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mercredi 8 avril 2026

Champignons, renards 2

Il m’est arrivé de dire que j’allais vers la fin de ce blog, pour diverses raisons – une des moindres n’étant point une détestation grandissante à l’égard des médias à écrans.
Il faut être un peu logique…
Néanmoins, dans la forêt des billets de « Suédois d’ailleurs », je me retrouve au hasard des sentes plus ou moins abandonnées, qui semblaient comme attendre. 

NB - Alsace, avril 2026

Ainsi de ce billet sur les champignons et les renards, qui date d’octobre 2023…
Près de deux ans et demi plus tard, un article du site en lien « Fonge et florule », le 21 février 2026, s’intitule « Le polypore-renard » !
Il s’agit en « réalité » – quelle réalité ? Dirait peut-être André Dhôtel – du Phellin à bourrelets (Fuscoporia torulosa). Et on lit à son propos :

« Ce polypore est tellement discret, caché, invisible, et en même temps d’une beauté si altière, rousse, se tenant aux aguets au pied des haies sous le lierre et les mousses… qu’il me fait songer au renard.
Pour découvrir ce champignon, le voir apparaître d’un bond comme le renard, il faut le connaître et l’aimer. Il faut faire glisser longuement et assidûment le regard à la base végétalisée des arbres, scruter intensément, tomber en arrêt, repartir, scruter de nouveau, le débusquer, le prendre en filature… »

Avoir simplement quelques mois devant soi, une pile de livres et de notes en retard (papier…) et espacer leur consultation par des marches sans limite d’horaires, au cœur d’une campagne découverte ou retrouvée, ou les deux.
Et tant pis pour les soucis des temps et des âges ; je me comprends…
On croisera peut-être une renarde au détour d’un sentier ; je me comprends…

NB - Alsace, avril 2026

Mais c’est une série d’articles sur les polypores que nous propose le site « Fonge et florule ».
Ainsi, après « De la dureté des polypores » du 6 mars 2026 (je me comprends, etc.), je découvre
celui du 7 mars : « De la naissance à la vieillesse d’un polypore ».
Là, l’introduction n’est guère réjouissante :

« Quelle métamorphose ! … de la naissance d’un Ganoderma adspersum, ce nodule blanc, cette langue virginale et souple… à sa vieillesse brune, dure et croûteuse, constituée d’un étagement, d’une pièce montée de bourrelets amaigris à la marge, secs et osseux, saupoudrés et ternis par les spores brun foncé qui se sont élevées (…) »

Entend-on dans les campagnes du Berry – ça pourrait être Héloïse Combes, mais elle les a désertées par crainte des ondes… même si elle reviendra peut-être, quelque part ; allez.. un scoop ? – quelque sylphide échappée d’on ne sait quel conte de Georges Sand, chanter Brassens (s’adjoignant Pierre Corneille et Tristan Bernard) :

« Peut-être que je serai vieille
Répond Marquise, cependant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille
Et je t’emmerde en attendant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille
Et je t’emmerde en attendant... »


Nils Blanchard

samedi 21 mars 2026

Vie d’auteure / fleurs et mots

Textes, mots, éclosent dans des blogs en lien de celui-ci (liste à droite, version ordinateur, etc., etc.)
C’est d’autant plus étrange – j’ai déjà dit, je le sais, que j’envisageais de changer assez vite de métier… – que comme professeur, j’échange de moins en moins de mots avec mes élèves (de plus en plus ont du mal à les comprendre, à les lire, à les écrire…)

Les Lumières de la forêt, 1964 ; illustration :
Marianne Clouzot


Et des rhumes se succèdent, cette année – des grippettes, écrirais-je à Héloïse Combes – en ces temps stakhanoviens où les gens croient de bon ton de partager leurs miasmes.
Et l’hiver qui se prolonge – court redoux qui a bien trompé son monde ; soirées sombres, froides et humides – personnalise comme un rhume dont on sort, soudain, telles les premières anémones des bois qui commencent à joncher les sols des forêts.

Les lumières de la forêt.

Bon, mais Julia Eriksson de titrer son article (en lien, etc.), le 9 mars : « Allt är text / Text är allt » (« Tout est texte / Le texte est tout »). Et là :

« Jag läser en stund på pendeltåget på väg mot kontoret. Strax innan Solna, på sida 94, fastnar jag för några rader.

Eftersom vi förändras under vår existens måste vi ständigt ompröva våra ståndpunkter… Man måste i första hand försöka förstå, endast i andra hand vara kritisk.” »

« Dans le train, en allant au bureau, je lis pendant un moment. Juste avant Solna [eh ! Solna…], page 94, je m’arrête sur quelques lignes.

