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mercredi 22 avril 2026

Retour de Provence / Réflexions sur le pardon / Chabrol

Rien que de très banal vraisemblablement : impression de ne rien avoir le temps de faire, notamment pas de me consacrer à ce qui m’intéresse vraiment. Je « vole » – c’est l’impression que j’ai – un peu d’essentiel ici et là…
Il est vrai aussi que mes élèves me pourvoient généreusement en miasmes ; c’est la fête des années post-Covid ; les gestes « barrière » ? Pour certains de leurs parents, ce devait être un complot… 



Néanmoins, pu voir quelques films ces deniers temps.
L'un, de Claude Chabrol, laisse songeur : La Rupture, de 1970. Il date d’un temps où je n’avais pas l’âge d’être spectateur – je n’étais du reste pas né – lors que je fais partie de ces gens qui, dans les années 1990 – 2000 rataient rarement le dernier Chabrol, pas plus qu’on ne ratait le dernier Woody Allen.
(Chabrol est mort en 2010, Woody Allen a été réduit au silence cinématographique par l’âge, peut-être, mais aussi par des attaques répétées d’une sorte de sphère néopuritanine…)

Le film en question, comme son nom l’indique, évoque la rupture d’un relativement jeune couple, très encouragée par les parents de l’homme, très riches. La femme (jouée par Stéphane Audran), dont l’enfant a été blessé par son père lors d’une crise de démence (d’où la rupture), se retrouve à un moment dans une sorte de familistère, assez puritain, sexes strictement séparés, etc.

Il y a un charme particulier dans les films de Chabrol de cette époque (indépendamment de la violence des histoires), comme si, pourrait-on dire peut-être, le temps y était de meilleure qualité. Du reste (là, Chabrol n’y est pour rien) : pas d’ordinateur…, pas de smartphone…
On retrouve ce charme, aussi, dans Les biches, de 1968. Là encore, Stéphane Audran, dont le personnage avait un peu, me semble-il-il, quelque chose de Florence Gould.



Mais cet étrange familistère de La rupture (dans une maison en passe d’être rachetée par un grigou… dont les fonds privés détruiront tout…) ; il se trouve qu’au soir de cet enterrement en Provence, il fut question au cours d’une conversation, plus ou moins sérieusement, d’envisager cette sorte de vie en commun. Famille peut-être, amis… Autres liens.
Tout un sujet.

Et je reviens à ce prêtre anciennement pilote ; son incantation à aimer tout le monde, à pardonner. Pas particulièrement surprenante, mais formulée d’une manière directe qui était somme toute assez troublante. Peu de temps après mon retour de Provence, je tombe dans Dixikon sur un article de Gregor Flakierski, du 30 janvier 2026, intitulé : « Kommer mördare till himlen ? » (« Les bourreaux vont-ils au paradis? »), qui porte sur le livre de Jacek Leociak : Välkommen till himlen. Om frälsta förbrytare (Bienvenue au ciel. Des criminels convertis).
L'article reprend les exemples de divers criminels, notamment nazis, convertis ; parmi les pires – certains protégés par les milieux catholiques autour de Pie XII. Il y a aussi le cas de l’espèce de secte qui a tué Sharon Tate ; trois de ses membres se sont ensuite convertis en prison…
Il semble que Jacek Leociak pose des questions sans donner de réponse. Évidemment le catholicisme est basé sur le pardon possible. G. Flakierski explique : « Gud är framtiden, och samvetskval skulle därför stänga vägen till gud. » « Dieu, c’est l’avenir. C’est pourquoi le remords empêche de l’approcher. » Pardon possible… Mais pour tout ?

C'est là qu’on retrouve Jacques Derrida, qui « écrit que le pardon nécessite l’existence de l’impardonnable, que par conséquent les crimes privant les victimes d’humanité, comme ceux de la Shoah, sont impardonnables. » (Traduction de l’article suédois.)
Ça a le mérite d’être une réponse. Satisfaisante ? Il y a eu tentative de priver les victimes de leur humanité ; en ont-elles été privées pour autant ?


R
etour à Claude Chabrol, cette fois : Que la bête meure. À la fin, cette citation (reprenant le titre du film) : « Il existe un chant sérieux de Brahms qui paraphrase l'Ecclésiaste et qui dit : Il faut que la bête meure, mais l'homme aussi, l'un et l'autre doivent mourir. »

Bon, là, le problème est différent bien sûr ; le personnage de l’odieux chauffard joué par Jean Yanne ne se repend à aucun moment.
Il y a quelque chose de troublant, néanmoins : ses excès, ses attitudes absolument antipathiques, finissent par le rendre d’une certaine manière attachant.
Sorte de syndrome de Stockholm ? (Il enferme d’une certaine manière ses proches dans son château de richesse…)

Et la fin du film, le personnage principal (qui s’est vengé) part en voilier sur la mer – suicide vraisemblablement –, et cela de me ramener à La petite main de Geneviève Dormann…
Une autre histoire encore bien sûr.



