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samedi 8 novembre 2025

Exclusion / Retour d’un blog ?

"Retour" de l’Ouest, il n’y pas si longtemps, par Fontevraud. Je voulais y voir le musée d’art moderne. On y arrive peu après 18h00, prévenus par internet que le musée fermait à 19h00. Ah, mais c’était compter sans le logiciel, qui n’acceptait plus personne à partie de 18h00.

NB - Fontevraud

Tant qu’on est là… L’abbaye, quant à elle, fermait à 20h00 à ce moment du mois d’août, on visite. Là, bien sûr, le logiciel ne refuse pas que l’on verse le droit d’entrée qui n’est pas modique dans ce musée privé.
On se retrouve évidemment très vite devant les quatre gisants. Aliénor d’Aquitaine, Richard Coeur de Lion… Qui étaient-ils exactement, quid des deux autres ? On ne peut être spécialiste de tout, mais on trouvera bien des explications quelque part…

Eh bien non. Et puis, si, peut-être sur un QR code. Le dépliant-guide de la visite, quant à lui, est très incomplet. Là : sentiment d’exclusion ; quand bien même l’un d’entre nous disposerait d’un smartphone, on ne sait ni ne veut s’en servir de la sorte.

NB - Fontevraud, août 2025


NB - Fontevraud, août 2025

Bon, mais la chose devient proprement provocation : dans cette antre culturelle, où partout des affiches louent les efforts du musée privé, des sortes de smartphones géants ont été installés çà et là. Il faut les tapoter du doigt pour qu’apparaisse on ne sait quel verbiage. On se met à la place de parents bien intentionnés qui se disent qu’ils vont soustraire pour quelques heures leur progéniture de l’influence des écrans…

NB - Fontevraud, août 2025

Au moins, soudain, un arbre. D’où sort-il ? Qui l’a peint ?

NB - Fontevraud, août 2025


                                                                                 *

Cela m’amène – ce n’est pas si loin – à un article, dans Dixikon (en lien de ce blog), de Maxim Grigoriev (du 4 septembre dernier) : « Att översätta världen » / « Traduire le monde ». L’auteur y évoque une série de conférences de Juan Gabriel Vásquez, autour du rôle de la fiction, à ne pas prendre pour argent historique comptant, mais qui peut viser néanmoins à des ouvertures, des connaissances inatteignables par les textes plus scientifiques. En bref, l’art différencie une fiction d’un amas d’infox... Et :

« Vi lever i dag”, skriver Vásquez, ”i en polariserad och uppretad tid”. Vår tillvaro har avhistoricerats. För honom är vi inte längre med i en gemensam berättelse, och romanens uppgift är därför att återetablera de narrativa länkarna som förbinder individen med den kollektiva historien; en människa, så att säga, med ”hennes land”. »

« Nous vivons aujourd’hui, écrit Vasquez, une époque polarisée, tendue.Notre environnement s’est déshistorisé. Pour lui, nous ne participons plus d’un récit commun, et une tâche du roman est du coup de rétablir les liens narratifs qui relient l’individu à l’histoire collective, pour ainsi dire une personne à son pays”.

Même des gens qui visitent la même abbaye sont ramenés à leurs intérieurs numériques plus ou moins scabreux, plutôt que se voir offrir une connaissance commune, universelle.

Capture d'écran


                                                                                  *

Capture d'écran - Blog de Thomas Nydahl

Pianotant précisément un peu par désœuvrement sur mon clavier d’ordinateur dans mes intérieurs numériques, je constate que Thomas Nydahl semble reprendre son blog.

15 septembre ; une photo de Malmö des années 50 – 60. « Ska bloggen öppna igen? Tanken har börjat gro. Den mörka känslan behöver ljus. Nu återstår bara beslutet. Huvudet är fullt. »

« Vais-je me remettre à ce blog ? Cette pensée a commencé de germer. Les idées noires aspirent à la lumière. Il ne reste plus que la décision à prendre. La tête est pleine. »

N'a-t-on pas là un peu l’inverse de ce que j’évoquais précédemment : un intérieur numérique comme une lumière ?


