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dimanche 22 septembre 2024

Schwindratzheim, de l’autre côté

Retour, à des premiers frémissements d’automne, à Schwindratzheim, mystérieux et éphémère camp annexe du KL Natzweiler. Promenade, aussi, comme pour prolonger un sentiment de vacance. Été, enfer, paradis, automne.

NB - septembre 2024, canal à Schwindratzheim


NB - sept. 2024, Schwindratzheim; le bâtiment de l'ancien camp


On a très peu, à ma connaissance, de renseignements sur le camp de Schwindratzheim. Éphémère, oui, ayant été en activité de fin août à octobre 1944, il a tout de même accueilli environ 600 déportés. D’après une pancarte entre autres, les premiers (108 d’après R. Steegmann) sont venus de Queuleu (Metz), suivis courant septembre d’environ 200 hommes de Kochem (Allemagne) et 300 d’Urbès. Leur présence était liée aux bombardements sur Strasbourg (notamment le 27 mai 1944, précise Robert Steegmann dans sa monographie du camp) ; les nazis prévirent alors de transférer des usines d’avion (Junker) dans les galeries des mines à proximité, en utilisant le canal de la Marne au Rhin pour transporter le matériel.
À quelle tâche ont été affectés les prisonniers ? « Travaux préparatoires », lit-on ; ils auraient entre autres construit des baraques. Quelle direction du camp, quel fonctionnement ? Quel bilan humain ? On y reviendra vraisemblablement.

NB - Pancarte sur le site, septembre 2024


Cette fois, je suis arrivé de l’autre côté, le long du canal par Waltenheim (sur Zorn) – la dernière fois, je m’étais promené plutôt de l’autre côté, vers Hochfelden.
Hirondelles au-dessus du canal, cigognes… eaux poissonneuses ; ces lieux encouragent à la promenade. Une grande marche serait à faire vers Saverne et au-delà, mais c’est une autre histoire.

De l’autre côté, aussi, du site de l’ancien camp – l’ancienne plâtrerie – j’ai été fureter le long de sentiers grimpant sans doute au-dessus de ces fameuses anciennes mines de gypse.

NB - Pancarte sur le site, septembre 2024


Juste avant, au-dessus de l’ancienne plâtrerie (et camp), un ballon prend son envol. On remarque au passage un terrain de sport tout près de l’ancien site, comme à Haslach, à Bisingen…

NB - septembre 2024

Certaine fraîcheur – une fois n’est pas coutume, en ce début septembre ; les températures sont plus fraîches que « de saison », pointes d’automne dans les lumières. Je grimpe donc par des petits sentiers plus ou moins inextricables et glissants.

NB - septembre 2024


Et je débouche en haut d’une colline d’où l’on devine le village dans le soir qui tombe déjà.


NB - septembre 2024


Nils Blanchard

dimanche 7 janvier 2024

Anjou, presse, camps, actualité

 Jamais en Alsace bien sûr, mais ailleurs il peut m’arriver, avec intérêt, de lire la presse locale.

NB – Anjou, janvier 2024

De passage à Angers, lecture dans Ouest-France (les éditions de ce journal, en ce qui concerne certains thèmes historiques de la Seconde Guerre mondiale liés à l’Alsace – décidément… –, ne font pas toujours des choix très judicieux, mais, bon…)

Début novembre (2023), un article de Christophe Penot relevait l’étrange mise en vente, dans une enchère, d’une tenue de déporté. Le journaliste précisait qu’elle avait appartenu au résistant Francis Richard, arrêté en mai 1944 et déporté à Dachau. Il avait survécu… Le « lot » provenait d’un vide-grenier. N’avait-il plus de famille ?

Ouest-France, 4-5 novembre 2023

Le 2 janvier 2024, un autre article, d’Emmanuel Esseul, concerne un autre déporté, Charles Gohier, mort fin décembre 1943 ou début janvier 1944 dans l’enfer de Dora, camp alors dépendant de Buchenwald.
C'est à la suite d’une « cousinade » que des gens de sa famille ont enquêté sur cet homme.

Ouest-France, 2 janvier 2024

En l’occurrence, il ne semble pas avoir été déporté pour action de résistance, mais pour vol de matériel allemand.
Cela permet de souligner que l’enfer concentrationnaire a incorporé des gens de divers horizons, aux parcours divergents. Mais le résultat, pour Charles Gohier, mort à vingt ans après des mois de travail – torture ? – dans un tunnel, rappelle le destin de Maurice Vissà, dans l'enfer de Haslach.

NB – Anjou, décembre 2024

C'est aussi une face du nazisme – du totalitarisme ? –, cette manière de traiter les réprouvés, les prisonniers. Ceux qui, dans un État de droit digne de ce nom devraient (éventuellement…) subir une simple privation de liberté.
Est-ce un hasard si la montée des extrêmes accompagne la remise en cause de principes élémentaires de la justice, de l’État de droit (présomption d’innocence, jugements dans un cadre idoine, avec droit à la défense – pas sur l’étal poissonneux d’un marché télévisuel…) ?


