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lundi 26 mai 2025

La guerre sans fin / Dix, vingt ans après

On parla de Trump, homme des reculs. (Mais on espéra aussi que, des vibrations de l’éléphant dans un magasin de porcelaine – même de robuste qualité soviétique – on pût obtenir quelque issue heureuse.  La fin de la guerre, quitte à remettre à plus tard certaines questions…) Sans surprise, récemment en Turquie (le 16 mai), c’est Poutine qui a reculé semble-t-il devant la paix. 



Ça amène à ce titre d’un petit livre édité par Ariel Förlag l’année dernière, et traduit par Mikael Nydahl (qui n’est autre que le fils de Thomas, dont le blog est en lien indirect de celui-ci, via l’onglet « Nordic Voices in Translation » – un peu vers le haut, à droite ; il suffit de cliquer… C’est un petit livre d’une quarantaine de pages, constitué d’une conversation de Sergej Lebedev avec la journaliste Lana Estemirova (il y a aussi une postface de Joanna Kurosz) : Kriget som aldrig tar slut / (La guerre qui n’en finit jamais).

Dès la page 6, Lana Estemirova s’étonne que d’aucuns se soient autant étonnés de l’agression du 24 février 2022 :

« Hur kommer det sig att folk hela tiden upptäcker vilken våldspotential den ryska staten och dess institutioner besitter som om det var för första gången ? »

« Comment se fait-il que les gens découvrent, à chaque fois, le potentiel de violence contenu dans l’État et les institutions russes, comme si c’était la première fois ? »

À l'heure où, chez nous en France, d’aucuns dénoncent une « culture de l’excuse », Lana Estemirova pointe à l’inverse un manque de recul, en Russie, vis-à-vis des guerres de Tchétchénie (page 13) :

« Sedan de ryska trupperna gick in i Tjetjenien 1994 har det gått mer än en kvartssekel. Det är en lång tid, tillräckligt lång, kunde man tycka, för att den ryska kulturen skulle ha hunnit bearbeta händelserna. Och ändå har jag en känsla av att den ryska kulturen föredrar att överhuvudtaget inte se åt det hållet. Vi har inte ens en historia över de två krigen som är värd namnet. »

« Depuis que les troupes russes sont entrées en Tchétchénie en 1994, il s’est écoulé plus d’un quart de siècle. C’est long, suffisamment, aurait-on pu penser, pour que la culture russe puisse affronter ces événements. Mais pourtant j’ai le sentiment que cette culture russe préfère avant tout ne pas regarder de ce côté. Nous n’avons pas même une histoire des deux guerres dont il est question. »

Eugen Kron, capture d’écran


On n’est pas loin de Marie Mendras, qui a publié, l’année dernière aussi, aux éditions Calmann-Lévy La guerre permanente : ultime stratégie du Kremlin.
Ça fait quelques années que je m’intéresse à la question quant à moi, et j’ai retrouvé un article de cette même Marie Mendras, du Monde (15-16 octobre 2006), que j’avais archivé. Elle évoquait (interrogée par Sophie Gherardi) l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, et remarquait :

« Tout est lié, en Russie. Il n’y a pas que la Tchétchénie, qui serait une petite planète à part. Anna a pu montrer à travers ses nombreuses enquêtes dans tout le pays que la guerre et sa brutalité avaient fini par imprégner l’ensemble de la société. »

Plus loin : 

« Les Russes sont certes responsables de leur apathie, mais ils sont victimes d’une politique de l’information véritablement autoritaire. »

Plus loin encore, on n’est là qu’en 2006 :

« (Sophie Gherardi.) Mais peut-on encore exercer le métier de journaliste en Russie ?

– (Marie Mendras.) La réponse est 

complexe. (...) »


R. Wynne Nevinson, Returning to the Trenches, 1916 – Capture d’écran


En 2024, Lana Estemirova revient sur le rapport de la Russie à l’information, puis sur une certaine manière de vivre, de penser, en dictature (p. 24) :

« (...) och människor som lever under diktaturen uppfattar mycket på ett annat sätt. Man befinner sig i ett tillstånd av permanent överlevnad. Det är fruktansvärt att se denna allmena förnedring, denna totala förnedring. »

« (...) et les gens qui vivent en dictature appréhendent beaucoup de choses différemment. On se trouve en état incessant de lutte pour la survie. C’est effroyable de voir ce déni général, total. »

