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vendredi 28 mars 2025

Cernay – Sennheim ; camp annexe et autres – Et précisions

Cernay (germanisé en Sennheim par les nazis) a été le lieu d’élection d’un camp de formation SS  comme il en a été question ici, et là, à propos des étudiants norvégiens qui refusèrent d’endosser l’uniforme de ces sinistres unités. Mais aussi, en lien à ce camp, a existé là un camp annexe (kommando) de Natzweiler.

NB – Mars ; route quelque part dans l’est de la France


Dans le camp de formation (SS-Ausbildungslager Sennheim), actif de janvier 1941 à novembre 1944 (il y avait là aussi des centres de formation de moindre importance, Hitlerjugend entre autres), on amène au départ des aspirants à la SS (évidemment volontaires), d’« obédience » plutôt germanique : Néerlandais, Flamands, Norvégiens, Danois et Suisses (et peut-être originaires du Lichtenstein et du Luxembourg). On parle alors de « Germanische SS », auxquels s’adjoignent par la suite des… Suédois, des Français, Estoniens, Finlandais… et autres encore.

Le lieu a une histoire « concentrationnaire » complexe. Il s’implante autour de l’institut Saint-André, tenu par une congrégation de religieuses s’occupant d’enfants handicapés. Les sœurs et leurs pensionnaires sont évacués à la guerre et, pendant la Drôle de guerre, le gouvernement français y concentre 314 personnes, réfugiés de Mulhouse, communistes espagnols internés par Daladier…
Puis de l’été à décembre 1940, les Allemands en font un centre de regroupement d’« indésirables », qui n’ont pas vocation à demeurer dans les territoires annexés (Juifs, communistes, d’autres…) ; 105 000 (chiffre du livre de H. Mounine) vont y transiter avant d’être expulsés.

Ce livre de Henri Mounine, justement, est à la fois précieux et étrange.
Son auteur, aujourd’hui semble-t-il disparu, est présenté çà et là (qu’est-ce qu’il faut aller voir comme sites malodorants pour obtenir telles ou telles informations) comme un spécialiste des SS. Cernay 40-45 – Le SS-Ausbildungslager de Sennheim, Éditions du Polygone (Ostwald dans le Bas-Rhin), juin 1999, est un grand format de 480 pages assez richement illustré, fourmillant d’informations (toutes justes ? On va voir qu’il y a quelques… étrangetés) notamment sur le camp de formation SS bien sûr, mais aussi, et c’est pour moi le mérite de ce travail, sur les destins des principales nationalités qui s’y retrouvèrent. On y trouve aussi (on y reviendra peut-être) des renseignements sur un étrange personnage qui m’intéresse par ailleurs parce qu’il est lié à Emmanuel Peillet : Philippe Merlen. Aussi, des pages sur les officiers de réserve alsaciens ayant payé par la déportation leur REFUS d’entrer dans la SS.

Aussi, non moindre mérite de ce travail pour le moins conséquent : l’évocation du camp annexe du KL Natzweiler qui nous intéresse…



Sur ce sujet du refus d’entrer dans la SS, l’auteur (on arrive aux étrangetés évoquées plus haut) a une étrange tendance à « oublier » ce refus dans ses introductions. Ainsi page 103, en ouverture d’une sous-partie sur les étudiants norvégiens, on lit : « C’est une constante actuelle de vouloir présenter les soldats de la Waffen-SS comme tous volontaires. La réalité demeure tout autre. (…) »
PRÉCISÉMENT PAS, en tout cas, pour les étudiants norvégiens !

Ou encore, page 342, à propos des officiers de réserve alsaciens qui, l’auteur le note lui-même, refusèrent de contracter un engagement à la SS (à l’exception de quatre, sur quarante-six – chiffres de l’auteur –) et dont vingt-deux mourront à Neuengamme : « Contrairement à ce que nombre d’auteurs écrivent et veulent faire croire, il n’y eut pas que des volontaires dans les rangs de la Waffen-SS. Après les Norvégiens dont nous avons parlé précédemment, voici le tour de Français, d’Alsaciens très exactement. » Très exactement, je me répète, les Norvégiens et Français alsaciens évoqués ne sont pas entrés, en très grande majorité, dans la SS.

