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jeudi 11 septembre 2025

Du côté de la Baltique

Un blog en lien indirect de celui-ci (via Alluvions), celui de Jean-Jacques Birgé, d’évoquer, sur plusieurs articles en ce mois de septembre, un voyage fait par le blogueur dans les Pays baltes.
Ce voyage se termine par la Finlande, via l’Estonie. 

NB - Hapsal (Estonie), 2018

J.-J. Birgé passe par Haapsalu (Hapsal, en suédois) « capitale » des Suédois d’Estonie. Visiblement, ce n’est pas un très grand souvenir pour lui (« pas beaucoup d'intérêt en dehors de son château médiéval. Aucune plage à la ronde malgré la côte, et les locations sont étonnamment plus chères qu'ailleurs. ») Il a dû passer sans doute sans le remarquer devant l’emblème de ce blog (sur la place du marché suédois – s’il est toujours là…)

Le château, il était en reconstruction quand j’y suis passé (en 2018…) J’avais eu l’impression d’y croiser de vagues fantômes.

NB - Hapsal (Estonie), 2018

Mais il est vrai que la pleine mer était difficile à trouver ; il aurait fallu, oui, aller à Saaremaa (Ösel en suédois, mais il n’y avait pas là particulièrement d’Esto-suédois…)
Moi, je n’avais pas vraiment le temps. (Pas trop d’argent, aussi, à cette époque où j’écrivais Elmar Krusman… J’avais besoin de temps, devais être plus ou moins en temps partiel…)

Bon, mais J.-J. Birgé assène : « Les autochtones sont accueillants, particulièrement en Lituanie et en Lettonie. Je comprends pourtant pourquoi les voyageurs vont plus souvent du nord au sud, on est toujours le méridional de quelqu'un ! L'Estonie est globalement plus sèche, plus scandinave. »
Prenons le temps, là, de corriger un point : les Estoniens – il n’est pas question plus précisément des Esto-Suédois – ne sont pas scandinaves mais, à l’instar des Finnois, finno-ougriens. C’est dit.

Et pour ce qui est de la calembredaine géo-sociale, je reconnaîtrai par honnêteté avoir rencontré une certaine « froideur » en Estonie, mais ça ne saurait me guérir de ma détestation des généralités (surtout françaises). C’est dit aussi.


Dans cette région (Ösel…), les chevaliers porte-glaive avaient poussé leurs pions (et il y avait beaucoup de Germano-Baltes à Saaremaa, minorité dont il est un peu question dans mes livre et article). On n’est pas très loin de la Prusse-Orientale d’un Ernst Wiechert, dans Missa sine Nomine. On y lit du reste – Suédois d’ailleurs… – sur la famille des principaux protagonistes (les Liljecronas – le nom en suédois signifie mot à mot « Petite couronne ») – Le livre de poche, traduction de Jacques Martin, pages 23-24 :

« Les Liljecronas, qui avaient dans leurs veines du sang suédois, lui avaient toujours paru une race sujette à caution, une race de paysans issue du monde obscur des Vikings, probablement, et il ne lui semblait pas impossible qu’ils se fussent nourris de viande de cheval quelques siècles plus tôt et qu’ils eussent offert des sacrifices humains à leur dieu borgne. »


Or il se trouve que François Bayrou, récemment renversé comme premier ministre – ce qui a fait la joie de révolutionnaires façon Mélenchon-Le Pen Prime qui ne tolèrent pas que quelqu’un sorte tant soit peu d’un cadre, d’un code établi par le monde de l’entreprise ; langue de bois et globish obligatoires (je dis ça en ayant conscience par ailleurs des maladresses de l’ancien premier ministre – je râlais précisément il y a peu contre tel grand patron appelant sarkozyquement au « travailler plus pour gagner plus », qui n’est en fait souvent le masque que d’un mauvais travail qui abîme tout…–, contre Bayrou lui-même s’en prenant à son discours d’investiture – peut-être qu’une mouche malade de pesticides l’avait piqué – aux inspecteurs de la biodiversité…) avait Ernst Wiechert comme écrivain de chevet.
On lit dans Le Point (article de Thomas Mahler), le 3 mai 2016 :

