estlandssvenskarnas Kulturförening - Capture d’écran

Il se trouve que j’avais été récemment un peu en contact avec lui par courriel. Il avait rédigé un beau dossier dans le dernier numéro de Kustbon (l’organe historique de la SOV dont il était le rédacteur en chef jusqu’il y a peu) sur mon article dans Nordiques et mes travaux plus généralement…

Il me fait penser, pour ce que j’en ai connu à des gens comme Göte Brunberg, Luc Autret (lui dans un autre domaine, les revues littéraires), qui consacraient de leur temps à la recherche, désintéressée (hormis l’intérêt pour le sérieux, la fiabilité…), et toujours prêts à partager connaissances et avancées.

Jag beklagar sorgen.

NB - Mûrs-Érigné

                                                                                     *

Et retour de l’Ouest, donc. Dès Troyes, je ne veux pas manquer ma sortie vers Nancy pour passer de l’autoroute à la N4. Un type (parmi d’autres) me serre, klaxonne même, sous prétexte que je ne vais pas assez vite à son goût (j’ai un peu de mal à voir la nuit avec des phares mal réglés dans tous les sens face à moi, ou ceux de panzers qui pourraient illuminer on ne sait combien de stades de foot (allez, oui… de foot!)) Bref, je rate ma sortie, perds une bonne demi-heure à faire un tour pour la retrouver.

Ah, il est vrai, je n’avais pas branché de GPS…

Ensuite, sur toute la route jusque vers Nancy (je m’en suis vraiment rendu compte à partir de Saint-Dizier) : tous les panneaux indicateurs ont été systématiquement souillés par de la peinture ou je ne sais quelle boue. Ce sont des centaines de panneaux, sur près de cent kilomètres. Quasiment aucun épargné.
Quelque colère d’agriculteurs d’avant les fêtes ? Mais ils ont dû y passer des jours entiers…
Et qui paiera le remplacement desdits panneaux ?

On me dira… avec leurs guidages GPS, les gens ont-ils vraiment besoin qu’on les remplace ?


NB - Mûrs-Érigné

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Par là-dessus – c’était samedi – j’entends à la radio le récit des exploits de Trump au Venezuela. Surtout, j’entends Trump lui-même s’auto-acclamer pendant vingt minutes.
Là… Je n’ai pas franchement d’opinion très tranchée sur le régime au Venezuela – on ne peut avoir d’opinion tranchée sur tout… – Quant à l’opération de Trump, si vraiment le président vénézuélien était un parrain de la drogue comme Trump le prétend, après tout, qu’on l’exfiltre…
Non, ce qui m’a paru à ce moment être une agression en soi, encore une fois, c’est la bêtise crasse (« la plus grande opération depuis la Seconde Guerre mondiale », etc.) de Trump, cette vulgarité à toute épreuve qui ronge peu à peu – accumulation de précédents – tout un tissage de civilisation.

Et bien sûr, le brave homme de publier une photo de son ennemi capturé, sur son « réseau » « social »…

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Georges Barbier (illustration des Liaisons dangereuses)
- Capture d’écran

Mais de retour à mon appartement, retrouvant mon ordinateur et le blog Bernur, je vois que Björn Kohlström parle de la traduction suédoise des Liaisons dangereuses, évoquée en ce blog notamment à cet endroit.
Article intéressant et complet, comme bien souvent chez Bernur, qui remarque que dans la postface : « Carin Franzén inkännande om romanens tillkomst och historia, och låter det vara osagt om Laclos roman ligger närmast Rousseau eller Sade » – « Carin Franzén étudiant la genèse et l’histoire du roman, semble indécise quant à le placer plus près de Rousseau ou de Sade ».

À propos de Cécile Volanges, de son traitement par Merteuil et Valmont, Bernur note : « Laclos visar hur lättmanipulerade vi är, hur vi nästan frivilligt uppsöker det som duperar oss » - « Laclos montre combien on peut être aisément manipulé, comment nous allons presque volontairement vers ce qui nous dupe ».
Est-il nécessaire ici de reparler du paragraphe précédent de ce billet ?

Puis Bernur poursuit : « Om dagens unga tar hjälp av chat GPT för att skriva sina kärleksbrev kunde man på 1700-talet konsultera de många kärleksromanerna och kopiera fraser därifrån. » - « Si les jeunes gens d’aujourd’hui s’aident de chat GPT pour rédiger leurs lettres d’amour, on pouvait, au dix-huitième siècle, se servir des nombreux romans d’amour et en copier des phrases. »

Eh ! Pas qu’au dix-huitième siècle !

Hashtag : pas qu’au dix-huitième siècle !


Nils Blanchard

Discussion d’hiver – écrans et désintégration

Une cousine de passage à Strasbourg ; on discute quelques heures. Revient dans la conversation le thème des enfants, des élèves, des Djeuns…...