Vu que nous changeons au cours de notre existence, il convient sans faute de remettre en cause nos points de vue… En premier lieu : essayer de comprendre ; et après seulement être critique. »

Page 94 de quoi, de son manuscrit ? C’est qu’elle écrit plus loin qu’elle a écrit que :

« Äntligen, här kommer det första manusutkastet! »

« Enfin ! La première version du manuscrit est prête ! »

Entendais quelqu’un, dans une radio je crois, peut-être à propos de mythologie, rappeler que certes on peut changer dans l’existence, mais que ce qui rend le changement possible est précisément le maintien d’une certaine identité qui peut l’observer.
Ce n’était pas du tout dit comme ça, mais peu importe.

Les Lumières de la forêt, décembre 2025 ; illustration :
Daniel Nadaud

Plus récemment encore, un article de Gabrielles Blogg, le 13 mars, s’intitule « En kvinna klädd i ord » (« Une femme habillée de mots »). Et cela commence ainsi :

« Häromdan såg jag Nationalmuseums utställning Porträtt (avslutas om några dar). Många mycket fina porträtt. Detta fotografi av Sara Danius hörde till dem jag särskilt fastnade för. Det är en så vacker bild och texten bredvid är också berörande. Det står så här:
Vem om inte Svenska Akademiens ständiga sekreterare bör kläs i ord? Sara Danius bär en klänning som Astrid Ljungberg Järnblad skapat av gulnade sidor ur en äldre utgåva av Svensk ordlista fram till bokstaven J. (...) »

« L'autre jour, j’ai vu au Musée national l’exposition Portraits (qui finit dans quelques jours). Que de beaux portraits ! Un de ceux qui m’a le plus accrochée est une photographie de Sara Danius. C’est une si belle image, avec un commentaire touchant aussi. Je cite :
Qui, sinon la Secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, pourrait être habillée de mots ? Sara Danius porte une robe créée par Astrid Ljungberg Järnblad à partir de pages jaunie d’une ancienne édition du dictionnaire suédois, jusqu’à la lettre J. (...) »

Pages jaunies ; dorées ? Les lumières de la forêt.

André Dhôtel (retrouvailles avec l’enfance?) ; nouvelle magnifique édition de Fata Morgana, allez (pages 36-37) :

« Parfois la tempête semblait s’éloigner, puis elle revenait en force. Les nuages passaient avec une rapidité folle et la pluie balayait les toits de Bergeloup.
Antoine et Martine, ce matin-là, restèrent longtemps sous le hangar. Leur père prétendait que la forêt écoutait les paroles, mais on ne savait pas s’il prenait très au sérieux ce qu’il disait. En ce jour, c’était la forêt elle-même qui parlait. Que disait-elle ?
Pas un mot qu’on puisse comprendre. C’étaient comme de grands discours menaçants, mais on entendait aussi de temps à autre une sorte de chant très doux qui montait des profondeurs et qui faisait songer à une immense bonté. »

Marianne Clouzot, Jeunesse


Nils Blanchard


Ajout. Il y a, mine de rien (forcément...) une actualité autour d'André Dhôtel qui est loin d'être ridicule. Ainsi a paru ce mois-ci un Matricule des anges (titre étrange) dont il occupe la couverture, avec la reprise d'une belle aquarelle de Julie Faure-Brac.



mardi 3 février 2026

Discussion d’hiver – écrans et désintégration

Une cousine de passage à Strasbourg ; on discute quelques heures.
Revient dans la conversation le thème des enfants, des élèves, des Djeuns…
(Je l’ai déjà écrit, il faudrait une étiquette « vieux con » à ce blog…)

NB

Bon, mais on tombe d’accord sur… une sorte d’écrasement de certains jeunes gens du fait de l’horizon politique (les perspectives électorales, çà et là, pour le moins, ne sont pas très bandantes… pour ne pas parler de gens – dont on n’a précisément pas envie de parler – qui sont déjà en place, voire qui sont arrivés, malgré tentative de coup d’état, à revenir en place, démocratiquement…), géopolitique, environnemental…

Beaucoup de gens ne s’informent plus du tout aux sources « établies » (presse écrite, radio, voire télévision), qui ont le mérite d’être un peu contrôlées qu’on le veuille ou non ; quand ils s’« informent », c’est au lait de « réseaux » « sociaux » – pardon… – d’une débilité souvent exaspérante, ou franchement corrompus (intellectuellement).
Le savoir, là-dedans est vu comme une contrainte, ou une sorte d’entité extérieure à leur monde (l’école).
Comment s’attendre dans ces conditions qu’ils participent à la démocratie par le vote (et a fortiori par un vote éclairé…) ? (J’ai pu appeler, ça, çà et là, la « désintégration ».)

