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mardi 7 octobre 2025

Les saisons d’un blog… / Ticket 171

Les saisons d’un blog tournent plus vite que celles des maraîchers souriants de la réalité. (Sans compter qu’un média numérique reste, quoi qu’on fasse, numérique. On me dira que les livres aussi ont leur irréalité ? Peut-être…) 
Par ailleurs, je n’aime pas courir après l’actualité, mais…

NB - Automne, l’année dernière

 Ces pensées un peu à tort et à travers, parce qu’après l’annonce récemment de la mort d’un blogueur (qui était en lien indirect de ce blog – j’en reparlerai), je viens d’apprendre celle de Gabrielle Björnstrand, dont le blog Gabis Annex est en lien direct, lui, de ces pages.
C'est l’autre Gabrielle (en lien direct aussi, et à propos de laquelle je voulais justement dire quelques petites choses, depuis quelque temps – mais les articles s’encombrent en ce moment au point de « publication » ; « publications » que j’ai pris le parti de restreindre à environ six, sept par mois…) qui a annoncé sa disparition sur son blog

Il y avait comme une teinte d’éternel dans le blog Gabis annex, quand y étaient évoqués les paysages du nord de la Suède, les gens vivant là-haut, les particularités et problèmes pratiques liés au climat (froid, neige, isolement… lumières…)

NB - Automne, l’année dernière

Jean-Jacques Birgé, lui aussi en lien indirect, etc., écrivait dans son blog le 23 septembre 2024 – une année sur un blog passe à peu près comme quelques secondes, quand il en reste une trace copiée-collée quelque part… – ; « Avec le temps je me suis aperçu que la mémoire se fige et que nous finissons par toujours raconter les mêmes histoires, et surtout de la même façon. Il en est une que je me suis vu réitérer récemment. »

Précisément, l’intérêt d’un blog peut être de sortir de ses « bulles mémorielles » (qui doivent être plus ou moins imperméables d’une personne à l’autre) pour prendre du recul vis-à-vis de ses idées et expériences, faire des liens avec d’autres pensées. En bref : faire œuvre d’intellectuel. (Encore faut-il ne pas déverser ses âneries vomitives, non mâchées, comme je ne sais quelle bile, en réagissant sans recul à tout ce qui passe à portée.)

On vit dans un monde où l’on dispose de tellement d’informations, intéressantes souvent quand même pour peu qu’on aille les chercher ; où, peut-être – allez… sans doute – aussi, des évolutions ont cours comme jamais – crise écologique, intelligence artificielle, crise des démocraties… – qu’il est difficile de garder, précisément, ce recul.
Que faire œuvre de blogueur intellectuel relève d’un certain équilibrisme…

NB - Automne, l’année dernière

Un danger qui guette le blogueur, tel en tout cas que je semble me voir dans la glace, c’est de s’enfermer dans un « intérieur numérique ».
Aussi, qu’on le veuille ou non, ce blog – à plus ou moins courte échéance – est mortel (non, je ne paraphrase pas Valéry) et c’est très bien ainsi, salvateur. Il est une parenthèse.

« Intérieur numérique », cependant… Oui, mais liens, numériques, aussi. Ainsi ai-je l’impression que Gabrielle Roland Waldén de « Gabrielles blogg », que je n’ai jamais rencontrée ni même contactée (ça viendra peut-être un jour), qui pousse des coups de gueule contre les criminels contre l’humanité que sont Netanyahou et son gouvernement (Gabrielle Björnstrand le faisait aussi), ou contre l’alliance Tidö, mâtinée d’extrême droite, au pouvoir en Suède, contre l’agression russe en Ukraine… et qui s’intéresse par ailleurs à un navigateur du dix-huitième siècle (et à Stockholm!), est comme une vieille connaissance.

Et voilà que précisément, elle parle le 1er octobre (2025) de salle d’attente :

« Går till Provtagningen på det stora sjukhuset. Trycker fram en kölapp i apparaten. Jag sätter mig så att jag kan se när könumren ändras ovanför de 5-6 rum där proverna tas. 171 står det på lappen. Ser mig omkring. Här sitter 10-12 personer i olika åldrar och väntar. Flera står också lutade mot väggen vid ingången till det stora väntrummet. »

« Je suis allée faire des analyses au grand hôpital. Pris un ticket de queue. Je m'assois de telle manière que je puisse voir les numéros défiler au-dessus des cinq-six salles où l’on fait les tests. Mon ticket indique 171. Je regarde autour de moi. Il y a là dix-douze personnes de différents âges qui attendent assises. D’autres sont aussi debout contre le mur près de l’entrée principale. »

Puis de décrire différentes scènes autour d’elle. Les gens parlent peu. La blogueuse se demandera finalement si ce ne serait pas le moment, pourtant, de parler, de réchauffement climatique..., de quoi d’autre encore ?