Nils Blanchard


N.-B. : Parution annoncée pour ce mois-ci du nouveau livre de Wera von Essen, qui s’annonce comme la suite du formidable En debutants dagbok.



lundi 8 août 2022

Sur Maurice Vissà, notamment

Au cours de mes recherches sur Elmar Krusman, mes déambulations numériques ont plusieurs fois croisé le site de l’Association Maurice Vissà, qui abrite aussi les éditions de l’Avière.
 
 
C'est un peu la réunion des centres d’intérêt de l’association et de la maison d’édition qui a engendré un livre atypique, bien écrit, riche de documentation : Haslach et Vaihingen – Maurice Vissà, jeune résistant vosgien, signé Sylvie Vissà et Jean-François Faye.
 
On peut suivre ici la présentation qui en a été faite dans La Montagne, il y a déjà cinq ans, le 2 juillet 2017 (depuis, le livre a connu une deuxième édition en 2019), parlant d’« un livre original sur l'histoire tragique d'un très jeune résistant, mais pas seulement. À première vue, et notamment la couverture du livre, un portrait en médaillon invite le lecteur à découvrir l'histoire d'un jeune résistant vosgien, Maurice Vissà. C'est bien le cas. Mais là où cet ouvrage fonde toute son originalité, c'est dans la démarche des co-auteurs. »
 
Original, c’est que le livre en fait en comporte deux.
 
« La première partie de l'ouvrage intitulée Mémoire recomposée est un récit retraçant le parcours de Maurice Vissà, jeune résistant et déporté vosgien (…) » Comme l’indique le titre de la partie, la démarche est singulière : on n’est pas dans le roman, pas complètement non plus dans l’exposé froid des faits. On pourrait parler d’histoire racontée, avec quelques libertés (limitées et contrôlées), données à l’empathie du narrateur.
 
La Montagne poursuit : « Dans la seconde partie intitulée Quête et enquêtes, les auteurs précisent leurs motivations et investigations. Ils ont ainsi suivi le parcours des 5 autres résistants arrêtés avec Maurice Vissà mais aussi des Vosgiens qui ne sont pas allés à Vaihingen. Ils ont cherché à connaître le sort des gardiens qu'avait pu croiser Maurice Vissà, découvrant de sinistres personnages. (…) »
 
Cette seconde partie peut faire figure de manuel à l’usage de personnes qui voudraient faire eux-mêmes des recherches sur un déporté.
 
On reparlera de ce livre bien sûr. Je ne me le suis procuré (et ne l’ai lu) qu’en juin 2022.
 
Et je voudrais d’ores et déjà insister sur un parallélisme frappant dans les destins de Maurice Vissà et Elmar Krusman. L’un est né en 1927, l’autre en 1921, puis le premier est arrêté « définitivement » en 1944 – il a 17 ans – le second en 1941, à 20 ans. Tous deux sont passés par des kommandos du KL Natzweiler : le camp central du Struthof, Haslach et Vaihingen pour Maurice Vissà, Bisingen pour Elmar Krusman.
Aussi : tous deux connaissent et subissent la dernière phase de l’époque concentrationnaire.
Pour ce qui est du passage dans les grands camps de concentration : Maurice Vissà entre le 30 août 1944 au KL Natzweiler. Le 1er septembre 1944, Elmar Krusman entre au KL Stutthof (Dantzig). Maurice Vissà meurt le 4 mars 1945, Elmar Krusman le 13 mars 1945.
 
Le parallélisme s’arrête là sans doute ; des parallèles pourraient être faits entre les millions de victimes du système concentrationnaire. Mais, j’en discutais au Collège doctoral européen (lors de ma conférence le 10 juin dernier), ces parallèles, ces recherches, ces témoignages qui continuent d’abonder sur la période, travaux, réflexions historiographiques participent de la mémoire (et gardons-nous là de certains baratins creux) et donc de l’identité des peuples, des nations. De l’Europe ?
 
 
Nils Blanchard
 
 
 

Documents, issus d’un document (PDF) du 

Gedenkstätte Vulkan (association mémoriale Vulkan)

 
  
 
 

Photos suivantes : autour du site de l’actuel mémorial d’Haslach, à proximité de l’entrée de Vulkan. (Cf. billet sur ce blog du 11 mai sur Haslach.)
 
 
NB
 
 
 
NB
 
 
 
NB
 


mercredi 11 mai 2022

Haslach, première approche

Mon intention n’est pas de passer en revue tous les camps annexes du KL Natzweiler. Je suis allé visiter néanmoins le site de cet ancien camp, récemment, en tout cas une partie (Vulkan). Maurice Vissà y a été interné.
 
Monument sur le site Vulkan - NB

Situé en Forêt-Noire, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Strasbourg, c’était un petit camp, mais très meurtrier. 1736 déportés y sont passés sur une période comparable à l’existence du KZ Bisingen (septembre 1944 – avril 1945).

