lundi 7 septembre 2026

Approches / Pomme

J'ai été la cible d’une tentative de fraude assez… têtue. Rien d’exceptionnel (malheureusement), mais, lors qu’on approche des élections en Suède, qui nous débarrasseront peut-être de Tidö, on peut tâcher d'en tirer quelques enseignements.

NB - Entre Aube et Haute-Marne, août 2026

Voilà la chose : le 13 août, vers 16h30, un type m’appelle (07 quelque chose) pour me dire qu’il a un colis chronopost à me livrer. Il a mon nom, mon adresse.
Il me demande un code que je viens de recevoir sur SMS (à 4 chiffres), je lui donne ; il me dit qu’il arrive dans cinq minutes. Quinze minutes environ après, je reçois une série de notifications de Bouygues télécoms m’informant d’une série d’achats de services « Apple » à 9,99 euros (par SMS) ; et c’est suivi d’une notification de Bouygues m’informant d’un dépassement de forfait de près de 100 euros. Je vérifie sur mon compte client via l’ordinateur : en effet…
J'appelle Bouygues télécoms (1064) ; impossible d’avoir leur téléphone sur leur site ; j’ai dû me renseigner par internet… Tombe sur une fille à l’accent difficilement compréhensible, qui d’abord me renvoie vers « Apple » ! Puis s’engage à contacter le service fraudes et me dit que normalement, je n’aurai rien à payer ; ce sera effacé de ma facture du 2 du mois…

Quelques minutes après, appel d’un bonhomme (01 truc), se présentant comme quelqu’un du service des fraudes de la banque, très convaincant… Mais il se montre un peu désarçonné quand je lui dis que je n’ai pas de smartphone, que je ne pourrai cliquer sur nul lien… Puis, pris d’un doute – pas si pomme –, je raccroche, il essaie de rappeler…

J'appelle ma banque ; un employé vérifie que tout est en ordre, puis entreprend de me vendre un service juridique. Il m’explique, aussi, que mon cas serait lié aux piratages du trésor public et de Bouygues télécoms !…

NB - Entre Aube et Haute-Marne, août 2026

Le rapport avec les élections suédoises ? Je lis dans le blog de Thomas Nydahl (le 13 août 2026) une citation de George Orwell :

« Totalitarismen har avskaffat den fria tanken i en, under tidigare epoker, aldrig tidigare skådad utsträckning. Och det är viktigt att inse att dess kontroll av tanken inte enbart är negativ, utan också positiv. Den inte bara förbjuder dig att uttrycka - till och med att tänka - vissa tankar, men den dikterar också vad du ska tänka, den skapar en ideologi åt dig, den försöker styra ditt känsloliv lika väl som att sätta upp en kod för hur man ska uppträda. (Ur George Orwell, Litteratur och totalitarism, radioutsändning 21 maj 1941, i essäsamlingen Som jag behagar, översättning av Peter Handberg). »

« Dans le passé, le totalitarisme a supprimé la pensée libre à un point difficilement dépassable. Et il est important de considérer que son contrôle sur la pensée n’est pas uniquement négatif, mais aussi positif : il ne se contente pas de t’interdire d’exprimer – et même de penser – certaines pensées, mais il dicte aussi ce que tu dois penser, il te fabrique une idéologie, essaie de gouverner ta vie sentimentale, et d’installer un code de bonne conduite. (George Orwell, Litterature et totalitarisme, émission de radio du 21 mai 1941, dans le recueil d’essais Comme bon me semble, traduction [en suédois] de Peter Handberg. »

Bon, mais T. Nydahl, ensuite, s’empresse de parler de sa jeunesse ; les temps, n’est-ce pas, deviennent si sombres… (Eh ! Coco, je voudrais bien te voir, à 20 ans, charger hors d’une tranchée, mettons fin 1914, début 1915, derrière un officier aussi exalté qu’incompétent, écrivain pourquoi pas… « Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre... » Mais je m’égare…)
Et d’enchaîner sur le danger islamiste.

Bon. Le danger islamiste n’est pas à minimiser, et se combat.
Mais en ce qui me concerne, ce qui a récemment essayé de « conduire ma vie…... », ce sont ces interlocuteurs téléphonés, gredins ou gens de confiance, qui laissent passer quelques instants, infimes, de blanc, d’incompréhension, quand je leur dis : « Non, je n’ai pas de smartphone. »

Et non, je n’en ai pas ; pas encore…

Et quant à cliquer sur des liens… Non, je ne veux pas être une simple prolongation de chiffres embrassés par un QR code.
Non. 


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du dernier billet : Jan Stolpe, écrivains prolétariens, Jean-Eugène Buland.