« Väntrum på sjukhus är ofta så här. Det är tyst tyst tyst.
Alla de som väntar på sin tur har ju något hälsoproblem som ska åtgärdas och nu måste blodprov tas. Hur tankarna går hos dem som väntar går inte att veta. »

« Une salle d’attente d’hôpital est souvent ainsi. C’est silencieux silencieux, silencieux.
Tous ceux qui sont là ont un problème de santé à résoudre, et maintenant il faut faire un test sanguin. À quoi pensent les autres, on ne peut pas savoir. »




Ajout. Sur le temps qui passe… Plus de deux ans depuis l’ignoble 7 octobre. S’en sont ensuivi (le Hamas l’avait en partie prévu sans doute) la riposte-vengeance tous azimut du gouvernement mâtiné d’extrême droite d’Israël, les intenables atteintes aux civils de Gaza.
Dans le Göteborgs Posten, le 16 septembre dernier, Henri Ascher (pédiatre, professeur à l’Université de Göteborg) écrit (dans le cadre d’une polémique sur l’antisémitisme en Suède, ses liens avec les événements en Israël…) :

« Om man verkligen på allvar vill bekämpa antisemitismen krävs det åtminstone tre saker: Det första är, som Göran Rosenberg nyligen pekat på, att journalistiken är sanningsenlig. Det andra, att man erkänner att judar i Sverige inte är en stereotyp, enhetlig massa utan människor med olika uppfattningar och upplevelser: en del av ökad antisemitism, andra av rädsla för det och många som inte alls har sådana erfarenheter. Det tredje är att man slutar med den farliga urvattning av antisemitismbegreppet som det innebär när man använder det i politiska syften för att tysta kritik mot det som FN betecknar som brott mot mänskligheten och som även förintelseforskare, judar över hela världen liksom israeliska författare och mänskliga rättighetsorganisationer betecknar som folkmord. »

« Si l’on veut sérieusement lutter contre l’antisémitisme, il faut trois choses : La première est, comme Göran Rosenberg l’a récemment montré, que le journalisme soit fiable. La deuxième est que l’on reconnaisse que les juifs en Suède ne constituent pas un stéréotype, une masse uniforme de gens sans opinions ou expériences – expériences pour une part d’une montée de l’antisémitisme, pour une autre de son appréhension, et une autre grande part qui n’a pas du tout ces expériences-là. La troisième : mettre fin à la dangereuse banalisation du concept d’antisémitisme, utilisé à des fins politiques pour faire taire les critiques contre ce que l’ONU qualifie de crimes contre l’humanité, ainsi que des chercheurs spécialistes de la Shoah, des juifs à travers le monde entier, des écrivains israéliens ou des organisations de défense des droits de l’homme, qui parlent de génocide. »

Ça me semble sensé…


NB

jeudi 11 septembre 2025

Du côté de la Baltique

Un blog en lien indirect de celui-ci (via Alluvions), celui de Jean-Jacques Birgé, d’évoquer, sur plusieurs articles en ce mois de septembre, un voyage fait par le blogueur dans les Pays baltes.
Ce voyage se termine par la Finlande, via l’Estonie. 

NB - Hapsal (Estonie), 2018

J.-J. Birgé passe par Haapsalu (Hapsal, en suédois) « capitale » des Suédois d’Estonie. Visiblement, ce n’est pas un très grand souvenir pour lui (« pas beaucoup d'intérêt en dehors de son château médiéval. Aucune plage à la ronde malgré la côte, et les locations sont étonnamment plus chères qu'ailleurs. ») Il a dû passer sans doute sans le remarquer devant l’emblème de ce blog (sur la place du marché suédois – s’il est toujours là…)

Le château, il était en reconstruction quand j’y suis passé (en 2018…) J’avais eu l’impression d’y croiser de vagues fantômes.

NB - Hapsal (Estonie), 2018

Mais il est vrai que la pleine mer était difficile à trouver ; il aurait fallu, oui, aller à Saaremaa (Ösel en suédois, mais il n’y avait pas là particulièrement d’Esto-suédois…)
Moi, je n’avais pas vraiment le temps. (Pas trop d’argent, aussi, à cette époque où j’écrivais Elmar Krusman… J’avais besoin de temps, devais être plus ou moins en temps partiel…)

Bon, mais J.-J. Birgé assène : « Les autochtones sont accueillants, particulièrement en Lituanie et en Lettonie. Je comprends pourtant pourquoi les voyageurs vont plus souvent du nord au sud, on est toujours le méridional de quelqu'un ! L'Estonie est globalement plus sèche, plus scandinave. »
Prenons le temps, là, de corriger un point : les Estoniens – il n’est pas question plus précisément des Esto-Suédois – ne sont pas scandinaves mais, à l’instar des Finnois, finno-ougriens. C’est dit.