Un article du quotidien local L’Alsace, disponible sur internet, de Pascal Coquis, d’avril et décembre 2022, évoque aussi le complexe de Cernay/Sennheim. Il est en très grande majorité consacré au camp de formation SS. Une petite page sur le camp annexe, que je cite :

« A la mi-avril 1944, à peine deux mois avant le débarquement en Normandie donc, les autorités nazies décident même d’augmenter les capacités d’accueil du SS-Ausbildungslager de Cernay. Et pour construire les logements dans lesquels logeront les nouveaux stagiaires attendus, ils transfèrent des détenus du camp de concentration du Struthof à Cernay.
“Ce sont principalement des déportés russes et polonais qui ont été amenés là, précise Romain Blandre (…) Ils étaient environ 300 d’après ce que l’on a pu recouper, explique-t-il.
Aujourd’hui, bientôt 80 ans plus tard, il faut accepter de se faire griffer par les ronces pour découvrir les vestiges de cette installation qui gisent près de l’actuelle gravière, à 500 m à vol d’oiseau environ de l’institut.
(...) En sous-sol, un évier de pierre subsiste ainsi que les murs qui délimitaient le lavoir, la cuisine.
(...) Sandrine Garcia, responsable des collections au Centre européen du résistant déporté, explique que le camp de concentration de Sennheim fonctionnait selon le même principe que le camp annexe d’Obernai. A Cernay comme à Obernai, les détenus étaient au service des SS, ils s’occupaient de l’intendance, de l’entretien, du jardinage. En l’occurrence, ils étaient là pour effectuer des travaux de construction.
Une cinquantaine de baraques en bois, et a priori la piscine, seront construites par ces prisonniers entre avril 1944 et novembre de la même année avant qu’ils ne soient déportés à Dachau. »

D'après une brochure sur une exposition de lycées allemands et français datant d’il y a quelques années (ladite brochure n’est pas datée), Camp de concentration Natzweiler et ses annexes sur les deux rives du Rhin, un décès a été enregistré au camp annexe de Sennheim, sachant que d’autres blessés ou morts avaient été évacués vers le camp souche.

NB – Avril, Anjou


Difficile d’illustrer un tel billet. Les photos sépia d’imbéciles en uniforme idoine finissent par devenir insupportables.
Vive le printemps…


Nils Blanchard


Ajout d'étiquettes du dernier billet : Elon Musk, LFI, Selma Lagerlöf, France Culture. 

mercredi 11 septembre 2024

Ricochets et hasards – Westerbork ; 3

Le camp de Westerbork (dans la Drenthe ; voir précédemment ici, ) est difficile à définir : pas vraiment camp de concentration au sens où nous l’entendons (la plupart des déportés n’y subissaient pas de sévices), il est néanmoins une chaîne dans le processus d’extermination. S’il y a eu des survivants, dans le cadre d’accords avec les « dirigeants » juifs du camp, ils furent proportionnellement peu nombreux.

Vincent van Gogh, fermes dans la Drenthe; musée de la Drenthe - capture d'écran

Aussi, on trouve d’étranges similitudes avec des camps de concentration. Ainsi, la multiplication des baraques en bois, qui passent de 24 à 107, avec l’accélération de la « rotation » vers les camps d’extermination.
Aussi : barbelés, miradors… Voie de chemin de fer qui atteint le camp lui-même à partir de juillet 1942.
Il y a un quartier disciplinaire, où sont parqués, dans des conditions différentes de celles des autres détenus, ceux qui ont tenté d’échapper à la déportation, qui se sont cachés comme la famille d’Anne Frank.
Puis le travail devient courant : il y a une ferme à l’extérieur du camp, sur les terres de laquelle travaillent certains détenus (cf. ici le kommando d’Obernai…), des ateliers de couture pour les prisonnières. À partir de septembre 1943, au vu de l’évolution de la guerre, des difficultés économiques et bombardements sur l’Allemagne, on installe des ateliers de tris de métaux, démontage d’avions. On rejoint là avec quelques mois de retard l’évolution de la carrière du camp central de Natzweiler, dont les fouilles archéologiques actuelles revisitent l’histoire.

