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jeudi 1 mai 2025

Titre bizarre – étiquettes

Me voici à nouveau dépassé par les étiquettes de mes derniers billets, d’où celui-ci. Et j’en profite pour évoquer un livre que je viens de terminer, que j’ai lu par hasard complètement. Et dont le titre est un peu problématique.



Je me suis arrêté récemment dans une vieille maison du passé – par hasard, un peu, là encore.
Vieille, intemporelle…
Il y avait là un livre de poche des années soixante, que je me suis mis à livre, puis que j’ai apporté avec moi pour le finir : Les louves, de Boileau-Narcejac (Denoël, 1955), dont les pages ont gardé en elles le parfum de la maison.

C'est que c’est une histoire assez prenante. Un film en a été tiré en 1957 (puis au moins un téléfilm). Toute l’histoire se passe à Lyon ou aux environs, où arrivent – ça se passe pendant l’Occupation – par train deux prisonniers qui se sont échappés d’un stalag.

Le titre donc : Les louves… Sans tomber dans du Me too de prisunic, il est un peu injuste. Il y a trois femmes dans le roman ; on peut imaginer que les trois – ou deux des trois comme sur l’affiche du film ? – se seraient comportées comme des « louves » envers le personnage principal. En fait, les trois personnages féminins deviennent louves successivement, puis ne le sont plus pour les deux premières. Et quant à la troisième, la fin est incertaine.
C'est aussi une histoire d’erreur ; le personnage principal ne cesse, au fond, de se tromper.
Or une seule me paraît réellement malintentionnée. (Et celle-ci – on le devine, ce n’est pas sûr cependant – a prévu depuis le départ de tuer le personnage principal à petits feux…)
Mais le personnage principal, justement, pourrait aussi être intégré dans la meute sauvage : il n’a pas été particulièrement sympathique avec sa première épouse, et il est infâme envers sa fausse sœur Julia, quels que soient les torts de cette dernière.
Bon, bien sûr, on devine que l’homme a eu à souffrir d’une mère peut-être possessive…



Difficile de donner un nom au personnage principal, vu qu’il usurpe – sans penser à mal, il faut le reconnaître, et avec la bénédiction de l’usurpé – l’identité d’un autre.
Au fond, cela ne devrait pas être très important, vu que cette identité, il s’en sert auprès de gens qu’il ne connaît pas au départ.
Il pourrait y avoir un nouveau départ, précisément. Mais c’est qu’on est en temps de guerre, ça complique les choses. Et on est dans un roman policier où une personne au moins – pas toutes les femmes, donc – est foncièrement malintentionnée, même si, à la fin du livre, le personnage principal lui cherche des excuses.
Syndrome de Stockholm ? On est dans des situations successives qui ressemblent à des prises d’otage, claustrations.

(Identité, internement ; de très loin, ça me ramène un peu à Elmar Krusman : cette question non résolue ; pourquoi a-t-il été inscrit au camp de Natzweiler comme Suédois?)


Il y a un autre thème dans le roman, celui de la relation, de la rivalité entre (demi) sœurs. L’une (Agnès) est clairement désignée comme fautive et jalouse de l’autre. Elle termine pourtant somme toute comme victime.
Ça me ramène à divers sujets, ceux notamment de l’amitié, inimitié, auquel je me plais parfois à joindre le mythe d’Osiris.
Dans ce mythe, Seth est désigné d’office comme le frère jaloux ; Osiris le roi spolié. Mais pourquoi Osiris a été roi au commencement ?

Oscar Reutersvärd - Capture d'écran

Aussi, les deux évadés d’un stalag du début du roman – l’un meurt vite, par accident, l’autre usurpe l’identité du premier – sont amis. Mais l’amitié du premier (Bernard) est comme possessive. Le second (Gervais) a un caractère plus solitaire et indépendant mais n’arrive pas à se défaire de l’influence de Bernard, le suit malgré lui. Il en arrive même à certains moments à haïr son ami. Ce dernier, pourtant, en agonisant, lui offre tout : son nom, sa fortune, un refuge immédiat (qui n’est pas rien en temps d’occupation quand on est un évadé), sa marraine de guerre envisagée comme une future épouse.
Cette amitié a quelque chose, en somme, de ces « objets impossibles » d’Oscar Reutersvärd, que je connais d’abord par les timbres suédois de mon enfance…



Puis, recherchant de plus près qui était ce peintre, je suis tombé sur une série de dessins érotiques en lien (grand Dieu pourquoi ?) à l’Egypte (voir plus haut). Ça me permet d’une certaine manière une nouvelle fois de retomber sur mes pattes… 


Nils Blanchard


Rajout d’étiquettes, donc, du dernier billet : Maurice Carrez, Göte Brunberg, Thierry Maricourt, Helene Schjerfbeck, SVT, Gabrielle Roland Waldén, Gabrielles blogg, François, Alexander Stubb, Alar Karis.

