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jeudi 14 mai 2026

Mon livre sur Elmar Krusman

C'est vrai que je parle en ces pixels de choses et d’autres, et somme toute peu, ou pas directement, de ce autour de quoi ce blog était censé s’organiser tout d’abord, mon livre paru à l’Harmattan.


Une fois que j’avais été à l’ancien camp de concentration de Natzweiler (communément appelé le Struthof) en Alsace, on avait été accueilli, en haut, par un brouillard complet. On ne distinguait pas, à quelques mètres seulement, tel ou tel bâtiment, clôture barbelée, monument mémoriel. Puis, progressivement, la brume s’est dissipée.
C'est un peu ce qui m’est arrivé quand j’ai commencé d’enquêter sur un déporté, Elmar Krusman, qui avait été inscrit à ce camp comme « suédois ». Au fil de mes recherches, par couches successives, s’est établie une certaine netteté (incomplète néanmoins) sur son destin. Sur sa courte existence (il meurt à vingt-quatre ans au camp annexe de Bisingen, en Allemagne, le 13 mars 1945), il faut avancer au moins deux éléments. Jeune homme au commencement de la guerre (né en 1921), il avait participé à des réunions du Komsomol (jeunesse communiste) local, lors de la Première Occupation de l’Estonie (soviétique, donc, entre juin 1940 et l’été 1941). Cela lui a été reproché par la suite, lors de la deuxième occupation, nazie, du pays.
Aussi, il appartenait à un groupe bien particulier (on ne se demandera pas ici s’il s’agit d’un peuple, d’une ethnie…) : une minorité nationale, celle des Suédois d’Estonie, dont l’existence remonte au moins au XIIIème siècle. Or, dans le contexte étrange de l’occupation des États baltes par l’URSS, en conséquence du pacte germano-soviétique, ces Esto-Suédois se sont vus proposer une non moins étrange sollicitude par les autorités staliniennes, qui a pris la forme de quelques adoucissements de leur sort, limités, mais réels, et la parution d’un hebdomadaire en langue suédoise a eux consacré : Sovjet-Estland. (Elmar Krusman faisait-il partie des rares lecteurs influencés par cet organe de propagande ? – Dans la foulée de mon livre (un peu lointaine) a paru aussi cet article au journal en ligne Nordiquesjustement sur ce journal soviétique.)

Elmar Krusman – années trente ? –
Collection particulière
  

Cela s’inscrit bien sûr dans un contexte plus général de l’Estonie dans la guerre, qui subit trois occupations successives (à peu près parallèles à celles des deux autres États baltes).
D'abord, le pays vit une période intermédiaire, à partir de l’entrée de l’Armée rouge en Pologne le 17 septembre 1939, dans le cadre du pacte germano-soviétique. Dès le 28 septembre, un premier accord est signé entre l’URSS et l’Estonie décidant une alliance militaire, un pacte d'assistance mutuelle… préservant cependant l’indépendance du petit pays (avec néanmoins présence de troupes soviétiques sur le territoire). Mais ce n'est qu'un répit de quelques mois. En juin 1940, Staline annexe l’Estonie ; plus précisément, elle cède face à un ultimatum le 17 juin, pour devenir la République socialiste soviétique d'Estonie le 6 août. Cette « Première occupation » dure jusqu’à l’été 1941. C’est lors de cette Première occupation que paraît Sovjet-Estland, presque concomitamment avec un blocage des frontières et des côtes (après une autorisation exceptionnelle, au début de l'occupation, donnée par les Soviétiques à cent dix habitants des îles devenues terrains militaires, de partir en Suède). Précisément, une partie de la population esto-suédoise ayant été expulsée de certaines îles par l’Armée rouge, leurs relations avec les Soviétiques commençaient mal…
Vient après la « Deuxième occupation », allemande, suite au plan Barbarossa. (Les îles au nord du pays, où il y a beaucoup d'Esto-Suédois, sont prises par les armées d’Hitler entre le 15 et le 21 octobre.) Puis on parlera d’une « Troisième occupation », à partir de l’automne 1944, soviétique à nouveau, qui durera jusqu’à 1991.


Cette « Troisième occupation », Elmar Krusman ne l’a pas connue. Arrêté en 1941. Il est arrêté par les Allemands vraisemblablement fin septembre ou début octobre 1941. De là, il passe par différents camps et prisons en Estonie avant d’être transféré pour un mois au camp de concentration (KL) de Stutthof, près de Dantzig. Il y est enregistré le 1er septembre 1944. Le 1er octobre, il arrive au camp de Bisingen (Wurtemberg), annexe du KL Natzweiler. Il y meurt le 13 mars 1945.

Mon livre porte sur son terrible périple des côtes suédophones de l’Estonie à un camp de concentration annexe de l'ouest de l’Allemagne. Mais plein de sujets « secondaires » sont apparus : qu’étaient-ce que ces camps annexes, ceux précisément du complexe où il se trouvait ? En quoi consistaient les relations (il y en avait) entre déportés et populations civiles ?
Par une sorte de miracle, j’ai retrouvé (entre autres) le témoignage d’une habitante de Bisingen, qui a été mise en présence d’Elmar Krusman – lui, et pas un autre… et en même temps d’une sinistre brute qui avait aussi sévi à Natzweiler, le SS Ehrmanntraut… – à deux reprises.