Ajout. Au moment où j’avais rédigé ce billet, l’avais préparé pour parution dans le blog, je reçois ma facture téléphonique, qui prend en compte, contrairement à ce qu’on m’avait annoncé, les près de 100 euros volés.
Je recherche et retrouve, à nouveau, un numéro pour appeler le fournisseur téléphonique – qui, encore une fois, n’affiche aucun numéro téléphonique sur son site internet, où qu’on cherche !
Après m’être débattu à « négocier » – ou comment appeler cela ? – avec une « intelligence » artificielle pour obtenir enfin un contact humain, je tombe comme la fois précédente sur une personne avec un accent étranger, mais très compréhensible cette fois et courtois. Il m’informe que je dois aller porter plainte et transmettre copie de la plainte à Bouygues...


NB - Entre Aube et Haute-Marne, août 2026

Là, au moins est-on accueilli par des gens. Ah, évidemment, la police n’est pas encore sous-traitée, privatisée… c’est aussi sans doute ce qui permet à un état de droit de le rester.

On se sent exclu sur ces « plateformes » où l’on veut à toute force vous faire discuter avec des « IA », vous forcer à utiliser des médias alternatifs à la parole humaine, au contact direct (formulaires de réponses, d’« explications » préparés…)
Il y a là quelque chose, oui, de foncièrement inhumain – même si le mot « inhumain » est à prendre là en son sens premier ; pas humain : ce n’est pas forcément malintentionné…
Mais ce n’est pas un hasard si j’avais placé ce billet, dans mes petites archives (j’y conserve mes articles par thèmes) à la suite de deux autres :

« Exclusion / Retour d’un blog » (8 novembre 2025), 


Avec le temps qui passe par là-dessus...

- Ajout : score très haut, hier 6 septembre, dans un certes petit Land allemand, de l’extrême droite. Airs bonhommes du leader de la chose, mais quand on entend les « arguments » de ses partisans, on en demeure circonspect : ces gens n’ont rien appris, rien compris, à rien, ni sur le long terme (80 ans), ni à l’échelle de leur existence ?


- Il y aura bientôt les élections en Suède. Les médias (ceux que je fréquente un peu, via internet) sont saturés de publicités jaunes avec une petite abeille-bonhomme (cf. plus haut)… Ces pubs gentillettes (énervantes car l’abeille bouge et dérange la lecture…) sont le fait de gens bien peu recommandables et guère partisans de la protection de l’environnement : les « Démocrates » de Suède (il faut mettre des guillemets partout, en nos temps étranges) !


NB

mercredi 2 septembre 2026

Gammalsvenskby, 1929 / Et Giono

On peut avoir des nouvelles de Gammalsvenskby sur le site en lien de celui-ci, qui lui est dédié. On y lit, malheureusement, des « informations de guerre » (le site peut se lire en anglais ou en suédois) rarement réjouissantes. Ainsi, il est rappelé régulièrement que, du fait des agressions répétées de la Russie qui ont particulièrement touché cette région, il n’y a plus dans l’ancien village, actuellement, que deux habitants.

Arrivants de Gammalsvenskby à Jönköping, aoüt 1929 -
Jönköping Nordiska Musset ; Digital Museum

 Là, c’est sur le site de la SOV (association des amis des Esto-Suédois) en lien de ce blog aussi… que l’on entend parler du « vieux village suédois » en Ukraine, à travers une conférence, fin août, sur la migration ratée vers la Suède en 1929 ; plus exactement, on parle là des migrants de Gammalsvenskby qui se sont installés (ou qui ont essayé) à Jönköping (à savoir, est-il précisé, à peu près le tiers de l’ensemble du groupe en migration).

Depuis sa création après le déplacement punitif par Catherine II d’une grande partie de la population de Runö (des Esto-Suédois) en 1781 (1200 personnes, rappelle Peter Hedfors sur le site de la SOV, dont environ 500 seraient arrivés vivants à « bon port »…), Gammalsvenskby a réussi à garder des attaches, des us et coutumes, de son passé esto-suédois et, indirectement, suédois. Dans un contexte non dénué d’une certaine idéologie (crainte de l’URSS, volonté de rapatrier en Suède les tenants du « sang national »…), cette migration a dû susciter bien des incompréhensions (et des découvertes?) des deux côtés. Rappelons qu’une grande partie des Esto-Suédois accueillis a voulu repartir vers l’Ukraine après quelques mois.
On y reviendra. 

