samedi 7 mars 2026

Fleurs / Décalage – Une cinquième saison

C'est Alain Souchon qui chantait – qui chante peut-être toujours ? – « J’aurais mis des p’tits brins d’bruyère sur ton coeur / Toi qui trouves que pour un garçon / J’aime trop les fleurs ».
C’est dans la chanson Portbail, qui parle aussi, d’une maison dans le Cotentin.
Eh, les maisons, à nouveau…

Henri Lebasque, Jeune fille au collier de fleurs,
vers 1914 - Capture d'écran 

Récemment, quelqu’un de cueillir une première anémone des bois de l’année. (En vitsippa.) Et pourquoi je pense à tout ça ? J’attends l’été, encore, bien sûr…

Envie de sortir de cet hiver trumpien – le coup d’éclat permanent –, et pas que…
Mais c’est que les fleurs peuvent aussi inquiéter ; ainsi de ces Vanités, ces bouquets de fleurs qui marquent, en le fixant, le passage du temps. Savery en a laissé plusieurs ; l’un est dans le livre de Martin Fahlén ; pas le même – mais ressemblant – que celui-ci :

Roelandt Savery, Bouquet de fleurs,
Musée des Beaux-Arts de Lille, Wikipedia

Attention aussi, une première fleur n’est pas l’explosion du printemps. Mais cette saison entre l’hiver et le printemps donne la sensation d’un décalage. Or après tout, mars est le mois de la guerre ; qu’est-ce qui peut alors tant nous étonner dans les conflits actuels ?

De nouvelles alliances ?
Article dans le Göteborgs Posten (de Wiktor Nummelin et TT) sur la visite d’E. Macron à l’Arsenal de Brest. À aucun moment il n’est question là d’OTAN, d’Union européenne, comme s’il s’agissait d’ustensiles poussiéreux qu’on garde au fond d’un placard.

« Allt är en del av en ny kärnvapenstrategi som håller på att utvecklas, i ljuset av Rysslands krig i Ukraina.
– Vi måste se vår avskräckningsstrategi mot bakgrund av hela den europeiska kontinenten – med skapande av vad jag kallar en ”avancerad avskräckning”, säger Macron.
I den ingår bland annat möjligheten för ”europeiska allierade” – däribland länder som Sverige, Danmark, Polen, Belgien och Nederländerna – att delta i övandet av den franska ”avskräckningsförmågan". »

« Tout ceci fait partie d’une nouvelle stratégie nucléaire qui se déploie, à la lumière de la guerre russe en Ukraine.
– Nous devons voir notre stratégie de dissuasion dans le contexte de tout le continent européen – en formant ce que j’appelle une ”dissuasion avancée”, dit Macron.
En fait partie la possibilité pour des alliés européens – parmi lesquels la Suède, le Danemark, la Pologne, la Belgique et les Pays-Bas – de prendre part à la capacité française de dissuasion". »

(En tout, huit pays, puisque s’y ajoutent le Royaume-Uni et l’Allemagne.)

Jeune homme en mars (sans auteur)
- Capture d’écran

Décalage ; sentiment de ne pas être en situation connue.
Retour à Albert Camus… N’est-on pas dans cette situation, somme toute, depuis les évolutions de la Seconde Guerre mondiale – Shoah et massacres de masse technologiques (bombardements…), parmi ces bombardements : l’usage de l’arme atomique ?

Julia Eriksson, pour en revenir à des sujets plus ciel à ciel, évoque il y a quelques jours une cinquième saison :

« Det är den första mars och utanför fönstret har snön smält bort (…) En ny period har sakta börjat att ta vid, men nu gäller det att vara försiktig. Det är en styggelse att räkna med vår i mars, det gör en bara besviken. Än är det långt kvar, men i ett försök att blidka mig själv har jag valt att tänka på den här perioden som den femte säsongen: vårvinter. »

« On est au premier mars et la neige a fondu au dehors (…) Prudemment, une nouvelle saison commence, mais il faut être prudent. C’est une erreur de compter sur le printemps dès mars, et ça ne peut qu’amener de la déception. Il faut encore attendre, mais pour m’y résoudre, j’ai choisi de considérer qu’il y avait une cinquième saison : le printhiver. »


Moi de la guerre donc, et des maladies ? Tuberculose, pneumonies ; rhumes divers chopés ou transmis par les imprudents (et jusqu’en avril, ne te découvre pas d’un fil…)

Et les filles d’avril (texte de Souchon encore, mais là, c’est Voulzy qui chante…) Qui, par ailleurs, a chanté Le pouvoir des fleurs…

Et la paix. Dans l’album Lys and love… « La neuvième croisade. » Allez !

