On se demandait en commençant ce bel et étrange livre d’Ulrika Nettelblad si la maladie dont il y est question n’était pas aussi affaire de politique, d’évolutions en Suède notamment.
C'est que le livre est situé dans le temps, en 2010 pour commencer, avec l’intrusion des « réseaux sociaux », les allusions à des événements rarement réjouissants (gains électoraux des « Démocrates de Suède », attentats…) Les allusions à l’actualité de l’époque reviennent à la fin du livre ; page 310, ces « Démocrates de Suède » sont la troisième force du pays (avec près de 12,9 % depuis les élections parlementaires de 2014). Deux pages plus loin, il est question de la photo d’un enfant migrant mort sur une plage ; on est à l’automne 2015.
On s’achemine vers la fin de la « maladie » du personnage principal, Nils – Nisse – ; mais je ne veux pas trop divulgâcher l’histoire. Toujours est-il qu’on subodore un rapprochement « de raison » avec une de ses deux amies de toujours, très féministe.
Une porte de sortie ? (Le féminisme ? Ou le rapprochement de raison?)
Et à quelques lignes de la fin, les personnages ont bien avancé dans leurs études (difficiles, de médecine, à l’université d’Umeå) :
« [Mimmi] : ”Vad vi har kämpat. Vad vi har klarat ! (…)”
”Det är sjuka tider”, sa Ellen. ”Vad är det för jävla störd värld vi lever i ?” »
« [Mimmi] : “Qu’est-ce que nous nous sommes battus… Comme nous nous en sommes sortis ! (…)”
“Cette époque est folle”, dit Ellen. “Qu’est-ce que ce foutu monde détraqué dans lequel nous vivons ?” »
On est arrivé à la fin d’un cycle. Début d’une nouvelle histoire ? Laquelle ?
La nôtre.
Cela paraîtra peut-être étrange, voire incongru : le personnage principal, Nils donc, m’a fait penser au David d’André Dhôtel, de par une apparence indifférente (pas en toutes circonstances néanmoins, ni devant n’importe quelle fille). A-t-il quelque chose de plus, de moins ? Son entourage, en tout cas, ne le comprend pas bien, sauf son ami Locke, vers la fin du roman encore (page 313), lors que Nils lui-même s’inquiète de ne pas se sentir plus concerné par ce qui se passe autour de lui :
« ”Jag vet inte, Nisse, jag vet inte. Alla måste hitta sin egen väg. Men har du inte märkt det ?
Kanske när du varit på akuten. Ett traumalarm, en intox. Att någon är den som måste stå lungt i rummet. Du kanske skall vara den som är lugn i rummet ? »
« “Je ne sais pas, Nisse, je ne sais pas. Chacun doit trouver son chemin. Mais ne l’as-tu pas remarqué ? Peut-être quand tu étais aux urgences. Un trauma, une intoxication. Et il y a quelqu’un qui doit garder son calme dans la salle. Tu seras peut-être celui qui reste calme dans la salle ? »
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| Joseph Paelinck, Eros - Capture d’écran |
Je me suis demandé à un moment si l’on ne pouvait pas voir dans le destin de Nils une sorte de résurgence de destin romantique. Mais qu’a notre époque, franchement, de romantique (au sens historique, littéraire du terme) ?
Puis qu’était-ce que le romantisme ?
Là, je repense à Une autre histoire de la littérature française de Jean d’Ormesson. Pour lui, le romantisme est l’ « irruption de la météo dans la littérature ». Bon. C’est vrai qu’il fait froid souvent à Umeå, surtout la nuit quand on fait le guet à la fenêtre de l’aimée.
Ou peut-être les choses sont malheureusement plus simples que ça. Une femme est aimée ; elle-même n’aime pas, pas à temps… C’est vieux comme le monde.
Mais ce monde d’étudiants des années 10, pourtant déjà accablé de certaines réalités, est si jeune.
Nils Blanchard
Ajout d'étiquettes du dernier billet: Dominique Villars, Charles XVI Gustave, Andreas Norlén.
