Arrivants de Gammalsvenskby à Jönköping, aoüt 1929 -
Jönköping Nordiska Musset ; Digital Museum

Bien. Mais Giono, là -dedans ?
Je venais de rédiger un billet où je montrais un peu d’énervement à l’encontre de Thomas Nydahl, et sa posture abstentionniste aux élections suédoises.
Mais voilà que retournant à son blog (un peu par désœuvrement, fascination pour l’écran… Il était temps que j’aille passer quelques jours – beaucoup moins que ce que j’avais prévu, mais il y a eu, n’est-ce pas, des circonstances indépendantes de ma volonté… – dans un de ces coins éloignés de tout, du côté de Jean-Loup Trassard peut-être, presque autant dans le temps que dans l’espace pourrait-on dire ; une de ces maisonnettes de rêvasserie où je ferais presque figure de fantôme, tant il est vrai que certaines fantasmagories paraissent plus réelles que telle ou telle farce contemporaine…) Retournant à son blog, donc, le lendemain (mais à une heure du matin… on peut donc dire quasiment le même jour ; le 19 août 2026), je tombe sur un article sur Jean Giono, plus exactement sur une traduction de Un de Baumugnes, roman, explique Thomas Nydahl, de… 1929.


Bon, pas de quoi néanmoins s’emballer sur les hasards des chiffres… ce qui est un peu étonnant, c’est que Un de Baumugnes, c’est un des deux livres que j’avais emporté dans ma petite marche en Auvergne, et que j’étais, ces 18 ou 19 août, en train de le finir. 
La traduction (de Jan Stolpe) en suédois du livre, Mannen från bergen (L’Homme de la montagne), date de 2013. Thomas Nydahl l’a lu en deux soirées. Pas moi ; je lis lentement, principalement parce que je lis, surtout en ce moment, plusieurs livres en même temps (surtout quand il y a des bibliothèques dans les gîtes d’étape...).

Je connais très peu Giono ; une remarque de ce genre (page 99 de mon édition du Livre de Poche) : « Les femmes, voyez-vous, ça complique beaucoup la vie. » ; cela fait d’abord sourire, puis…

Mais en lisant la belle préface de Michel Gramain de mon livre, je retrouve des thèmes très dhôteliens : le jeu sur les toponymes, la vie rurale, le mal et le bien, même la place de la religion… Que sais-je encore.
Et pourtant au début de ma lecture, j’ai eu un peu de mal à suivre, même si étrangement, l’usage du patois provençal pouvait me ramener à une lecture à peu près concomitante : Conversation avec le taupier, de Jean-Loup Trassard, dont il était question (c’est un hasard…) plus haut.

Jean-Eugène Buland, Bonheur parental, 1903 -
Capture d’écran, qui pourrait illustrer Un de Baumugnes

Thomas Nydahl de remarquer : « Den får mig att tänka på sådant jag läste av Ivar Lo och andra arbetarförfattare, då de utifrån egen erfarenhet gestaltade människor som kallas små bara för att de är så många, människor vars storhet består i att de sliter med jorden för att vi alla ska ha mat att sätta på bordet. »

« Ça m’amène à penser à ce que j’ai lu d’Ivar Lo et autres auteurs prolétariens, quand ils dépeignent, à partir de leur propre expérience, les gens considérés comme petits simplement parce qu’ils sont si nombreux, gens qui sont en fait grands parce qu’ils peinent à travailler la terre pour que nous autres aient à manger. »

Eh, il y aura à redire, aussi, sur les écrivains prolétariens…


Nils Blanchard

jeudi 27 août 2026

Sjukdomen / La maladie

Ulrika Nettelblad a un blog en lien de celui-ci. Je pouvais difficilement passer à côté d’elle – encore fallait-il quand même, et je ne sais plus comment ça s’est fait, être mis en relation avec son site –, vu qu’elle est une vraie écrivaine (pour dire les choses rapidement, elle ne renonce pas si facilement à ses écritures), basée sur l’archipel d’Åland, qui peut apparaître comme une sorte de paradis de Suédois d’ailleurs.


 Bon, mais bref. Son livre, son premier roman, Sjukdomen La Maladie – est paru en août (2026). Je l’avais commandé, l’ai reçu, me suis mis à le lire très vite… (Plus exactement : assez lentement, car c’est en suédois bien sûr, et mon suédois n’est pas parfait, loin s’en faut…)
Mais, première bonne surprise : la lecture est aisée, ce qui pointe un style maîtrisé.
Puis très vite, on entre dans les vifs du sujet (forcément...)

Ulrika Nettelblad est médecin (psychiatre). On s’attendait donc à une histoire de soins, d’hôpitaux… Quelque chose de pas forcément très réjouissant.
Mais il apparaît – même si le personnage principal est étudiant en médecine – que c’est surtout de maladie d’amour dont il est question.