La paix !

 
Nils Blanchard

mardi 3 mars 2026

Inondations – de bêtise ?

Passé quelques jours en Anjou ; inondations, auxquelles on est relativement habitué en cette région. Je me souviens de mon professeur de français de sixième, très aimé, qui m’avait donné une punition (le tarif, ordinaire, c’était : « Quatre pages – des petites… – de rédac ») ; quatre pages à rédiger donc, avec pour thème les inondations. (Il devait y en avoir à ce moment.))

NB - Anjou, février 2026

Je garde un plutôt bon souvenir de cette rédaction, que je pourrais peut-être retrouver, quelque part… En fouillant un peu dans ma mémoire, néanmoins, je me souviens d’une certaine circonspection. Qu’allais-je pouvoir dire ? Aujourd’hui, ça me ramène à d’autres « remontées » ; remontées de bêtise ?

Le « dossier Epstein », jeté en pâture aux étals de poissonnerie du monde entier par une justice américaine passablement perfectible – usage dans certains États de la peine de mort, dans des conditions forcément abominables, avec exécutions d’innocents, notamment pour des raisons racistes, intervention de l’argent dans certaines procédures ; Epstein lui-même qui n’a pas été jugé (sur la base des dossiers en question) puisqu’il est mort en prison… –, et nos médias s’en saisissent et en font leurs choux gras ? Ça nous regardera(it) si/quand des victimes déposeront des plaintes en saisissant la justice de notre pays.

NB - Anjou, février 2026

Parallèlement, pour ainsi dire (radio sur la route du retour…), on entend parler de gaz hilarants dangereux pour le cerveau, employés par beaucoup de jeunes gens de nos contrées paraît-il. Cela, et l’usage d’écrans, de « réseaux » « sociaux » : on a là une inondation de bêtise – affaiblissement précoce des capacités cognitives – dont la décrue n’est pas prévue pour demain.
Par là-dessus, de même que sur la Maine débordante peuvent flotter différents objets de plastique abandonnés par des salopards, sur un certain étiage de la culture des jeunes gens, flottent des débris d’I.A..
Récemment (20 dévrier), Mazarine Pingeot, dans Ouest-France – je profite de mon éloignement de l’Alsace pour lire un peu de pesse locale – d'apporter des éléments de bon sens.

« () Je pense que nous vivons une rupture anthropologique. Ce qui est nouveau, c’est qu’une machine parle. Or parler, dialoguer, c’est le propre de l’humain. (…) [Ce] n’est pas un gadget, c’est addictif. Et dès qu’on peut déléguer une tâche difficile, on le fait. Il y a un vrai risque d’encourager la paresse intellectuelle et d’appauvrir l’esprit critique. »

Puis, outre les problèmes de contrôle de l’I.A., on demande à M. Pingeot en quoi cette I.A. modifie notre rapport au réel, à la vérité. Réponse :

« Il y a d’abord le paradoxe de l’écran : il donne l’illusion d’un accès direct au monde alors que, précisément, il fait écran. (…) Nous sommes déjà dans une ère de post-vérité. (…) L’IA renforce cette tendance : elle ne va pas chercher dans le réel, elle puise dans des bases de données. Elle fonctionne en vase clos (…) »

Ne rejoint-on pas là une forme d’idiotisme ? (On en revient aussi à ce que j’appelais « intérieur numérique » ; voir à l’index, en lien, version ordinateur de ce site…)

NB - Anjou, février 2026

Et la radio – route du retour, etc. – de parler d’anciens poutinolâtres, lors qu’on entre dans la cinquième année de la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui se dandinent au Salon de l’agriculture, appelant à augmenter la consommation de viande, lors que – sédentarité, écrans… – l’obésité progresse dans nos pays. Il ne manquait là, comme (ancien?) poutinolâtre, que J.-L. Mélenchon, avec ses éructations antisémites en sus (et qu'on n'aille pas me dire que je traque l'antisémitisme chez lui... Ses propos sur le nom "Epstein" étaient gras, provocants au mauvais sens du terme; on aurait presque cru entendre, par le ton, Jean-Marie Le Pen!)
Ces gens pourraient être amenés à diriger la France, où l’information est étouffée par les « débats » des « chaînes d’information ».