Puis d’autre thèmes, parmi lesquels la mémoire. Celle de l’univers concentrationnaire est particulière ; mais toute mémoire est à interroger dans le cadre d’une étude historique.
Pour resituer certaines choses, j’ai utilisé comme en filigrane cinq témoignages de déportés ayant été détenus dans des camps proches et comparables à celui d’Elmar Krusman, voire à Bisingen même pour S. J. Sagan. Ces cinq récits ont été écrits à des époques différentes (publiés de 1958 à 2000) ce qui permet d’appréhender les mécanismes de la mémoire en prenant en compte le temps écoulé, mais aussi l’environnement précis des différentes périodes, presque jusqu’à nos temps. Quant à eux, ceux du début des années 2020 en tout cas, de par des témoignages plus secondaires, des études, des réflexions personnelles aussi bien sûr, ils ont pu nous mettre face à une actualité navrante – avec notamment le retour de la peste de l’antisémitisme, une sorte de prime donnée à l’ignorance, aux raccourcis et imprécisions dans moult domaines.


Nils Blanchard

samedi 20 décembre 2025

Hasards ou concomitances

La lecture du blog Alluvions (en lien de ce blog, liste à droite, cliquer, etc.) et ses hasardeuses coïncidences, synchronicités, ont attiré mon attention sur trois hasards récents me concernant.

NB - Alsace, automne 2025

 Le premier concerne précisément un article d’Alluvions. Je parlais à un ami, de l’autre côté du Rhin – nous parlions de son (très jeune) fils, de l’agression russe en Ukraine… –, de tirages au sort de conscrit pour le service militaire, en France, dans un passé pas si lointain. Patrick Bléron d'évoquer justement – quelques jours plus tard, le 7 novembre – à propos du Bal des conscrits de Louis Peygnaud, ces tirages au sort.

« (…) à la page 27 du Bal des conscrits, Louis Peygnaud raconte une autre conscription, celle du 10 mars 1793, an II de la République, où eut lieu la première levée en masse de 300 000 hommes. De tous les villages affluaient les hommes célibataires ou veufs sans enfants de dix-huit à quarante ans. Le 15 juillet, l'Assemblée législative avait proclamé la Patrie en danger. De fait, cette première journée ayant donné peu de résultats, il fallut remettre le couvert le 17 mars. Ainsi, au Péchereau, près d'Argenton, seuls deux volontaires s'étaient inscrits le 10 mars. Et le 17, 45 hommes durent se soumettre à la voix du sort. Le maire avait préparé 33 bulletins blancs et 12 bulletins portant la mention "soldat", et chacun vient tirer un bulletin dans un chapeau (…) »



Le deuxième, je l’ai déniché (sans rien chercher d’ailleurs) sur le site Dixikon (en lien de ce blog, liste à droite, cliquer, etc.) Là, un article a été publié sur « Kambanellis om Mauthausen » (« Kambanellis sur Mauthausen »).
Il est de Jan Henrik Swahn, par ailleurs traducteur récent des Liaisons dangereuses en suédois…

Or il se trouve que de retour en voiture de je ne sais plus trop où, le jour précédant ma lecture de cet article, je réfléchissais – via, pour autant que je m’en souvienne, des réminiscences de ce colloque sur l’art et la guerre à Natzweiler, de là les dessins et le témoignage de Jeanne Letourneau… – à la spécificité des récits de camp. Spécificité en ce sens que, rédigés le plus souvent par des gens peu coutumiers de l’écrit – rarement des écrivains en tout cas ; il y a bien sûr cependant Primo Lévi et d’autres… –, ces récits prennent une force, une originalité singulière, lors même qu’ils racontent des choses similaires (et pour cause…) Je me disais que c’était qu’ils mettent sur la table, dans un sens, l’humanité profonde de l’auteur, celle qui a survécu, mais qui a été éreintée par l’expérience, qui affleure plus que chez d’autres, aux camps.

NB - Alsace, automne 2025

Enfin, une histoire un peu désagréable avec des parents d’élèves me faisait penser à la généralisation, dans laquelle on peut à tout instant sombrer…
Or Jan Henrik Swahn évoque à un moment le sujet dans son article :

« En av styrkorna med boken är just de många redogörelserna för ortsbefolkningens medlöperi, hur de närmast med förtjusning laddade sina bössor och anslöt sig till tyskarna varje gång någon hade lyckats fly från lägret. Efter befrielsen fick många bönder se sina gårdar plundras på djur och mejerivaror. Särskilt de som tidigare vägrat ge ens en brödskiva till lägerflyktingar som knackat på. Men att dra alla österrikare över en kam gick förstås inte, även om det hade varit en enkel och svartvit lösning. Kambanellis fick så småningom höra om österrikiska bönder som tagit stora risker genom att hysa flyktingar fram till krigsslutet. »