Qui plus est, le récit ne sera pas sans humour ; dès la page 9, le personnage principal, Nils (il s’appelle comme ça, je n’y peux rien), observe avec une circonspection non dénuée d’un certain agacement une de ses condisciples de fac : « Det värsta var inte att hon betedde sig som om hon alltid hade rätt, utan att hon oftast hade det. » « Le pire n’était pas qu’elle se comportait comme si elle avait toujours raison, mais que, le plus plus souvent, elle avait raison en effet. »

Derrière cela, on assiste à un contexte électoral où les Démocrates de Suède « sortent du bois », pour ainsi dire. On est en 2010 ; les Démocrates de Suède (à peu près l’équivalent de notre FN) entrent au parlement suédois avec 20 sièges (5,7 % des voix). Pour rappel, ils ont eu 20,7 % des voix en 2022, loin des sociaux-démocrates à 30,3 %. Mais ça leur a permis de signer un accord de gouvernement avec les autres partis de droite (défaits mais au pouvoir néanmoins ensuite), du nom du château de Tidö, à l’issue desquels ils influencent le gouvernement mais n’y participent pas. (J’ai comparé la chose à l’éphémère gouvernement Barnier en France.)

François-Nicolas Chifflart, Le triomphe
de la justice et la vérité

Je n’ai pas fini le livre d’U. Nettelblad, et ne veux pas dire de bêtise à son propos. Mais concernant les progressions des extrêmes dans le monde (au pouvoir aux Etats-Unis, en Israël, en Italie en partie donc en Suède… je ne parle que des pays démocratiques…) on peut parler de maladie.
Et de symptômes, ou de conséquences : catastrophe écologique au Brésil (après Bolsonaro), crises diverses créées par Trump, massacres au Proche-Orient…

Je comprends d’autant moins la position réitérée par Thomas Nydahl, qui écrit le 18 août 2026 :

« Om vi nöjer oss med att betrakta vårt land kan vi väl ställa frågan: hur många gånger har inte svenska folket i fria val fått ta ställning till ytterst avgörande frågor, och hur ofta har inte valresultatet ignorerats, spottats på?
(...) Nej, jag kommer inte att gå till vallokalen i år heller. Den parodin avslutade jag för många år sedan. »

« En se cantonnant simplement à la Suède, on peut poser la question : combien de fois le peuple suédois, lors d’élections libres, a pris parti sur des questions décisives, et combien de fois n’a-on pas ignoré, craché sur le résultat ?
(...) Non, je ne me rendrai pas aux urnes cette année encore. Je ne participe plus à cette farce depuis plusieurs années. »

J'ai entendu la même argumentation en France, argumentation un peu d’enfant gâté, qui tape du pied dans son jouet. Or je ne vois rien qui puisse sérieusement étayer cette posture du retrait, dans une démocratie réelle (où le vote est sécurisé, où les gens ont le droit de s’exprimer, de se mouvoir…) Évidemment un vote peut être trahi, des politiciens peuvent être imparfaits, des situations imprévues… Mais fondamentalement, cela ne remet pas en cause l’importance de la citoyenneté (et donc du vote), au contraire peut-être.
L'argument rappelant que des votes ont été ignorés en Suède a du poids. (J’avais fait un peu rigoler mes étudiants avec ça ; les différents référendums que la Suède a piétinés – sur le nucléaire, etc. –, le dernier en date à ma connaissance étant celui du péage de Göteborg…)
Mais justement : que les citoyens ne se sont-ils alors levés ? Ils pouvaient faire de la résistance passive (ou moins passive), élaborer un programme d’alternance pour les prochaines élections, boycotter les administrateurs ayant fait passer la chose….

Bon, mais on reviendra à La Maladie, (le livre, je veux dire).


Nils Blanchard

vendredi 21 août 2026

On est en train / Pas qu’à Strasbourg / Vaguement

On est en train de faire de l’homme une sorte de prolongation d’objet. Les contacts (en un lieu, il est vrai, comme la gare de l’Est) sont « technologiques » – technologie de mercadence, pour ne pas dire de bazar, mais peu importe – avant que d’être humains.

NB - Gare de l’Est, 10 août 2026

 Première partie : en-train / en gare

Raté récemment un train à Paris. Évidemment, c’est ma faute. Bon, mais je cherche un guichet pour remplacer mon billet. Je pense avec une sympathie non dénuée de léger agacement (il "exagère"…) à un vieil ami parisien qui n'a pas de smartphone (ni d’internet) et affirme ne plus pouvoir prendre le train du fait de l’absence de guichets dans les gares (il se sent incapable d’utiliser les « bornes » de et autres machines diaboliques en gares…)
Oui, je me disais qu’il exagérait ; Paris n’est pas Strasbourg ; on devait pouvoir trouver encore des guichets dans les gares parisiennes (du reste, on en trouve encore à Haguenau). J’en doute désormais ; pas à la gare de l’Est, en tout cas.
J'en cherche donc un, de guichet, et me retrouve, après avoir suivi une signalétique imbitable, devant des portes automatiques gardées par des employés de la SNCF en uniforme, qui ne peuvent rien faire d’autre, après avoir fait attendre, que d’indiquer des postes informatiques, dont le « contenu » est semblable absolument à celui des « bornes » en gare.