Nils Blanchard

vendredi 17 avril 2026

La seconde partie du livre

J'ai remis en forme récemment les articles 87, 88 et 89 de ce blog (des 3, 8 et 11 mars 2023). Il m’arrive de temps à autre de remettre ainsi en forme des articles passés ; je manipulais mal, aux premiers mois de ce blog, les outils de mise en forme de la chose, ce qui rend certains billets (il y en a encore qui reste à « redresser ») difficilement lisibles…

NB – François Cacheux, Arboretum d’Angers

Vous pouvez y aller voir (liste des articles, en bas de l’index, à droite, en orange, version ordinateur…)

L'article 89 évoquait, du fait d’une réédition suédoise, Premier amour de Tourgueniev.
J'expliquais que j’étais en train de le lire (dans ma version bon marché et ancienne Librio) et que j’en étais à la première partie. (J’avais dû commencer de la lire, il y a plusieurs années, du fait de discussions avec mon père qui, au début d’une maladie, faisait une cure de Tourgueniev. Tant et si bien, du reste, que nous avions été à Bougival voir sa maison, mais c’était fermé…)

Puis-je l’avouer sans rougir ? Je n’avais progressé dans ma lecture jusqu’il y a quelques jours.
(Je lis somme toute assez peu ces derniers temps (yeux en réparation, impression d’être sans cesse pris par le temps comme il était un peu question au dernier billet…) et suis lancé dans la lecture de dizaines de livres en même temps, ce qui n’améliore pas les choses bien sûr.)

Or allez, j’ai été reprendre mon petit volume ; il ne me reste pas tant de pages ! Aspirateur, copies (grand Dieu, oui, copies !…), même courrier en retard peuvent attendre.
J'ai repris la lecture au chapitre 10 : « Dès lors, mon vrai supplice commença (…) »

Kapiton Zelentsov (tableau de la couverture du livre) -
Capture d’écran

Et je trouve cette peinture du peintre russe Zelentsov, dont un détail d’une autre orne la couverture de mon édition du livre. Quelque chose de Carl Larsson, dans ses intérieurs, disais-je ?
Pas vraiment là, avec le portrait de ce jeune officier, si ce n’est un certain… réalisme candide du portrait ? Quel âge peut avoir ce militaire ?

(On sait que ceux que Poutine envoie sur le champ de bataille sont très jeunes…
Et combien de tués parmi eux depuis 2022 ? Plus d’un million de jeunes Russes?)

Mais Tourgueniev. Le héros du livre, Vladimir Pétrovitch, est jeune aussi ; seize ans. Et l’auteur lui en avait donné d’abord quinze.
Il s’émeut notamment d’une crise de baisers de son aimée.
Il s’émeut de l’irrationalité, de la surprise de la vie. C’est donc l’apprentissage de ce trésor de l’existence, que sait peut-être contempler certaine sagesse !

Or voyez-vous ça ; mon père de m’offrir une ancienne édition, russe, de L’Éducation sentimentale… Je me demande si ce livre ne m’avait pas fait trop grande impression quand j’étais en première…
« Ce fut comme une apparition », etc. Et une jeunesse qui se dévide…

Kapiton Zelentsov (tableau de la couverture du livre) - Capture d’écran

Mais Tourgueniev (pages 72-73 de ma petite édition Librio…, traduction de Michel Rotislav Hofmann) :

« Je m’habillai en hâte et me faufilai hors de la maison… La nuit était noire, les arbres faisaient entendre un chuchotis à peine perceptible ; une fraîcheur légère descendait du ciel ; une odeur de persil émanait du potager… Je fis le tour de toutes les allées ; le bruit de mes propres pas m’intimidait et me stimulait en même temps ; je m’arrêtais, attendais, épiant le battement de mon cœur, rapide et précis… Enfin je m’approchai de la palissade et m’appuyai sur un piquet…. Tout à coup une silhouette de femme passa rapidement à quelques pas de moi – peut-être une hallucination : je ne savais trop quoi penser… »

On a tous, plus ou moins réalisés, des rêves, d’enfance – il s’agit là encore d’enfance, de promenade nocturne.

Cette sorte de salon d’amusement entretenu par la princesse Zinaïda, avec ces jeunes hommes – et Vladimir ajouté là, tenant à un moment le rôle de page. On pourrait repérer quelque ambiance de nouvelle de Tove Jansson.
On peut trouver plein de choses.