Nils Blanchard


Ajout, quelques jours après la rédaction du billet. Talleyrand je crois disait « Défiez-vous des premiers mouvements, ce sont les bons. » Peut-être Thomas Nydahl aurait-il dû suivre ses premiers mouvements (et il y en eut quelques uns, il avait déjà plusieurs fois annoncé qu’il cessait d’écrire dans son blog) et… cesser son blog. Il se « lâche » en effet, de manière assez pitoyable, le 20 septembre dernier, sur l’immigration permissive en Suède des dernières décennies (jusqu’au dernier gouvernement Tidö exclu…) Dans un texte passablement vomitif – il y a fort à parier qu’il disparaîtra d’ici peu du blog ; c’est tout le problème de blogueurs qui ne se relisent pas suffisamment, ne prennent pas de recul et qui regrettent trop tard ce qu’ils ont « publié », quand ils le regrettent…

NB - Le Rhin, septembre 2025

Il part d’un argument somme toute défendable : il s’en prend aux gens qui arborent malhonnêtement la nationalité suédoise (et là-dedans le « fameux » personnummer…) Mais c’est ensuite pour mélanger allègrement immigration et criminalité, sans argument aucun.
Beaucoup de « vrais » Suédois ne sont pas comme ça. Je peux en témoigner. D’ailleurs, parfois – pas qu’en Suède –, les xénophobes – façon milicien de Kungälv – donnent l’impression de mal comprendre leur propre environnement, partant le pays qu’ils prétendent défendre.

Bon, mais quelques jours plus tard encore, Thomas Nydahl parle du livre récent de Salla Leponiemi sur l'artiste finlandaise Elin Danielson-Gambogi... 

Elin Danielson-Gambogi, autoportrait - Capture d'écran


NB

mercredi 24 juillet 2024

Sainte Brigitte, l’Apocalypse et Dürer. Et Benoît Duteurtre, et Gammalsvenskby

¤ Une amie passionnée d’André Dhôtel (c’est quasiment pour moi un pléonasme) m’a récemment envoyé une carte représentant une gravure sur bois de Dürer de Sainte Brigitte.
Quelques mois plus tard, je retrouve Dürer, qui a inspiré un panneau de vitraux de Chavanges, cette fois sur l’Apocalypse.

Dürer, Sancta Birgitta, incunable imprimé en 1500 à Nuremberg ; bibliothèque municipale de Charleville-Mézières


Bon, mais alors le premier « lien », c’est la marche. La patronne de la Suède a fait le pèlerinage de Compostelle. J’en ai fait une il y a peu, printemps, en bien bonne compagnie as usual, entre Aube et Haute-Marne, d’églises en églises (à pans de bois et / ou contenant des vitraux du XVIème siècle…) On y reviendra…

À Chavanges, dans l’imposante église de cette petite ville dont la rue principale peut étrangement faire penser à celle d’un bourg du Far West, il y a donc un panneau de vitrail sur l’Apocalypse.


NB - Chavanges


NB - Chavanges


L’œuvre a été réalisée vers 1549, d’après la série de gravures de Dürer publée en 1498. Elle a subi à la fin du XIXe siècle une importante restauration.

On y reviendra.


¤ Mais entre Aube et Haute-Marne, on n’est encore pas très loin des Vosges de Benoît Duteurtre, disparu « brutalement », lit-on dans les journaux, le 16 juillet, lors même que j’avais cité son nom dans le précédent billet de ce blog, qui reprenait le fil de thèmes déjà un peu anciens à défaut d’être délaissés. (Et qui avaient dû être clôturés par mon trop fréquent « On y reviendra... ») J’ai « publié » ce billet le 18 juillet, lors que j’étais de passage à Angers, en ignorant que Benoît Duteurtre était décédé deux jours plus tôt – nouvelle que j’ai apprise bien incidemment du reste, le 18 juillet aussi d’ailleurs. (Cet article, qui plus est, tournait autour de la mort ; une sorte de ronde nudité-mort-enfance.)