Près de dix ans après l’article de Marie Mendras, dans Le Monde toujours, un texte collectif (15-16 mars 2015) s’étonnait que « La droite française [soit] devenue l’agent d’influence de Poutine ». Le terme « poutinolâtrie » est utilisé… Cet article aurait presque pu être écrit le 23 février 2022, en changeant quelques noms qui sont un peu dépassés (et dont je n’encombrerai pas les étiquettes de ce blog).
Alors – 2006, 2015 –, comme aujourd’hui (bombardements incessants ; voyez, en lien de ce blog, le site « Föreningen Svenskbyborna », qui peut être lu aussi en anglais), le pouvoir russe faisait montre d’une brutalité absurde, au détriment de la protection même de ceux qu’elle prétendait protéger contre des attentats.

Kriget som aldrig tar slut, page 27 :

« Ofta ser jag att det tjentjenska kriget i Ryssland skildras som ett krig mot terroristerna. Öga för öga. Som om de tio- och hundratusentals människor som dödades i Tjetjenien var ett rättmätigt offer för de tusentals människor som dödats i terrordåd inuti Ryssland.
Våld föder våld. Krig föder vidunder. (…) »

« Je le vois souvent : on présente la guerre de Tchétchénie en Russie comme une guerre contre le terrorisme. Œil pour œil. Comme si les dizaines et centaines de milliers de tués en Tchétchénie pouvaient être un juste sacrifice pour les milliers de tués au cours d’attaques terroristes sur le sol russe.
De la violence naît la violence. Et celles de la guerre sont monstrueuses. »

On le voit aussi actuellement dans la fuite en avant d’un Benjamin Netanyahou en Palestine.


Nils Blanchard

lundi 9 décembre 2024

Notre-Dame, Trenet, Zelensky

 Je ne veux pas courir après les actualités ; j’écrivais que ce blog n’a pas vocation à les courser… Mais Notre-Dame, dans un sens, me poursuit – je ne dois pas être le seul… Nouvel article sur Dixikon (en lien de ce blog), de Robert Azar, mais réédité du 18 août 2023 : « Restaurer un monument – Après l’incendie de Notre-Dame ».

Capture d'écran


On y rappelle entre autres qu’une première flèche avait existé du temps de Jean Fouquet (quinzième siècle), qu’elle fut détruite ensuite, reconstruite par Viollet-le-Duc, et à nouveau donc...


Jean Fouquet, La main droite de Dieu protégeant les fidèles

Pour ce qui est de l’histoire plus récente, deux choses ; parmi d’autres, le 7 décembre, une chanson de Trenet a été interprétée le 7 décembre à Notre-Dame. Se souvient-on que Trenet avait chanté, dans son album posthume : « Je n’irai pas à Notre-Dame / Chanter mes petites chansons / Chanter les poètes et leur âme / Si près de Dieu dans sa maison / (…) Je n’irai pas à Notre-Dame / Je n’ai pas l’autorisation... »
Dominic Daussaint en parlait le 14 février 2006 sur le site spécialisé dans l’œuvre et la vie du Fou chantant, « Le portail des amis de Charles Trenet ».

« Trenet évoque sa nostalgie de n'avoir pas pu chanter à Notre-Dame de Paris et regrette de n'avoir pas pu offrir à Dieu quelques chansons : Je n'irai pas chanter La mer , était-ce vraiment un scandale, de la faire danser en l'air, aux voûtes d'une cathédrale ?
À l'époque, le poète avait reçu un refus catégorique des autorités ecclésiastiques, un veto alors justifié par les préférences sexuelles de l’artiste… (…)
L'Eglise n'est pas un théâtre, oui mais on chante au Paradis! Je n'irai pas à Notre-Dame, je n'ai pas l'autorisation. Ai-je bien mérité le blâme, d'offrir à Dieu quelques chansons ? »



Aussi, à Notre-Dame, ce 7 décembre : présence de Volodymyr Zelensky. Applaudi, quand même... Il doit y avoir quelque chose de bizarre à voir fêter la reconstruction d’un édifice en France, lors que son propre pays subit quotidiennement les bombes de l’envahisseur.
Donald Trump lui aurait accordé un quart d’heure, si j’ai bien compris, avant la cérémonie…

Le matin, émission « Répliques » (Alain Finkielkraut, sur France Culture). Étrangement, A. Finkielkraut ne sut permettre à ses deux invités de discuter à peu près équitablement. Il y avait le politicien Pierre Lellouche. En face de lui, Nicolas Tenzer, auteur de Notre guerre, Le crime et l’oubli, pour une pensée stratégique, L’Observatoire, 2024. Lui, indépendamment de ce qu’on en peut penser par ailleurs, refusa les attaques ad-hominem – il était facile de rappeler par exemple les liens politiques de Pierre Lellouche avec un François Fillon… –, de hausser systématiquement la voix… Résultat, on entendit beaucoup moins ce qu’il avait à dire que ce qu’avait à dire son « contradicteur ».