« François Bayrou détonne : depuis des années, il n'a cessé de susciter la surprise et la gêne des journalistes en citant Les Enfants Jéromine d'Ernst Wiechert.
(...) 
Au rythme des moissons et des chorals luthériens, des noces comme des enterrements, Wiechert raconte les existences laborieuses mais dignes de ces charbonniers, forestiers et pêcheurs. Ils ne lisaient pas de journaux et ce qui se passait dans le district ou dans le monde ne venait à leur connaissance que par la bouche de l'instituteur, qui était leur Moïse dans le désert. Il s'en était bien trouvé certains, parmi eux, que le vide de leur existence avait poussés au désespoir et qui passaient leurs journées à boire, en cachette ou sans vergogne. D'autres encore qui fermaient leurs cœurs remplis de haine et d'amertume, des misanthropes qui se dressaient, durs et froids, comme d'impitoyables juges, contre leurs enfants effarés, et qu'on ne revoyait plus lorsqu'à midi la cloche de l'école avait sonné. Cependant la plupart d'entre eux étaient remplis de la sagesse des pauvres et des solitaires, renfermés sans aigreur dans leur monde. »

Il est vrai que tout ça n’est pas très à la mode…


Nils Blanchard


Rattrapage d’étiquette du dernier billet : Mademoiselle K.

jeudi 3 juillet 2025

Lieux, réels et numériques – manuels, mémoire, « réseaux »

Je reprends là une série de billets qui sont censés s’interroger sur la nécessité de poursuivre ce blog, sur son intérêt. Ce n’était peut-être pas très évident – c’est que c’est un peu l’ADN de ce blog que de tourbillonner en digressions, parenthèses…

Juhan Raudsepp, 1935 - Capture d’écran


Au départ : articles de Thomas Nydahl, s’interrogeant sur son âge, sa maladie, sur la pertinence, dans ces conditions, de poursuivre son blog… Plusieurs fois, il a annoncé qu’il l’arrêtait, s’y est remis. Au moins, si j’ai bien compris, a-t-il quitté « Facebook » et autres « réseaux » « sociaux »…

Il écrivait le 3 septembre 2024 (début et fin de son article) :

« Det digitala livet kan vi varken fördriva eller bortse ifrån.
(...)
Digital på deltid som jag är, är sannerligen inget alternativ. Det är en form av koketteri mitt i pensionsynkedomen. »

« La vie numérique, nous ne pouvons ni la mettre de côté, ni l’ignorer.
(...)
Être connecté à mi-temps, comme moi, ce n’est vraisemblablement pas une alternative.C’est une forme de coquetterie de retraité. »

Juhan Raudsepp, Chapelle de Kasmu - Capture d’écran

 
Plus sérieusement, peut-être, je m’interroge sur l’exercice même du blog. Évidemment, toutes les informations que je partage ont des sources précises et sérieuses ; mes opinions m’engagent et je les signe – je me permets d’en émettre après avoir publié aussi des travaux sur certains sujets. Ainsi (pour rappel), un article sur une revue de propagande (!) soviétique en 1940-1941, mon livre bien sûr sur le déporté Elmar Krusman. Différents textes, aussi, sur le monde littéraire d’après-guerre, notamment sur 84… Je ne cite pas tout cela pour me justifier de quoi que ce soit, c’est simplement qu’en voyant les errements dans lesquels tombent certaines personnes, groupes, aux manettes de sites internet plus ou moins glorieux… je ne peux m’empêcher de craindre de leur ressembler de près ou de loin…

Ainsi, tout récemment de ces gens (sur le site internet « malgre-nous.eu »), se vautrant en répliques d’uniformes de la Wehrmacht (un « article » du 23 juin 2025), pour « jouer le rôle » de résistants d’une photo localement célèbre…
Je songeais à eux car leur site que j’ai consulté parfois a fait état plusieurs fois de la nécessité de corriger selon leurs volontés les manuels d’histoire du secondaire.

