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mercredi 29 juillet 2026

Vie d’auteure / ancien blog découvert récemment – Ville et campagne

Évidemment, le titre de ce blog ne peut que m’attirer : « Libertin ». J'ai dû y parvenir par je ne sais quels rebondissements de liens.
Je ne le mets en lien de celui-ci notamment… parce qu’il est anonyme, peut-être – je ne sais même pas si son auteur est… une auteure… Plutôt un auteur…

NB – Londres, avril 2026


Je suis donc tombé sur ce blog, et sur une série d’articles autour de novembre 2018 (le blog, toujours en activité, court depuis décembre 2013…), sur une vie à Londres, les refus d’un manuscrit…

Londres, alors ; j’en revenais, ça tombe bien… (Et aimerais y retourner assez vite… Mais il y a aussi tant de choses à faire à Paris avant… puis il y a aussi… tant de choses à ne pas faire… D’aucuns parleraient de flemme (moi-même, en certaines circonstances), d’aucun d’atavisme méditatif…)

Puis, un titre d’article, le 14 novembre 2018 : « Att refuseras ». Voilà qui nous ramène à un sujet exploré ici aussi… Le billet commence de la sorte :

« Jag suckar över refuseringarna som trillar in en efter en, några standardiserade och intetsägande i sina Tack, men nej tack. Andra positiva och uppmuntrande, men refuseringar likväl. Ett förlag skriver att det var ett av de bättre manus de någonsin refuserat, att det inte var ett enkelt beslut. »

« Soupir, devant les lettres de refus qui se pressent l’une après l’autre, standardisées et sans sens dans leur Merci, mais non, merci. D’autres, positives, encourageantes, refus néanmoins. Un éditeur écrit que ça a été l’un des meilleurs manuscrits qu’ils ont jamais refusé, que la décision n’était pas facile. »

Je pense soudain à Paulhan, aimé et détesté des auteurs, qui dans une même missive – de refus… – pouvait placer le destinataire au plus haut, pour ensuite avancer quelque détail qui rendît le livre temporairement impubliable.
Ainsi refusa-t-il David d’André Dhôtel, qui fut publié quelques années plus tard par Florence Gould (Paulhan à la manœuvre, du reste), puis l’année suivante par les Éditions de Minuit, puis, puis…

Dhôtel écrivait à Florence Gould, en août 1946 (« Les Perroquets déplumés », présentation et notes des lettres d'André Dhôtel à Florence Gould par votre serviteur, 1946 - 1955, publiées dans La Route inconnue, n° 39 de mars 2015, pages 30-43) : « Nous sommes venus passer nos vacances à Provins, et aussitôt que je quitte mon travail nous filons dans la campagne. C’est une campagne qui ressemble par endroits à la Champagne avec des déserts de céréales et des espèces de lieux qui ne ressemblent à rien justement. Mais il y a aussi des bois plus frais que ceux de la Champagne.
Il m’arrive souvent de songer à David et de retrouver cette joie que vous m’avez donnée en accueillant ce livre et en le lisant avec votre franche attention. »

Florence Gould, années 1940 - Capture d’écran

Mais revenons-en au blogueur anonyme, novembre 2018… (Dire que ça fait plus de dix ans que j’ai transcrit ces lettres d’André Dhôtel à Florence Gould!)

Et la campagne. Quelques jours avant le refus, le 5 novembre 2018, Libertin commence un article de la sorte : « En helg på landet. Jag hälsar på Laura och Tim som hyr ett hus utanför Glastonbury. Promenerar över fälten, längs smala landsvägar, upp på Glastonbury Tor. Utsikten. Himlen hög och transparent. Återvänder till huset. Tänder en brasa i den stora spisen, raggsocksfötter, ylletröjor, rufsiga frisyrer. Ett ständigt tedrickande. Djupa andetag. Skratt. »

« Un congé à la campagne. Je rends visite à Laura et Tim qui louent une maison près de Glastonbury. Promenades dans les champs, dans des petits chemins, jusqu’à la tour. La vue. Le ciel haut et transparent. Je reviens à la maison. On allume un feu dans la grande cheminée, bonnes chaussettes, pulls en laine, cheveux décoiffés. On enfile les tasses de thé. Respirations. Rires. »