NB - Gare de l’Est, 10 août 2026

Qui plus est, je suis « pris en charge » par une jeune employée (job d’été) aussi aimable et efficace qu’une tanche.
Une autre employée, un peu plus âgée (plus aimable aussi), de m’expliquer que mon billet ne peut être changé en gare car il s’agit d’une correspondance (le tronçon Paris-Strasbourg était une partie d’un billet Angers-Strasbourg). Elle me donne une carte pour contacter le « service clientèle ».
Las, la carte ne contient pas de numéro de téléphone ; seulement un « QR code » et une adresse de site internet. Or… Je n’ai pas de smartphone !


Rentré chez moi, je me rendrai compte de toute façon que toute demande ou réclamation est impossible sans faire partie d’une sorte de clan…



Bon, cent euros de ma poche, pour me retrouver dans un deuxième classe sale où j’ai à peine la place de m’asseoir (la place du train que j’avais ratée était en première ; j’avais assez perdu de temps à la réserver sur internet…), au milieu d’aliens*.

[* Un alien, nom commun ici généralement employé au pluriel. Il désigne des gens plutôt jeunes, ayant quasiment en permanence des écouteurs sur les oreilles et un écran sous les yeux. De par cette situation, ces personnes évoluent comme des fantômes au milieu des autres gens. Étrangement, sans se concerter ni se connaître, ils sont souvent en petits groupes semi-agglomérés.]

Bon, mais entre-temps, j’avais une heure trente devant moi. J’en ai profité pour aller voir les baignades du canal Saint-Martin. (Encombré de ma valise, sans maillot, je ne pouvais en profiter moi-même, mais… j’ai dit déjà quelque part que la mer me manquait. Vague succédané…)
À certains moments, malheureusement, rattrapé là par je ne sais quelle inhumanité : des imbéciles diffusent çà et là à pleins décibels une espèce de « son » – sous-merde sonore, pardon – actuel.
Quelque chose que je croirai vaguement entendre à travers le gazouillis du casque mal réglé d’un des aliens du train, un peu plus tard.

Alfred Gaspart, Baignade - Capture d’écran.
Bon, ce n’est pas le canal St-Martin, mais…

Seconde partie : Hillevi Norburg, Gracq et car



Bien, j’aimerais que ces inquiétudes technologiques, appelons ça comme ça, soient moins présentes en ce blog. Mais…
Sauvons-nous un peu. Il se trouve que j’ai retrouvé le livre d’Hillevi Norburg dont il a déjà été question dans ce blog : Messalina. En février 2023, j’avais parlé à son propos d’Hervé Bazin ; j’aurais du reste plaisir à reparler d’Hervé Bazin en ces lignes.

Mais aujourd’hui, c’est plutôt Julien Gracq qui me viendrait à l’esprit, à cause d’une longue nouvelle posthume parue récemment : La Maison. On y lit dès la première page : « En ce temps-là, qui était celui de l’occupation allemande, je me rendais presque chaque semaine de V… à A… par l’autocar fourbu, enfermé, surpeuplé qui les reliait encore (…) »
En fin de volume, Maël Guesdon et Marie de Quatrebarbes précisent dans leur postface que les deux lieux sont Angers et Varades.
On y reviendra, même si ça n’a pas grand-chose à voir avec ce qui précède, hormis le fait de partir ou revenir à Angers, mais on tourne décidément autour de thèmes (maisons, guerre…)

Toujours est-il que je revenais d’Angers, lors de ce voyage en train à la correspondance ratée. Et à Angers, je m’étais amusé à retrouver la vue d’une gravure de J. Y. Ducourtioux. Du fait de la chaleur (?), une espèce de mousse verte s’était formée sur la Maine où évoluaient deux beaux cygnes.

Gravure de J. Y. Ducourtioux, (1945 ?)

NB, Angers, on voit que le pont a été refait…

Eh, mais les « QR codes », comptes client et autres muskineries, ne sont décidément pas le style de ma maison. Je pense à ça du fait de ces tentatives d’ingérences d’un patron (entre autres) américain de « réseau » « social » dans la politique française, en l’occurrence contre Marine Tondelier (qui, au moins, n’a pas cette bêtise crasse d’être « climatosceptique »).


