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vendredi 1 mai 2026

Pensées d’hôpital et sente clandestine / Loft Story

Rendez-vous à l’hôpital, ophtalmologie. Efficacité, bon accueil. Sauf…
Étrange monde ; j’en ai déjà un peu parlé, comme une île dans la ville, autour de laquelle passent, comme des drones étrangement silencieux, cyclistes aux écouteurs, passants aux yeux rivés sur leurs smartphones.

NB – Strasbourg, avril 2026

Sauf ? Séance de laser. Un interne s’énerve que mon front et mon menton ne trouvent pas leur place sur la machine qui nous sépare, et à travers laquelle il va me bombarder de coups de laser douloureux. Heureusement, cette fois-là, une infirmière et une secrétaire s’avèrent beaucoup plus humaines.

(La fois d’après – mais pas de laser pour me mettre en rogne –, que des humains semble-t-il.)

Ah, cette fois au laser, une patiente dans la salle d’attente, faux air de Charlotte Rampling, peut-être aussi sonnée que je serai quelques minutes plus tard. On se salue aimablement ; rien qu’un salut, mais dans cet univers de cyclistes enécouteurés, de bâtiments à la mocheté soignée…

NB – Strasbourg, avril 2026

Je sors du « NHC » (Nouvel Hôpital Civil). Pour me dégourdir les jambes et laisser reposer mon œil endolori, je traverse la rivière et m’enfonce dans une sente comme clandestine dans la ville.
« Jardins familiaux », maisons préservées ou abandonnées. Une tente dans un sous-bois… Je pense au livre de Michel Lamart, Le Terrain vague, même s’il ne s’agit pas ici de terrain vague, plutôt de vagues terrains.

NB – Strasbourg, avril 2026

Il est question dans ce livre principalement de deux personnages (outre l’auteur, si l’on veut, et ses auteurs, Huysmans…), elle, Claire, jeune étudiante, et un vagabond dénommé par elle « Île ». Plutôt qu’un vagabond, il est à demeure, précisément dans le terrain vague. Page 19 (éditions Unicité, 2025) :

« Il semble, comme elle, né de l’instant, accroché à ces riens qui rendent la minute éternelle. Il a du temps à perdre : ça se voit. C’est rare. Il est libre. Il n’est pas, comme tant d’autres, ligoté à la bouée jetée sur la mer démontée des compétitions professionnelles. (…) Son naufrage est loin derrière lui : il ne peut plus avoir lieu. Il s’en est sorti. »

En même temps, allez vivre dans un terrain vague ! Même dans une sorte de voiture abandonnée…


Au bout d’un tiers du livre, est évoquée l’émission « Loft story », celle qui mit en scène des Loana et Steevy. Étrangement – c’est un de ces hasards, en l’occurrence triste et morbide –, alors que j’avançais à cette étape de ma lecture (on passe la page 50), la radio annonçait la mort de Loana.
J'ai entendu parler de cette émission, de ces gens ; ne crois les avoir jamais vus.
Steevy, je l’ai entendu dans des émissions de Laurent Ruquier.
C'est tout un passé, soudain, très moderne (ce qu’on en pense, c’est autre chose), qui devient très daté… C’est un peu comme regarder des photos anciennes qui fichent le cafard parce qu’elles illustrent des temps que l’on a perdus (je veux dire, que l’on a mal employés…) La Fontaine (que Michel Lamart aime bien aussi) dirait peut-être que ça intègre tous les temps…

NB – Strasbourg, avril 2026

La mention de l’émission, en tout cas, date l’histoire du livre, si je ne me trompe, du début des années 2000. Et c’est peut-être aussi ce qui donne un certain charme à l'histoire (outre les qualités de l’auteur) : il n’y a pas de portables, d’ordinateurs, d’écrans partout… « Loft story » n’est alors qu’une curiosité, une émission nouvelle (malsaine peut-être, là n’est pas la question), une sorte d’île dans l’époque.
Et Claire qui a bien des problèmes, s’en laisse un peu fasciner, comme on se laisse prendre à des jeux stupides pour passer le temps, quand on veut qu’il passe (page 89) :

« Elle se sentait encore plus solidaire des locataires de Loft Story. Elle s’identifia même, pour un temps, à la blonde et pulpeuse Loana, dont la victoire ne faisait pour elle aucun doute. Elle alla même jusqu’à s’imaginer que son appartement était truffé de caméras et de micros. »

Maintenant, smartphones et réseaux ; un certain télécran est partout.


Nils Blanchard


Ajout : Il a été question récemment en ces lignes des Guerriers de l’hiver, d’Olivier Norek, qui se passe pendant la guerre d’Hiver.
IIl se trouve qu’Argoul (déjà évoqué parfois ici, notamment en lien à ses recensions de mes petits travaux, évoque ce même livre d’Olivier Norek le 27 avril dernier. Comme souvent, cette recension est intéressante et complète.  

mercredi 6 novembre 2024

Nostalgie, again / A winging thing

Il semble qu’il faille parler de Woody Allen au passé, depuis qu’il a été décidé par on ne sait quels néo-inquisiteurs qu’il était un vilain garçon (peu importe pour ces gens les décisions de justice…)

NB - New York, 1998; bien avant qu'on puisse même envisager qu'un Donald Trump 
puisse accéder à la magistrature suprême, qu'une Le Pen puisse contrôler 
un gouvernement.