Bon. Mais ça fait quatre petites pages, non ? Ce serait amusant, quand même, de retrouver cette ancienne rédaction.


Nils Blanchard


Aussi : Annonce du festival « Regards d’ailleurs », à Dreux. Thierry Méranger, délégué général et artistique, commence ainsi sa présentation : « Après l’hommage de 2025 au Brésil, qui nous a permis de franchir allègrement, avec des hôtes de cœur et de prestige comme Walter Salles (oscar du meilleur film international) ou Kleber Mendonça Filho (palme cannoise de la mise en scène), le cap des 20 000 entrées de cinéma et des 4 000 visites d’expositions, l’ailleurs de nos regards est cette année suédois. On ne saurait rêver écart plus important entre territoires, filmographies et modes de vie. Et pourtant ! D’un continent à l’autre, d’un paysage à l’autre, d’un climat à l’autre, les cinéastes ne cessent obstinément de dialoguer… et de nous prouver que l’exotisme est souvent le plus révélateur des miroirs. »
On pense à Wera von Essen…



Ajout. Attaques sur l’Iran, d’Israël et des États-Unis. Il serait difficile de défendre les dirigeants iraniens, qui ont massacré récemment leur peuple. Mais comme en juin dernier, m'interpelle le fait que les États-Unis attaquent lors qu’ils étaient en phase de négociation avec l’Iran. Aussi : nulle déclaration de guerre, comme si les anciennes lois des conflits étaient devenues d’un coup caduques.

NB

jeudi 26 février 2026

Vie d’auteure / (slash)

Un blog que j’ai rajouté aux liens de celui-ci, il y a quelques mois – un peu plus, déjà ? – « Ulrika Nettelblad – En som skriver ».
Jusque là, parmi d’autres sujets, question çà et là de refus de manuscrits. Une vie d’auteure…

NB - Eva Blanchard

Puis, le 10 février 2026, un long article, « 2016/2026 » ; rien d’orwellien là… Ça commence par cet avertissement/conseil : « Idag blir det långläsning. Brygg en kopp kaffe, ta en liten pralin vetja, och ge dig själv en stund för text. » « Aujourd’hui, ce sera une longue lecture. Faites-vous un café [C’est le français/moi qui vouvoie...], prenez un chocolat, que sais-je, et prenez du temps, pour le texte. »
Puis une capture d’’écran de « smartphone » où l’on comprend qu’un manuscrit, pourtant retravaillé, a été refusé.
(Là, on se rend compte que les/des éditeurs suédois, en comparaison à certains, français, sont foutrement professionnels. Ils lisent (et savent lire…), répondent, expliquent… Bref, ils font leur métier, ne se contentent pas de placer un produit, ou une envie bobote – là, je vise certains petits éditeurs, qui sont capables de vous demander un texte, puis ne vous répondent même pas quand vous le leur envoyez…)

Pas datée, cette capture d’écran. On comprendra que c’est ancien. (Relativement…)
2016
/
Pas 2026…

Pia W - NB - 2016

Entre-temps, 2021-2022, la blogueuse raconte ; une vie d’auteure (publiée ou pas, peu importe… enfin, façon de parler…) Elle gagne quand même un concours avec une nouvelle, 5000 euros. Ce n’est pas rien… Mais c’est surtout le fait, bien sûr, de recevoir une rétribution pour ses écrits qui lui fait plaisir semble-t-il.
Je résume un peu, sans doute.
2021-2022, donc, sa vie évolue, encore plus… Et « Det är våren 2022, anfallskrig i Europa, gränser som inte betyder någonting. Det som varit självklart är upplöst.
Det blir sommar, det blir höst. » « Voici le printemps 2022, la guerre d’agression en Europe ; les frontières n’ont plus de signification. Ce qui était évident n’est plus.
Arrive l’été, puis l’automne. »

Eh ! On est alors au début de mon blog…

Il semble que la blogueuse sombre, alors.
Puis…
Oui, le texte est long.
/ (Slash) ; 2026.