Puis le lendemain « Train of thought » : « Jag åker tåg och lyssnar på Fleet Foxes. Tänker på Ashley. Utanför är det kolsvart novembermörker och jag är på väg hem. Det känns som en metafor, att resa i mörker. Destinationen höljd i skuggor, framtiden, oöverskådlig. Världspolitiskt, inrikespolitiskt, personligt. Att inte ha en aning. Tänker på levande ljus. Köper en silverljusstake i second hand-butiken på George Street. Tänder stearinljus i mörkret. Lyssnar på Fleet Foxes. Tänker på Ashley. Alltid på Ashley till If you need to, keep time on me. Hennes glödande blick. Eld i bröstet. Alltid den där elden. Hur den jagar och värmer. »

« Je suis en train et écoute les Fleet Foxes. Je pense à Ashley. Dehors, la grande obscurité de novembre et je suis en route pour la maison. Ça a quelque chose d’une métaphore, de voyager ainsi dans le noir. La destination est enténébrée, l’avenir impossible à discerner. Politiques internationale, intérieure, personnelle. N’avoir aucune idée. Pourquoi pas des bougies ? J’en achète dans une boutique d’occasions sur George Street. Je les allume dans l’obscurité ; écoute les Fleet Foxes ; pense à Ashley, à Ashley, toujours, jusqu’à If you need to, keep time on me. Son regard scrutateur. La poitrine en feu. Toujours ce feu. Comme il poursuit et réchauffe. »

Voyager dans le noir… N’est-ce pas une belle image de vie d’écrivain ?


Nils Blanchard


Ajout d'étiquette du dernier billet: Albert Camus.


samedi 27 juin 2026

Encore une blogueuse en retrait / Les zélés tapageurs

Un peu par hasard, forcément, tombé sur un blog où, en mai 2026, l’auteure annonce son « retrait ». 
Bon, y trifouillant par curiosité caniculaire (un 26 juin, Grand Est alerte rouge, etc.), je tombe sur un article sur les méga-bassines (de 2022).

NB - Londres, printemps 2026 ; Les deux clochers ?

À la suite de « quelques grands groupes financiers » aux « idées géniales », pour faire face au manque d’eau ici et là, des zélés tapageurs promeuvent – et construisent ! Sans enquête sérieuse… – des méga bassines. « Comme le niveau de l’eau baisse dans les nappes phréatiques, on peut artificialiser une vaste surface de sol en surface (plusieurs terrains de football [Ah, non ! Ne me parlez pas de football !]), pomper l’eau en grande profondeur puis l’étaler au soleil (de 20 à 60% d’évaporation quand même!) et à la pollution (bonjour les bactéries et les microalgues) et ceci afin de l’utiliser ensuite plus facilement en toutes saisons.
Et si elle est trop polluée pour être utilisée, c’est encore mieux car on vendra des produits chimiques pour tuer le vivant qui s’est installé dedans. Il faut penser aussi aux emplois de l’industrie. Elle est pas belle la vie ? »

Puis bientôt, peut-être, les bâtiments de France et de Navarre seront hérissés de grilles de rejets de chaleur des climatiseurs lepéniens. Sans même réfléchir à un problème dont on niait l’existence il n’y a pas si longtemps, voilà pour ces gens la solution : équiper tout le monde de climatiseurs, ce qui sera dispensateur d’énergie et, en ville notamment, rendra les rues encore plus chaudes…

Déjà, j’ai eu à faire face à quelque vague sympathisant de ces zélés tapageurs, qui m’a reproché d’être un adepte du « Vous voyez bien que j’ai raison ». À mon avis, ça pourrait devenir l’argument trumpinolien des prochaines semaines : on arrivera à démontrer que les « écolos » (le terme est devenu une insulte) avaient tort d’avoir raison…

Eh ! Mais coco ! J’aurais largement préféré avoir tort !

NB - Londres, printemps 2026

Or donc, ce blog d’Annbourgogne d’annoncer, en mai 2026 : « C’est un peu triste après autant d’années mais je suis à un moment charnière de ma vie où je ressens le besoin d’une réorganisation et, disons-le, d’un retrait. Une forme de distance par rapport au bruit du monde. Il se peut que je partage parfois une image ou quelques mots, je ne me l’interdis pas, nous verrons. »
Ça rappelle d’autres évoqués ici, la moindre n’étant pas Sandra Holmqvist. Moi-même, ne conçois pas cette petite manie blogueuse comme un engagement devant l’éternité.