Westerbork avait un fonctionnement particulier aussi dans l’organisation de la vie quotidienne, avec d’abord une « élite » composée des plus anciens déportés, allemands et autrichiens. Puis des services, autonomes, encadraient l’existence des prisonniers : monnaie, enseignement pour les enfants, cultes juif et chrétien, même activités sportives… Il y avait aussi un « orphelinat » accueillant les enfants laissés sans parents.

Drenthe - reproduction de dessin de V. van Gogh. Capture d'écran


Jusqu’à quel point peut-on considérer qu’il y avait une liberté d’expression ? Une chose est étrange à propos des Lettres de Westerbork, d’Etty Hillesum, c’est qu’elle ait pu précisément les envoyer.
Sauf à la fin de sa période à Westerbork (elle y séjourne, outre deux brefs séjours avant l’été 1942, du 30 juillet 1942 au 14 août 1942, du 21 août à début septembre 1942, du 20 novembre au 5 décembre 1942 ; elle y retourne enfin, après une hospitalisation à Amsterdam, du 5 juin 1943 au 7 septembre de la même année, date de sa déportation vers Auschwitz), où elle évoque des difficultés à recevoir et envoyer le courrier, il semble qu’elle ait pu diffuser assez librement ses lettres qui constituent un témoignage non seulement sur une barbarie et une absurdité insondables (les conditions d’existence dans ce camp de transit et d’internement, à un moment où elles se dégradent fortement), mais aussi sur la « solution finale », qui transparaît, parfois assez directement.
Ainsi écrit-elle en décembre 1942 (traduction de Philippe Noble) :

« Ces châlits, on y vit, on y meurt, on y mange, on y est cloué par la maladie, on y passe des nuits sans sommeil à écouter les enfants qui pleurent, à ressasser la même question : pourquoi ne reçoit-on à peu près aucune nouvelle des milliers et des milliers de gens qui sont partis d’ici ? »

En juillet 1943, à propos de gens qu’elle tente d’aider dans le camp :

« J'aimerais m’occuper de leurs bagages avec tout le soin possible, mais en même temps je sais qu’ils leur seront enlevés à l’arrivée (nous en avons ici des indices de plus en plus sûrs). Alors, à quoi bon tout ce tintouin ? 
(...) Pour nous, je crois, il ne s’agit déjà plus de vivre, mais plutôt de l’attitude à adopter face à notre anéantissement. » 

Les autorités nazies d’occupation aux Pays-Bas ne semblent pas avoir pleinement envisagé que la simple description du quotidien de ce camp, des successions de convois, les faisait apparaître… pour ce qu’elles étaient – des barbares absolus – quand bien même l’auteure n’utilise pas l’insulte, montre peu de ressentiment ou de mépris.




Westerbork est libéré le 12 avril 1945 ; il regroupe alors encore 850 détenus. Rappelle aussi le KL Natzweiler la mutation après la guerre du camp : dans une première phase d’après-guerre, le camp devient un centre d’internement pour collaborateurs.
La phase suivante de l’existence du lieu est liée à l’histoire coloniale des Pays-Bas : à partir de l’automne 1949, le camp sert de lieu de quarantaine pour des militaires de retour d’Indonésie, puis de lieu de résidence temporaire pour des civils rentrant des mêmes contrées (à partir de l’été 1950). Enfin, de 1951 à 1971, y ont séjourné des ressortissants des îles Moluques, les Amboinais.


Réfugués amboinais aux Pays-Bas, 1951 - capture d'écran


(Une partie des renseignements ci-dessus est tirée de l’article d’Ido de Haan, téléchargeable au CAIRN.)