Pour y aller, traversée de petites villes allemandes sympathiques, encore bien industrialisées.

J'écrivais dans mon bouquin (le site de l’usine de Bisingen est occupé aujourd’hui par un terrain de sport ; et en arrivant à Haslach, je suis tombé sur un match de foot et un des sites – voir plus loin – s’appelle « Sportplatz ») : « Et on se demande aujourd'hui, dans ce lieu bucolique, où, tout près, ont lieu régulièrement des manifestations sportives sur le stade aménagé à l'emplacement de l'ancienne usine, comment a pu exister à cet endroit un tel édifice de malheur et de honte. »

C'est l’anachronisme du chercheur pris dans son récit, circonspect, aussi, devant certaines évolutions dans son propre pays.

Sur la route d’arrivée au site - NB


NB


NB

Sur cette dernière photo, on approche après une petite marche bien balisée le site de l’ancienne mine et de son mémorial, dont on distingue les panneaux, comme en attente du visiteur. Sentiment un peu difficile à définir.
Petite « déception » (comment dire?) cependant, sur ce site Vulkan : il y a beaucoup de panneaux d’information (mais en verre réfléchissant le beau soleil, et ayant pris beaucoup de poussières… pas très lisible), certes, mais exclusivement en allemand, langue que je ne maîtrise que bien moyennement. (Seul un panneau de réclame pour je ne sais quel programme européen est en trois langues : allemand, français et anglais).

Pourtant, beaucoup de nationalités – une vingtaine – sont passées par ce camp, et encore la liste ne concerne que les déportés identifiés (740 sur les 1736, 220 parmi les morts – dont il y eut plusieurs centaines...)

NB

Mais précisément, de quel camp parle-t-on ?
Trois petits camps, en réalité, dont les déportés ont travaillé à l’aménagement des usines souterraines Daimler, dans des conditions effroyables.

– Le camp Arbeitslager Barbe, connu aujourd’hui sous le nom de « Sportplatz », est une annexe du Kl Natzweiler (les deux autres n’en sont pas...) 400 déportés dont deux-tiers de Français sont placés en septembre 1944 dans d’anciens hangars de la Wehrmacht. S’y rajoutent en décembre 248 déportés du KL Flossenbürg.

– En décembre 1944 arrivent 650 déportés (200 résistants, 100 Alsaciens venus du camp de redressement de Schirmeck, 350 prisonniers de guerre soviétiques) qui logeront dans les galeries de l’ancienne mine, dans des conditions atroces ; on parle du « Höllenlager Vulkan » (Camp de l’enfer Vulkan).

– En décembre 1944 toujours, 300 déportés arrivent et sont logés un peu plus loin (au bord de la rivière Kinzig) dans ce qui va être un troisième camp : Kinzigdamm. Ceux-là, comme les prisonners de Sportplatz, allaient chaque jour aux mines Vulkan pour y travailler.

D'autres déportés arriveront encore au moins jusqu’en février 1945.

Ils ont vécu, aussi, dans des conditions inhumaines, certains ne quittant guère les galeries humides.
Encore une fois : impossible de dresser un bilan précis.

Sources : site Lieux insolites, 16 mai 2016.



 Sur l’ancien site de la mine - NB


NB

NB


Entrée de l’ancienne mine - NB

Je parlais de « déception », quant à l’usage unique de l’allemand sur le site. C’est peut-être aussi un parti pris : l’étude – et son partage – de l’histoire du nazisme et de ses horreurs étant considérée, peut-être, comme une affaire allemande avant tout. (Pas, simplement, un « mémorialisme » international un peu béat dont on nous rebat les oreilles…) Et force est de constater que cette affaire n’est pas négligée en Allemagne. On le voit, entre autres, à la multiplication des mémoriaux (Gedenkstätten), parfois modestes peut-être, mais sérieux pour ceux que j’ai vus.


Plaque du mémorial à Vulkan ; Roman Herzog (ancien président allemand) : « On n’est pas seulement responsable de ce que l’on fait, mais aussi de ce qu’on laisse faire. »
Peut-être R. Herzog avait-il lu John Stuart Mill : Bad men need nothing more to compass their ends, than that good men should look on and do nothing.”

Pour Haslach plus précisément (mais je viendrai peut-être à parler d’autres camps comparables en ce sens de la nébuleuse Natzweiler, comme celui de Katzbach à Francfort), quatre caractéristiques qui rejoignent celles de Bisingen où a été détenu Elmar Krusman :

– taille modeste du camp annexe,

– construction et développement à la toute fin de la guerre,

– mortalité très importante, concernant des déportés souvent au terme d’un long chemin de croix,

– présence à proximité d’agglomérations (et tentatives d’aide signalée dans des témoignages d’une partie de la population locale)…

Quatre champs universitaires, aussi, à explorer !

En repartant - NB

Nils Blanchard


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Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...