Mais, puisqu’il était question de juin ; en juin 2026, j’ai dépassé allègrement les 11 000 « pages vues », ce qui aurait tendance à montrer que mon modeste site intéresse, çà et là, quelques âmes dans telle ou telle masure du village planétaire…



Et puisqu’il était question de mai, j’ai lu avec grand intérêt la partie du numéro d’Europe de ce mois, consacrée à Jean-Loup Trassard, disparu en janvier (le reste du numéro, Jane Austen notamment, n’est pas sans intérêt non plus…)
Jean-Loup Trassard, son écriture, son univers ; disons-le, sa Mayenne, c’est un peu l’inverse des zélés tapageurs évoqués plus haut.
On lit dans ce numéro d’Europe, dans un entretien de 1994 avec Jean-Baptiste Para (il est question de la disparition d’une certaine ruralité) :

(J-L. Trassard) « Aujourd’hui ce que l’on supprime n’est remplacé par rien. Or il y avait là un trésor d’ingéniosité, tant en ce qui concerne le travail de la terre que les artisanats qui en découlaient. (…) Je reste persuadé qu’une autre politique agricole aurait pu être mise en œuvre. La dégradation dont on nous dit qu’elle est inévitable, on n’a rien fait pour l’éviter. Tout n’a été qu’incohérence, soumission aux exigences de rentabilité à court terme. »


Nils Blanchard

mercredi 27 mars 2024

De Gaulle, Mitterrand

La dernière fois que j’ai entendu Frédéric Mitterrand, c’était lors de la nomination de Rachida Dati comme ministre de la culture. De remarquer que les artistes sont contre le pouvoir, généralement. (Enfin, je crois me souvenir que c’est à peu près ce qu’il a dit.)

NB - Mars 2024

Herregud, ce que Philippe de Gaulle pouvait ressembler, plus jeune, à son père – à se demander s’il n’y a pas une erreur de photo. (Mais (C.) de Gaulle n’a jamais porté une telle casquette…) Il était né la même année qu’Elmar Krusman, en 1921 (en décembre ; Elmar Krusman en février). Ils sont morts tous les deux en mars ; Elmar Krusman en 1945.

Philippe de Gaulle - Wikipedia

Ils ont eu un même ennemi : le nazisme, la barbarie.
Que je sache, Elmar Krusman n’a pas laissé d’écrit, de message expliquant sa vision de la vie, de sa situation…
À propos de Philippe de Gaulle, il a été question de la notion de devoir.
« Tu n’as aucun droit ; tu n’as que des devoirs ! », me disait ma bien regrettée grand-mère.
Allez dire ça aujourd’hui, vous vous retrouvez devant un jury de psychologues de bazar…

Charles de Gaulle, narra Daniel Cordier, d’accueillir ainsi les jeunes volontaires fraîchement arrivés à l’Olympia Hall, au début juillet 1940 : « Messieurs, vous êtes venus et je ne vous félicite pas ; vous n’avez fait que votre devoir ! »
Allez dire ça…

NB - Mars 2024


Frédéric Mitterrand a dirigé, pas très longtemps, la villa Médicis. En cela, il était un successeur de Balthus.
J'avais été voir, en train, l’exposition Balthus il y a qunze ans à Martigny, en Suisse. C’était l’hiver.
Bon. J’avais du mal à marcher car je m’étais déchiré, peu de temps avant, un muscle au niveau du ventre. D’ailleurs, juste avant de partir pour l’exposition, j’avais vu Le bal des vampires, fantastique opus de Polanski que je voyais pour la première fois… Problème, je rigolais et ça me faisait mal. Mais en même temps, je voulais aller jusqu’à la fin du film. Dilemme.

Bon. Mais j’ai trouvé un discours de Frédéric Mitterrand, prononcé devant le couple royal de Suède en septembre 2011 à l’occasion d’une exposition ; on a l’impression d’entendre son phrasé :

« De l'amitié très ancienne entre la France et la Suède, on a coutume de dire qu'elle a connu son apogée à l'époque des Lumières. En effet, ce fut le temps où Voltaire traça de Charles XII un inoubliable portrait, celui où l'illustre Linné adressait ses travaux à notre Académie des Sciences et recueillait l'admiration de Jean-Jacques Rousseau, celui où le roi Gustave III correspondait en français avec Beaumarchais. Nos liens ont été plus resserrés encore par l'accession au trône de Jean-Baptiste Bernadotte, devenu Charles XIV Jean de Suède. »

Frédéric Mitterrand - Wikipedia 

  
Je pense à ça en songeant à Frédéric Mitterrand. Et à (P.) de Gaulle. Associations d’idées décousues ; artistes contre le pouvoir, devoir. Balthus. Rire douloureux avant de partir voir ses toiles à Martigny.