Là, je repense soudain à Claude Allègre* – paix à son âme. Lui n’était en rien confronté à tout cela – ou vraiment aux prémisses – et il a eu cette originalité de déstabiliser, pour le moins, l’Éducation nationale et de s’en prendre, d’une certaine manière, à la protection de l’environnement (négations réitérées, et fallacieuses, du réchauffement climatique…)


Et voilà que je tombe sur le site Terrestres (en lien indirect de ce blog, via Alluvions…) sur l’annonce d’une table ronde sur Herbert Marcuse, intitulée : « La guerre contre la nature ».

Encore des sujets à creuser…

Notre système économique qui repose sur la croissance infinie ne peut qu’aller dans le mur. N’y sommes-nous déjà ?
La consommation passe avant l’intérêt de la personne, des personnes aussi, de leurs interactions.
On retrouve là nos Djeuns – ma cousine et moi-même avions des exemples chacun dans notre sphère – et leur consommation effrénée, pour trop d’entre eux, d’écrans. Jeux vidéos des heures durant, « participations » stériles – virtuelles – à des « réseaux » « sociaux »…
Cerveaux « nettoyés », individus laissés comme hagard face à leur destinée, à laquelle ils ne pensent même plus à s’intéresser…

NB - Paris, automne 2025

En Suède, les choses ont été poussées loin, avec la privatisation du système scolaire, la numérisation de bien des apprentissages, au point que des enfants ne pouvaient plus écrire à la main (on en a, en France, de plus en plus dans nos classes…) J’avais retenu cet article de Gabrielle Roland Waldén (Gabrielles blogg, en lien de Suédois d’ailleurs, écran, version ordinateur, à droite, etc.) ; c’était le 10 mai 2023, et s’intitulait : « Om att skriva för hand » « Sur l’écriture à la main ».
Cela commençait ainsi :

« Vi kom att tala om att skriva för hand och om människors handstil. Har läst att i svenska skolor av i dag övar man inte skrivstil i nån större utsträckning. I nån artikel stod om en pojke som gått i svensk skola och sedan i Frankrike dit familjen flyttade. Bild på pojkens handskrift fanns med före och efter flytten. Skillnaden var minst sagt stor.
(...)
Det sägs ju också att förbindelsen mellan hand och hjärna är värdefull att ta vara på genom att just skriva för hand. Samma verkar tyvärr inte gälla för hand och tangentbord. Synd det!
Digitaliseringen har redan tagit över mycket av handens tidigare funktion. Om vi inte gör något åt det kan handfunktionen i framtiden komma att reduceras till pekfingrar och tummar. Den mänskliga kontakten kan gå förlorad och kreativitet, känsloliv och yrkeskunnande kan påverkas.” Så står det i en text om boken ”Handen i den digitala världen”, skriven av Göran Lundborg, specialist i handkirurgi. »

« Nous en sommes venus à parler d’écriture à la main, de manières d’écrire. J’ai lu que dans les écoles suédoises aujourd’hui on ne travaille pas la calligraphie particulièrement. Dans un article, il était question d’un garçon qui avait été dans une école suédoise puis dans une française, sa famille ayant déménagé. Il y avait des images de l’écriture de l’enfant avant et après. Le moindre qu’on puisse dire est que la différence était importante.
(...)
On dit aussi que le lien entre la main et le cerveau est précieux ; qu’il faut l’utiliser par l’écriture manuelle. Il ne semble pas malheureusement qu’on puisse autant tirer de choses d’un lien avec un clavier.
La digitalisation a déjà avalé plusieurs anciennes fonctions manuelles. Si on n’y fait rien, on n’utilisera bientôt plus de la main que les index et pouces. Le contact humain peut s’en ressentir, et partant la créativité, le domaine de l’émotion et les compétences professionnelles pourraient être affectés. C’est ce qu’on peut lire d’un extrait de La main dans le monde digital”, écrit par Göran Lundborg, spécialiste en chirurgie de la main. »

NB

Près de deux ans plus tard – mais ça fait déjà près d’un an !… –, le 5 mars 2025, un parent d’élève, Daniel Da Silva, écrivait dans le Göteborgs Posten un texte intitulé «  Ta med dina skärmknarkande barn med apatisk blick ut i skogen » « Emmène tes gamins accros à l’écran et au regard apathique dehors, dans les bois ».
Début et fin :

