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vendredi 23 octobre 2026

De la France / Miroir déformant ?

Retour au blog Krickelins, où Kristin Lagerqvist écrivait, le 6 octobre : « Längtar som tusan efter några franska dagar. » (« J’ai tellement hâte de passer quelques jours en France. »
Cette histoire, de maison, de contrée de rêvasserie. Pas tout à fait ça, peu importe…

Charles Meynier, La France triomphante encourage les sciences
et les arts pendant la guerre, 1794 - Capture d’écran

Ça nous vaut en tout cas des photos de cette maison dans le Languedoc, ses habitantes passantes…
Leurs étranges mets, parfois…

Bon, mais une autre Suédoise se pâme sur une autre France, dans un certain sens : Jenny Högström écrit le 15 octobre, dans le Göteborgs Posten : « Därför blir jag glad av de franska skolprotesterna. » « Voilà pourquoi je me réjouis des manifestations de lycéens en France. »

Pourquoi se réjouit-elle ? Comment une observatrice suédoise voit-elle les choses ? J’aurais tendance à penser que ça commence mal ; très vite dans son article :

« Och roligast av alla är memet ”bismillah, c’est les ténèbres”, ett fullständigt obegripligt uttryck som snabbt har blivit proteströrelsens ledande slogan. »

« Et, le plus marrant, c’est le refrain : “bismillah, c’est les ténèbres”, une expression totalement incompréhensible qui s’est vite imposée comme le slogan principal du mouvement. »

Puis il est question de Greta Thunberg soutenant la chose – que fiche-t-elle là, Grand Dieu ? Est-elle aussi sotte que ses détracteurs le disaient ?

Puis, des arguments ; ah… des arguments ; les fameuses « revendications » : « Deras krav: lärare på lektionerna, sjuksköterskor, skolpsykologer, slippa vattenläckor, kackerlackor, råttor och klasser på 35-40 elever, samt att slippa frysa eller drabbas av värmeslag. »

« Leurs revendications : des professeurs devant les élèves, des infirmières, psychologues scolaires, ne plus avoir à subir fuites d’eau, cafards, rats et classes à 35-40 élèves, ne plus geler ou, au contraire, subir les vagues de chaleur. » 

Quand on sait que les lycées en France sont les « parents riches » du système français, avec des moyens supérieurs (contrairement aux écoles, collèges et universités) à la moyenne des pays de l’OCDE… Et je ne suis pas sûr qu’il ait tant de rats que ça, et si peu de professeurs. Il fait chaud, il fait froid, oui… Mais du reste le bâti des lycées est l’affaire des régions, non de l’État…
Bref…
Et ce dont j’ai été témoin, moi, en matière de revendications de lycéens, d’établissement professionnel, via le témoignage d’une amie professeur, c’est la revendication de « pouvoir venir en crocs », « et en jogging ».

Capture d’écran, GP du 18 octobre.
Les deux statues allégoriques que l’on voit là (encore) sur le toit
du bâtiment étaient œuvre de Tony Noël, qui a paru ce blog
(voir l’index, à droite de l’écran, version ordinateur…)

Ce à quoi ils vont arriver, nos bon lycéens, c’est à rendre le quotidien des professeurs encore plus désagréable, au vu des nouvelles obligations de remplacements au pied levé qu’on va leur imposer vraisemblablement, tant il y aurait d’« absences non remplacées ».
(Et tant que ça ? Vraiment ? Et où ? Là où on se fait insulter par des élèves ou des parents ?)
Un quotidien plus désagréable encore, donc, pour les professeurs, qui poussera un nombre d’entre eux plus élevé encore aussi à quitter la carrière…
Au fond, ces lycéens sont des petits génies…

Leur slogan, je ne le trouve pas particulièrement amusant, n'y comprends goutte et m’en fiche. Mais s’il y avait quelque chose contre quoi on pouvait se battre, c’étaient les réformes Blanquer du lycée, dont É. Geffray était l’adjoint. Tous ces sigles imbitables… Ces enseignements faussement à la carte… (Je l’ai vu comme professeur à l’université…) Mais était-ce seulement, au départ, dans les « revendications » des lycéens ? Il ne me semble pas… Non, krocks et jogging…