Annonce de la publication de son premier roman (debutroman, dit-on en suédois…) Le titre : Sjukdomen (La Maladie).
La blogueuse est médecin (par ailleurs…) Mais le titre ne pourrait-il pas plutôt faire allusion à la vie d’auteur ?

Hanna Frosterus-Segerstråle - Capture d'écran

À paraître à l’automne. On en parlera, peut-être… Car le temps qu’il paraisse, de me le procurer… J’ai déjà dit que ce blog n’allait pas durer très, très longtemps…


Nils Blanchard

samedi 21 février 2026

De l’éternel problème du gagne-pain / Blog

Vaquer un peu, disais-je, histoire de pouvoir travailler sérieusement. On me dira que je divague. J’écrivais il y a quelque temps à Martin Fahlén que j’aimerais avoir quelques mois à moi quelque part sur la côte du Bohuslän, pour mener à bien divers projets en cours.

NB - Paris, Pont d’Austerlitz, fin août 2025

 Et voilà que Sandra Holmqvist a redonné de ses nouvelles sur son blog (en lien de celui-ci…), après plus de deux mois d’éclipse, après un article qui s’intitulait « Det är inget fel på kvinnor » (Il n’y a pas de problème avec les femmes »). Titre de celui-ci : « Jag har stängt dörren » (« J’ai fermé la porte ») ; c’est de la porte de son blog qu’elle parle. Mais elle précisera quelques lignes plus bas : « Men jag har inte låst dörren. » « Je n’ai pas verrouillé la porte »
Elle pourra y revenir en d’autres termes. De loin en loin.
Elle compare cette situation avec la porte de la remise à bois qu’on referme sans y penser ; plus exactement, sans penser, tout occupé que l’on est du quotidien, qu’on ne la rouvrira plus de l’année, que c’est la dernière fois qu’on vient chercher du bois pour le feu.
Et aucune importance qu’on n’y pense pas. « Tankarna redan på att få eld i spisen. » (« Ne pensant pour l’heure qu’à allumer le feu dans la cheminée. »

Per-Hilding Perjons - Capture d’écran

Mais pourquoi cette fermeture ? (On n’est certes pas au printemps…) Non, mais c’est que la blogueuse a un travail fixe, avec les contraintes qui vont avec ; la volonté, une journée de travail finie, de faire autre chose que de se remettre à taper sur des touches :

« När jag stänger datorn för dagen vill jag inte se mera tangentbord och displayer. Jag vill ta en promenad runt Metviken, jag vill läsa en bok om vår ändliga tid, jag vill laga mat med lök, bönor, grädde, soltorkad tomat, spenat. Jag vill elda i spisen. »

« Quand j’éteins l’ordinateur après le travail, je ne veux plus voir de clavier ou d’écran. Ce que je veux : me promener autour de Metviken, lire un livre sur le temps qui nous est échu, cuisiner avec des oignons, haricots, de la crème, des tomates séchées au soleil. Je veux faire du feu dans la cheminée. »

La cheminée, encore.

Per-Hilding Perjons - Capture d’écran

Bon, mais Sandra remarque aussi : « Så här är livet nu. Jag saknar friheten i frilanslivet och gläds åt tryggheten i anställning. » « Voilà à quoi ressemble ma vie désormais. Je regrette la liberté de mon ancien statut de travailleur indépendant mais me réjouis de la sécurité liée à l’emploi. »

Sécurité, relations avec des collègues… revenus fixes, pauses café, statut social plus… simple…

Mais le mot a été lancé : la liberté.

Et cet autre, juste après : contradiction. Pour cela, détour par Whalt Whitman :

« Do I contradict myself?
Very well then I contradict myself,
(I am large, I contain multitudes.) »

Per-Hilding Perjons - Capture d’écran

L
a vie est contradiction. Pas ?


Nils Blanchard

mardi 17 février 2026

Des faux amis aux faux ennemis – Et des vrais ?

Étrange politique des États-Unis. On en a dit du mal, et on continue d’en penser ; on a rappelé en même temps qu’ils continuent de soutenir (pressions douanières par exemple sur les pays qui achètent du pétrole russe), bon gré mal gré, l’Ukraine. (La question se pose évidemment, à chaque rodomontade présidentielle… Pour combien de temps?)