Et pour ce qui est de la calembredaine géo-sociale, je reconnaîtrai par honnêteté avoir rencontré une certaine « froideur » en Estonie, mais ça ne saurait me guérir de ma détestation des généralités (surtout françaises). C’est dit aussi.


Dans cette région (Ösel…), les chevaliers porte-glaive avaient poussé leurs pions (et il y avait beaucoup de Germano-Baltes à Saaremaa, minorité dont il est un peu question dans mes livre et article). On n’est pas très loin de la Prusse-Orientale d’un Ernst Wiechert, dans Missa sine Nomine. On y lit du reste – Suédois d’ailleurs… – sur la famille des principaux protagonistes (les Liljecronas – le nom en suédois signifie mot à mot « Petite couronne ») – Le livre de poche, traduction de Jacques Martin, pages 23-24 :

« Les Liljecronas, qui avaient dans leurs veines du sang suédois, lui avaient toujours paru une race sujette à caution, une race de paysans issue du monde obscur des Vikings, probablement, et il ne lui semblait pas impossible qu’ils se fussent nourris de viande de cheval quelques siècles plus tôt et qu’ils eussent offert des sacrifices humains à leur dieu borgne. »


Or il se trouve que François Bayrou, récemment renversé comme premier ministre – ce qui a fait la joie de révolutionnaires façon Mélenchon-Le Pen Prime qui ne tolèrent pas que quelqu’un sorte tant soit peu d’un cadre, d’un code établi par le monde de l’entreprise ; langue de bois et globish obligatoires (je dis ça en ayant conscience par ailleurs des maladresses de l’ancien premier ministre – je râlais précisément il y a peu contre tel grand patron appelant sarkozyquement au « travailler plus pour gagner plus », qui n’est en fait souvent le masque que d’un mauvais travail qui abîme tout…–, contre Bayrou lui-même s’en prenant à son discours d’investiture – peut-être qu’une mouche malade de pesticides l’avait piqué – aux inspecteurs de la biodiversité…) avait Ernst Wiechert comme écrivain de chevet.
On lit dans Le Point (article de Thomas Mahler), le 3 mai 2016 :

« François Bayrou détonne : depuis des années, il n'a cessé de susciter la surprise et la gêne des journalistes en citant Les Enfants Jéromine d'Ernst Wiechert.
(...) 
Au rythme des moissons et des chorals luthériens, des noces comme des enterrements, Wiechert raconte les existences laborieuses mais dignes de ces charbonniers, forestiers et pêcheurs. Ils ne lisaient pas de journaux et ce qui se passait dans le district ou dans le monde ne venait à leur connaissance que par la bouche de l'instituteur, qui était leur Moïse dans le désert. Il s'en était bien trouvé certains, parmi eux, que le vide de leur existence avait poussés au désespoir et qui passaient leurs journées à boire, en cachette ou sans vergogne. D'autres encore qui fermaient leurs cœurs remplis de haine et d'amertume, des misanthropes qui se dressaient, durs et froids, comme d'impitoyables juges, contre leurs enfants effarés, et qu'on ne revoyait plus lorsqu'à midi la cloche de l'école avait sonné. Cependant la plupart d'entre eux étaient remplis de la sagesse des pauvres et des solitaires, renfermés sans aigreur dans leur monde. »

Il est vrai que tout ça n’est pas très à la mode…


Nils Blanchard


Rattrapage d’étiquette du dernier billet : Mademoiselle K.

vendredi 27 septembre 2024

Divers points – Haguenau, garçon au poisson, SNCF…

Prémisses d’automne, renversement des choses ; sortie de vêtements plus chaud ; équilibre précaire entre deux saisons, deux périodes aussi, bon, mais je ne vais pas raconter ma vie.

NB - Haguenau, septembre 2024

En tout cas, cela donne de jolies lumières dans la bonne ville de Haguenau, où il y a, perché sur le toit de la maison des associations – je ne m’en suis aperçu qu’il y a quelques jours – un garçon au poisson, un peu de la même famille que celui qui orne ce blog, ou encore celui de l’espace devant le « NHC » (nouvel hôpital civil, de Strasbourg) où je retournerai au plus tôt pour mes yeux, après qu’une spécialiste indélicate m’ait posé un lapin.