Charles Meynier, Clio - Capture d’écran

Bon, mais entendant parler de casseurs pillant, détruisant… je songeais – bien mal à propos, car les deux événements ont peu de similitudes, si ce n’est l’état avancé d’endettement du pays, peut-être aussi une certaine impasse gouvernementale – aux journées des tuiles de juin 1788 à Grenoble.
Me remettant en mémoire ces faits – Stendhal, e tutti quanti –, j’apprends, via Wikipedia, que « Parmi les nombreux soldats blessés au cours de cette journée, un jeune sergent du Royal-Marine, Jean-Baptiste Bernadotte, futur roi de Suède [Charles XIV Jean], est sauvé de la mort par le botaniste Dominique Villars. » (Nulle trace de ce sauvetage ni de Dominique Villars dans la biographie de Bernadotte de Franck Favier, mais…)

Eh ! Le (relativement) lointain ancêtre de Charles XVI Gustave, qui quant à lui a bien moins de pouvoir qu’Andreas Norlén, talman d’un Parlement de nos temps, dont il a été question ici il y a peu…


Nils Blanchard

mardi 3 février 2026

Discussion d’hiver – écrans et désintégration

Une cousine de passage à Strasbourg ; on discute quelques heures.
Revient dans la conversation le thème des enfants, des élèves, des Djeuns…
(Je l’ai déjà écrit, il faudrait une étiquette « vieux con » à ce blog…)

NB

Bon, mais on tombe d’accord sur… une sorte d’écrasement de certains jeunes gens du fait de l’horizon politique (les perspectives électorales, çà et là, pour le moins, ne sont pas très bandantes… pour ne pas parler de gens – dont on n’a précisément pas envie de parler – qui sont déjà en place, voire qui sont arrivés, malgré tentative de coup d’état, à revenir en place, démocratiquement…), géopolitique, environnemental…

Beaucoup de gens ne s’informent plus du tout aux sources « établies » (presse écrite, radio, voire télévision), qui ont le mérite d’être un peu contrôlées qu’on le veuille ou non ; quand ils s’« informent », c’est au lait de « réseaux » « sociaux » – pardon… – d’une débilité souvent exaspérante, ou franchement corrompus (intellectuellement).
Le savoir, là-dedans est vu comme une contrainte, ou une sorte d’entité extérieure à leur monde (l’école).
Comment s’attendre dans ces conditions qu’ils participent à la démocratie par le vote (et a fortiori par un vote éclairé…) ? (J’ai pu appeler, ça, çà et là, la « désintégration ».)

Là, je repense soudain à Claude Allègre* – paix à son âme. Lui n’était en rien confronté à tout cela – ou vraiment aux prémisses – et il a eu cette originalité de déstabiliser, pour le moins, l’Éducation nationale et de s’en prendre, d’une certaine manière, à la protection de l’environnement (négations réitérées, et fallacieuses, du réchauffement climatique…)


Et voilà que je tombe sur le site Terrestres (en lien indirect de ce blog, via Alluvions…) sur l’annonce d’une table ronde sur Herbert Marcuse, intitulée : « La guerre contre la nature ».

Encore des sujets à creuser…

Notre système économique qui repose sur la croissance infinie ne peut qu’aller dans le mur. N’y sommes-nous déjà ?
La consommation passe avant l’intérêt de la personne, des personnes aussi, de leurs interactions.
On retrouve là nos Djeuns – ma cousine et moi-même avions des exemples chacun dans notre sphère – et leur consommation effrénée, pour trop d’entre eux, d’écrans. Jeux vidéos des heures durant, « participations » stériles – virtuelles – à des « réseaux » « sociaux »…
Cerveaux « nettoyés », individus laissés comme hagard face à leur destinée, à laquelle ils ne pensent même plus à s’intéresser…

NB - Paris, automne 2025

En Suède, les choses ont été poussées loin, avec la privatisation du système scolaire, la numérisation de bien des apprentissages, au point que des enfants ne pouvaient plus écrire à la main (on en a, en France, de plus en plus dans nos classes…) J’avais retenu cet article de Gabrielle Roland Waldén (Gabrielles blogg, en lien de Suédois d’ailleurs, écran, version ordinateur, à droite, etc.) ; c’était le 10 mai 2023, et s’intitulait : « Om att skriva för hand » « Sur l’écriture à la main ».
Cela commençait ainsi :

« Vi kom att tala om att skriva för hand och om människors handstil. Har läst att i svenska skolor av i dag övar man inte skrivstil i nån större utsträckning. I nån artikel stod om en pojke som gått i svensk skola och sedan i Frankrike dit familjen flyttade. Bild på pojkens handskrift fanns med före och efter flytten. Skillnaden var minst sagt stor.
(...)
Det sägs ju också att förbindelsen mellan hand och hjärna är värdefull att ta vara på genom att just skriva för hand. Samma verkar tyvärr inte gälla för hand och tangentbord. Synd det!
”Digitaliseringen har redan tagit över mycket av handens tidigare funktion. Om vi inte gör något åt det kan handfunktionen i framtiden komma att reduceras till pekfingrar och tummar. Den mänskliga kontakten kan gå förlorad och kreativitet, känsloliv och yrkeskunnande kan påverkas.” Så står det i en text om boken ”Handen i den digitala världen”, skriven av Göran Lundborg, specialist i handkirurgi. »