NB - bac traversant le Rhin


Hasard sans grande importance sans doute ; j’avais surtout évoqué Benoît Duteurtre en juin et juillet 2023 (il suffit de cliquer sur son nom dans l’index, à droite…), à propos de Ma vie extraordinaire, des Vosges… ou encore d’un livre que je n’ai pas encore lu, son Dictionnaire amoureux de la Belle Époque et des Années folles, qui, prévoyais-je, allait me ramener à Hillevi Norburg (Stasimon, en lien de ce blog, et l’index, à droite…) qui elle-même nous conduit à la littérature décadente, plus étrangement à Champigné (à droite…), au peintre Henri Lebasque… Sur quoi, sur tout cela, on reviendra, on reviendra…

Contrairement à ce que je pensais (j’ai vérifié, cliqué à droite…), je n’ai pas encore parlé du roman En marche sur lequel j’ai pourtant un billet en préparation, depuis pas mal de temps déjà, dans une série, commencée, autour du prénom Thomas, en tout cas de quelques uns de ses porteurs… (Si, vous verrez…) Mais j’ai commencé sur Thomas Mann (27 septembre 2022)… Et je n’ai donc pas encore évoqué le Thomas d’En marche.

Mais je me disais alors que j’avais pas mal de choses à lire de lui, que j’en lirais encore d’autant plus qu’il en avait pas mal encore à écrire…
Une crise cardiaque. Cette façon de mourir est-elle un hasard, chez qui écrivait, dans Ma vie extraordinaire (Galimard, Folio, pages 248-249) :

« Ce moment-là, je voudrais qu’il dure éternellement et que nous traversions ensemble l’espace et le temps. La mort cependant finira par nous séparer et cette perspective m’est insupportable. Car, en découvrant l’amour, j’ai découvert aussi la hantise de nous perdre (…) Cette appréhension devient plus aiguë si je songe aux dix-huit années qui nous séparent (…)
Quelquefois, l’âge venant, je suis envahi de cauchemars atroces, les mêmes que je faisais enfant. La mort est là, impitoyable (…)
Cette hantise provoque en outre, chez Jean-Sébastien comme chez moi, une absurde réaction consistant à courir plus vite vers la catastrophe en faisant primer nos plaisirs sur nos santés. »




¤ Enfin, puisqu’il est question d’églises, je me faisais la réflexion que la Russie de Vladimir Poutine semblait goûter particulièrement la destruction de ces édifices.
En tout cas, si je m’en réfère au site Svenskbyborna, consacré à Gammalsvenskby, en lien de ce blog.
Le 17 juin 2024, on y mentionne que l’église allemande luthérienne du village a été détruite par un drone kamikaze russe. Le premier juillet (2024), on annonce que c’est l’église suédoise (qui était partagée avec le culte orthodoxe) qui a été brûlée.

À l'assemblée nationale française, les (ex?)-poutinolâtres des deux extrêmes donnent le spectacle que l’on sait.


Nils Blanchard

jeudi 4 juillet 2024

K(allocaïne), vent de France, publicité – points de chute ?

Vers le début du roman Kallocaïne, de Karin Boye (traduit par Leo Dhayer), le narrateur surprend une faille dans le fonctionnement de l’« État mondial ». Plus exactement, une femme semble détachée (mais subtilement) des danses et festivités de groupe.

Une édition allemande

« Elle (…) semblait d’une certaine manière dissociée de la liesse générale. J’ignore comment je m’en suis aperçu, et j’aurais été incapable de le prouver, puisqu’elle ne cessait de participer, de se mouvoir en rythme dans les défilés, d’acquiescer aux discours des intervenants, de crier les slogans repris en chœur. J’avais pourtant l’impression qu’elle agissait de manière mécanique, qu’elle ne se laissait pas transporter par la collective vague libératrice, qu’elle s’en tenait même subtilement à l’écart, qu’elle ne s’investissait pas vraiment dans ses gestes et ses paroles. »

On comprendra que cette femme, sans s’exprimer en rien, n’approuve pas suffisamment une certaine logique d’État. Et cela devrait attirer sur elle l’œil perspicace de contrôleurs, voire de dénonciateurs.