Bonsoir !

Traversée de la Suisse en hiver.


Nils Blanchard


P.-S.: Ent'revues d’évoquer le cahier philosophie de l’association des Amis d’André Dhôtel. Un texte qui m’est cher, là, celui de Reiner Rumohr, sur le zen, que l’on peut voir… transparaître dans les textes de l’auteur des Rues dans l’aurore.

lundi 10 avril 2023

L’Hiver qui semble n’en plus finir ; l’élastique du temps

 Ce héros qui s’appelle Hiver – dont on a déjà parlé, là, son auteur a plusieurs fois annoncé sa retraite, voire sa mort…


Ainsi dans Le dernier hiver, un chapitre a été ajouté (version poche de 2010 – on le voit annoncé dans la petite pastille ronde) par rapport à la version de 2008. Ce sont sept pages, intitulées « Den sista kvällen », qui « ressuscitent » en quelque sorte le héros de la série, dont l’auteur s’était peut-être débarrassé un peu vite.

Pour en revenir à Det trettonde fallet – dernière enquête jusqu’à maintenant à ma connaissance d’Erik Winter, on est dans le « Göteborgsvädret » d’après l’auteur. Ce n’est pas l’été, le temps est à la pluie… (Je ne sais pas si cette réputation de ville au temps maussade est si méritée que ça…)

Et la ville est aux travaux. (Là, on ne peut guère contredire l’auteur…)

Page 51: 

« Pålkranarna hamrade bredvid Amerikanhuset, hamrade, hamrade, ett fruktansvärt oväsen. Området norr om Masthuget hela vägen till vattnet liknade en framtida krigzon.

(...) 

"Påminner om sjuttiotalet", sa Ringmar. "Jag trodde det vansinnet var förbi." »

« Les grues à palplanches martelaient près de la Maison de l'Amérique, martelaient, martelaient; un boucan terrible. Toute la zone du nord de Masthuget jusqu'à l'eau avait des allures d'une zone de guerre du futur.

(...) 

"Ça me rappelle les années 70", dit Ringmar. "Je croyais que toute cette folie était derrière nous." »


NB - Göteborg, il y a quelques années...

Mais puisqu’il est question d’hiver, qu’il fut question de T. S. Eliot quand j’évoquai Edwardson les fois précédentes, on peut faire une transition vers Londres (où les bétonneurs n’ont pas chômé non plus).

Pierre Leyris, dans son Pour mémoire (Corti, 2002), page 174: 

« L'hyperactivité de Londres d'après Jean*, avec boutiques ouvertes toute la nuit, etc., m'a tellement étonné que mon vieil hiver londonien va passer à la trappe, sauf le brouillard en sortant du métro, et aussi les voitures émergeant, à gauche, d'un brouillard moins épais alors que je débarquais.» 

* Pas l'évangéliste, mais le fils de l'auteur... Note du blogueur. 



Ill. Alphonse de Neuville et Léon Benett

On sait que le fameux fog londonien, qui dut participer à nommer le flegmatique héros du Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne (et on revient là aussi au thème de la vitesse), était lié à la pollution des usines – des combustions diverses, aussi, feux de cheminée depuis interdits… – de la puissance qui avait initié la révolution industrielle.
Bon. Mais on reparlera d’écologie, de travaux indécents…
Je pensais à la météo (le printemps qui semble tarder… ça, surtout en Finlande, en Scandinavie où l’année a été à la neige… – en France, c’est sans doute plus un état d’esprit qu’autre chose), en tombant sur ce titre de livre de Jean-Louis Comolli, En attendant les beaux jours, présenté par Tiphaine Samoyaut dans le Monde du 17 mars dernier.

Le Monde, 17 mars 2023

Quand les saisons ont une autre signification...

NB - avril 2023


Nils Blanchard 

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...