« Un des intérêts du livre, c’est justement les nombreux récits de collaboration de la population locale, qui approchait presque à la jouissance en chargeant ses fusils pour se joindre aux Allemands à chaque fois que quelqu’un avait réussi à s’enfuir du camp. Après la Libération, de nombreux paysans ont eu leurs fermes pillées d’animaux et de produits agricoles. Particulièrement ceux qui auparavant avaient refusé d’octroyer ne serait-ce qu’une tranche de pain aux fugitifs du camp qui les avaient sollicités. Mais mettre tous les Autrichiens dans le même panier n’a pas de sens bien sûr, bien que ç’aurait été une solution simple, manichéenne. Kambanellis, petit à petit à découvert que des paysans autrichiens avaient pris de grands risques en hébergeant des fugitifs jusqu’à la fin de la guerre. »

On retrouve ce thème de la population civile, entre autres dans mon Elmar Krusman.

J'ai eu donc il y a peu un rendez-vous avec des parents d’élèves, contestant une note reçue par leur fille. J’étais partie dans l’idée que c’étaient des connards (généralisation…) Ils se montrent ouverts (en apparence), le « dialogue » se finit « fructueux » ; moi, fatigué par six heures de cours (et une semaine passée ; on était vendredi…) cède et promets de « rectifier » la note de leur fille (celle ci, présente lors de l’entretien – ah, que c’est bien de partager les problèmes entre « enseignant »… allez, on va dire, « équipe pédagogique », parents et « apprenant »… – refuse étrangement de s’installer à notre table, reste près de la porte, comme si elle craignait d’en être expulsée par le souffle d’une explosion?), ce que je serai obligé de faire, du coup.
Jusque là : formidable. Pour un peu, on me remettra la médaille de l’Ordre de Meirieu !

Sauf que… Y réfléchissant un peu de retour chez moi, je me rends compte que non : j’avais raison en premier lieu. L’élève a vraisemblablement triché sur son voisin. Ce n’est pas la note faible, un peu en-dessous de la moyenne qu’on m’a reprochée, qu’elle devrait avoir, mais un zéro pointé.
Le doute ne réside vraiment que dans la bonne foi des parents (moi-même, sur le coup de la rencontre, n’ayant su retrouver clairement les tenants et les aboutissants du problème ; j’ai toujours des problèmes de vue, j’étais fatigué – et passablement énervé –, etc.)
Quant à leur fille, le résultat reste le même : elle sait qu’elle a triché. Se perfectionnera-t-elle dans l’art d’abuser ses parents (s’ils étaient dupes) ?
Et sur le principe, ma généralité, là, restait efficace : des parents n’ont pas à contester à la légère une note (en plus une petite note de simple test de début de cours), n’auraient jamais dû se croire seulement autorisés à franchir les grilles d’un collège pour ce faire.

Ce qui ne me réconcilie pas pour autant avec les généralités. 


Nils Blanchard

jeudi 13 novembre 2025

Entre passivité et bêtise

J'ai été récemment témoin – et ça a été assez désagréable – d’une crise de passivité intellectuelle, de bêtise régionaliste d’une artiste que j’avais un peu aidée – j’admire toujours son œuvre du reste.

NB - Haguenau, septembre 2025 ; illustration à peu près de hasard

Bon, ça n’a pas une très grande importance et ne devrait pas figurer ici, sauf que j’ai lu – je ne suis pas rancunier… pas trop… ; voir le billet précédant... – un article récent de Thomas Nydahl, s'interrogeant lui-même sur un article de Torsten Fagerholm, dans le journal finlandais de langue suédoise Hufvudstadsbladet, le 25 septembre 2025. T. Fagerholm commence par se demander ce qu’ont à fiche de riches touristes russes à Biarritz ce dernier été. Il commente :

« Många upplever det som direkt provocerande att hundratusentals förmögna, oberörda ryssar obehindrat roffar åt sig från buffébordet av friheter som det demokratiska Europa erbjuder, samtidigt som Ukrainas folk genomlider ett fjärde år av terrorbombningar styrda från Moskva. »

« Beaucoup de gens peuvent vivre comme une provocation que des Russes aisés, indifférents, se gavent sans réserve au buffet des libertés offertes par l’Europe démocratique, lors que dans le même temps le peuple ukrainien subit sa quatrième année de bombardements moscovites. »

Thomas Nydahl (cette fois…) de nuancer :

« Det är en såväl delikat som relevant fråga. Men min följdfråga blir lika tydlig: ska ett folk som lever under diktatur och som drabbats av diktatorns krigspolitik också straffas? »

« Voilà une question aussi pertinente que délicate. Contre-question, directe : un peuple qui vit en dictature, qui subit la politique de guerre du dictateur, doit-il en plus être puni ? »

NB - Haguenau, septembre 2025 ; illustration à peu près de hasard

Thomas Nydahl poursuit : « Ett preliminärt svar är, att ett sådant straff förmodligen är oundvikligt. Hur skulle andra folk – historiskt och samtida – behandlas i samma situation? »

"Tout d'abord, une telle "punition" est inévitable. Puis, comment d'autres peuples (du passé et d'aujourd'hui) se conduiraient-ils dans la même situation ? »

L'histoire ne repasse pas les plats. Et je n’aime pas diffuser ici de mes opinions politiques – même si certaines transparaissent forcément de tout ce bavardage… Mais si l’on compare la situation de la Russie avec celle de la France. On peut se dire – en considérant les Russes comme des citoyens (ou d’anciens citoyens ?) – qu’un président comme Nicolas Sarkozy n’a pas été réélu. Les Russes pouvaient-ils encore, dans les années 2000, ne pas réélire Poutine ?