« Nästan varje dag ser jag samma sak. Hur mina barn, Elvira, 11 år, och Louie, 13 år, sjunker ner i soffan och försvinner in i sina mobiler. In i en digital värld som lockar och håller dem kvar. Jag ser hur deras skärmupplysta ansikten förändras. Med lätt gapande munnar och tomma, nästan apatiska blickar är de ganska snart helt okontaktbara.
(...)
Naturen är mer än en plats att besöka, den är en del av vilka vi är. Det är dags att vi påminner våra barn om det.
Det handlar inte om att förbjuda skärmar, utan om att erbjuda något mer. En värld där de själva får upptäcka, känna och utforska.
Frågan är inte om vi har råd att prioritera naturen för våra barn. Frågan är snarare om vi har råd att låta bli? »

« Presque chaque jour, j’assiste à la même chose. Mes enfants, Elvira (onze ans) et Louie (treize ans) se vautrent dans le canapé et disparaissent dans leur téléphone portable. Ils y sont comme enfermés dans le monde digital. Et je vois leurs visages changer, pris par l’écran. La bouche légèrement ouverte, les yeux vides, presque apathiques, ils sont assez vite hors de contact.
(...)
Or la nature est plus qu’un lieu de promenade, elle est une part de nous-mêmes. Il est temps qu’on le rappelle à nos enfants.
La question n’est pas d’interdire les écrans, mais d’offrir quelque chose de plus important. Un monde où ils peuvent découvrir, sentir, chercher par eux-mêmes.
Il ne s’agit pas de se demander si on a les moyens de rendre la nature prioritaire pour nos enfants.
Il s’agit plutôt de se demander si on peut attendre encore. »

DEHORS ! DANS LES BOIS !


Nils Blanchard


* Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître néanmoins que, dans ses démêlés avec les « profs », il s’en prenait aussi, et avant tout peut-être, aux syndicats et à une certaine machine dirigeante, indéboulonnable… (Ce que j’appelle, dans un billet à suivre, les « petits marquis ».)
Quand on voit la plupart des syndicats de l’enseignement grimper aux rideaux parce que le ministre Édouard Geffray décide de l’interdiction des portables dans les lycées…
« Ah, mais non – entend-on –, ce n’est pas possible, il nous faut plus de moyens... »
Des moyens ? Pour interdire les portables ? Est-ce une blague ? Les élèves les laisseront à leur domicile un point c’est tout. Amènent-ils dans leurs établissements leurs animaux de compagnie, leurs coffres à jouets, que sais-je ?

NB

mardi 28 octobre 2025

Balade / traces / forêt

À l'occcasion de ce samedi ensoleillé (dernier jour de l’été en fait cette année), sitôt la « Kartoffelkeller » visitée, j’ai gravi – en voiture… – un peu encore le Mont Louise pour arriver à un point à 1000 mètres d’altitude. De là, d’un lieu où il y a des « Pierres de mémoire » : petite marche ; je me suis un peu enfoncé dans la forêt.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Mais à propos de voiture, ce lieu, près, autour de l’ancien camp de concentration de Natzweiler, a quelque chose quand même de particulier.
En allant à l’aller au Struthof, sur la petite route en zigzags bien après Rothau, une femme en voiture me coupe délibérément la route, tout en faisant une sorte de signe de la main, d’excuse ? de fatalité ? Elle était à un stop ; démarre juste quand j’allais la croiser.
Heureusement, conducteur somme toute expérimenté, j’avais comme subodoré la chose, n’allais pas très vite (on était de toute façon à un virage) et étais prêt à piler, ce que j’ai fait, tout en déviant à droite pour éviter l’imprudente – ou la folle ?

J'ai pensé à diverses choses, diverses symboliques dont on pourrait parer cette conductrice. Puis bien sûr j’ai eu autre chose en tête.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Mais j’y ai repensé au moment de ma promenade. Ce lieu.

Il y a là des panneaux qui datent de 2006, posés alors sans doute pour illustrer un « Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme ». De l’autre côté de la route, un panneau détaillé indique les randonnées possibles sur le thème. Il est criblé de balles (ou de jets de pierres?)

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Itou, il faut en convenir, un panneau à proximité marquant l’entrée d’une zone forestière :

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Des gens par ici ont-ils des pulsions incontrôlables : tirer sur des panneaux (entre autres) mémoriels, couper la route d’autres automobilistes ?

Songe aussi à Benoît Duteurtre, en entendant des motos faire rugir leurs moteurs.