NB - Haguenau, septembre 2024


Il est d’Alfred Marzolff. Son pendant, sur le même toit, tient quant à lui quelque corne d’abondance.

NB - Haguenau, septembre 2024


Bon, mais je lisais un article (en lien du blog Alluvions, en lien de celui-ci…) de Jean-Jacques Birgé, le 16 septembre : « Fraude SNCF ». Il raconte l’histoire d’un TER annulé régulièrement pour incident technique, sans informations idoines aux « usagers »… Et le blogueur de conclure : « et je me demande chaque fois si ce n'est pas délibéré pour que les usagers râlent et acceptent plus facilement la privatisation des services publics. »

Eh ! Cette maastrichtlisbonnisation de nos existences.

Étrangement, c’est le surlendemain qu’est sorti le livre Voracité de Victor Castanet. Le privé et les crèches, après les Ehpad.


NB - Ardennes, 2019


Sans vouloir me faire le défenseur de la SNCF – j’ai un certain passif, avec aussi de bons souvenirs, et continue du reste de prendre le train de temps en temps ; beaucoup moins qu’à une certaine époque, beaucoup moins que si… –, le transport, le voyage, exacerbent chez certaines personnes la fragilité des nerfs. On peut l’observer facilement quand un voyageur s’en prend soudain à un contrôleur somme toute dans son droit. (Même si… que de contre-exemples !…)

Mais je me demande si Jean-Jacques Birgé n’est pas un peu optimiste : l’idée ne serait pas de faire accepter plus facilement aux gens la disparition des services publics, mais de les habituer à ce qui suivra.


NB - Haguenau, septembre 2024


Nils Blanchard

jeudi 7 mars 2024

Réminiscences, Solna – Barcelone, en parlant de Lisbonne

J'ai évoqué déjà le fait que s’accumulent notes et références, quelque part, sur le monde lusophone, en rapport avec tel ou tel auteur suédois.

NB - Stockholm

 Et à la suite de la lecture d’un texte, récemment (republié je crois, peu importe), de Thomas Nydahl à propos de Pessoa, où il était mentionné que tel café de Lisbonne ne pouvait plus décemment se visiter à cause de la masse de touristes qui y afflue en permanence, j’avais en tête ce sujet : pourquoi aller dans des lieux ultra touristiques lors qu’il y a tant de magnificences sur terre ?

Et faisant ce que j’appelle une petite « promenade chien » – vague souvenir des temps des confinements, j’y reviendrai peut-être – à travers divers blogs, ayant préalablement en tête ce thème du tourisme…, je musarde dans un nouvel article de Julia Eriksson (du 3 mars 2024). Elle raconte une virée dans un bar, après le travail :

« Tyvärr ligger den i Mall of Scandinavia, en plats med väldigt lite själ och väldigt många flimrande videoskärmar, färgglada lampor och fredagströtta barnfamiljer, men vem bryr sig om trivsamma miljöer nu. »

« Malheureusement, [ce bar se situe] sur le Mall of Scandinavia, un endroit dénué d’âme mais bourré de d’écrans clignotants, de spots colorés et de familles du vendredi fatiguées, mais qui se soucie de l’agrément des lieux de nos jours ? »

Bon. Mais ce Mall of Scandinavia… Je me demandais… Où est-ce à Stockholm ? Je me renseigne… C’est à Solna. Et il me semble bien que j’ai dormi tout près de là une des dernières fois que j’ai été dans cette ville. J’y étais arrivé le soir, beaucoup de choses étaient fermées. J’avais été frappé par l’inhumanité du lieu ; on passait d’un couloir de galeries à un autre à travers des portes lourdes qui semblaient comme vouloir vous empêcher de passer, vous retenir dans… cette étrange civilisation.
Je me souviens, même, de la mine éberluée d’une femme d’origine étrangère, à qui j’avais tenu une de ces portes.

NB - Stockholm

Puis je tombe par hasard sur le titre d’un nouvel article de Jean-Jacques Birgé, du 4 mars (2024) : « Le palais Fronteira et Lisbonne ». Allons donc : clic…
Quasiment dès les premières lignes : « L'endroit [le palais Fronteira], relativement et étonnamment peu fréquenté, est un des musts à visiter lors d'un séjour à Lisbonne. Ailleurs les queues de touristes sont plutôt dissuasives. »
Je retiens le conseil ; l’article donne envie en effet…

Je ne suis jamais allé à Lisbonne.

