vendredi 3 juillet 2026

Art, nature, sciences… Singe nu

Écouté un peu par hasard une partie de l’émission L’Heure philo, de Patricien Martin (le 20 mars 2026 sur France inter). Alain Badiou y devisait du concept de nature, en lien à son dernier livre.
Bon, j’ai voulu réécouter sur le site de la radio le moment qui m’intéressait, mais il faudrait pour cela créer un compte, comme chez un marchand de fripes. De plus en plus, me semble-t-il, les comptes ne font pas les bons amis.


Peu importe ; c’est vers le milieu de l’entretien, à deux reprises, Alain Badiou de remarquer que la science d’un côté et, de l’autre, son « exact contraire » (je cite de mémoire, me trompe peut-être dans les mots), l’art, avaient l’une et l’autre un rapport privilégié à la nature.

Alors, forcément, j’ai pensé à André Dhôtel, à la fois artiste et féru de sciences, en tout cas de sciences naturelles (étude des plantes, champignons…), comme l’illustrent bien les couvertures des rééditions (qui datent déjà un peu, les rééditions) des (fort belles) éditions Libretto.

Dans la même mouvance, on pourrait ajouter George Sand, Germaine Beaumont…


Mais j’ai repensé aussi à ce concept théâtral des binômes, duquel il a été question dans cet article. Là, my brother intervient régulièrement.
On lit sur la page de présentation cette explication de Thibault Rossigneux (le directeur artistique de la compagnie) :

« (.) C’est avant tout l’envie de faire se rencontrer deux individus évoluant dans des milieux très différents mais passionnés par leurs activités réciproques. L’un consacre sa vie à la recherche l’autre à l’écriture. binôme permet de découvrir de façon non didactique la Science qui devient une source féconde d’inspiration pour la Théâtre contemporain. Ces deux univers, à priori si différents, s’enrichissent mutuellement et donnent vie à une œuvre artistique originale et riche. (…) »

« Exact contraires » chez Badiou – est-ce si sûr ? – ; « milieux très différents » pour T. Rossigneux…
Dhôtel, entre ces rives, navigue comme guidé par des signes d’autre monde… Allez-y voir !


Ça me ramène à Sanja Särman (illustratrice de la couverture des premier et troisième livres de Wera von Essen), qui est donc peintre, mais auteure aussi. Elle a publié son premier livre l’année dernière (je ne l’ai pas encore lu…) et, avant cela, avait (entre autres) publié ces “Letters from Plants to Humans” in The Cosmic Bulletin, published by the Institute of the Cosmos in collaboration with The Riga International Biennal of Contemporary Art 2, RIBOCA2 (2020). Ça commence ainsi :

« We sustain the biosphere. Out of mercy, the naked monkey will say. But mercy is a human concept. Our so-called mercy is elegance, nothing but elegance. We are merciful in the sense that the whole planet basks in our beauty. You should be grateful that our rootlets unwind like this, that our boughs bow down like that, and if you are not grateful, you will kill us. All the worse—for you. We are too elegant for retaliation. We will accept death. We are the Plants, and you live at our mercy. But mercy is a human concept. We do not see it that way. We do not see at all. Seeing is already sacrilege. »

J'écrivais justement à Héloïse Combes quelque bavardage à propos de cécité, parce qu’il en est question dans de récents articles de Patrick Bléron, dans le blog Alluvions (en lien de celui-ci, etc.), fascinants (ces articles) en lien à Tirésias (entre autres, via Cesare Pavaese…) et… Ernst Jünger, l’écrivain entomologue, qui à sa manière s’y retrouvait aussi entre les contraires, science et art, voire… Occupation et francophilie ; il participa pendant la guerre aux déjeuners de Florence Gould ; c’est une autre histoire évidemment.


Nils Blanchard


Ajout : Et voilà les binômes (compagnie Les Sens des Mots), à nouveau, en Avignon ; dans quelques jours…

samedi 27 juin 2026

Encore une blogueuse en retrait / Les zélés tapageurs

Un peu par hasard, forcément, tombé sur un blog où, en mai 2026, l’auteure annonce son « retrait ». 
Bon, y trifouillant par curiosité caniculaire (un 26 juin, Grand Est alerte rouge, etc.), je tombe sur un article sur les méga-bassines (de 2022).