Ingrid Ruin - Publicité de 1928, Capture d’écran

Pour en revenir au propos de Torsten Fagerholm, il parle bien de « förmögna, oberörda ryssar » (« Russes aisés, indifférents »). N’est-ce pas un peu différent de la masse du peuple, pris dans les soucis et joies du quotidien, qu’on peut difficilement rendre responsable de la venue au pouvoir de tel ou tel.
Mais où commence l’opulence dispensatrice d’une responsabilité accrue ?

Au fond, n’est-il pas intenable de dire que les peuples sont irresponsables ; pourquoi alors le système de la démocratie ? Le moins mauvais des systèmes.

Churchill encore.

Les résistants, parmi lesquels certains ont fini à Natzweiler, sous la férule d’un Franz Hermanntraut, les Alexeï Navalny, eux ont voulu défendre une certaine responsabilité des peuples. Ils ont pris la leur.
À quel prix.


Nils Blanchard


P.-S. : – Rajout d'étiquette du dernier billet : Salla Leponiemi.

« Moins mauvais des systèmes », encore ne faut-il pas trop de démagogie. Ne pas laisser pénétrer les établissements scolaires, par exemple, de parents d’élèves parfois à moitié crétins – sous prétexte de « coéducation » – dont les plus bêtes essaieront forcément d’empêcher leur progéniture de les dépasser un tant soit peu.

Il fut un temps, en Égypte, où le ministère de l’Éducation s’appelait le Ministère du Savoir. Il est vrai qu’on n’y était pas encore en démocratie ; (on n’y est toujours pas du reste.)

Ingrid Ruin - Capture d’écran

– Ingrid Ruin, peintre finlandaise (d’expression suédoise…), a été russe dans un sens, vu qu’elle a connu l’époque (elle était née en 1881) où la Finlande était un Grand-duché intégré à la Russie…

– Rien à voir avec la passivité : dix ans qu'ont eu lieu les abominations des attentats de Paris, un vendredi. 

mardi 28 octobre 2025

Balade / traces / forêt

À l'occcasion de ce samedi ensoleillé (dernier jour de l’été en fait cette année), sitôt la « Kartoffelkeller » visitée, j’ai gravi – en voiture… – un peu encore le Mont Louise pour arriver à un point à 1000 mètres d’altitude. De là, d’un lieu où il y a des « Pierres de mémoire » : petite marche ; je me suis un peu enfoncé dans la forêt.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Mais à propos de voiture, ce lieu, près, autour de l’ancien camp de concentration de Natzweiler, a quelque chose quand même de particulier.
En allant à l’aller au Struthof, sur la petite route en zigzags bien après Rothau, une femme en voiture me coupe délibérément la route, tout en faisant une sorte de signe de la main, d’excuse ? de fatalité ? Elle était à un stop ; démarre juste quand j’allais la croiser.
Heureusement, conducteur somme toute expérimenté, j’avais comme subodoré la chose, n’allais pas très vite (on était de toute façon à un virage) et étais prêt à piler, ce que j’ai fait, tout en déviant à droite pour éviter l’imprudente – ou la folle ?

J'ai pensé à diverses choses, diverses symboliques dont on pourrait parer cette conductrice. Puis bien sûr j’ai eu autre chose en tête.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Mais j’y ai repensé au moment de ma promenade. Ce lieu.

Il y a là des panneaux qui datent de 2006, posés alors sans doute pour illustrer un « Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme ». De l’autre côté de la route, un panneau détaillé indique les randonnées possibles sur le thème. Il est criblé de balles (ou de jets de pierres?)

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Itou, il faut en convenir, un panneau à proximité marquant l’entrée d’une zone forestière :

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Des gens par ici ont-ils des pulsions incontrôlables : tirer sur des panneaux (entre autres) mémoriels, couper la route d’autres automobilistes ?

Songe aussi à Benoît Duteurtre, en entendant des motos faire rugir leurs moteurs.

Évidemment, plus vraisemblablement, on a simplement un faisceau de hasards…

Retour à « mon » côté de la route, vers ma balade, et aux panneaux de 2006. L’un est quasiment effacé.
On est presque dans l’archéologie des ferrailles indicatrices.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

On y lit sans trop de difficulté, néanmoins : « “Toi qui marches sur le sentier, libre et sans crainte, / entends le message des pierres, mets-toi debout, deviens sentinelle / œuvre à ce que, plus jamais, le murmure du vent dans les branches / ne soit étouffé par la plainte des opprimés.” Juin 2006 »

Il ne reste que le panneau inférieur (l’inscription) ; le haut du panneau a disparu.
Un peu plus loin, une autre inscription.