Nils Blanchard

samedi 15 août 2026

Pas qu’à Kungälv / Faire du chiffre / Strasbourg

Apparemment, « applis » et « smartphones » deviennent de plus en plus obligatoires. C’est un article dans le Göteborgs Posten du 28 juillet (2026), malheureusement anonyme, qui me rappelle à la chose.

Capture d’écran, GP

 Je retrouve sur la photo d’un article le même petit « papillon » jaune que celui qu’on me remit à Kungälv, en l’occurrence pas pour une raison de défaut d’« application » (aux deux sens du mot) mais du fait de la non svédéité de ma plaque minéralogique...
Bon là, ça ne se passe pas à Kungälv, mais à Göteborg.

Résumé : le conducteur (ah, mais je le répète : qui témoigne anonymement, malheureusement…) se gare devant un magasin, où la clientèle a droit à deux heures de parking gratuit, à condition de s’inscrire sur une « application ».
Il s’y met avec application, mais, pour des raisons techniques qui ne sont pas de son ressort, se fait doubler par un agent (hubérisé ?) qui décore son pare-brise d’un joli papillon jaune.
Et toute une série de pare-brises sont ainsi décorés…

Bon, là, il appert clairement que l’on a affaire à de la tartufferie municipale. Derrière le discours environnemental visant à limiter le trafic automobile (qui peut s’entendre bien sûr), les édiles, et leurs représentants vraisemblablement sous-traités (et sous-payés?), ne cherchent en réalité qu’à faire du chiffre.

NB - Auvergne, avec antenne, juillet 2026

Tartufes ? Ces gens-là se soucient-ils du coût environnemental, social, des appareils qu’ils demandent aux gens d’utiliser (« smartphones », réseaux…)  ?

Ou tenez, récemment, je veux faire un virement international (en Finlande, zone euro ; le prospectus européiste dont il est question plus bas nous laisse pourtant à voir que la « construction » européenne est en cours depuis, au moins, près de 70 ans… ; qui plus est, J. Monnet était banquier…) ; on m’oppose qu’il me faut une « appli » sur smartphone (pas sur ordinateur)… J’obtiens finalement de pouvoir faire la transaction en court-circuitant un jeune employé particulièrement bête de mon agence bancaire…

Ça me ramène à cette marche en Auvergne de juillet (d'où l’illustration plus haut…) Combien d’antennes-relais avons-nous croisé sur nos chemins ?
Leur érection (contrairement au financement des hôpitaux, des prisons, que sais-je…) ne semble pas avoir posé le moindre problème…

Camille Claus, plaquette de 1958 - Statue de Gutenberg

NB - Strasbourg, statue de Gutenberg (par David d’Angers)

Pas qu’à Kungälv donc, pas qu’à Göteborg non plus…
À Strasbourg, récemment aussi. Histoire un peu compliquée ; j’ai dû payer deux amendes le même jour (très majorées car j’avais emprunté alors une voiture de membres de ma famille, qui ont donc reçu l’avis de recouvrement, mais ne me l’ont transmis – raisons de maladie, peu importe – que trop tard). Cela concernait le stationnement du matin et de l’après-midi pour un colloque ; à chaque fois (fin de matinée, fin d’après-midi), je suis rentré quelques minutes en retard pour payer – et n’ai pas été prévenu de l’amende ; les amendateurs (sans doute de bons sous-traités) ne prennent même plus la peine de mettre des papillons sur les pare-brise…
Je n’ai pas de chance, avec Strasbourg, et la Seconde Guerre mondiale; une mésaventure assez semblable m’était arrivée déjà il y a quelques années ; cette dernière fois le colloque portait sur l’art et les camps (de Natzweiler, notamment).

Camille Claus, plaquette de 1958 - Strasbourg

NB - Strasbourg

Je n’ai pas de chance avec Strasbourg en règle générale. Quand ce n’est pas un sous-traitant qui papillonne autour de mon véhicule, ce sont certains cyclistes, qui sont si odieux avec les piétons que j’hésite à me promener en cette ville, pour ne pas avoir à trop… m’énerver.

Je me suis néanmoins amusé à retrouver, récemment, certaines vues de dessins de Camille Claus, dans une plaquette publicitaire pour la ville et l’Europe, de 1958.

On retrouve certaines vues.
Plus haut : la statue sur la place Gutenberg (par David d’Angers…), une vue prise du pont du Corbeau ; plus bas : une ancienne banque, devenue une sorte d’école...

Camille Claus, plaquette de 1958 - Strasbourg


NB - Strasbourg

Bien… Mais j’ai dit déjà que la mer me manquait. Dans la même plaquette, cette publicité pour la bière « Ancre » (qui n’existe plus).