NB - Le Louet

Que penser du discours – s’il faut en penser quelque chose – du secrétaire d’État américain à Munich le 14 février ? (Quelle idée, au, passage, de multiplier en cette ville d’étrange mémoire sur ce sujet, les conférences sur la sécurité…)
Marco de Rubio d’y annoncer que l’Alliance atlantique ne serait pas morte, qu’États-Unis et Europe auraient une culture commune, lors qu’il assène que l’« immigration de masse » (« mass migration ») déstructurerait nos sociétés, menacerait « the future of our people ». Après cela, de poursuivre : « We belong together » (États-Unis et Europe) ; vraiment ?
Sommes-nous du même monde ? (Il le demande lui-même, dans un sens : « What exactly are we defending?) Est-ce l’intolérance aux étrangers, aux pauvres, aux autres croyances que le christianisme (agnosticisme compris) ? Est-ce le mépris la peur du changement climatique « fear of climate change » ; comme si ce changement n’existait pas (cf. dernières décisions en ce domaine des États-Unis) ou n’avait pas d’importance ?

Eh, mais le secrétaire d’État de faire des rappels historiques quant à la création de son pays, de ce « new world ». À l’entendre, il ne possédait pas de population indigène avant l’arrivée des Européens, et les gens d’origine africaine n’y auraient eu aucune part…
Puis, « Yesterday is over » croit-il pertinent de déclarer à la fin de son discours, alors même qu’il a passé vingt minutes à parler de fierté de traditions héritées...

Ami, faux-ami ?

NB - La Loire 

Bon, mais je revenais aussi à cette notion de « faux ami » du fait d’articles, à la fin de l’année dernière.
Ainsi dans Fonge et florule, site en lien indirect de ce blog (via Alluvions), le 13 décembre vingt jours après le billet sur les faux-amis de ce blog-ci, pouvait-on lire, après une définition du terme « faux-ami », que la notion pouvait s’appliquer : « à notre champignon nommé Stereum insignitum Quélet, dont l’épithète latine : insignitum, nous fait irrésistiblement glisser vers le mot français insignifiant. Mais insignitum et insignifiant sont de sens contraire ; insignitum est le participe passé de insignire : se distinguer ; qui se distingue nettement, donc qui est remarquable. »

Et comme en écho, le 22 décembre, Mattias Reinholdsson écrivait ce qui était peut-être son dernier article sur le site Estlandssvenskarnas Kulturförening (Sov), autour de la question des faux-amis (falsk vän). Après avoir, lui aussi, défini le terme, il remarque qu’une bière de Noël, « Julmust », contient « julm », ce qui en estonien ramène à la notion de cruauté…

Faux amis ? Je ne sais pas. Mais les « natures mortes »
de Sacksick ont quelque chose de troublant
quand on est devant les tableaux.
Quelque chose de vivant…
Still lives ?
Mais comme en mouvement…


Nils Blanchard


Et puis…. Affaire sordide, catapultée dans le cadre de la « mondialisation » par le département de la justice américain, lâchant des millions de pièces de « dossier » (le dossier Epstein), certaines caviardées – il semble que personne ne s’en offusque vraiment –, d’autres exhibant contre leur gré des victimes qui n’avaient sûrement pas besoin de ça… Et certaines gens en profitent en France pour s’en prendre à Jack Lang.

Que lui reproche-t-on : d’avoir connu Epstein ? Est-ce un crime ? Ah, mais non, se dépêche-t-on alors de répondre. Il a 86 ans. C’est scandaleux qu’il ait été si longtemps en fonction (à la tête de l’Institut du Monde Arabe)
Il faut savoir…
(En attendant, il a été reconduit légalement dans ses mandats successifs, qui ont vu la fréquentation dudit institut croître…)

Une publication, Valeurs actuelles, se désole sous la plume de Marguerite Frison-Roche, le 15 février, que « Jack Lang [ait] empoisonné la vision stratégique de la France en étendant indéfiniment le périmètre du terme culture”. »
Alors, là, pardon de m’exprimer un peu familièrement : soit je suis complètement con, soit cette dame manque de clarté dans son expression…

Au moins a-t-elle ensuite l’honnêteté de reconnaître à Jack Lang d’avoir sauvé les librairies en France (prix unique du livre), d’avoir eu l’idée de la fête de la musique, et d’avoir soutenu le cinéma.
Évidemment, c’était d’après elle plus par souci « idéologique au service de Mitterrand » qu’autre chose… bon, mais c’est dit.
On pourrait rajouter d’autres réussites ; la journée du patrimoine – la même Marguerite Frison-Roche se plaint que la « France périphérique fréquente deux à trois fois moins les équipements culturels que les centres métropolitains ». Eh ! Mais cela fait quand même quelques décennies que Jack Lang n’est plus ministre de la culture… –, la lutte constante contre certaines intolérances racistes