Nils Blanchard

mardi 6 juin 2023

Obernai, III – archéologie, population…

 Il fut question ici le 12 mai dernier d’une conférence sur l’archéologie des camps, notamment sur celui de l’ancien KL Natzweiler. Sans doute serait-il intéressant de mener une étude archéologique à Obernai, autour du camp, du château de Hell, d’autres sites peut-être.

NB - mars 2023

La visite que j’y ait faite a été plus une incursion qu’autre chose.
Incursion, même, dans ce qui me sembla être comme à la frontière de temps – de mondes ?

Ce château, qu’on devine délaissé quand on y regarde mieux, avec ses ponts qui ne mènent plus nulle part ; ses passages abandonnés.

NB - mars 2023

Que sont devenues les auxiliaires SS formées là ? Ont-elles surveillé des camps où étaient détenues des femmes, des filles ? Ravensbrück, d’autres…

J'évoquai le rapport avec la population locale. Le château est à peu près en pleine ville. Les déportés ont travaillé à divers chantiers (hormis l’aménagement du château) en ville, à des travaux agricoles. Ils ont croisé des habitants. Quelles relations, réactions ? (C’est une question qui apparaît aussi dans mon livre à propos du KZ Bisingen ; une question ouverte encore pour les chercheurs à venir… Là, c’est particulier, car c’est en France – partie de France annexée on le sait à l’époque par le Reich.)

On a mis à l’article précédent la photo de cette brouette de chantier gardée par une habitante locale.
Il y a aussi ce bateau. Voici ce qu’on lit sur le site Chemins de la mémoire.

 « Les travaux extérieurs auxquels sont contraints les déportés les conduisent à avoir quelques relations avec la population locale qui, parfois, peut leur venir en aide. A l'évacuation du camp en novembre 1944, un détenu, dont le nom ne nous est pas parvenu, a ainsi offert à un habitant d'Obernai ce voilier pour le remercier de la nourriture fournie clandestinement.
Cet objet permet donc de mettre en lumière les gestes de solidarité qui pouvaient se manifester dans de telles circonstances, malgré les risques et les difficultés. Il témoigne aussi du maintien d'une activité créatrice clandestine à l’intérieur des camps de concentration, et donc de cette humanité que les nazis s'évertuaient tant à réduire. »

Source: cheminsdelamemoire.gouv.fr

C'est ce qui a poussé Roger Dale à peindre dans le camp du Struthof, où il imaginait que des artistes avaient pu être détenus.

Pour en revenir à l’archéologie, certains abords des château et camp sont en travaux, ou plus exactement en passe d’y être. Si j’ai bien compris, les bâtiments du camp proprement dit (ancienne écurie), ont servi de remise municipale. Il est question d’y faire quelque chose autour de la protection des hirondelles.

NB - mars 2023


NB - mars 2023


NB - mars 2023


NB - mars 2023

NB - mars 2023


Tour des anciennes écuries ; site du camp.

Il y a encore non loin un centre équestre. (Sur la photo ci-dessous, on voit le bâtiment du camp au fond à gauche, le château au fond tout droit.)

NB - mars 2023

Bon. Mais à Obernai, on tombe aussi sur une statue à la gloire de l’évêque Freppel, dont on retrouve aussi une statue (et une place) à Angers vu qu’il y a été évêque.
Petits hasards d’autres temps.

NB - Obernai

NB - Obernai


NB - Angers


Nils Blanchard


lundi 8 mai 2023

Obernai, II

 L'histoire de ce camp annexe du KL Natzweiler est liée au château de Hell (dont on parla au billet du 3 avril). 

NB - mars 2023
Il en reste, d'après ce que l'on peut comprendre, ce bâtiment, sur le portail duquel est apposée la plaque du Souvenir français en hommage aux déportés. 