Cette dystopie a été publiée en Suède à l’automne 1940. Son auteure se suicide au printemps 1941. La Suède, à l’automne 1940 (on est à l’époque encore du pacte germano-soviétique) parvient à se maintenir hors de la guerre non sans compromissions à la fois envers l’URSS qui a attaqué la Finlande qu’envers l’Allemagne nazie qui s’en est prise aux autres pays scandinaves. Dans le roman, l’« État mondial » peut faire penser à un hydre de pays nazi (on y a guère de compassion pour les gens jugés faibles) et soviétique (les modes de vie sont uniformisés, entièrement voués à la réussite des plans d’État). Toute déviance est traquée… Les gens s’appellent entre eux « camarade-soldat ».
Mais dire qu’au temps de Karin Boye, il n’était pas encore question d’intelligence artificielle, ni de "réseaux sociaux" !

Une édition française


Je change de sujet, peut-être : on entend parler d’un « vent de France » sur le blog de Thomas Nydahl, le 1er juillet dernier, que l’auteur ramène en fait à une bourrasque plus européenne.
Le même jour, le blogueur reprend un texte déjà paru (quand ? Ce n’est pas précisé), à propos d’une anthologie de textes de 1941 : I angeläget ärende (En cas d’urgence).
Il y cite notamment Eyvind Johnson :

« De flesta av riksdagsledamöterna tycker kanske om tryckfrihet, har i alla fall inte något särskilt emot den (…) Riksdagen är vår demokratis viktigaste institution, på den vilar eller borde vår trygghet vila. Saken är emellertid den att riksdagen vid kritiska tillfällen hade för många fega, undfallande, strykrädda eller enkelt funtade och hotfullt informerade ledamöter, och det var otur. (…) Den genanta fläcken (…) kommer dock att skönjas och (…) att lukta lite granna. »

« La plupart des parlementaires apprécient peut-être la liberté de la presse, ou du moins n’ont rien de particulier contre elle (…) Le Riksdag est l’institution la plus importante de notre démocratie, c’est sur lui que repose ou devrait reposer notre sécurité. Et cependant, le fait est bien qu’à des moments critiques, le Parlement a compté trop de lâches, d’évasifs, de pusillanimes, de simples d’esprit parmi ses membres, ou simplement d’habiles et informés malintentionnés, et c’était dommage. (…) Cette tache embarrassante sera toujours et (…) sentira un peu le renfermé. »


NB - Le Rhin, été 2024


À nouveau : je rebondis aussi sur le blog de Julia Eriksson (le 27 juin, en lien…) qui balance quelques instants à se laisser séduire par une publicité pour un soin des cils… On est loin a priori de propagande et d’élections. Mais, finalement :

« Med ett tvekande finger stänger jag fliken till ögonfransbehandlingen, öppnar min bankapp istället och för över 700 kronor till sparkontot som är märkt ”sommarhus” och det är skrattretande långt kvar till något som ens har fyra väggar och ett tak, men jag kan ju alltid drömma. »

« D'un doigt hésitant, je ferme l’onglet ouvrant aux soin des cils, ouvre à la place l’application de ma banque et transfère 700 couronnes sur le compte d’épargne intitulé "maison d’été" et il y a encore un chemin comiquement long à parcourir avant d’arriver à quelque chose qui ait quatre murs et un toit, mais je peux bien rêver. »

On en revient aux maisons, destinations secondaires ; points de chute d’une certaine réalité ?