NB

jeudi 12 février 2026

Peintres, conférence…

Diverses conférences auxquelles il m’a été donné d’assister à Strasbourg, cinq sur une journée, voyez-vous ça…
L'une d’elles, la dernière, le soir… était consacrée à Camille Claus. Et elle m’a ramené à la mention récente d’un tableau du peintre Adriaen Van Stalbemt, pas très, très éloigné d’un Savery… 


C'est dans le cadre de l’exposition (déjà évoquée en ces lignes) « Icônes de la présence » que Jean-Louis Mandel est intervenu à la Médiathèque protestante du Stift mardi (10 février) au soir.
Son propos a porté plus particulièrement sur les œuvres de Camille Claus dans les églises alsaciennes.
Il en est passé par une certaine genèse de l’œuvre du peintre (retour de l’URSS après la guerre via le Tambov) portant sur l’horreur de la guerre et d’un camp d’internement soviétique.
De là, évocation d'œuvres plus tardives de l’artiste, au soir de sa vie – entre les deux, peu d’œuvres à caractère directement religieux –, notamment donc pour des commandes de diverses paroisses alsaciennes.

La conférence avait lieu dans la salle Koch, étrange lieu comme soustrait à un dix-huitième siècle préservé, où, peut-être, une Madame Roland aurait pu tenir salon. On peut en retrouver les diverses conférences sur ce site ; et celle de Jean-Louis Mandel y apparaîtra…

Tout au long de son propos, le conférencier de faire référence à un journal retrouvé du peintre, qui semble mériter amplement quelque publication. (Amis éditeurs…)

Soudain, d’évoquer un tableau peu connu de Camille Claus qui se trouve à la Bibliothèque humaniste de Sélestat : La Guerre et la Paix.
Et de noter que les différents personnages ornant le versant « guerre » de l’œuvre rappellent étrangement les peintures d’après Tambov. Boucle bouclée... 

Adriaen Van Stalbemt, Allégorie de la Paix et de la Guerre - Capture d’écran

Quelques jours plus tôt, je me retrouvais à nouveau, et bien par hasard – via une « lettre » du site de ventes Drouot – sur les sentes de la forêt des maniéristes. Il y était en effet question d’une vente qui aura lieu à Lille le 15 mars prochain, d’un tableau d’Adriaen Van Stalbemt, Albert d’Autriche et Isabelle.
Adriaen Van Stalbemt ne m’était pas inconnu. S’il n’apparaît pas directement dans le livre de Martin Fahlén (que j'ai eu le plaisir de traduire), il fait partie de ces peintres du début du XVIIème siècle, dans la mouvance des miniaturistes flamands dont fait partie notre Roelandt Savery…

Dans ce tableau, auquel un article de Carole Blumenfeld nous initie, Albert d’Autriche n’est autre que le frère de l’empereur Rodolphe II que Martin Fahlén évoque beaucoup dans Le Tableau de Savery ; qui plus est, lui et son épouse visitent un cabinet de collectionneur, ce qui n’est pas très loin des cabinets de curiosités dont, encore, Martin Fahlén parle beaucoup dans son livre.

Et Adriaen Van Stalbemt, lui aussi, nous ramène à la paix et à la guerre.


Nils Blanchard


Ajout. Du peintre finlandais Pekka Halonen, je croyais avoir déjà parlé en ce blog, mais visiblement (cf. index, à droite, version ordinateur, c’est pratique, il suffit de cliquer…) non.




Pour les gens qui ont la chance de vivre à, ou de passer par Paris…

dimanche 8 février 2026

Les petits marquis / du moins est-ce

Je n’aime pas qu’on rejette l’origine des malheurs du monde sur des castes plus ou moins fantasmées – on sait que cela peut mener à toutes sortes de déviances, au premier rang desquelles l’antisémitisme. Néanmoins, il faut reconnaître qu’une certaine direction de l’Éducation Nationale semble constituer un problème réel. Les petits marquis.