On peut consulter un article du 9 janvier dernier, sur le site de la Fondation pour la mémoire de la déportation, à l'occasion d'une commémoration pour les 80 ans de l'ouverture du camp. Voir, aussi et entre autres, le site du Ministère des Armées Chemins de mémoire

H. Himmler, chef de la SS comme on sait, décide dès février 1942 de l'installation d'une école SS en Alsace annexée. Il s'agit d'une école de transmission (SS-Nachrichtenschule), à destination d'auxiliaires féminines SS. Le choix du site se porte sur le château de Hell avec son parc. Aussi: le château non loin de El Biar, et un poste de commandement installé au Vieux Moulin (route de Boersch); enfin : un centre d'accueil dans le château de l'Ehn (domaine de la Léonardsau). Je ne me suis rendu pour l'instant que sur le  site de Hell. 

(À noter l'étrange retour de cette notion d'enfer, ici à travers l'anglais -- même si l'étymologie n'a peut-être rien à voir --; est évoqué en mon livre, pages 140-141 un certain Hölle -- détour par l'allemand, cette fois --, qui était chargé à Bisingen de venir chercher les cadavres des déportés avec sa charrette.)

NB - mars 2023
C'est pour aménager, rénover ces différents sites que sont utilisés dès septembre 1942 des déportés du KL Natzweiler (Struthof). Du camp central à Obernai, il y a une trentaine de kilomètres ; les déportés utilisés font au départ le trajet tous les jours du camp central. Puis ce procédé est jugé trop long, d'où l'ouverture le 15 décembre 1942 de l'Aussenkommando Oberehnheim, le camp annexe d'Obernai, entouré de barbelés électrifiés et miradors, dans les bâtiments des écuries du château. Un contingent de 200 détenus y est installé.  

NB - mars 2023
   
 
NB - mars 2023


 En plus des travaux évoqués plus haut, les déportés sont aussi chargés de travaux agricoles. 
Conditions de vie et de travail particulièrement (même si cet adverbe est toujours difficile à employer en ce cadre) rudes, avec nombreux transports vers le Revier de l'infirmerie du camp principal. Le nombre de décès s'élève à plus de cent déportés.
Le camp annexe est évacué progressivement à partir d'août-septembre 1944, fermé définitivement le 22 novembre. 
Récemment, le site internet du Struthof a publié la photo de cette brouette, ayant servi aux déportés du camp, qu'une habitante d'Obernai avait conservée jusqu'en 2010. 

Site internet du musée de l'ancien camp du Struthof

On reviendra sur les relations entre populations et déportés ; on sait leur aspect singulier notamment autour de certains camps annexes, qui pouvaient jouxter des milieux urbains.
Le 22 novembre 1944, le camp central du KL Natzweiler a déjà été évacué, mais le complexe des camps annexes qui lui étaient rattachés demeure (du moins, et de moins en moins, sur le papier), notamment avec des camps du côté allemand du Rhin. Elmar Krusman est alors à Bisingen depuis déjà près de deux mois ; il y mourra près de quatre mois plus tard.


Nils Blanchard

lundi 3 avril 2023

Obernai, I

J'étais en cette bien belle ville, fin mars, pour une autre raison : voir le soir une petite fille, notamment, jouer de la clarinette à un concert d’écoles de musique.

NB - mars 2023

Mais je suis venu dès l’après-midi pour voir cet étrange château de Hell, et les restes du petit camp annexe du KL Natzweiler qui le jouxta entre décembre 1942 et août 1944.

Début de printemps ; contre-jour… On a l’impression que les fleurs de l’arbre, comme du présent, peinent à dissimuler la bâtisse comme restée dans le passé.
Certain froid, aussi, dès que le soleil s’éloigne. Est-ce un hasard – là, oui, peut-être... – s’il fait souvent si froid en ces sites de camps annexes ? (voir Voir ici et aussi là notamment...)

Muni d’un plan sommaire, je savais que ce que je cherchais était non loin de la rue de l’Altau. Grâces du GPS.

Trouvé tout de suite le château Hell, grande bâtisse entourée de barrières de chantier. Juste devant, on pourrait ne pas voir du premier coup d’œil que le bâtiment est en partie abandonné.

NB - mars 2023

NB - mars 2023

NB - mars 2023

Mais c’est l’ancien camp que je cherche. Où est-il ? Trace ? Panneau ? Pas très loin de là, on ne peut rater les indications pour un promontoire mémoriel dédié à l’ADEIF, au-dessus des vignes et de la ville.
Juste devant le château, une pancarte raconte son histoire. La guerre y est absente.