« Libre et sans crainte » ?

Celle-ci est criblée de balles aussi, et difficile à lire.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Écriture (étrangement) manuscrite : « Pierre de la Mémoire // Ici, au point culminant du Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme, / et la croisée des chemins, point de convergence entre passé et futur, / se dresse la Pierre de la Mémoire. / Les pierres couchées, de granit rose, ont symboliquement été prélevées / dans la Grande Carrière du Struthof et représentent l’homme opprimé, / humilié dont les droits fondamentaux ont été bafoués. / La pierre dressée, de granit gris, provient des abords de la RD 130 / menant au village du Hohwald, village natal du Dr Adélaïde Hautval, / médecin résistante, déportée par solidarité. / Cette pierre dressée symbolise / l’Homme debout dans toute sa dignité et sa grandeur. / Que cette Pierre de la Mémoire rayonne dans l’édification de notre futur. »

Plus loin encore, des indications mises à bas.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)

Puis c’est la forêt et un étrange silence – hormis quelques pétarades de motos plus ou moins loin – ; une douceur, aussi, de dernier jour d’été.

NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


NB - Struthof (Chemin de la Mémoire et des Droits de l’Homme)


Nils Blanchard


Ajout. – Il y a quelques jours, publication d’une étude de l’OCDE relevant, d’après ce qu’en dit la presse, un mal-être des professeurs un peu partout dans le monde mais notamment en France.
Bon. C’est la même OCDE qui fait paraître régulièrement les pseudo « enquêtes » PISA qui ont consciencieusement sapé depuis des décennies maintenant le travail desdits professeurs.
Une idée d’économie pour le gouvernement : sortir de l’OCDE, ce qui soulagerait la France (ce serait sans doute symbolique, mais…) de sa participation au budget de ladite organisation (5,1 % nous dit-on sur son site), et du « travail » de fonctionnaires, notamment de l’Éducation Nationale, qui sous-traitent les fameuses « enquêtes » PISA ; ceux-là pourraient être mis devant des classes.

Un point néanmoins dont ne saurait être rendue responsable l’OCDE (quoique… n’y conseille-t-on pas de mettre les jeunes élèves devant des écrans?), c’est l’effet délétère, particulièrement sur certains enfants, des « réseaux » « sociaux » et autres smartphones.

– Ajout d’étiquettes de l’article précédent : Télérama, Bernur, Haguenau.



NB

mercredi 1 octobre 2025

Mélange(s) des histoires

Journée de colloque dans l’ensemble passionnante au Cercle militaire de Strasbourg (place Broglie), le 27 septembre. Le thème en était « L’art dans le complexe concentrationnaire de Natzweiler ». Là, différents sujets, allusions, détails qui me ramènent à différents centres d’intérêt.


 Je pourrais évoquer toutes les interventions de la journée – j’en évoquerai –, mais je veux parler là de deux d’entre elles. L’une d’elles a été un peu iconoclaste quant au thème central (L’art dans le complexe concentrationnaire de Natzweiler) ; son titre : « Les objets fabriqués par les détenus des camps de Natzweiler-Struthof et Vorbruck-Schirmeck : art ou artisanat ? » Elle était dite par Juliette Brangé et préparée par elle et Michaël Landolt.
L'anomalie initiale m’a fait froncer les sourcils : on sait que le camp de redressement de Schirmeck n’appartenait pas au complexe de Natzweiler et, surtout, n’était pas un « camp de concentration ».

J'avais justement (quasiment) terminé le billet du 21 septembre dernier, consacré au KL Natzweiler, sur ceci :

« Bon, là [dans une petite vitrine provisoire d’objets exposés] voisinent étrangement des objets liés à la période concentrationnaire (le KL Natzweiler, et d’autres camps de concentration) et à la période carcérale (1944-1945) qui a suivi l’évacuation du camp de près. Ce mélange des mémoires, des histoires, pose question, même s’il est exact que le site a accueilli les deux systèmes successifs. (Le mélange imprécis, on le sait, est une tendance de certains historiens locaux qui ne sent pas toujours très bon…) »

Je pourrais réécrire à peu près la même phrase : « Ce mélange des histoires... », même si les deux camps autres (Schirmeck et Struthof période internement) ont des histoires particulières.

Goya, Esquisse du tableau La Vérité, le Temps et l’Histoire -
Musée des Beaux-Arts de Boston, Wikipedia

L'i
ntervention, malgré tout, était intéressante.
Et Juliette Brangé de mentionner à un moment la découverte lors de fouilles à Natzweiler d’une plaque métallique avec le numéro matricule d’un prisonnier (soviétique en l’occurrence).
Évidemment, je pense à ce curieux hasard concernant la dépouille d’Elmar Krusman, au camp annexe de Bisingen : « Son corps, qui fut aussi un des rares enterré avec des vêtements) était donc le seul [parmi 1158 corps] doté d’une plaque d’identification métallique, alors que les autres étaient en carton [et se sont révélées quasi-illisibles à l’exhumation], d’où l’identification certaine et précise. (…) Outre qu’elle était métallique, cette plaque comportait donc la date du décès et une nationalité, en l’occurrence : 13.3.1945. Estland. » (NB, Elmar Krusman, L’Harmattan, pages 82-83.)