NB - Londres, printemps 2026 ; Les deux clochers ?

À la suite de « quelques grands groupes financiers » aux « idées géniales », pour faire face au manque d’eau ici et là, des zélés tapageurs promeuvent – et construisent ! Sans enquête sérieuse… – des méga bassines. « Comme le niveau de l’eau baisse dans les nappes phréatiques, on peut artificialiser une vaste surface de sol en surface (plusieurs terrains de football [Ah, non ! Ne me parlez pas de football !]), pomper l’eau en grande profondeur puis l’étaler au soleil (de 20 à 60% d’évaporation quand même!) et à la pollution (bonjour les bactéries et les microalgues) et ceci afin de l’utiliser ensuite plus facilement en toutes saisons.
Et si elle est trop polluée pour être utilisée, c’est encore mieux car on vendra des produits chimiques pour tuer le vivant qui s’est installé dedans. Il faut penser aussi aux emplois de l’industrie. Elle est pas belle la vie ? »

Puis bientôt, peut-être, les bâtiments de France et de Navarre seront hérissés de grilles de rejets de chaleur des climatiseurs lepéniens. Sans même réfléchir à un problème dont on niait l’existence il n’y a pas si longtemps, voilà pour ces gens la solution : équiper tout le monde de climatiseurs, ce qui sera dispensateur d’énergie et, en ville notamment, rendra les rues encore plus chaudes…

Déjà, j’ai eu à faire face à quelque vague sympathisant de ces zélés tapageurs, qui m’a reproché d’être un adepte du « Vous voyez bien que j’ai raison ». À mon avis, ça pourrait devenir l’argument trumpinolien des prochaines semaines : on arrivera à démontrer que les « écolos » (le terme est devenu une insulte) avaient tort d’avoir raison…

Eh ! Mais coco ! J’aurais largement préféré avoir tort !

NB - Londres, printemps 2026

Or donc, ce blog d’Annbourgogne d’annoncer, en mai 2026 : « C’est un peu triste après autant d’années mais je suis à un moment charnière de ma vie où je ressens le besoin d’une réorganisation et, disons-le, d’un retrait. Une forme de distance par rapport au bruit du monde. Il se peut que je partage parfois une image ou quelques mots, je ne me l’interdis pas, nous verrons. »
Ça rappelle d’autres évoqués ici, la moindre n’étant pas Sandra Holmqvist. Moi-même, ne conçois pas cette petite manie blogueuse comme un engagement devant l’éternité.

Mais, puisqu’il était question de juin ; en juin 2026, j’ai dépassé allègrement les 11 000 « pages vues », ce qui aurait tendance à montrer que mon modeste site intéresse, çà et là, quelques âmes dans telle ou telle masure du village planétaire…



Et puisqu’il était question de mai, j’ai lu avec grand intérêt la partie du numéro d’Europe de ce mois, consacrée à Jean-Loup Trassard, disparu en janvier (le reste du numéro, Jane Austen notamment, n’est pas sans intérêt non plus…)
Jean-Loup Trassard, son écriture, son univers ; disons-le, sa Mayenne, c’est un peu l’inverse des zélés tapageurs évoqués plus haut.
On lit dans ce numéro d’Europe, dans un entretien de 1994 avec Jean-Baptiste Para (il est question de la disparition d’une certaine ruralité) :

(J-L. Trassard) « Aujourd’hui ce que l’on supprime n’est remplacé par rien. Or il y avait là un trésor d’ingéniosité, tant en ce qui concerne le travail de la terre que les artisanats qui en découlaient. (…) Je reste persuadé qu’une autre politique agricole aurait pu être mise en œuvre. La dégradation dont on nous dit qu’elle est inévitable, on n’a rien fait pour l’éviter. Tout n’a été qu’incohérence, soumission aux exigences de rentabilité à court terme. »


Nils Blanchard

mardi 23 juin 2026

De la retenue / Poésie, pas partout

On a parlé récemment de Michel Lamart, pour son Terrain vague
Il a aussi publié (entre autres… et éditions Les Lieux-Dits, 2026) un petit recueil de poèmes intitulé Peut-être.