Or je lisais dans le Göteborgs Posten – et on retrouve là étrangement des thèmes de Sovjet-Estland ! – un article sur un certain retour en grâce de la mémoire de Staline dans la Russie poutinienne, article dans lequel on parle, précisément, de manuels d’histoire corrigés…

« Parallellt har andra viktiga minnesmärken och museer försvunnit eller tagits bort, skriver SVT. Exempelvis fick Gulagmuseet i Moskva stänga ned i fjol när man hänvisade till säkerhetsskäl.
Förutom statyer och minnesmärken har studieböcker omarbetats och Stalins brott har tonats ned. Medförfattaren till de nya historieböckerna som används i ryska skolor är Vladimir Mdinskij, som även arbetar som president Putins rådgivare, enligt DW. »

« En parallèle [à la fièvre stalinienne], des repères mémoriels et des musées ont disparu ou ont été enlevés, écrit SVT [la télévision suédoise]. Par exemple, le Musée du Goulag à Moscou a fermé l’année dernière pour raisons de sécurité…
Outre les statues, les repères de mémoire, ce sont les livres scolaires qui ont été refaits, avec une atténuation des crimes du stalinisme. L’un des co-auteurs des nouveaux livres d’histoire utilisés dans les écoles russes est Vladimir Medinski, qui est aussi un conseiller du président Poutine, d’après DW [Deutsche Welle]. »


Pour en revenir à quitter tel ou tel média, renoncer à telle ou telle façon de s’exprimer, toujours dans le Göteborgs Posten, Joel Arvidsson a écrit le 3 mars (2025) un article intitulé : « Efter bråket i Ovala rummet – många svenskar vill bojkotta varor från USA. » (« Après l’altercation dans le salon ovale – beaucoup de Suédois veulent boycotter des biens des États-Unis. »

« Allt fler svenskar vill bojkotta varor från USA. Sedan bråket mellan presidenterna Trump och Zelenskyj har en bojkottgrupp på Facebook lockat till sig över 33 000 medlemmar. »

« De plus en plus de Suédois veulent boycotter des biens des États-Unis. Depuis l’altercation entre les présidents Trump et Zelensky, un groupe favorable au boycott s’est créé sur Facebook et a dépassé les 33 000 membres. »

Sovjet-Estland, peut-on considérer qu’il a été boycotté par les lecteurs esto-suédois ? C’est peut-être un peu plus compliqué ; il est à peu près certain en tout cas que l’hebdomadaire ne fut quasiment pas lu. (Mais les gens « lisent »-ils vraiment des choses sur les « réseaux » « sociaux » ?
Bon, ces gens (de l’article de Joel Arvidsson) sont sans doute très bien intentionnés… Mais n’est-ce pas précisément par « Facebook », sur quoi ils fondent leur groupe, qu’il faudrait commencer ?


Nils Blanchard


P.-S. : Juhan Raudsepp est le sculpteur du garçon au poisson, emblème de ce blog (statue qui se trouve à Hapsal, sur la place de l’ancien marché suédois).

P.-S. 2 : J’avais à peu près la matière de ce petit billet quand je suis tombé sur ce texte de Terrestres (en lien indirect de ce blog, via Alluvions, ou ce lien…) « Quittons tous les réseaux sociaux ! », du 25 juin 2025. (Eh ! Et déjà : n’y entrons pas…) On y reviendra vraisemblablement.

Triche : ajout d’étiquettes d’un dernier billet : Julien Grainebis, Macintosh.

samedi 9 avril 2022

L’en-tête de ce blog ; le Garçon au poisson


Il est temps de dire quelque chose de ce Garçon avec un poisson, qui illustre ce blog.
C'est totalement par hasard que je suis arrivé à m’intéresser à ce thème sculptural, dont on trouve relativement facilement sur le net d’autres exemplaires.