Ça pourrait être le premier vers d’un poème.
J'allais de temps en temps, dans une autre vie, en Espagne. Je me souviens avoir fui coudes aux côtes le site de la Sagrada Familia à Barcelone du fait de la foule compacte de touristes qui s’annonçait déjà à plusieurs rues de là.
Et n’ai jamais poussé donc jusqu’au Portugal. Pas le temps, ou l’argent, ou l’idée, je ne sais plus.

NB - Stockholm

Furieuse envie soudain de retrouver la lumière mordorée de Stockholm.
Quelque chose y est comme incrusté.


Nils Blanchard

samedi 10 décembre 2022

Kafka, Strindberg, Zorn… Canaris et lettres

  Ou de la phobie administrative...                                                                                                                             (Di)vaguant sur des blogs en liens d’Alluvions, je constate que Jean-Jacques Birgé parle lui aussi de Kafka, le 8 décembre (ici même), et même du Château.

 

J’ai évoqué moi aussi dans ce blog ce roman, à quelques occasions, notamment

dans de rares et brumeuses occurrences où je fais référence à quelque (plus ou 

moins) haut fonctionnaire à qui je n’eus pas affaire.

Et je voulais justement mettre en relief ces deux citations du Château (pages 

242 et 245 de l’édition en livre de poche ci-dessus…) Il est questions de lettres 

du redouté Klamm à K, sans doute en réponse de requête de K à Klamm… on

s’y perd. Mais au moins ce sont des lettres :


« Même si ce sont de vieilles lettres sans valeur, tirées au hasard d’un tas de

lettres également dénuées de valeur, au hasard et avec autant de cervelle qu’il 

en faut aux canaris des fêtes foraines pour choisir du bec dans un tas la

destinée du premier venu (…) »


(Au moins ces canaris, me dira-t-on, ne sont-ils pas devant les élèves.)


« Sortini [l’un des fonctionnaires] est censé s’occuper notamment de la lutte

contre les incendies, mais peut-être se contentait-il de représenter quelqu’un – 

la plupart des fonctionnaires se représentent mutuellement, ce qui rend difficile

de repérer les attributions de chacun (…) »


Ah, en ce qui me concerne, une lettre que j'ai reçue, si... « Pour le Machin et 

par délégation, La Responsable de la division truc »; elle ne signe pas. Un autre 

"signataire" est ajouté : « Pour le machin [sic, pas de majuscule, cette fois] et 

par délégation, l’adjoint à la cheffe de division truc »… Est-ce que l’un 

d’eux a seulement lu ce qu’il n’a pas écrit ?

Sont-ils, au fond, responsables de la lutte contre les incendies, notamment ?




Bon, mais dans le livre bleu, de 1922 – c’est en 1922 que Kafka, ai-je cru

comprendre, se met au Château – dont je parlais à mon dernier billet, il y  a cette

gravure d’August Strindberg par Anders Zorn.

Or j’ai trouvé un article (via le site Cairn.info) dans les Études germaniques

272, de 2013, de Björn Meidal, intitulé « Strindberg en Suède et dans le 

monde ». J’y reviendrai… Mais pour l’heure, ce passage (pages 712-713) :


« Les linguistes suédois datent la naissance de la langue suédoise écrite 

moderne du roman de Strindberg La Chambre rouge (1879). Sa prose, toutefois,

avec son style immanquablement reconnaissable pour ses compatriotes, n’a 

pas, à l’instar de son œuvre dramatique, conquis le monde. Pas encore, du

moins, serait-il prudent d’ajouter. (…) Elle a malgré tout eu des répercussions

importantes sur la littérature allemande en particulier. Franz Kafka en est

l’exemple le plus intéressant.

Les universitaires ont constaté que la technique narrative représentative de 

Kafka, où tout est vu du point de vue du héros, ou plutôt, de l’anti-héros, en

dépit du fait que l’histoire est racontée à la troisième personne, (…) a un lien 

très fort avec le roman de Strindberg Au bord de la vaste mer. »


(Et on pourra s’amuser un jour à comparer les chambres rouge de Strindberg et

bleue de Simenon…)


Bon… Mais moi, au billet du 2 décembre -- et, les 2 décembre... --, 

arrivant sur l’île de Fehmarn dans la nuit, cet automne, j’étais un peu 

entre Strindberg et Kafka, pourrait-on dire : Au bord de la vaste mer mais – 

c’est le début du Château (traduction d’Axel Nesme) :


« Il était tard dans la soirée lorsque K. arriva. Une neige épaisse recouvrait le

village. La colline du château était invisible (…) »


Bon… Il est vrai… Qu’est-il venu foutre là ?



Nils Blanchard




 

P.-S., triche. Pas pu ajouter, la dernière fois, les étiquettes de Libération et de

Frédérique Roussel. Il était question d'anges.


Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...