(Dessin d'illustration: Jost Schneider)

Là, un long poème de plus de quatre pages, où l’on lit notamment – avec une jolie œillade à Sôseki… – (pages 14-14) :

« Les espèces fondent
Aussi vite que les glaces
À vue d’œil
Et nous nous endormons
Sur des oreillers d’herbe
Pour étouffer
Nos peurs
Et notre mauvaise conscience.

(...) 

Peut-être
Est-il urgent
Et nécessaire
De repenser
À l'humain
À partir
De la nature ? »

Peu de temps après la lecture de ces lignes, on apprenait – Météo France – que le printemps 2026 avait été le plus chaud jamais enregistré en France.


Peu de temps après encore, on assistait à un spectacle affligeant à l’Assemblée Nationale, déjà oublieuse en grande partie, semble-t-il, de la petite canicule printanière récente, et n'anticipant guère d'autres à venir. Approbation en première lecture, le 2 juin, d’un « projet de loi d’urgence agricole ».
En même temps, cette assemblée est tellement fractionnée, d’une part, prise en otage, d’autre part, par les blocs extrêmes qui eux restent unis derrière leurs chefs, qu’on a du mal à cerner l’orientation de ce « projet de loi d’urgence agricole ».

On constate en tout cas, que comme au temps « Tidö » du gouvernement Barnier, l’extrême droite a joint ses votes à ceux des soutiens du gouvernement. 
Pêle-mêle, parmi ce qui semble là le plus inquiétant (source : Le Monde et AFP, 2/6/2026) : facilitation de la construction d’ouvrages de stockage d’eau (dont les fa(u)meuses bassines). Aussi, un article permet la création par le préfet d’une zone tampon inconstructible en bordure de parcelles agricoles, pour limiter l’exposition des personnes aux pesticides. Là, on est en pleine folie : on reconnaît la dangerosité des pesticides ; on les trouve même si dangereux qu’on veut en protéger la population. Bon. On interdit les pesticides, alors ? Non, on crée des sortes de no mans lands, dans cette sorte de guerre que l’avidité des gens mène à la nature… Encore, une disposition visant à favoriser l’élevage intensif (avec l’allègement des contraintes administratives actuelles lors de travaux liés à cet élevage…)

L'ensemble est parachevé par la mention du loup, hoûûûûûûûûûh… qui sera plus facile à chasser.

Tant il est vrai, que, forcément, là où il y a du flou…


Nils Blanchard


Ajout. En ces temps de canicule et de vulgarité la plus crasse (ceux-là même qui ont nié le réchauffement climatique se dandinant sur les estrades en formulant des solutions miracle – et désastreuses...), Marc Bloch entre aujourd'hui au Panthéon. 
Encore une fois, je ne sais trop que penser du système du Panthéon. Mais quant à Marc Bloch...

Marc Bloch - Capture d'écran


Petit hasard, j'ai terminé aujourd'hui même un cours sur la IIIème République de la sorte : 

« Parmi diverses évolutions à partir de 1871 et l’avènement de la IIIème République, figurent :
– Les fois Ferry, 1881-1882.
– L'affaire Dreyfus, 1894-1906.
– La loi de séparation de l’Église et de l’État, 1905.
Peu à peu, c’est une certaine France contemporaine qui se crée, basée sur un certain universalisme ; l’égalité de tous les citoyens.
C'est cela, aussi, qu’a défendu Marc Bloch, torturé puis exécuté par les nazis, qui entre le 23 juin 2026 au Panthéon. »

jeudi 18 juin 2026

Il y était donc encore ? / Rien à voir. Enfin, si : David Hockney

Je me suis souvent défié des gens accordant a priori l’étiquette de la sagesse à la vieillesse.
Là, on a l’exemple d’un homme (relativement) âgé et semble-t-il malade (mais pas mentalement), qui arbore une certaine figure du sage dans son blog, et qui d’ailleurs partage son expérience (littéraire, philosophique parfois…) avec générosité et souvent de manière bien intéressante.