Évidemment, plus vraisemblablement, on a simplement un faisceau de hasards…

Retour à « mon » côté de la route, vers ma balade, et aux panneaux de 2006. L’un est quasiment effacé.
On est presque dans l’archéologie des ferrailles indicatrices.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

On y lit sans trop de difficulté, néanmoins : « “Toi qui marches sur le sentier, libre et sans crainte, / entends le message des pierres, mets-toi debout, deviens sentinelle / œuvre à ce que, plus jamais, le murmure du vent dans les branches / ne soit étouffé par la plainte des opprimés.” Juin 2006 »

Il ne reste que le panneau inférieur (l’inscription) ; le haut du panneau a disparu.
Un peu plus loin, une autre inscription.

« Libre et sans crainte » ?

Celle-ci est criblée de balles aussi, et difficile à lire.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Écriture (étrangement) manuscrite : « Pierre de la Mémoire // Ici, au point culminant du Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme, / et la croisée des chemins, point de convergence entre passé et futur, / se dresse la Pierre de la Mémoire. / Les pierres couchées, de granit rose, ont symboliquement été prélevées / dans la Grande Carrière du Struthof et représentent l’homme opprimé, / humilié dont les droits fondamentaux ont été bafoués. / La pierre dressée, de granit gris, provient des abords de la RD 130 / menant au village du Hohwald, village natal du Dr Adélaïde Hautval, / médecin résistante, déportée par solidarité. / Cette pierre dressée symbolise / l’Homme debout dans toute sa dignité et sa grandeur. / Que cette Pierre de la Mémoire rayonne dans l’édification de notre futur. »

Plus loin encore, des indications mises à bas.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Puis c’est la forêt et un étrange silence – hormis quelques pétarades de motos plus ou moins loin – ; une douceur, aussi, de dernier jour d’été.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


Nils Blanchard


Ajout. – Il y a quelques jours, publication d’une étude de l’OCDE relevant, d’après ce qu’en dit la presse, un mal-être des professeurs un peu partout dans le monde mais notamment en France.
Bon. C’est la même OCDE qui fait paraître régulièrement les pseudo « enquêtes » PISA qui ont consciencieusement sapé depuis des décennies maintenant le travail desdits professeurs.
Une idée d’économie pour le gouvernement : sortir de l’OCDE, ce qui soulagerait la France (ce serait sans doute symbolique, mais…) de sa participation au budget de ladite organisation (5,1 % nous dit-on sur son site), et du « travail » de fonctionnaires, notamment de l’Éducation Nationale, qui sous-traitent les fameuses « enquêtes » PISA ; ceux-là pourraient être mis devant des classes.

Un point néanmoins dont ne saurait être rendue responsable l’OCDE (quoique… n’y conseille-t-on pas de mettre les jeunes élèves devant des écrans?), c’est l’effet délétère, particulièrement sur certains enfants, des « réseaux » « sociaux » et autres smartphones.

– Ajout d’étiquettes de l’article précédent : Télérama, Bernur, Haguenau.



NB

dimanche 16 mars 2025

Songeries finlandaises

J'ai vécu en Finlande – j’en ai peut-être déjà parlé en ces lignes –, y ai partagé le quotidien de diverses personnes, mais comme à un autre rythme ; je n’avais pas les mêmes nécessités qu’eux.

NB - Hiver à Karis, Finlande

Comment expliquer cela : même avec des gens très proches dans l’instant, bien des choses furent incommunicables, parce que nous vivions comme dans des dimensions différentes.
Et il y a eu cependant parfois des rencontres. Et il y a eu des êtres exceptionnels. Sofi, Peggy ; d’autres encore.

J'y pensais à la lecture d’un article de Sandra Holmqvist (blog Sandra skriver, en lien de celui-ci) du 11 février. Me débattant moi-même entre diverses priorités (j’ai tendance il est vrai à résoudre les choses de manière un peu simpliste, en les annulant toutes, ou plus exactement en les reportant toutes au dernier moment…), je lis :

« Man säger ju så ibland – ”jag hinner inte skriva/läsa/träna/laga mat” – och allt som oftast påstår jag att det bara handlar om prioriteringar och val att göra något annat än skriva/läsa/träna/laga mat (…) »

« Il est vrai qu’on dit parfois – ”je n’arrive pas à écrire/lire/m’entraîner/faire la cuisine” – et trop souvent je prétends moi-même que c’est une question de priorités si l’on fait autre chose qu’écrire/lire/s’entraîner/faire la cuisine (…) »

Et, un peu plus loin :

« Till och med i mina drömmar är upptagen med att laga läckande toalettstolar, vara på resande fot och avvärja dödsfara.
Det har varit mycket på gång sedan, hmm, oktober. »

« Jusque dans mes rêves je suis débordée, devant réparer des toilettes qui fuient, me préparer pour partir en voyage, me garder de dangers mortels.
Il y a eu beaucoup à faire depuis, disons… octobre. »