Cette intervention a été suivie par celle de Vincent Briand (directeur du Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon). Lui a évoqué un fonds de ce musée de plus de 600 œuvres d’art, « majoritairement des dessins, réalisés clandestinement par des déportés dans les prisons et camps nazis ». (Je cite là la plaquette du colloque.)
Je reviendrai, vraisemblablement, sur ce fonds, contenant entre autres 170 œuvres étonnantes – personnages au visage absent – de Jeannette L’Herminier.
Cela m’a ramené à une histoire géographiquement plus personnelle, celle de mon lycée angevin Joachim du Bellay. Au moment de la guerre, il était un « collège de jeune filles ». Sa directrice, Marie Talet, ainsi que quatre professeures et l’économe de l’établissement, dénoncées pour actes de résistance, ont été arrêtées et déportées. Parmi les trois survivantes, Jeanne Letourneau, professeure d’arts plastiques, a laissé des dessins de grande qualité, de Ravensbrück.
J'allais écrire : « des dessins magnifiques ». Impossible d’écrire cela. C’était un thème aussi du colloque ; je vais utiliser un langage un peu universitaire : comment appréhender – l’est-il possible ? – la notion de beauté, dans le système concentrationnaire ?


Nils Blanchard

dimanche 21 septembre 2025

Retour au Struthof – Kartoffelkeller et autres

Été au Struthof à l’occasion de la visite de la « Kartoffelkeller ». Beaucoup de monde (pas de bus scolaires pourtant en ce week-end) : le site attire des visiteurs ; tant mieux sans doute.

NB - Struthof (le CERD à droite, l’ancien camp au fond), septembre 2025

Le guide pour cette visite précise, jeune employé du site (CERD), explique que cette « Kartoffelkeller » (cave à pommes de terre) avait bien, vraisemblablement, été construite pour stocker des tubercules. Il se base notamment, pour ce dire, sur la photographie d’un espace très ressemblant dans un autre camp de concentration. 
Évidemment, cela résout (résoudrait?) l’énigme. On pensait jusqu’il y a peu que « Kartoffelkeller » était un nom de code, un peu dérisoire mais que le bâtiment, vu son ampleur (22 alvéoles sur 115 mètres de béton, avec des murs de 60 cm d’épaisseur) devait avoir une autre finalité. Mais, si ça y ressemblait au premier coup d’œil, ce n’était en tout cas pas un abri anti-aérien. (Dans un article de 2012 dans le Républicain Lorrain, à l’occasion déjà d’une journée du patrimoine, Julien Bénéteau rappelait l’aspect énigmatique de la chose, et parlait du « cœur sombre du Struthof ».)

NB - Struthof, l’intérieur de la Kartoffelkeller, septembre 2025

NB - Struthof, un soupirail vu de l’intérieur de la Kartoffelkeller, septembre 2025

Il n’est pas exclu cependant de penser que les Allemands, s’ils avaient prévu d’en faire un temps un lieu de stockage alimentaire, avaient d’autres vues sur le long terme pour cette construction. Déjà, la plateforme elle-même, au-dessus de laquelle seront construits des bâtiments SS disparus aujourd’hui et placés en hauteur de l’ancien camp, c’était une autre finalité en soi. Julien Bénéteau, à nouveau : « Il faut d’abord créer une plateforme. La roche est attaquée à la pioche, les pierres chargées dans des wagonnets à la pelle. Rien d’autre. Ce travail se fait à allure forcée.
Les gardiens, des SS, frappent pour le moindre prétexte. Les chiens, dressés, mordent les déportés. »
On reviendra sur le sadisme des gardiens...

NB - Struthof, la suite de la Kartoffelkeller après le CERD, septembre 2025

La construction de la cave commence en juin 1943 ; on est donc après Stalingrad. Bien des gens, et même parmi les édiles nazies les plus bornées, pouvaient alors comprendre que la guerre était perdue pour l’Allemagne. Quel intérêt dès lors de bâtir cet immense complexe ?
Qui plus est – ça transparaît déjà dans l’article de Julien Bénéteau – l’archéologue Juliette Brangé a insisté sur le fait que les travaux nécessitant une main-d’œuvre qualifiée avaient été faits par des entreprises civiles (notamment de la vallée) ; aux déportés étaient laissé la manutention : transport de matériaux, arasement de la roche…
Quel intérêt ? Il y a aussi l’explication de l’irrationnel, le fanatisme de certains commandements isolés de structures concentrationnaires (derrière le paravent administratif tatillon de la SS), avec cette croyance pour certains en un retournement du cours de la guerre (de par des armes secrètes, le génie du chef…) Dès lors, on pouvait imaginer que le lieu évoluerait, deviendrait peut-être un centre industriel ? Et en attendant, ces gens auraient profité de la main-d’œuvre qu’ils avaient sous la main pour seconder les entreprises ; le chantier est devenu un lieu et un prétexte de torture, puisqu’il ne fallait pas perdre de vue la finalité du camp.

