Cela fait partie de ces choses que personne n’a sollicitées, qui s’ajoutent aux menus soucis du quotidien. « On fait une enquête, vous êtes nuls, vous devez faire ceci, cela… » Comme si les citoyens des différents pays de l’« OCDE » (plus personne ne sait vraiment ce qu’est et ce que regroupe cette chose) étaient les employés d’une espèce d’entreprise mondialisée à laquelle ils devaient rendre des comptes.
Or, non. Non.
![]() |
| Henri Rachou, Allégorie de la Connaisance - Capture d'écran |
On a donc eu le 8 septembre dernier le cyclique rapport PISA, de l’antique OCDE, qui « fonctionne », rappelons-le, avec nos deniers publics.
Or se souvient-on, que, sans broncher, des chalands du genre, il y a quelques années (2009, publié en 2010), s’émerveillèrent du score de Shanghaï – et seulement Shanghaï (et la Chine n’est pas tout à fait une démocratie, je le rappelle, ses chiffres sujets à caution) –, comparé à ceux de pays entiers (pas par exemple, pour la France, à ceux de Paris intra-muros...)
Se souvient-on que les mêmes, gens souvent prétendument « de gauche » portèrent la parole dudit rapport qui reprochait en définitive à certains pays d’accueillir une forte immigration (avec forcément, notamment dans la langue du pays, un moins bon niveau des élèves) lors que l’on portait aux nues les États réduisant leur immigration (et ayant donc comme par hasard de meilleurs « résultats » dans leurs langues nationales…) Les bons scores de PISA semblaient alors aller de pair avec ceux de l’extrême droite (Finlande, Estonie…), notamment – et cela n’a guère changé, pour ce qui est des inégalités entre élèves… Un pays avec moins d’immigrés, moins potentiellement de personnes plus faibles dans la langue d’accueil, plus pauvres en général, va avoir de bien meilleurs « scores ». Du reste, pour cette édition 2025, la Suède de Tidö ne s’en sort pas si mal pour ce qu’on peut en comprendre ; on sait que l’« esprit d’entreprise » (basse goujaterie) insufflée dans ses établissements scolaires les met sous pression, ce qui engendre des « résultats » à court et moyen terme, mais à quel prix, et pour quel avenir (turn over très important des professeurs, épuisement…)
Tout cela dit, pour ce qui est de PISA, il faut mettre ses « résultats » entre guillemets. Quel chercheur, quel journaliste sérieux (et disposant d’une certaine audience…) s’est penché sur la manière dont ces études sont faites – par des fonctionnaires des ministères de l’éducation des différents pays, au passage, prêtés à l’OCDE, payés par les deniers des pays houspillés à remplir des espèces de QCM d’enquêtes au lieu d’être devant des élèves ?
Pays houspillés : certains se sont mis en devoir de suivre les recommandations de ces gens. Allez-y voir en Suède, donc (privatisation des établissements et tutti quanti), en France avec l’instauration de l’inepte « socle commun » – personne n’a encore été capable d’expliquer le sens de cet étrange terme mal traduit du globish – avec force QCM et petites croix fleurant vaguement la Stasi, sur quoi on est enfin revenu, sans le faire disparaître complètement néanmoins.
![]() |
| Allégorie de la Connaissance ; école romaine du XVIIe siècle - Capture d’écran |
Par ailleurs, pas besoin de PISA pour savoir (n’importe quel professeur un peu honnête vous le dira) que la période de la crise du Covid a entraîné une baisse importante du niveau des élèves. Les périodes de chaleur aux alentours de l’été n’améliorent pas les choses (à l’échelle du monde, un rapport de l’Unicef – publié le 10 septembre – montre que 171 millions d’enfants ont vu leur scolarité perturbée en 2025).
Pas besoin de PISA non plus pour comprendre que le temps passé par les élèves devant les écrans détériore considérablement leur faculté de concentration, compréhension, leur niveau de vocabulaire... (Du reste, en maths, le niveau baisse beaucoup ? C’est là aussi que les écrans sont le plus utilisés en cours.)
Ce sont là autant les contenants que les contenus qui sont en cause. Les écrans et ce qui va avec (oreillettes, bruits compressés…, stimuli incessants) détournent les jeunes gens (et les moins jeunes) de la lecture, de la conversation, d’un certain ennui, ou disons, d’un laps de temps d’hésitation, d’attente, qui est aussi une base du travail intellectuel. On pourrait évoquer (pour le contenant), l’excitation liée au média, le manque de sommeil qu’il engendre, la privation d’activités, notamment physiques, dont il est la cause. (Un esprit saint dans un corps saint, etc.)
Quant au contenu… Les réseaux sociaux ; grand Dieu ! Temples de la bêtise, de la couardise (anonymat) et de l’agressivité… Ne parlons même pas de l’IA qui donne tout cuits résultats, processus pour y parvenir, sans qu’aucun travail réel n’ait été fait par un élève (le travail étant pour commencer l’intérêt pour quelque chose, l’effort pour maîtriser une connaissance puis enfin l’aptitude à hiérarchiser les informations et à se forger ainsi une culture. Car non, pardon, un exposé sur un « chanteur » – pour peu que les bêlements que l’on entend çà et là soient du chant – stupide ou un footeux n’a pas la même valeur, non, qu’une fiche sur La Fontaine ou que l’apprentissage d’un court texte de Baudelaire).
![]() |
| Giambattista Tiepolo, Allégorie de la Noblesse et de la Vertu chassant l’Ignorance - Wikipedia |
Bon. Mais ce rapport, 2025… Très mal présenté et difficile à lire comme à l’accoutumé. Une nouveauté, dont semblent s’enorgueillir ses « auteurs » : la « pensée computationnelle ».
Il n’y a plus qu’à tirer l’échelle.
Nils Blanchard
Ajout d’étiquettes du billet précédent : Démocrates de Suède, Göteborgs Posten.
_All%C3%A9gorie_de_la_Connaissance_-_Henri_Rachou_-_Union_des_Acad%C3%A9mie_et_Soci%C3%A9t%C3%A9s_savante_de_Toulouse_81x41.jpg)
















.jpeg)