Brasserie de l’Espérance, voyez-vous ça… Qui me ramène à un cimetière d’ancres ; si, si ; on trouve cela sur le site « Vu de la hune ». C'est à Tavira, Portugal

Cimetière des ancres à Tavira - blog Vu de la hune


Nils Blanchard


Ajout. - Ce blog n’est pas un site d’expression politique. Mais, j’entendais hier matin (14 août) encore une députée Front national, Edwige Diaz, reprocher sur France info au gouvernement actuel de n’avoir rien fait contre le réchauffement climatique ! « Marine a dit, Marine a dit... », répétait-elle ça et là… C’est tout de même fort de café ! C’est comme si des pyromanes reprochaient aux pompiers de ne pas avoir suffisamment d’eau dans leurs lances !

- Aussi, le Conseil constitutionnel, hier toujours, donne sa bénédiction à cette loi « d’urgence agricole » que j’évoquai en ces lignes en juin dernier, qui autorise (de manière encadrée, etc.) notamment l’utilisation de véritables poisons (acétamipride et flupyradifurone).
Et en même temps, il censure le projet de loi interdisant les « réseaux » « sociaux » aux moins de quinze ans, au motif qu’une telle mesure irait à l’encontre de la liberté d’expression. La liberté d’expression, publique, d’enfants ? Au milieu de gens s’« exprimant » de manière anonyme ?
Est-ce une farce ? 

NB

dimanche 9 août 2026

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an mal an (si je puis dire), j’ai quand même une formation d’historien. Pas loin de l’archiviste…


 
J'essayais justement de ranger différents papiers. (Ce rêve d’une maison, d’un havre, où ranger livres et dossiers…) Je suis tombé sur cet ancien catalogue (ou carton, un peu entre les deux), d’exposition.

Il concerne Paul-Armand Gette. Aïe, aïe, aïe ; en nos temps de néopuritanisme désinhibé, je risque encore de choquer…
C'est pour une exposition à la galerie Claire Burrus, rue de Lappe (Paris), début 1987.

Introduction à un entretien entre Bernard Marcadé et Paul-Armand Gette : « Où il s’agit de l’Antiquité, de l’enfance, de la Grande Chartreuse, de Nathalie, de Vladimir Nabokov, de Lewis Carroll, de Claude Monet, de botanique, de Carl von Linné, de Lucas Cranach, de Marcel Duchamp, de salle de bain-lavabos & toilettes, et de Søren Kirkegaard. »
Eh ! Pas mal, non ?
Je me souviens d’une Nathalie (ce fut un prénom très répandu…) que je connus de relativement près… Complètement perdue de vue (par ma faute). Ce serait amusant qu’elle lise ces lignes…

Mais je m’égare (forcément…)

Paul-Armand Gette - Capture d’écran.
(Puisque je reviens d’Auvergne…)

 Sous la première illustration (page 5), en hommage à Claude Monnet comme de juste, on lit : « Le 2 août 1975, circulant en automobile dans la ville de Karlshamn, sur la côte est de la Suède, et apercevant une formation lacustre, je priais mon ami conducteur de bien vouloir arrêter son véhicule (…) »

Karlshamn, aussi.
Bien. Mais on a parlé de relations entre arts et sciences ; on lit à la même page : « (…) je me rendrais compte, même en dehors de mon travail – chez Duchamp ou Nabokov, par exemple –, du rapport quasi immanent que l’amour et l’érotisme entretiennent avec l’entomologie. »
On me dira, amour et érotisme ne sont pas forcément art… Disons qu’ils lui sont souvent associés. (Moins à Kungälv, il est vrai, où l’on a vu les ravages d’une sorte d’art moderne inféodé aux sous-traitants kafkaïens…) 

Paul-Armand Gette - Capture d’écran

Bon, mais peu à peu dans l’entretien, à la liste introduisant ce billet, on passe (quand même) aux nymphe(ette)s, au maniérisme, à Actéon… dont l’aventure serait pour B. Marcadé (page 10) assez proche « de celle d’Œdipe. Dans les deux cas, il est question d’effraction, de culpabilité et de châtiment. Ce que vous dites, vous, c’est qu’il est possible de regarder sans perdre la vue. Vous vous inscrivez en faux contre un certain fatalisme, voire un certain masochisme dont la psychanalyse aime à se nourrir ?...»

Eh ! On se retrouve là entre des thèmes récents d’Alluvions et de mes modestes aventures

François Joseph Bosio, La nymphe Salmacis,
Louvre ; Wikipedia

Mais j’ai échangé avec Héloïse Combes – c’est un thème qui reviendra sans doute en ces lignes – sur les relations entre le sexe et la guerre.