NB - Struthof, le camp vu de la route vers la carrière, septembre 2025

Pour rappel, c’est un kommando notamment de NN français qui a été martyrisé à cette tâche.
Le guide d’évoquer les actes ignobles notamment du gardien « Fernandel ».
L'image d’Elmar Krusman passe en mon esprit ; « Fernandel », c’était le surnom donné à Franz Ehrmanntraut qui, quelques mois plus tard à Bisingen, sera aux côtés d’Elmar Krusman « tremblant », quand celui-ci sera mis en présence de la secrétaire de mairie de Bisingen pour lui refaire un manteau (il avait eu comme premier métier celui de tailleur).

NB - Struthof, l’intérieur de la Kartoffelkeller, septembre 2025

À l'entrée du CERD (Centre européen du Résistant Déporté – construit en 2005 précisément au-dessus de la Kartoffelkeller ; c’est l’un des deux espaces musée du camp et en même temps le centre d’accueil des visiteurs), un autre employé du site, très avenant et disert, présente des objets des archives du lieu,  qui peuvent parfois être exposés dans l’autre musée, celui de la baraque à l’intérieur de l’enceinte du camp.
Bon, là voisinent étrangement des objets liés à la période concentrationnaire (le KL Natzweiler, et d’autres camps de concentration) et à la période carcérale (1944-1945) qui a suivi l’évacuation du camp de près. Ce mélange des mémoires, des histoires, pose question, même s’il est exact que le site a accueilli les deux systèmes successifs. (Le mélange imprécis, on le sait, est une tendance de certains « historiens » locaux qui ne sent pas toujours très bon…)

Cela me ramène à l’ouvrage sur le sujet de Frédérique Neau-Dufour, dont je reparlerai prochainement.


Nils Blanchard

lundi 1 septembre 2025

Schwindratzheim, un témoignage (et sortie de zone?)

Promenades plutôt de hasard qui me ramènent au bord du canal de la Marne au Rhin, somme toute agréable à longer.

NB

Une fois n’est pas coutume, on trouve un – rare – témoignage intéressant dans un journal local alsacien, les DNA… L’article est de Guénolé Baron ; il a été publié le 28 juin 2018 à l’occasion d’une exposition au centre culturel de la petite commune riveraine.
On y lit – à propos du petit camp annexe du KL Natzweiler qui se trouvait là – qu’un habitant de la commune, Charles Baltzer, se souvient du temps de guerre et « revoit son père, forgeron, tenter d’amadouer les Allemands dans son atelier de la rue de la Zorn. Ils venaient avec un ou deux prisonniers pour faire aiguiser ou réparer des outils. Alors mon père proposait un café aux soldats et leur demandait au passage s’il pouvait donner un petit bout de pain ou de lard aux détenus. »

On retrouve là un trait évoqué à propos d’autres camps annexes, notamment celui de Bisingen – celui où Elmar Krusman est mort –, lesquels se situaient au milieu de zones habitées et où des détenus pouvaient être « prêtés » à des habitants. (Ainsi Elmar Krusman, tailleur de métier, recousant un manteau pour une habitante : témoignage assez rare de précision (et poignant) de l’évocation d’un détenu, une cinquantaine d’années après, par une habitante, a priori sans rapport avec les activités du camp de concentration…)

L'article poursuit un peu plus loin : « Les détenus étaient logés dans un baraquement en grès des Vosges, cerclé de barbelés, juste à côté du canal.
Quand ils n’étaient pas de garde, les soldats allemands n’y restaient pas. Ils étaient hébergés dans l’ancienne laiterie, raconte Charles Baltzer. Les gradés, eux, se partageaient une maison, derrière la mairie historique de la commune. »

NB

Autre point qui recoupe – c’est étrange, ces promenades qui me ramènent à ces thèmes… – des remarques de mon livre : l'irrationnel. Le témoin évoque la libération de Paris apprise à la radio par son père. « Une victoire capitale des troupes alliées qui n’a pas découragé les Allemands de Schwindratzheim. Même s’ils venaient jusqu’au Rhin, la guerre ne serait pas perdue ! s’est exclamé un des soldats devant le père de Charles Baltzer. »
Ce fanatisme de certains Allemands, qui a expliqué aussi le « dynamisme » du système concentrationnaire, jusqu’aux derniers jours de la guerre, parce que certains croyaient que celle-ci n’était pas perdue – il y aurait des armes secrètes qui apparaîtraient, etc. –, j’en parle aussi dans Elmar Krusman. Et cela a été de pair avec la priorité donnée à la « politique raciale » sur l’intérêt stratégique.
La folie au pouvoir véritablement.