Nils Blanchard

jeudi 25 avril 2024

April. Mais…

Dates, qui reviennent en ce blog. J’ouvre The Waste Land ; évidemment : 1921-1922.
« April is the cruellest month, breeding / Lilacs out of the dead land, mixing / Memory and desire, stirring / Dull roots with spring rain. » T. S. Eliot.

NB - avril 2024

J'ai l’édition bleue, bilingue, rééditée en 1995 (Seuil) de celle de Pierre Leyris de 1947.

Le 21 avril dernier, on voit une image de travaux à Stockholm (Odenplan) dans le Gabrielles blogg (en lien de celui-ci, etc.) – quelques articles avant, des images de Slussen, en travaux depuis plusieurs années. Moi-même, les dernières fois que je suis allé à Stockholm, dû emprunter cet espèce de pont de bois provisoire pour enjamber le Mälar. Écriteau de la municipalité, quelque part là, disant, de mémoire – la mémoire suffit amplement pour ce genre de chose – : « À quoi reconnaît-on un vrai Stockholmois ? Il râle contre les travaux. »
Bon, mais c’est marrant cinq minutes.
Quant au désir ; retourner me promener un peu à Stockholm. Retrouver une vie d’avant ? Je ne sais plus.

« Dull roots with spring rain. »

Gabrielle Roland Walden, donc : « Det är en märklig april vi har. Isande kall blåst och som om ett grått lock ligger nertryckt över stan. »

« On a un mois d’avril bien étrange. Venteux, glacial, et c’est comme-ci un couvercle de griseur était posé sur la ville. »

NB - avril 2024


J'ai traversé le Rhin il y a peu pour aller voir quelques amis. Ciel noir sur le fleuve à peine tempéré par un petit arc-en-ciel.
Dans la discussion – restaurant au bord d’un lac. On parle français ; mais par ailleurs, qu’est-ce qui m’arrive ? Je comprends de moins en moins l’allemand. Allez comprendre… –, on constate que le monde traverse une mauvaise passe : Proche-Orient, Ukraine… Pour ne pas parler de tout ce dont on ne parle pas…
(Tenez, je me rendais compte que France info était de plus en plus inaudible, même si je le mettais encore parfois. Mais c’est que c’est devenu une télévision. On donne à écouter une télévision à des auditeurs de radio… Alors, forcément…)
Pour le reste, faut-il être plus précis ? On envisage d’être obligé de faire la guerre contre Poutine, contre les fondamentalistes en Iran ; Israël se transforme en forteresse byzantine ; les États-Unis seraient au bord d’une guerre civile…



Je reviens à ce roman qui ouvrit pratiquement ce blog. On y lit, page 46 :

« Världen skulle bli en ännu mer kapitalistisk planet. Jorden var fortvarande kingen i solsystemet. (…). Det skulle vara så länge det varade. Regnskogarna skulle gå ännu mer åt helvete. Floderna skulle torka ut och sjöarna (…). Folk skulle fortsätta att lågprisflyga till Thailand. De skulle fortsätta att köpa brottsligt billiga kläder tillverkade av slavar i Sydasien. Kanske jordens problem låg där, hos västvärldens obildade massor. »

« Le Monde allait devenir une planète plus capitaliste encore. La Terre était toujours la reine du système solaire (…). Et il en serait toujours ainsi. Les forêts intertropicales continueraient de morfler. Les fleuves allaient s’assécher, comme les lacs (…). Les gens allaient continuer leurs voyages en charter en Thaïlande. Ils allaient continuer à acheter des vêtements à prix scandaleusement bas fabriqués par des esclaves en Asie du Sud. C’est peut-être là qu’était le problème du Monde, dans ces masses occidentales incultes. »

Pour en revenir à T. S. Eliot, Pierre Leyris n’est pas son unique traducteur bien sûr. Karin Boye aussi l’a (co)traduit (avec Erik Mesterton) en 1931. Elle s’est suicidée dix ans plus tard, sa compagne allemande un mois après elle a fait de même.

Herman Österlund, forêt de printemps - capture d'écran. 