À Kirkegaard, on arrive après un passage par… les toilettes d’un musée. Puis P.-A. Gette d’expliquer : « La métaphore qu’il [Søren Kirkegaard] choisit d’ailleurs pour rendre compte de ce sentiment [crainte et amour – on me dira, crainte et amour ne sont pas forcément guerre et sexe…] est Nymphaea alba : oderint, dum metuant (Ils haïssent comme ils craignent), comme si seulement la crainte et la haine étaient liées, alors que la crainte et l’amour n’auraient rien à faire l’un avec l’autre (…) »


Nils Blanchard

lundi 3 août 2026

Fuir ?

Comme je le notai en réponse à une précision (commentaire) au billet « (Konstiga) sommar dagar », je suis revenu il y a peu d’une marche en Auvergne, autour de lacs, jusqu’en haut du Sancy.

NB - Auvergne

J'avais emmené notamment (on ne promène pas toute une bibliothèque dans un sac à dos ; du reste, des bibliothèques, on peut en voir dans tel gîte ou hôtel d’étape – dans un sur trois, à peu près, j’ai remarqué…) Encabanée, de Gabrielle Filteau-Chiba.

Chez Filteau-Chiba, je retrouve mes chanteurs-poètes québécois. Après Félix Leclerc, dès la page 33 :

« () je tourne les pages de Gilles Vigneault et me délecte du bruit du papier entre mes mains sablées, de l’odeur des vieilles reliures et du temps qui m’échappe enfin. Dehors, il fait noir comme chez le loup. »



Le temps échappe, change, dans une marche de près de dix jours, en excellente compagnie… On perd de vue, plus ou moins – quelques échos de ci de là – l’actualité. Et au moment de repartir, au dernier jour (celui du Sancy, justement…) de Picherande, la formidable hôtesse du gîte que nous quittons (avec bibliothèque…), Aude, de nous prévenir d’odeurs de fumées qui viennent des environs de Bordeaux.
De Bordeaux !
Et nous sentons ces fumées en effet ce matin-là (28 juillet dernier).

NB - Auvergne, vers le Sancy

Alors, je ne peux m’empêcher de me dire, face aux catastrophes (annoncées!) qui s’accumulent… vraiment, quelqu’un qui déclarait :

- (en 2012, source Libération), qu’elle « n’était pas sûre que l’activité humaine était la cause principale du réchauffement climatique », en 2023, que « le GIEC a toujours été alarmiste »… (Marine Le Pen.)

- (en 2026, en meeting), qu’« il y a une écologie de droite, et nous ferons cette écologie-là, qui sera une écologie du bon sens, qui ne punira pas, qui ne dénoncera pas, qui n’interdira pas (…) », blabla creux applaudi par des militants « républicains » persuadés d’être des victimes harcelées par une écologie « punitive »… (Bruno Retailleau.)

...pour ne prendre que deux exemples (il est vrai… pardon de tirer sur des ambulances… Mais il semble que certains citoyens soient fascinés par leurs gyrophares…)

Quelqu’un de la sorte, donc, peut-on décemment imaginer que cette personne ose se présenter aux élections présidentielles ?

Votre serviteur sur le Sancy (NB)

Fuir tout cela, dans les paysages de l’Auvergne (votre serviteur), dans une cabane d’hiver dans le Kamouraska (G. Filteau-Chiba)… Fuir ?

Mais Anouk, la double-narratrice de l’auteure, rencontre un militant qui se bat notamment pour « freiner l’expansion des sables bitumineux et de protéger les cours d’eau d’un déversement [lors de leur transport peu sécurisé...] » (P. 90.)

Sables bitumineux, solutions miracles pour bricoleurs au mieux inconséquents, au pire…
Je n’aime pas ces comparaisons, mais on en arrive, étrangement, à un thème de mon Elmar Krusman ; le camp de concentration annexe de Bisingen était dévolu à la tentative d’extraction de gaz de schiste…


Nils Blanchard


Aussi, plus ou mons en relation avec la fuite… Annonce de conférence de Jörgen Hellman, le 25 août prochain à Jönköping et Mullsjö. C’est sur le site de la SOV, en lien de celui-ci. Il sera question de l’arrivée, à l’été 1929, d’immigrants aux origines esto-suédoises de Gammalsvenskby à Jönköping… On y reviendra… (Sur Gammalsvenskby, voir l’index, à droite ; il n’y a qu’à cliquer...)
 

Nrrivée de migrants de Gammalsvenskby à Jönköping, août 1929 ;
Nordiska Museet Digital Museum


Approches / Pomme

J'ai été la cible d’une tentative de fraude assez… têtue. Rien d’exceptionnel (malheureusement), mais, lors qu’on approche des élections...