NB

Il y a aussi dans l’article un étrange souvenir du témoin : réel souvenir, passé recomposé par la mémoire à partir d’autres récits ? Ce n’est pas que je veuille remettre en cause (je précise…) l’honnêteté de Charles Baltzer, mais – renvoi à mon livre, là encore – la mémoire, surtout d’événements aussi anciens, peut être pour le moins surprenante… Ce souvenir : « J’ai vu les prisonniers nager dans le canal, sous la surveillance de deux SS qui avaient des pistolets-mitrailleurs. Le bain terminé, ils sont rentrés nus dans le camp. »


Nils Blanchard


Ajout. - Me promenant cet été précisément à Schwindratzheim, je tombe sur cette étiquette que de hauts esprits du lieu (ou d’ailleurs) ont collée sous le nom de la localité : "Im Elsass".

NB

Braves gens. Visiblement, ils voulaient être sûrs de ne pas se tromper de panneau (…) ; ils ont mis leur petit autocollant aussi là-dessus.

NB

 - Étiquette qui aurait dû se trouver au dernier billet: Musée de l’aquarelle.

jeudi 19 juin 2025

(Dé) Colonisation

Titre un peu étrange, peut-être ; c’est que j’ai dans l’esprit un autre billet sur le thème de la colonisation.
Mais là, article de Bernur (Björn Kohlström), en lien indirect de ce blog (voir Voices in translation), le 14 juin dernier, sur une nouvelle traduction de Robert Antelme en Suède : Hämd ? (Vengeance?)

NB - Eva Blanchard – Collection particulière


Bernur rappelle que Robert Antelme a été marié à Marguerite Duras, qu’ils se sont séparés après la guerre (lors de laquelle Antelme a survécu notamment à Buchenwald) et que Duras a tiré de la période de la guerre le recueil La Douleur (récits retrouvés plusieurs décennies plus tard par l’auteure, publiés en 1985).

Quand on pense à Marguerite Duras, on pense bien sûr à la présence française en Indochine. Or récemment, Argoul a évoqué un roman de guerre, Le navigateur de Jules Roy. Jules Roy, lui, s’il a écrit aussi sur l’Indochine, et évidemment la Seconde Guerre mondiale, est lié à son histoire algérienne, une certaine amitié avec Camus.

Deux auteurs, donc, concernés par deux drames comme parallèles, qui se suivent chronologiquement, les guerres d’Indochine et d’Algérie. Ces guerres : acmés de la bêtise et de l’ignominie de la colonisation, et de sa gestion à cette époque.
Peut-être y reviendra-t-on.

Eugène Delacroix, Roméo et Juliette au tombeau des Capulet – Capture d’écran.


Mais le sentiment de vengeance, l’incapacité à tirer un trait (même pointillé, même nuancé) sur un passé, la transmission d’une volonté de violence à des générations à venir – la vendetta ? – ; n’y a-t-il pas là une forme de colonisation des esprits ?

On ne peut s’empêcher d’y penser en lien aux événements autour de Gaza ; la fuite en avant criminelle de B. Netanyahou, qui mélange allègrement notions et époques, suscitant sciemment le désordre dans les âmes plus ou moins simples (de Mélenchon à l’excité anonyme et ignare derrière son écran...)

Bernur commente :

« Numera handlar allt om det bibliska öga mot öga (fast mer ”öga mot ögon, tand för tänder …”). Vad beror det här på? Kanske vår tid är för narcissistisk: det här är priset vi får betala för att allt större fokus läggs på individen, våra känslor och hur vi upplever saker. Vi pratar för mycket om våra rättigheter, och för lite om våra skyldigheter. På ett sätt blir vi allt dummare, det vill säga, mindre intellektuella. »

« Maintenant il n’est plus question que de l’œil pour œil biblique (ou plutôt œil pour œil, dent pour dent…”). À quoi cela est lié ? Peut-être est-ce que notre temps est trop au narcissisme : c’est le prix à payer de ce que l’individu prend de plus en plus de place, avec ses sentiments, sa façon d’appréhender les choses. Nous parlons trop de nos droits, pas assez de nos devoirs. Dans un sens, nous devenons de plus en plus bêtes, plus exactement de moins en moins cérébraux. »

NB – Carrière du Struthof, août 2022 (depuis, la recherche a avancé…) 

Je ne suivrai pas dans son article Bernur dans tous ses commentaires ; mais celui-ci est assez imparable me semble-t-il. J’ajouterai néanmoins : droits, et devoirs, vis-à-vis de la vie, de la nature, des autres espèces…, surtout.

Et un des moyens d’échapper aux réductions et généralisations erratiques, c’est le travail et la réflexion étayée, de bonne foi.
L'archéologie offre un terrain de réflexion et de travail méthodique, ancré dans ce qui nous a précédé, formé. Il y avait justement (14 et 15 juin), les journées de l’archéologie, à l’ancien camp de concentration de Natzweiler (Struthof) notamment.
Les archéologues font suffisamment râler les entrepreneurs de « BTP », quand leur progression bétonisée est ralentie par un signe du passé.
Au Struthof, ailleurs, l’archéologie permet de clarifier, remettre en perspective certaines zones d’ombre, ou de trouble. On en reparlera aussi.


Nils Blanchard


Ajout : visite du président Macron au Groenland, le 15 juin. Il s’agit là de lutter contre une autre forme de danger de colonisation.

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...