(Au passage, la future Marie Féodorovna dont il est fait mention sur cette plaque se marie en 1776 au futur Paul Ier, sous le règne de Catherine II, cinq ans avant la création de Gammalsvenskby…)

Je me retourne. Une plaque noire (du Souvenir français) attire mon regard à quelques mètres.

NB - mars 2023


NB - mars 2023

J'y reviendrai, bien sûr.


Nils Blanchard


vendredi 18 novembre 2022

1943/1942

À Haguenau, le 17 novembre, conférence remarquable de Robert Steegmann, spécialiste de l’étude du KL Natzweiler.

NB - Le Struthof

Si j’ai parlé de (19)42, ici, entre autres, je n’attache pas une grande importance à ces dates rondes – même si je vais encore évoquer 1922 çà et là, par amusement…

Le sujet abordé par R. Steegmann, comme il l’a mentionné dès le départ, n’était pas du domaine de l’amusement : 1943 à Natzweiler : une année particulière et décisive.
Alors, bien sûr, 80 ans se seront bientôt écoulés depuis lors ; ce qui est à la fois beaucoup et peu encore.

Grand mérite de cet exposé : un discours de clarification, au regard de « mal dits » – l’intervenant est revenu plusieurs fois sur cette notion –, autour de l’histoire du camp de concentration communément appelé « Le Struthof ». Le conférencier a rappelé notamment la différence essentielle entre les camps du KL Natzweiler (camp de concentration dépendant de la nébuleuse administrative idoine…) et celui de Schirmeck, camp de redressement, qui lui dépendait du Gauleiter Wagner.

Je ne vais pas faire ici une recension complète de la conférence (j’envoie mes notes en PDF à qui le demande), qui reprend bien sûr, aussi, en grande partie, les travaux publiés de l’historien. Mais précisément aussi, autre rappel de cet exposé : l’avancée, incessante, des travaux sur le sujet des camps de concentration et du KL Natzweiler en l’occurrence, qui lèvent le voile, encore une fois, sur certains mal dits, donc, sur des non dits aussi, voire encore bien sûr d’anciennes ignorances.

Or un certain flou entretenu peut favoriser les révisionnistes.




NB - KZ Bisingen

Je m’attarderai ici sur ce qui a été dit sur les camps annexes, au cœur de ma propre étude : pour le KL Natzweiler, le premier camp annexe ouvre le 15/12/1942 à Obernai (château de Hell).
En 1943, 6 autres : Peltre (près de Metz), Heppenheim (Allemagne), Ellwangen (Allemagne), Metz – Fort de Queuleu, Iffezheim (Allemagne) Schömberg (Allemagne, le 18/12).
Puis en 1944, plus de 50 camps encore. Sur 52 000 détenus, sur toute la période, étant passés par le complexe de Natzweiler, 35 000 ne sont jamais passés par le camp central. Dont, Elmar Krusman.

L'intervenant rappelle aussi la « noria » des voyages incessants des déportés d’un camp à l’autre…
Alors, globalement (ouf…) m’est confirmé le fait que mon livre ne contient pas trop, trop d’erreurs… que j’avais suivi des pistes dignes d’intérêt (que je suis toujours du reste…)
Aussi, Robert Steegmann a insisté sur les avancées de la recherche, qui mettent à bas la thèse communément véhiculée du « On ne savait pas ». Donne différents exemples, les livraisons au camp, une entreprise de Schirmeck qui a participé à la construction de certains bâtiments…
Pour ne pas parler des camps annexes, on y revient, au cœur de zones habitées...

Mais nous sommes encore en 2022, 80 ans après 1942, année sur laquelle revient le Mémorial de la Shoah notamment.


Puis, au passage, novembre 1942 (le 15) 80 ans de la mort d’Annemarie Schwarzenbach, dont… on reparlera.

A. Schwarzenbach



Nils Blanchard


Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...