Venny Soldan-Brofeldt, Pêcheurs au filet - Wikipedia

En ce qui me concerne, qu’est-ce que j’ai eu sur le feu depuis… octobre ? Il y a eu le travail, ce blog bien sûr (diverses recherches plus ou moins liées, écrivains, églises… les séries sur les Norvégiens de Cernay ou Tidö…), de vagues tracas personnels, familiaux… puis tant de projets reportés, cuisant à petit feu dans je ne sais quel marmite de documents amassés, d’à peu près et de plans sur la comète. Problèmes d’yeux par là-dessus…
Et quant aux voyages…
Depuis combien de temps n’ai-je pas été en Suède ?
En Finlande ?

La Finlande, aussi, ce sont ces promenades aux senteurs d’infini, en bordure de champs noirs ou dans des forêts plus ou moins sombres.
Il y a quelque chose de rassurant de penser à cette immensité dans laquelle on peut à loisir – allons, avec un peu de jugeote quand même, histoire de ne pas se perdre corps et biens (eh ! J’ai l’impression de vous servir de cet affreux « avec modération » que les cuistres oignent à toute allusion à quelque boisson alcoolisée) – pratiquer la science subtile de l’égarement chère à André Dhôtel.

Venny Soldan-Brofeldt - Capture d’écran

Seulement voilà, la sauvagerie – nue – de la forêt, du dehors, d’un autre dedans, a aussi ses dangers.
Ainsi a-t-on pu lire dans les journaux suédois au début de février qu’un enfant finlandais, dans le sud est de la Finlande, s’était aventuré dans la forêt du côté de la frontière russe, était passé de l’autre côté et… était depuis retenu par les autorités russes.
Bon, après lectures plus approfondies au fil des jours, il semble que l’enfant ait délibérément traversé la frontière ; on parle aussi d’origines ukrainiennes ; on n’y comprend plus rien…

Mais ces histoires de traversées plus ou moins accidentelles de cette frontière sont au cœur d’une partie d’un assez long roman qu’il faut que je trouve le temps de relire.
Et cela devrait-il devenir une de mes priorités ?


Nils Blanchard


Triche ; ajout d’étiquettes du dernier billet : 1941, 1942, Donald Trump, Andrew Jackson, Afrique, Senghor, Henning Mankell.

Mais aussi : un certain Sylvain Courage, sur France info, le 12 mars, dans une séquence « Cartes blanches » des « Informés » (émission que je n’écoute d’habitude pas), où l’un de ses collègues n’a rien trouvé mieux que vendre son propre bouquin – sur le service public ! – « journaliste » je crois au Nouvel Obs, de piétiner la présomption d’innocence, en commentant le procès en cours d’une professeure accusée de harcèlement sur une élève ; on parle de « la question des professeurs toxiques », comme s’il y en avait à tous les coins de classe, je cite : « C’est une minorité de professeurs, mais il y en a dans tous les établissements. » Ah ? Des faits ? Des noms ? Donnez donc le mien, histoire qu’on s’amuse trois secondes !

Et encore : commémorations, en ce moment, à Haguenau par exemple, de la libération de l’Alsace en 1945.
Étrange de voir çà et là – et c’est bien normal – des drapeaux américains, au moment où les temps ont changé, comme on en a déjà parlé ici ou là.
La guerre, particulière ici (mais quelle région, de France, d’Europe, n’a pas eu ses particularités?), est prégnante encore dans les discours, « recherches » (qui n’en ont parfois que le nom). Il arrive que ce soit de manière assez répugnante, comme avec cette vidéo d’anciens SS fièrement (re?)publiée sur un étrange site local.

Jeudi dernier, l’ancien camp de Natzweiler (que j’ai fait visiter) était sous la neige. Plutôt bien, la neige : ça limite le froid, c’est moins désagréable que la pluie. Et une fois que le brouillard (encore…) se dissipe, elle offre des paysages magnifiques.
Elmar Krusman n’est jamais passé par ce camp central, mais a bien été immatriculé au KL Natzweiler. Il est mort au camp annexe de Bisingen, à trois jours près il y a exactement 80 ans, le 13 mars 1945.

Pour en revenir à la libération de l’Alsace. La peintre Geneviève Asse, engagée dans la 1ère DB, y participa. Il y a un texte (et des photos de peintures) très intéressant, de Carine Chichereau, en lien indirect de ce blog (Diacritik, via Alluvions).
Un peu de bleu...

NB

lundi 30 décembre 2024

La forêt, la maison...