Et pourtant, quel plaisir de (re)voir ses films, comme Stardust memories (1980), avec la toujours excellente Charlotte Rampling.
Qui (et notamment parmi les inquisiteurs) pourrait faire aujourd’hui un film de cette qualité ?
Légèreté de ton alternant avec des retours sur on ne sait quelles enfances, répliques qui sonnent autant que crisse le catéchisme bigot de nos donneurs de leçons…

Ah… Mais il y a les séries… Elles grignotent peu à peu le cinéma ; les plateformes du cloud – avalant on ne sait combien de centrales nucléaires pour nourrir leur vacuité – remplacent peu à peu les salles obscures.
Salles obscures, antres de tant de fantasmes…
Mais là (fantasme!), il faut se signer… À défaut bien sûr de SIGNER les insultes déversées sur les réseaux sociaux ou je ne sais quelles plateformes d’« expression », qui n’ont d’expressionniste que leur vulgarité.

Stardust memories - Capture d'écran


Eh, à un cinquième du film à peu près, (les personnages joués par) Woody Allen et Charlotte Rampling sont dans leur appartement new-yorkais – vue sur la skyline bien sûr… – et flirtent tranquillement quand un pigeon entre par une fenêtre ouverte. Woody Allen est pris de panique, chasse le pigeon par tout moyen, dont un extincteur, et a cette sentence : « I don’t want a winging thing in my house ! »
Mais Charlotte Rampling n’est-elle pas un ange ?

(Tenez, cette chanson d’Alain Chamfort – aucun rapport… Quoique ?)

Je rassure les amis des bêtes (dont je fais modestement partie) : le pigeon repartira finalement tranquillement par la fenêtre vers les gratte-ciels new-yorkais…

NB - New York 



Nils Blanchard


Et puis… Dans le Göteborgs Posten, article d’Adam Cwejman: « Ni såg det inte komma - och det är själva problemet » (« Vous ne l'avez pas vu venir - et c'est précisément le problème »). Il commence d’y rappeler les hauts scores en faveur de Trump, ce mardi 6 novembre, parmi par exemple les latino-Américains (qui, soit dit en passant, avaient déjà eu tendance à voter pour Bush (Junior)). Puis : « Trump, eller stödet till honom förklaras vara känslodrivet, irrationellt eller en konsekvens av lögner och falskt medvetande (…) Precis sådan arrogans är delvis det som har gjort Donald Trump så framgångsrik. » (« Trump, plutôt le soutien à sa personne est présenté comme émotionnel, irrationnel, ou encore le produit de mensonges et d’ignorance (…) Or c’est précisément ce genre d’arguments arrogants qui enrichit Trump. »
Un peu plus loin : « Ju mer innerstadsväljarens föreställningsvärld dominerar politiken, ju mindre blir stödet utanför bubblan. Bristande förståelse för vilka frågor som väljare berörs är en sak, men värre är när väljarnas bekymmer eller tankar betraktas som en konsekvens av desinformation eller att de är korkade och bigotta. » (« Plus les représentants des centres urbains dominent la politique, plus faible est leur prégnance en dehors de leur bulle. Une compréhension imparfaite des questions au centre des débats est une chose, mais plus grave est de considérer les préoccupations, pensées des électeurs comme le produit de la désinformation, la bêtise ou la bigoterie. »)
Puis Adam Cwejman de remarquer que les médias traditionnels ne sont plus au centre de l’« information » politique.

Bon. Tout ceci est intéressant me semble-t-il. Il convient en effet d’essayer de faire montre de lucidité, ne pas ruer systématiquement dans les brancards en hurlant, mais faut-il pour autant reculer devant ces gens ? Ces gens : qui diffusent de fausses informations, qui insultent leurs adversaires, qui dénigrent certaines parties de la population et qui, dans l’action, se révèlent d’une incompétence crasse (cf. D. Trump pendant la crise du Covid, ou face aux enjeux environnementaux).

Cela dit, on peut considérer cette élection américaine sous un autre point de vue : ne marque-t-elle pas paradoxalement un certain retour à la normalité ? Indépendamment de ce qu’on sait de Trump, de ses outrances, il a fait une bonne campagne, se fendant hier d’envisager de perdre et, dans cette éventualité, d’accepter sa défaite, ce qui lui donnait une figure de modéré…
De l’autre côté, Kamala Harris n’a pas fait une très bonne campagne : elle a peu proposé, a usé d’insultes de bobo (« fasciste », sans forcément que le terme soit bien maîtrisé). À sa décharge, le parti démocrate est dans une mauvaise passe : Biden, manifestement incapable d’exercer réellement ses fonctions – même si son administration semble avoir plutôt bien dirigé le pays –, aurait dû démissionner depuis longtemps (voire ne pas se présenter en 2020). Le fait d’avoir voulu le présenter à nouveau, puis d’avoir été obligé de faire machine arrière a été calamiteux. Et en plus la candidate démocrate s’est retrouvée avec un temps de campagne limité.
Sans doute aussi Kamala Harris n’a-t-elle pas eu les bons angles d’attaque en insistant sur ses qualités de femme et de noire. Les Américains élisaient un président, non une représentante de « communauté ».
Du coup, il était logique, sinon que Trump gagne, en tout cas que Harris perde.

On peu parier (ça ne coûte rien), sur le fait que ce second mandat de Donald Trump purgera une époque (comme il y a eu l’époque Clinton…) et qu’on passera normalement à autre chose ensuite.

On peut rêver (beaucoup insistent sur l’imprévisibilité du personnage) que Trump parvienne en effet à résoudre certains problèmes, qu’il prenne un peu plus en tout cas que lors de son premier mandat la mesure de sa fonction.

À surveiller maintenant ce qui se passe en France, avec un grand groupe industriel qui annonce des fermetures d’usines entre Vendée et Bretagne (Cholet, Vannes…) On songe aux « bonnets rouges », à la chouannerie…

(À suivre?)


NB

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...