« Nous en sommes venus à parler d’écriture à la main, de manières d’écrire. J’ai lu que dans les écoles suédoises aujourd’hui on ne travaille pas la calligraphie particulièrement. Dans un article, il était question d’un garçon qui avait été dans une école suédoise puis dans une française, sa famille ayant déménagé. Il y avait des images de l’écriture de l’enfant avant et après. Le moindre qu’on puisse dire est que la différence était importante.
(...)
On dit aussi que le lien entre la main et le cerveau est précieux ; qu’il faut l’utiliser par l’écriture manuelle. Il ne semble pas malheureusement qu’on puisse autant tirer de choses d’un lien avec un clavier.
“La digitalisation a déjà avalé plusieurs anciennes fonctions manuelles. Si on n’y fait rien, on n’utilisera bientôt plus de la main que les index et pouces. Le contact humain peut s’en ressentir, et partant la créativité, le domaine de l’émotion et les compétences professionnelles pourraient être affectés.” C’est ce qu’on peut lire d’un extrait de “La main dans le monde digital”, écrit par Göran Lundborg, spécialiste en chirurgie de la main. »

NB

Près de deux ans plus tard – mais ça fait déjà près d’un an !… –, le 5 mars 2025, un parent d’élève, Daniel Da Silva, écrivait dans le Göteborgs Posten un texte intitulé «  Ta med dina skärmknarkande barn med apatisk blick ut i skogen » « Emmène tes gamins accros à l’écran et au regard apathique dehors, dans les bois ».
Début et fin :

« Nästan varje dag ser jag samma sak. Hur mina barn, Elvira, 11 år, och Louie, 13 år, sjunker ner i soffan och försvinner in i sina mobiler. In i en digital värld som lockar och håller dem kvar. Jag ser hur deras skärmupplysta ansikten förändras. Med lätt gapande munnar och tomma, nästan apatiska blickar är de ganska snart helt okontaktbara.
(...)
Naturen är mer än en plats att besöka, den är en del av vilka vi är. Det är dags att vi påminner våra barn om det.
Det handlar inte om att förbjuda skärmar, utan om att erbjuda något mer. En värld där de själva får upptäcka, känna och utforska.
Frågan är inte om vi har råd att prioritera naturen för våra barn. Frågan är snarare om vi har råd att låta bli? »

« Presque chaque jour, j’assiste à la même chose. Mes enfants, Elvira (onze ans) et Louie (treize ans) se vautrent dans le canapé et disparaissent dans leur téléphone portable. Ils y sont comme enfermés dans le monde digital. Et je vois leurs visages changer, pris par l’écran. La bouche légèrement ouverte, les yeux vides, presque apathiques, ils sont assez vite hors de contact.
(...)
Or la nature est plus qu’un lieu de promenade, elle est une part de nous-mêmes. Il est temps qu’on le rappelle à nos enfants.
La question n’est pas d’interdire les écrans, mais d’offrir quelque chose de plus important. Un monde où ils peuvent découvrir, sentir, chercher par eux-mêmes.
Il ne s’agit pas de se demander si on a les moyens de rendre la nature prioritaire pour nos enfants.
Il s’agit plutôt de se demander si on peut attendre encore. »

DEHORS ! DANS LES BOIS !


Nils Blanchard


* Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître néanmoins que, dans ses démêlés avec les « profs », il s’en prenait aussi, et avant tout peut-être, aux syndicats et à une certaine machine dirigeante, indéboulonnable… (Ce que j’appelle, dans un billet à suivre, les « petits marquis ».)
Quand on voit la plupart des syndicats de l’enseignement grimper aux rideaux parce que le ministre Édouard Geffray décide de l’interdiction des portables dans les lycées…
« Ah, mais non – entend-on –, ce n’est pas possible, il nous faut plus de moyens... »
Des moyens ? Pour interdire les portables ? Est-ce une blague ? Les élèves les laisseront à leur domicile un point c’est tout. Amènent-ils dans leurs établissements leurs animaux de compagnie, leurs coffres à jouets, que sais-je ?

NB

Destination / Du profit des lieux

Retour à cet étrange blog « Krickelins », dont il a déjà été question ici… C’est que, une fois encore, Kristin Lagerqvist, encore vers le dé...