David Hockney - Royal Academy, London, janvier 2012 - Wikipedia

Je veux parler de Thomas Nydahl (blog « Nydahl Occident »), en lien indirect de celui-ci via « Nordic Voices in translation » et « Bernur »…
On lit en effet avec une certaine consternation ce qu’il écrit le 15 juin (sous un titre un peu redondant : « Sociala medier och dumheterna » / « Réseaux sociaux et idioties ») :

« () Jag behöver egentligen inte ens förklara varför. Men jag stängde både Facebook och Instagram. Allt det som är bra, konstruktivt och till glädje förstörs av det destruktiva och ovänligt nedbrytande. (…) »

« () Nul besoin d’expliquer pourquoi. Mais j’ai quitté Facebook et Instagram. Tout ce qui est bien, constructif, source de bonheur, y est abîmé par le dénigrement destructeur et haineux. (…) »

Il y était donc encore ?
Évidemment qu’il n’est pas nécessaire qu’il explique pourquoi il quitte ces choses ; on peut se demander en revanche ce qu’il y faisait, et depuis longtemps semble-t-il…

David Hockney, The Queen's Window,
Westminster Abbey - Wikipedia

On me dira : qu’en sais-tu ? Tu n’y vas pas…
C'est l’argument des lepénistes 2.0 : « il faut l’essayer... » Eh ! Pourquoi n’essaieraient-ils pas de lécher un trottoir, pendant qu’ils y sont ?

Bon. Rien à voir à peu près, mais pendant la période du Covid, j’ai trouvé je ne sais où sur le net – sur un blog, vraisemblablement, qui peut-être lui-même tirait ces images de quelque « réseau » « social » ? ; on pourrait dire alors, d’une certaine manière, que j’y suis allé indirectement… – des images peintes sur tablettes (sur « ipad ») par David Hockney.
Eh ! David Hockney. Mort le 11 juin 2026.

Il se trouve (ce genre de chose m’arrive parfois), que j’ai écrit un poème sur lui, autour de lui… sur ses paysages comme étrangement dhôteliens.

NB - Ardennes

Les 14 et 16 juin 2026 (en partie dans le train) : Début d’été encore

Aux contreforts de la Champagne
ou de l’Ardenne allez savoir
Gare étrange gris Mitterrand
David Hockney n’y saurait voir

les pommiers en fleurs de la Normandie,
les herbes et champs folâtres qui rient
/ qui riaient,
sur sa tablette
lors des confinements

Le train vrille au cœur des campagnes
sa vitesse et en désespoir
de cause on fixe un monument,
un arbre, une vache, un terroir…

à travers la vitre aujourd’hui salie
au milieu d’aliens sur leurs écrans gris
Lui, peignait
sur sa tablette
Il est mort maintenant


Nils Blanchard


vendredi 12 juin 2026

Nostalgie, encore

(Et ça commence bien, un arbitre est empêché d'entrer aux États-Unis pour des raisons de xénophobie et de racisme. Ça ne semble pas gêner tous ces gens. Il arrivait des Somalies, voyez-vous ça...
Bon, mais les footeux ont-ils vraiment besoin d'arbitres ?)

Wolinski - Charlie Hebdo, 1982

(Dessin reproduit dans Le Monde le 9 janvier 2015.)

La nostalgie redeviendra-t-elle jamais ce qu’elle fut demain ?


Nils Blanchard

dimanche 7 juin 2026

Fragments / Reflets du blog

Christine Epstein a écrit (éditions Pierre Mainard, 2025) un beau livre d’aphorismes que je ne saurais trop recommander. Tenez, page 33 : « Remerciez les gens qui vous envoient balader, ils vous aident à retrouver un chemin. »

Capture d’écran

 Exposition sur Hilma af Klint au Grand Palais (avec la collaboration du Centre Pompidou) c’est du 6 mai au 30 août 2026.
On lit sur la page de présentation de l’événement : que son œuvre a « bouleversé la chronologie de l’art moderne. Pour la première fois en France, découvrez l’univers visionnaire de Hilma af Klint (1862-1944) ». Cela, pour la période 1906-1915. Bon, pour la première fois en France, peut-être, mais j’avais quand même évoqué cette peintre il y a environ un an.