Et étrangement, le développement de cette seconde partie longtemps manquante m’a ramené à des souvenirs personnels. Rien, oh, quasiment rien à voir entre eux et la nouvelle ; seulement des correspondances improbables dont je ne parlerai pas plus que ça. Mais c’est qu’au retour de Provence, de ces souvenirs, j’en parlai justement dans la voiture.


Nils Blanchard


Triche ; ajout d'étiquettes du dernier billet : V. Poutine, Maria Lvova-Belova, C. G. E. Mannerheim, Ukraine, Holodomor.

vendredi 30 janvier 2026

Retour de Provence / deuil et fragilité d’un blog

Il est des moments qui marquent on ne sait quelle rupture, et dont on pressent que les quelques jours qu’ils auront occupé laisseront plus de traces dans la mémoire que plusieurs semaines de vie ordinaire.

NB - Provence

Dans une église provençale, à une messe d’enterrement, un curé ancien pilote – en hommage à celui qu’on enterre ? – emploie un ton mi familier, mi goguenard. Il en arrive à la question : aurez-vous aimé tout le monde ?
Tout le monde…

Évangile de saint Jean.

Le monde dans lequel on vit semble inciter à la détestation de tous contre tous, à l’instar de ce contre quoi fulmine le personnage joué par Claude Rich dans Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer. 

Une idée de l’instant : cela n’est-il pas lié au temps, à la manière de l’appréhender ?
Comment aimer qui que ce soit quand on ne prend pas même la peine de s’arrêter quelques minutes dans une course à la croissance qui nous pousse à détruire toujours plus ce qui donne de la valeur – réelle, pas seulement de l’argent – à la vie humaine ?
La tour de Babel.

NB - Provence

Pluie ; Bretagne en Provence. Foule – tous amis je crois –, cercueil.
Une autre ondée me pique soudain les yeux. Je me retourne ; personne ne verra rien.

Vague pensée vers Jules Roy – c’est Saint Ex qui a été lu à la cérémonie.

Vézelay ou l’amour fou (pages 32-34) :

« Il ne faisait pas encore jour, la grosse meule qui fermait le tombeau était repoussée. Alors, prise de peur, elle s’élancera en toute hâte alerter Pierre et Jean [on n’est pas sûr que ce soit le même que l’évangéliste…] et, tous ensemble, ils se mettront à courir vers le sépulcre où Jean, le plus jeune, arrivera le premier. Marie-Madeleine verra les bandelettes à terre mais n’entrera pas et se tiendra sur le seuil, en larmes, tout essoufflée.
Là, il est plus simple de reprendre la succession des faits dans le récit du narrateur, Jean [on n’est pas sûr, etc.], le disciple que Jésus aimait, celui qui, à la Cène, a posé sa tête sur la poitrine du Seigneur et qui raconte ce qu’il a vu. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre, et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l’un à la tête l’autre aux pieds. Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur répondit : “Parce qu’on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis.”
(...) “Ne cherche plus, il est ressuscité.” Alors un homme passe, qu’elle prend pour le jardinier et à qui elle dit (…) : “Si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis.” Car tout le monde se tutoie en Orient. L’homme qu’elle distingue à peine à travers ses larmes s’arrête, la regarde, et simplement : “Marie.” (…) Elle ne sait plus, elle fond en sanglots sous les yeux de l’Adoré qui semble dans un ailleurs : “Ne me touche pas. »

Mais quant à l’Évangile de saint Jean à la messe, il ne s’agissait pas de ce qui est évoqué plus haut, mais de Lazare.


Vaguement au retour, entre deux discussions dans la voiture, je songeais aux événements de Minneapolis – rien à voir – les gens assassinés par une milice raciste, dont les membres peut-être descendent de migrants européens, asiatiques, que sais-je… De ces pionniers dont beaucoup à l’époque tiraient sur les Amérindiens non parce qu’ils venaient d’arriver sur leur sol, mais parce qu’ils y étaient déjà bien avant eux – il y a toujours quelque chose qui cloche avec ces gens…
Mon blog va-t-il décemment pouvoir continuer, hébergé sur Blogspot ?
Je ne crois pas…
Quelques articles…



Puis, quelque part… ce titre, de Wera von Essen : Våld och nära samtal. Tenez, on y lit page 28 :

« Det finns ingen andlighet utan skugga, det finns ingen renhet i att stå och se på, vill man göra skillnad måste man tåla att händerna blir smutsiga (…) »

« Il n’y a pas de spiritualité sans ombre, nulle pureté à simplement regarder ce qui se passe ; pour faire la différence, on doit supporter d’avoir les mains sales (...) »


Nils Blanchard


Rajout d'étiquettes du dernier billet : Minneapolis, Kungälv.


Vie d’auteure / ancien blog découvert récemment – Ville et campagne

Évidemment, le titre de ce blog ne peut que m’attirer : « Libertin ». J'ai dû y parvenir par je ne sais quels rebondissements de liens....