Beaucoup de choses que je voudrais faire, voir. Expositions, à Evian, près de Neuchâtel, ailleurs encore... dont je pourrai rendre compte ici avec un peu de chance…

Elin Danielson-Gambogi – Capture d’écran

 Mais l’heure tourne. Les dates défilent… Julia Eriksson, le 16/12 : « Jag har bara glömt att december har ett begränsat antal dagar och att det här med att tacka ja till allt är ungefär lika kul som utmattande. » - « J’ai seulement oublié qu’il n’y a que 31 jours en décembre et que cela qui consiste à accepter toutes les propositions, est à peu près aussi agréable qu’épuisant. » Les week-end, les moments de vacances, ont été trop souvent gâchés ces derniers temps par les miasmes gentiment partagés par cette espèce d’idéologie sotte et grégaire (les deux vont souvent ensemble) du « marche ou crève », sans parler de nos bons compatriotes qui se précipitent sur vous pour se moucher salement (comme s’ils regrettaient qu’on ne les ait pas suffisamment mouchés tout simplement...)

Elin Danielson-Gambogi – Capture d’écran


Il y a des choses, aussi (et évidemment… mais…) auxquelles que je ne pourrai pas assister. Ça se passe à Helsinki, à des dates où je ne peux me libérer même si c’est avec grand plaisir que je retournerais en Finlande. C’est le site SLS – mine d’archives, d’annonces… sur les « Suédois d’ailleurs », de Finlande notamment… – qui annonce ces deux colloques (à droite de l’écran, version ordinateur, en lien...

La forêt, idées et erreurs


La maison (le foyer), qu’est-ce que ça dit de nous ?

Une exposition à laquelle je devrais pouvoir assister – j’arriverai bien à passer quelques jours à Paris avant le printemps ! –, à Paris, aussi – justement ? On devrait en reparler… – : celle sur l’intime au Musée des Arts Décoratifs.



La nudité là-dedans.
D'aucuns s’étonnent de la présence de nus en multitude en ce blog. Peut-être la nudité est-elle précisément entre ces deux thèmes : la forêt, une certaine sauvagerie, animalité, en lisière de la civilisation… et l’habitat, au cœur de cette civilisation peut-être, et pourtant lieu de l’intime.

On voit cela au détail d’une photo sur le blog Krickelins, par exemple. Un joli bas-relief – de qui ?

Krickelins, capture d'écran


Mais toujours sur SLS, annonce de livres nouveaux annoncés. De ceux-là, aussi, j’espère pouvoir reparler ici dans pas trop longtemps.

Livre sur l’antifascisme suédo-finlandais.
(On retrouve là le thème de travail, inversé, d’un journaliste rencontré lors de cette conférence sur les Norvégiens de Cernay, qui travaille sur l’extrême droite alsacienne d’avant-guerre, Claude Mislin.)



Livre sur… Elin Danielson-Gambogi.



Parmi d’autres, grand Dieu, parmi d’autres !


Nils Blanchard


P.-S. : Je n’arrive toujours pas à rattraper mes étiquettes. J’ai rajouté celles-ci, du dernier billet : Per Krohg, Folke Bernadotte, Christian Krohg, Rudolf Heberle, Sten Sparre Nilson, KL Neuengamme.

jeudi 17 octobre 2024

Forêt, archipel – combat ?

On est dans un temps où exercer un métier doit s’accompagner de brassage d’air (publicité – « communication » –, travail en commun, que sais-je…)

Björn Ahlgrensson, capture d’écran


Même dans des secteurs qui n’ont rien à voir avec le « profit à tout prix », la « performance affichée », voire qui devraient leur tourner le dos, on nous annone les leçons de petits manuels de management. Or ne serait-il pas temps de sérieusement remettre à leur place les gredins « spécialistes » de la chose  qui mènent notre pays non seulement à la ruine – ils l’avouent benoîtement eux-mêmes –, mais pire, à la vulgarité intellectuelle, à la destruction (répandons l’énergie atomique, continuons à susciter la croissance économique, autorisons des agriculteurs à répandre toujours plus de pesticides, etc.)


Björn Ahlgrensson, capture d’écran


Héloïse Combes – revenez quelques billets en arrière, cliquez, cliquez, foncez, FONCEZ ! – est en première ligne.
Ne supportant pas les ondes électriques – mais aussi une certaine fuite en avant du troupeau derrière les gredins évoqués plus haut – elle vit en zone blanche forestière dans les Cévennes. La vie n’est pas toujours tendre dans de telles conditions ; elle rend coup pour coup. C’est dans La tombée des nues, un magnifique poème du recueil L’embrasement des siècles, qui commence sur un ton comme dhôtelien (non!?) :

« Y a-t-il encore un dieu si
L
es gosses des rues
Ne lancent plus vers lui
La neige des trottoirs »

Quelques strophes plus loin :

« Je vais te dire frère
Tu trembles face à toi-même
Tu vacilles quand tu vois l’ange
Dans le miroir

Tu colmates les brèches de ton jardin
Au cas où quelque myosotis porteur de vérité
Te boufferait les yeux

(...) 