Capture d’écran – Gabrielles blogg ; Västerbron, 1936. (Photographe :
Cronquis Gustaf W:son ; source Stadsmuseet, Fotonummer : CRD 23.)

Autre date, 1936.
Ça vient d’un article du 13 mai 2026 de Gabrielle Roland Waldén – Gabrielles blogg –, narrant une série d’événements abracadabrantesques ; victime d’une intoxication alimentaire, elle est conduite à l’hôpital, où la rejoint son fils à vélo. Elle repartira en taxi chez elle dans la nuit après une batterie d’examens, mais son fils, en rentrant à vélo, passe par le Västerbron (le Pont de l’Ouest). On apprendra aussi qu’un aviateur dans les années 50 est passé en dessous avec un Saab…) Mais le fils cycliste a été acteur d’une fait divers assez triste :

« Klockan var halv 2 eller så på natten och bron låg öde, inte en enda nattvandrare, inte en enda bil, buss eller cykel. Tomt. Men uppe på krönet höll en ung kvinna på att försöka klättra över räcke och säkerhetsstängsel för att kasta sig ut. Sonen stannade förstås och talade med henne. I smyg larmade han polisen som kom snabbt med släckta lyktor. Kvinnan sprang iväg mot Långholmen tätt följd av en vältränad polis. Sonen kunde fortsätta hemåt igen. Dramatisk kväll och natt. »

« Il était vers les une heure et demie du matin et le pont était désert ; pas un noctambule, pas une voiture, bus ou vélo. Vide. Mais en haut du pont une jeune femme essayait de franchir la balustrade et la barrière de sécurité pour se jeter dans le vide. Alors forcément mon fils s’est arrêté et lui a parlé. Discrètement, il a appelé la police qui est arrivée rapidement, sans les gyrophares. La femme s’est enfuie vers Långholmen suivie de près par un policier sportif… Mon fils a pu reprendre son trajet vers la maison. Soir et nuit dramatiques. »

(Långholmen est une petie île au centre de Stockholm où des bateaux sont remisés en hiver, et mouillés l’été ; il y a là une ancienne prison qui sert d’auberge de jeunesse et d’hôtel. J’y ai vécu pas mal de temps…)

Bon, mais la photo qui accompagne l’article date de 1936.
Une photo de votre humble serviteur du même pont doit dater du tout début du vingt-et-unième siècle, illustrant un billet paru il y a plus de deux ans.

Mais, dans un article du lendemain de celui de Gabrielles blogg, sur le site « Vu de la hune », apparaît une photo de Willy Ronis de… 1936. Eau et ville encore.

Willy Ronis, La Place de la République,
1936 - Capture d’écran

Mais retour à la capitale suédoise, dans le blog de Julia Eriksson cette fois. Là, soudain, la photo d’une rue de Stockholm (quelque part vers Södermalm), me ramène à des temps (relativement) anciens. Coup de blues… Aussi, étrange circonspection… Quoi, je ne pourrais, maintenant, sortir simplement de chez moi et me retrouver là, comme cela m’arrivait alors ?

Capture d’écran - juliaeriksson.se

Quels gens passent, maintenant exactement, que je ne peux approcher, croiser ?
Cette réalité est là, à portée de regard ; la photo date d’il y a quelques jours vraisemblablement (l’article date du 13 mai…) ; elle aurait pu avoir été prise il y a quelques minutes et publiée de suite ; c’est la « magie » des blogs… Semblant d’accès à une autre réalité ; mais en même temps…


Nils Blanchard

mardi 2 juin 2026

Agréable et inquiétant / desassossego

23 mai. Promenade vers midi dans la bonne ville d’Haguenau. L’été s’est abattu ici comme ailleurs, soudainement. Je ne déteste pas la chaleur. C’est plutôt agréable, que de se promener sous le ciel bleu et clément où chahutent des martinets crieurs.
Et inquiétant.