Et je pense à cet enfant de mes amis d’Allemagne, un peu plus de deux ans – il a quasiment l’âge de ce blog –, gambadant çà et là dans ce restaurant au bord du lac. Que l’avenir lui épargne les âneries du passé !


Nils Blanchard

mardi 20 février 2024

De l’autre côté – d’un miroir ?

Pas le temps, mais un peu fatigué il y a quelque temps d’une nuit pas si reposante, je farfouille sur le net. Tombe sur un titre, sur Krickelins dont il a été déjà question en ce blog – difficile de ne pas s’y arrêter – : « Är det lätt att komma i kontakt med fransmännen där vi bor ? » (« Est-il facile de nouer des relations avec les gens là où on habite en France ? » (article datant du 18 janvier 2024).

Acke, Vid vattenspegeln (capture d’écran)

 À vrai dire, j’ai été dans le passé confronté à la question dans l’autre sens, posée par des Français passant des vacances en Suède.
Aucune envie de commenter cela ici.

Mais, dans ce sens… Je l’ai dit, j’ai déjà évoqué ce blog de Kristin Lagerqvist – je ne le mets pas en lien du mien pour différentes raisons, peu importe – ; notamment, ce charme, cette pertinence aussi, dans l’appréhension d’une autre maison, ou lieu d'habitation.

Capture d'écran

La tenancière du blog – elle n’en fait nul mystère – a aussi une facette, comment dire… j’allais dire exhibitionniste, ce n’est pas ça, mais une tendance à mettre en avant sa vie, à en parler, solliciter des commentaires. Peut-être peut-on parler d’une certaine extraversion. Peu importe là aussi, mais c’est dans ce sens qu’il faut comprendre le titre de ce billet : le miroir, ce n’est pas seulement un écran entre deux pays et cultures, France et Suède, c’est aussi une façon de se regarder, de s’observer vivre.
Là, l’article de Krickelins est parlant ; hormis une remarque, peut-être un peu rapide, sur le fait que les Français ne parlent pas volontiers anglais, il n’y a pas grand-chose qui répond à la question posée par le titre de l’article : « Est-il facile de nouer des relations avec les gens là où on habite en France ? »
En revanche, la blogueuse décrit (honnêtement, semble-t-il) son état d’esprit :

« Vi umgås med våra vänner Åsa och Mattias som också är svenskar (…) De är mer sociala än oss och har verkligen vårdat relationerna med grannarna – jag är lite mer av det slaget att “oh no, ska jag behöva prata med de här främlingarna nu…?”. Jag vet – det är dumt och jag är verkligen social när det krävs men jag söker inte upp dessa situationer.
Älskar bykrogen och att prata med ägaren där – så gullig och hjälpsam! Hälsar artigt på alla jag passerar. (…)
Så jag tror det handlar mer om hur man själv är och hur bra man är på språket. »

« Nous fréquentons nos amis Åsa et Mattias qui sont comme nous suédois (…) Ils sont plus liants que nous, ont tissé de vraies relations avec les voisins – quant à moi je suis plus du genre : “non… il faut vraiment parler, maintenant, avec ces étrangers...?Je sais – c’est bête ; je peux être très sociable quand c’est nécessaire, ne recherche pourtant pas ces situations.
J'adore le bar du village et discute volontiers avec son tenancier, si sympa et prêt à rendre service ! Et je salue poliment tous ceux que je croise. (…)
Donc, je crois qu’il est plus question de la personnalité qu’on a, de son niveau de langue aussi. »

Carl Larsson, 1898 - Capture d'écran  

Et là est l’intéressant je trouve (même si c’est peut-être, en partie au moins, involontaire) : la généralité (« les Français sont-ils comme ci, comme ça, les Suédois, etc. ») est évacuée au profit de la peinture d’un caractère, d’un parcours, d’une histoire, d’une sensibilité. D’une certaine manière, la bêtise moutonnière des opinions évacuée au profit de la vie.
Et bien sûr, au commencement était…


Nils Blanchard


P.-S. : Philippe Dagen a évoqué dans un article, en passant, une certaine proximité entre Balthus et Carl Larsson ; je ne retrouve plus le texte.
J'ai écrit un peu sur Balthus et… Dhôtel. C’est quelque part au bord d’une route inconnue… bordée de Maison noire, Maison du bout du monde.