Ne me plains pas frère anesthésié
J'aime mieux pleurer avec les arbres
Caresser la peau de la terre hérissée d’effroi
Que tâter de ton funeste confort »


Björn Ahlgrensson, capture d’écran


 Bon, mais il y a ce blog d’une Stockholmoise, en lien de celui-ci ; Julia Eriksson.
Étrange lien, avec mon passé ; une autre vie. Et avec mon présent. Elle parle d’archipel en Suède, dans les couleurs d’automne ; y partir quelques jours, y écrire. Ou en tout lieu où l'on se donne l'impression d'être hors de portée de... gredins. 
Je devrais y être bientôt aussi.

« I två dagar ska jag vara på en ö och skriva, slå mig ner bland orden för att stanna kvar och när skepsisen tar över kommer jag att vända mig till mitt sällskap och fråga om vi inte ska ta en paus, om hon inte också vill sträcka på benen en stund. Allting medan hösten hummar sin stilla melodi där utanför. »

« Deux jours durant, je serai sur une île pour écrire, me poser et me retrouver parmi les mots, et quand le doute sera trop fort, je me tournerai vers mon accompagnatrice pour lui proposer une pause ; n’aura-t-elle pas envie elle aussi de se dégourdir les jambes un moment ? Tout ça lors que l’automne fredonne sa mélodie tranquille au-dehors. »


Nils Blanchard

lundi 10 juin 2024

Eau ; fleuve, hygiène sauvage

Il y avait il y a peu encore une exposition à Strasbourg, galerie Decorde, que j’ai vue en son dernier jour. Intitulée Bleu. Là, notamment, des tableaux du Rhin de Roger Dale, auteur de l’illustration d’Elmar Krusman.

Recto prospectus galerie Decorde, Roger Dale


Or on parla de bains d’anciens temps, en bord de rivière. Plus généralement, j’ai découvert récemment (furetant dans des ex-libris) un illustrateur, peintre, belge – beaucoup de choses à explorer de ces côtés ! –, Armand Rassenfosse.
Chez ce peintre, beaucoup de scènes de toilettes – certaines pouvant faire penser à Degas.
Qui plus est : on retrouve certaines dates évoquées dans des billets antérieurs. 1921…

Armand Rassenfosse -- Capture d'écran


1917. Bassine. On n’est pas loin du tub.

Armand Rassenfosse -- Capture d'écran

Le tub, on y arrive, et la baignoire.



E. Degas, capture d'écran


Mais si on quitte la ville, qu’on va vers le dehors (foris – à l’extérieur), vers la forêt… On fait une toilette d’air pur, quoi qu’on dise ; autant qu’on aime Paris, par exemple, on ne peut se défaire de cette sorte de suie que l’on y attrape dans le nez, sur la peau, sans parler du bruit.
Encore plus dehors encore, si l’on peut dire… on peut retrouver la singulière Nastassja Martin, en Russie. Croire aux fauves raconte l’attaque par un ours subie par l’auteure au Kamchatka.
Elle est d’abord soignée dans un hôpital russe, avant d’être ramenée à Paris.
Page 42 (édition Folio), encore en Russie, elle écrit dans ce qu’elle appelle son « cahier noir » :

« Tension de leurs rencontres inattendues, inavouables, improbables, en devenir, pourtant. Puisque seuls ils [les prédateurs solitaires] se perdent, puisque seuls ils s’enferment, puisque seuls ils oublient. Le croisement de leurs regards les sauve d’eux-mêmes en les projetant dans l’altérité de celui qui fait face. Le croisement de leurs regards les maintient en vie. »

Peut-être. Il est question d’animisme dans tout cela.
Mais ça nous ramène étrangement au verso (ou au recto, peu importe) du prospectus de la galerie Decorde ; peinture de Cécile Duchêne.

Verso prospectus galerie Decorde, Cécile Duchêne

De là, si vous cliquez dans l’orange et allez voir d’un peu plus près, via écran, l’œuvre de cette artiste, peut-être ses cerfs vous feront penser à Claudie Hunzinger, évoquée ici, ou ses personnages feuillus, à Julien Grainebis, le héros d’André Dhôtel.



Nils Blanchard


P.-S.: encore des étiquettes en retard du dernier article: Bernur, Franz Kafka. 

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...