NB - Forêt d’Haguenau

Je pourrais en dire autant des cloches à toute volée de l’église Saint-Georges, qui rappellent une certaine enfance, en Mayenne où les cloches ont été assourdies par on ne sait quel fâcheux qui ne les supportait pas dans le village…
C'est agréable bien sûr les souvenirs d’enfance. Mais les cloches ramènent au temps bien sûr… On ne va pas parler des farandoles de la dame à la faux… mais :

« Vem är du ?
– Jag är döden.
– Kommer du och hämta mig ?
– Är du beredd ?
() »

Bon, là ; faut-il traduire ? (« Qui es tu ? / – Je suis la Mort ! / – Viens-tu me prendre ? / – Es-tu prêt ? » C’est dans Le Septième sceau, bien sûr…)

Pedro Pruna, Alegoria, 1944 - Capture d’écran

On pourrait enchaîner sur La Fontaine ; un des plus beaux textes de la littérature française…

« La Mort ne surprend point le sage ;
Il est toujours prêt à partir,
S'étant su lui-même avertir
Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps :
Qu’on le partage en jours, en heures, en moments,
Il n’en est point qu’il ne comprenne
Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine ;
Et le premier instant où les enfants des rois
Ouvrent les yeux à la lumière, (…) »

NB - Haguenau, fin mai 2026

Mais, Haguenau. Je tombe (façon de parler) sur une pancarte : « Les rencontres de l’écologie 
optimiste ». J'avais déjà vu ça l’année dernière. Ces gens sont gentils, vraisemblablement. Mais vont-ils arrêter de déconner trois secondes ?
Il faudrait que l’écologie soit « optimiste » pour ne pas être assimilée à l’écologie jetée en pâture depuis quelques années, via réseaux d'autres fâcheux, aux conducteurs de panzers et adeptes d’on ne sait quelles théories jetant l’opprobre sur les défenseurs de l’environnement, accusés d’être « punitifs ».
(Il est vrai que certains tartuffes, il y a quelques décennies, soixante-huitards tombeurs de de Gaulle puis maastrichtlisbonnisateurs, qui ont fini leur carrière à commenter du football, n’ont pas dû faire beaucoup de bien à la cause...)


Puis est-ce que je peux écrire qu’il y a autre chose encore que de l’inquiétude ? Le billet précédent évoquait Wera von Essen, ma lecture d’En Emigrants dagbok. Pages 233-234, on lit : « Kanske inte ångest, men oro. Desassossego. (…) Orons bok heter Livro de desassossego. Den brasilianska oron skiljer sig från den portugisiska. Den är mindre melankolisk och mer brutal. »

« Pas de l’angoisse peut-être, plutôt de l’inquiétude. Desassossego. [Aussi traductrice du portugais, elle se trouve alors au Brésil.] (…) Le livre de l’intranquillité, en portugais c’est Livro de desassossego. L’inquiétude brésilienne se distingue de la portugaise. Elle est moins mélancolique et plus brutale. »

On parlait du chat, noir, aussi… À la page suivante, Wera von Essen est confrontée à des cafards dans son logement (pas des souris, cette fois). « Vad gör jag ? Det kommer inte att bli bättre. Och ytterligare en. Som den svarta katten såg. »

« Qu’est-ce que je fais alors ? Ça ne va pas s’arranger. Tiens, encore un. C’est le chat noir qui l’a vu. »


Nils Blanchard


Ajout : en lien de ce site (indirect, via Alluvions), Terrestres informe de la tenue d’une table ronde à Paris, le 3 juin, avec les anthropologues Barbara Glowczewski et Nastassja Martin. De cette dernière, il a été question notamment ici. Thème de la rencontre : « Rêver plus loin : sur la puissance politique du rêve. Tout un programme. 

Art, nature, sciences… Singe nu

Écouté un peu par hasard une partie de l’émission L’Heure philo , de Patricien Martin (le 20 mars 2026 sur France inter ). Alain Badiou y de...