dimanche 31 mars 2024

Mars ; inquiétudes et étrangetés 2

On entend çà et là que « tout est possible », plutôt vers le pire. Thomas Nydahl par exemple, le 29 mars, d’asséner : « Djupt i mig rör sig dock en tanke: om inte dårskapen på plats snart upphör rör vi oss farligt nära den totala katastrofen. » / « Il y a cette pensée ancrée profondément en moi : si la folie ambiante ne s’arrête pas, on pourrait s’approcher d’une catastrophe totale. »

NB - mars 2024

On pourrait aussi citer Lennart Erling (Den långsamma bloggen), au début du mois :

« På teve menar Staffan Heimerson att vi i Europa befinner oss i samma läge som 1943, innan Hitler mötte ett samlat motstånd från demokratierna. Historien upprepar sig aldrig, sägs det. »

« À la télé, Staffan Heimerson de considérer que l’on se trouve dans la même situation qu’en 1943, avant qu’Hitler rencontre une opposition unie des démocraties. Il est vrai qu’on dit que l’histoire ne se répète pas. »

Bon. 43 sonne étrangement : d’abord, c’est aussi l’URSS (Stalingrad), qui n’était pas précisément une démocratie, qui a contré le nazisme. Certes, en 1943, les États-Unis étaient entrés en guerre depuis plus d’un an, mais on oublie un peu vite que le Royaume-Uni était en guerre depuis 1939, à peu près seul (indépendant) face à Hitler de juin 1940 à juin 1941 (Barbarossa).

Le nouveau président finlandais, aussi, Alexander Stubb, prenant ses fonctions il y a à peu près un mois, d’asséner : « Vi lever i en tid av oro och oordning » « Nous vivons un temps d’inquiétude et de désordre »...

NB - mars 2024

Et un an après la Finlande, la Suède est entrée à son tour dans l’OTAN, après de longues périodes de neutralités – certes plus ou moins compromises çà et là – depuis Bernadotte, voire avant encore.
Au moins deux articles de ce blog évoquent déjà le sujet : dans ces parages. Encore une fois, un monde, ou un continent (quasiment) totalement divisé en deux camps ne laisse guère de place à une négociation, une simple communication possible. On me rétorquera qu’on ne peut guère communiquer avec V. Poutine. Mais le pouvoir de ce monsieur, aussi long ait-il été, n’est pas éternel…
Aussi, si quelqu’un comme Trump devait revenir au pouvoir aux États-Unis, l’utilité de l’OTAN pour la Suède serait de toute façon amplement diminuée.

Capture d'écran

Peu importe, il semble que le gouvernement d’Ulf Kristersson (soutenu par l’extrême droite) profite dans les sondages de la popularité de cette entrée dans l’OTAN (initiée, assez bizarrement d’ailleurs, par les sociaux-démocrates). Du coup, on lit ce genre d’article étrange, dans le Göteborgs Posten (le 11 mars), d’Alex Vårstrand, où il est question de la « protection de notre héritage culturel qui est une partie de notre défense nationale ». Et l’auteur précise :

« Regeringen har beslutat att inrätta ett kulturskyddsråd. Rådets syfte är att ta fram en effektiv beredskapsplanering för kultursamlingar, byggnader och miljöer. Rådet, bestående av Riksantikvarieämbetet, Riksarkivet, Kungliga biblioteket, MSB, länsstyrelserna, museerna och Svenska kyrkan, kommer att avgöra vad som ska skyddas och hur. »

« Le gouvernement a décidé d’instaurer un Conseil de défense de la culture. Le but de ce conseil est de mettre en place un plan d’alerte efficace concernant les collections, bâtiments et milieux culturels. Le conseil, constitué des autorités suédoises du patrimoine, des archives nationales, de la Bibliothèque royale, du MSB (administration pour les situations de crise), des autorités régionales, musées, de l’Église suédoise, qui va décider ce qui devra être protégé, et comment. »

NB - mars 2024

Encore une fois, l’extrême droite soutient ce gouvernement ; quelle idée peut-elle avoir d’un quelconque héritage culturel ?

Voilà qui rappelle en tout cas les collections du Louvre déménagées pendant la guerre, les vitraux de la cathédrale de Chartres…

NB - Vitrail de René-Louis Petit, abbatiale de Montier-en-Der, mars 2024

Face à cette « conjoncture » pour le moins déstabilisante, Lennart Erling poursuit son article du « blog  qui avance lentement », sans transition :

« Att vandra i skogen, längs stigar och vägar som vi känner till sedan länge. Ändå samma glädje att kunna röra sig i naturen, andas in skogsluften, iaktta de första tecknen på vårens ankomst. Äta lunchmackor i en solig backe, i lä för vinden. Samtala, eller vara tysta. »

« Se promener en forêt [la forêt est, d’abord, ce qui est en dehors…], suivre des pistes, des chemins que l’on connaît depuis longtemps. Et cependant la même joie toujours d’évoluer dans la nature, respirer l’air de la forêt, observer les premiers signes de l’arrivée du printemps. Manger des sandwichs sur un promontoire ensoleillé, à l’abri du vent. Parler, ou rester silencieux. »


Nils Blanchard 

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...