Triche : rajout d’étiquettes du dernier article : Rebecca Solnit, Le Rhin, Västerbotten, Suède.

mercredi 14 septembre 2022

Palabres autour d’un (relativement) vieux voyage en Russie

 Argoul ayant évoqué à deux reprises ces derniers temps mes petites productions (84 le 19 mai et Elmar Krusman le 4 juin), j’en profite pour faire écho à une série d’articles qui parurent du 2 au 13 avril dernier sur un voyage en Russie sur son site (Argoul).


Photo du site d’Argoul, argoul.com ; Saint-Petersbourg en 1995

Ayant vécu en Finlande, l’ayant connue, comme m’a écrit dans une dédicace 

une auteure finnoise, je connais cette tentation de franchir la longue frontière

avec le voisin de l’Est et d’aller pourquoi pas, et par exemple, à Saint-

Petersbourg, ce qu’a fait Argoul.


On sait que pour Edith Södergran, Saint-Petersbourg (et pas que

géographiquement) était plus proche qu’Helsinki…


Puis j’avais ce projet – un peu vague, il faut le reconnaître, ça n’aurait pas été 

pour tout de suite, tout de suite – d’aller en Ukraine (eh, nous y sommes), à

Gammalsvenskby, en passant notamment par la Pologne et, pourquoi pas, 

cette forêt primaire dont me parla un jour un auto-stoppeur…

Et pourquoi pas par Venise.

Voire Trieste ?


Mais le monde se replie étrangement depuis quelques décennies. Peu à peu,

des parties de continents se ferment aux anciens voyageurs. Aller au Sahel en 

ce moment ? En Ukraine ? Voire même en Chine ? (J’ajouterais, mais, chut ! 

Au Texas?) Ou…


NB - Le Rhin en face aéroport de Baden-Baden 

Ou plus près ; j’habitai étrangement quelques années au bord du Rhin. Dans 

des contrées qui votent aujourd’hui à plus de 50 % FN. Je n’y habite plus.


Le monde se replie derrière la détestation, l’incompréhension. Avant le 24 

février dernier, il semblait qu’Ukrainiens et Russes vécussent en bonne

entente (je parle des gens ordinaires, pas des dirigeants) ; il y avait moult

mariages mixtes… L’Ukraine, tant qu’on la laissait à peu près tranquille

(malgré le Dombass, malgré la Crimée… – certains pouvaient encore 

prétendre que c’était de la vieille politique) et libre de se tourner aussi vers

l’Ouest, ne semblait plus tenir rancune aux maîtres de feue l’URSS des 

famines, collectivisations… qui lui avaient été infligées au XXe siècle.


Cela dit, à Saint-Petersbourg, il y a ce qui est paraît-il un des plus beaux musées 

du monde, où se côtoient des images de contrées et de temps divers…



Photo du site d’Argoul, argoul.com, l’Ermitage


Nils Blanchard



P.-S. : Élections en Suède dimanche dernier, très serrées une nouvelle fois entre 

les deux blocs. 

La Suède imitera-t-elle la Norvège, le Danemark, la Finlande, en installant la

« droite populiste » à quelque ministère ? Ou saura-t-elle rester, une nouvelle 

fois, originale ?

Étrangement, ces élections sont concomitantes à la contre-offensive 

ukrainienne pour l’instant couronnée de succès, et qui révèle les faiblesses de

l’assaillant russe. Cela ne tendrait-il pas à démontrer que l’entrée – suiviste, là 

– dans l’OTAN de la Suède (mais les partis de droite et d’extrême droite y

étaient favorables…) était… précipitée ?


NB


Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...