NB - Hapsal (Haapsalu), été 2018

Me promenant à l’été 2018 dans les rues de Hapsal (Haapsalu), en Estonie, en quête de renseignements sur le passé d’Elmar Krusman, je suis tombé sur cette ancienne place du marché suédois. Hapsal était en effet un centre de la communauté suédophone en Estonie. Et au cœur de cette place, cette statue, somme toute charmante, de garçon au poisson, que l’on doit au sculpteur Juhan Raudsepp.

Hapsal (Haapsalu), été 2018; la cocarde commémore les 

100 ans de l’indépendance (la première) de l’EstonieNB



Hapsal (Haapsalu), été 2018. On voit sur cette dernière photo au moins

                                deux autres poissons aux pieds du garçon. NB


Ce thème du garçon au poisson, d’où vient-il ?

On retrouve beaucoup ces sculptures, dans des villes d’Europe du Nord notamment. L’association du garçon et du poisson est-elle à lier au symbole chrétien du poisson ? Ou est-ce l’enfant – enfant de pêcheurs ? Beaucoup de Suédois d’Estonie étaient aussi pêcheurs… – à qui l’on doit donner le plus d’importance ? Son âge, sa bonne santé, son sourire – du moins sur cette œuvre – en faisant quelque symbole de bonheur, de prospérité, étant un reflet de l’optimisme d’une communauté.
Y a-t-il quelque chose à rapprocher de quelque conte maritime ?
Une autre explication encore ?

Optimisme ? La sculpture, toujours là, a été installée en 1936. À cette époque, les cieux commençaient à sérieusement s’assombrir pour les Esto-Suédois.
Dans un premier temps de son indépendance, la République d’Estonie avait alloué aux minorités (Russes, Allemands, Suédois, Juifs…) une certaine autonomie (pages 20 – 25 de mon livre).
Possibilité de publier, d’ouvrir des écoles, des associations, d’utiliser leur langue avec l’administration dans les communes où ils étaient majoritaires… Les Esto-Suédois vont ainsi partager un représentant au parlement avec les Germano-Baltes. Aussi, une réorganisation des terres leur permet de bénéficier de petites fermes. Le point d’orgue de cette époque est sans doute la création du lycée suédois de Hapsal.

Je reparlerai aussi de ce qui se passait de l’autre côté du Golfe, où la minorité suédoise, en Finlande, était beaucoup plus importante. Il y a eu d’ailleurs des relations étroites entre le deux minorités, notamment dans le domaine de l’éducation.

Mais ensuite, un raidissement national de l’Estonie, du fait notamment de sa situation précaire entre les deux totalitarismes, entraîne une série de mesures vexatoires à l’encontre des minorités, notamment linguistiques. On parle d’« estonisation » – mot qui n’a rien à voir avec la « finlandisation » dont on entend parler ces jours-ci, à propos de débats sur la neutralité de la Finlande et de la Suède (voire de l’Ukraine).

Un numéro de juin 1936 de Kustbon (l’ « organe pour les Suédois en estonie ») est particulièrement révélateur de cette période, et de l’état d’esprit pacifique des Esto-Suédois, essayant de s’adapter aux nouvelles contraintes, fêtant en même temps les premiers diplômés du lycée.

On remarque que le journal emploie les noms estoniens (Haapsalu pour Hapsal), comme le leur impose l’« estonisation » nationale…

Mais peut-être est-ce simplement un hasard si c’est un garçon avec un poisson qui a été choisi pour orner le marché suédois.
Très récemment, sortant du « NHC », le nouvel hôpital civil de Strasbourg (la section ophtalmologie), j’en ai vu un autre, d’enfant au poisson.
Étrange clin d’œil.

NB

NB

NB



Nils Blanchard


Arch(r’)ives / On me dira…

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