Tommaso Salini, Dédale et Icare - Capture d’écran

Ce sont ceux, par exemple, dans le sillage d’une loi Fillon (!) de 2005, qui ont instauré en France – du moins est-ce ce que j’imagine –, mal traduit d’on ne sait quel « globish », le « socle commun des compétences et des connaissances ». La chose a changé ensuite légèrement d’appellation, dans la marge, marge d’où elle n’est jamais sortie du reste.
Mais je n’y reviendrai pas car il n’en est plus besoin, vu que c’est quasiment (et enfin!) supprimé à l’automne 2025 – du moins est-ce ce que j’interprète de diverses nouvelles orientations : ça ne joue plus de rôle au brevet des collèges ; garde une vague existence pour des affaires d’orientation, peut-être encore pour quelques mois, puis on n’en entendra plus parler.
 
Sauf que.
Quelqu’un se demandera-t-il ce qu’a coûté la chose ? (Mise en œuvre, salaires, réunions, plaquettes, carences dans l’enseignement…) Y aura-t-il quelque responsable qui sera traduit devant un tribunal et qui devra rembourser cette impéritie ?

Sir William Blake Richmond, Icare - Capture d’écran

Récemment, un gouvernement (Gabriel Attal, ministre puis premier ministre) a mis en place dans les collèges des « groupes de niveau ». Bronca de plusieurs syndicats (bon, cela…) La chose s’est faite néanmoins çà et là, et, là où ça s’est fait, les professeurs concernés ont été plutôt satisfaits de ce que ce dispositif offrait (travailler avec des groupes restreints, s’axer sur certaines carences des élèves…) – du moins est ce que j’ai pu voir…

Mais… Les petits marquis n’étaient pas contents. Les mêmes, sans doute, qui, indépendamment des couleurs politiques des gouvernements successifs, avaient maintenus leurs réformes mortifères pour le travail des professeurs (compétences, sigles à tout va, etc.), s’étant vu « doubler », ont semble-t-il décidé que la chose était à supprimer. S’exprime ainsi soudain une « Inspection générale », pour dire que la réforme a été un échec, qu’il faut l’enterrer.

« Inspection générale » ; de qui parlons-nous exactement ?

Jacob Peter Gowy, La chute d’Icare, 1637 - Capture d’écran

D'abord, ce n’est pas l’« inspection générale », c’est l’« IGÉSR », en d’autres termes « l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche ».
Là où il y a du flou, il y a un loup.

Je n’ai rien contre cet animal, du moins est-ce ce que je dis quand il est question du canis lupus

Mais la meute de ses représentations, en l’occurrence…
Qu’est-ce que l’« IGÉSR » ?

Je vous renvoie au site de la chose. On lit là notamment – du moins est-ce ce que j’ai lu quant à moi en priorité… – : « L’IGÉSR concourt à la définition et à la mise en œuvre de la politique ministérielle de l’audit interne, assure des missions programmées par le comité ministériel d’audit interne. »

Bien.
La suite ne m’intéresse plus, du moins est-ce ce que je me permets d’affirmer.

Evelyn de Morgan, Lamentation d’Icare, 1898 - Capture d’écran

J'ai peut-être tort. Ces gens-là ont peut-être raison.

Mais à la lecture d’un article du Parisien du 17 novembre 2025 sur ces groupes de niveau au collège, on apprend via le syndicat Snes-FSU que ces groupes « ne seraient appliqués que par 19 % des établissements » (sachant que « 1441 établissements sur 7000 lui [ont] répondu », ce qui ne pèse pas très lourd, du moins est-ce ce qui me semble, pour un syndicat majoritaire).
Puis le rapport de l’« IGÉSR » (rendu en juin, avec donc moins d’un an d’application dans – peut-être – 19 % des collèges…) est cité de la sorte : « Les groupes de niveau tels que les voulait Gabriel Attal ne sont bénéfiques ni pour les élèves ni pour les personnels ni pour notre système éducatif. Les groupes génèrent stress et instabilité. Les élèves se voient mis en compétition. »
Bon…

Du moins n’est-ce pas ce qui m’avait semblé.


Nils Blanchard

Fleurs / Décalage – Une cinquième saison

C'est Alain Souchon qui chantait – qui chante peut-être toujours ? – «  J’aurais mis des p’tits brins d’bruyère sur ton coeur / Toi qui ...