Bien sûr Pierre Lellouche n’avait pas complètement tort de rappeler le danger de la guerre atomique.
Mais le meilleur moyen d’éviter une telle guerre est-il de « munichiser » tous nos échanges avec Vladimir Poutine ? Malheureusement (on préférerait que cela, ces errements du pouvoir russe, n’existât pas, continuer à faire de l’argent avec leur gaz…), Nicolas Tenzer avait raison de rappeler les différentes tueries auxquelles s’est livré le régime de Vladimir Poutine.

Il se trouve que j’ai reçu (et lu) de Suède récemment un petit livre qui évoque précisément le caractère particulièrement mortifère du régime russe actuel. Il est édité par Mikael Nydahl, le fils de Thomas Nydahl qui a été déjà évoqué dans ce blog (voir index, à droite…)



On en reparlera bien sûr.


Nils Blanchard

mercredi 22 mars 2023

Moi(s) de la guerre / Tranströmer

L'adversité est un de mes thèmes de réflexion. Pour des raisons qui dépassent un peu les thématiques de ce blog. Pas tout à fait cependant.

NB - mars 2023

J'ai dû évoquer çà et là ma fatigue, cette année, de l’hiver. Et, il n’y a pas très longtemps, je tombe sur ce poème de Tomas Tranströmer, sur  l'autre blog de Gabrielle Björnstrand. Billet d’il y a plus de dix ans.

C'est une traduction du suédois de Robin Fulton (New Collected Poems, Bloodaxe Books, 2011).
C'est en anglais ; ça me dispense de traduire/hir…

« One evening in February I came near to dying here.
The car skidded sideways on the ice, out
on the wrong side of the road. The approaching cars –
their lights – closed in.

My name, my girls, my job
broke free and were left silently behind
further and further away. I was anonymous
like a boy in a playground surrounded by enemies.

The approaching traffic had huge lights.
They shone on me while I pulled at the wheel
in a transparent terror that floated like egg white.
The seconds grew – there was space in them –
they grew as big as hospital buildings.

(...) »

Adversité, surtout vis-à-vis de moi-même ; choix à faire, moi qui commence à ressembler à « Den evige tvivlaren » « L’éternel indécis », le commissaire Bublanski, dans Millenium (D. Lagerkrantz)…
Mais ça aussi : n’arrive-t-il pas trop souvent après la bataille ?

 
Bernur d’évoquer, il y a déjà quelques temps aussi, le 25 septembre dernier, un recueil de textes d’auteurs ukrainiens face à la guerre, Under Ukrainas öppna himmel. Röster ur ett krig (Sous le ciel ouvert d’Ukraine. Voix d’une guerre), textes rassemblés par Mikael Nydahl, Kholod Saghir, éditions Ariel förlag.
Et d’y citer un poème de Kateryna Kalytakos :

« Denna ensamhet är så kall, så vidsträckt, och så bottenlös
att inte ens en främling står ut.
Drivna av oro går barnen bort från skolan
och ställer sig framför havet som inför en domstol.
(...) »

« Cette solitude est si froide, gigantesque et sans fond que
même un étranger ne la supporte pas.
Inquiets, les enfants sortent de l’école et se placent devant
     la mer comme devant un tribunal.
(...) »

NB - mars 2023

Solitude. Crise, guerre…

Bon, mais des élèves (sixièmes) me demandaient quand allait commencer une « troisième guerre mondiale » dont parlaient leurs parents.
Réflexe comme irrépressible : je leur répond qu’il n’y a aucune raison pour qu’il y ait une telle « troisième guerre ».
Puis, bien sûr, réflexion de je ne sais quelle promenade… Et si la Chine décidait soudain de soutenir vraiment la Russie ? Ça me paraît peu probable, mais qu’est-ce que la « probabilité » en notre monde ?

Puis promenade ; nature commençant sa floraison.
Contradiction (la vie est contradiction) : la nature n’est-elle pas sans cesse en guerre ?

NB - mars 2023


Nils Blanchard


Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...