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vendredi 10 juillet 2026

Maisons de rêvasserie

J'ai écrit récemment que je devrais plus me focaliser sur certains sujets, moins me disperser. En même temps, l’injonction n’est point du tout mon fait…
Il se trouve que, pour diverses raisons, je fréquente plus que je devrais sans doute ces bandes goudronnées, sans fin, dévoreuses de nature et de calme, qu’on appelle routes.

NB, Mont-de-Jeux (Ardennes), maison d’André Dhôtel.
U
ne association, L’Observatoire André Dhôtel, s’en occupe…

Je « trace »… Pas le temps de faire des croquis comme je faisais avant – pour ne pas parler de peintures de modèles rieurs.
À peine quelques notes sur des carnets, quelques mots échangés au téléphone.
Pour diverses raisons, j’ai besoin d’aller de points A à B assez éloignés. Et en route – je n’écoute quasiment plus France info et leur footballinullité, un peu des chaînes happées au hasard des ondes… quelques disques… Et parfois rien. Alors je rêvasse. Je me dis qu’il me faudrait une maison à cet endroit là, un point de chute ici encore. Il y en a une, là-bas, qui m’attend, mais c’est trop loin pour l’heure ; une autre mais encore plus loin…

Or il se trouve qu’une de ces maisons de rêvasserie – petite, petite ; d’abord parce que je ne suis pas particulièrement fortuné, ensuite parce que je ne saurais trop que faire sans doute d’une plus grande ; quand même, une pièce pour mettre des livres… – pourrait se trouver dans les Ardennes. J’y ai beaucoup pensé, au Mont-de-Jeux ce printemps ; en le quittant, pas loin – j’étais pressé, il me fallait « tracer » ; arrêt de quelques minutes… – à la sortie de je ne sais quel bourg, ce cheval pie, comme celui du Pays où l’on n’arrive jamais (évidemment) semblant me demander pourquoi je ne restais pas là simplement ; il y aurait tant de choses à visiter…

NB - Ardennes

Et voilà que, presque en rentrant, je trouve chez moi une belle (forcément : Éditions Sous le Sceau du Tabellion…) édition de Saint-Pol Roux : Poèmes de la forêt.
Voici comment l’éditeur présente la chose :

« La forêt en question c’est la forêt d’Ardennes et plus précisément, l’Ardenne belge du côté du Val de Poix où Saint-Pol-Roux (1861–1940) séjourna à la toute fin du 19ème siècle, un bref séjour qui n’en fut pas moins déterminant et essentiel et où le Magnifique sut assurément se rassembler pour partir entier vers des œuvres durables, respectant ainsi à la lettre cette profession de foi extraite de Verlaine le pâtre. (…) »

Et dans la lettre des éditions, de juin 2025, sur leur site, on trouve un croquis de la maisonnette.

On en reparlera.


Plus loin encore peut-être, sur les terre de Jean-Loup Trassard, la Mayenne. C’est là que j’avais commencé ce livre de Boileau-Narcejac.
Alors je me suis demandé si Boileau-Narcejac était traduit en suédois. Pas tant que cela apparemment ; Les Diaboliques, bien sûr.
Moins que Simenon en tout cas.

Mais vaguement entre Mayenne et Ardenne, ce serait plus sur « ma » route, peut-être : la Bourgogne, Vezelay. Là : Jules Roy. Tenez, sa Lettre à Dieu (Albin Michel, page 75), en pleines diableries peut-être ?

« “Il a retrouvé sa maison et Vezelay, il est sauvé, répète Tania. Tous pensent comme elle, sauf moi. Je gagne mon lit par un escalier raide, presque une échelle de meunier. Je respire avec de plus en plus de peine. Par devoir, j’avale, comme je l’ai promis, les gélules qui doivent me sauver. J’hésite à désirer le sommeil qui va me replanter encore derrière le pilote dont les mains sautent avec le volant du manche, tandis qu’à vingt et un mille pieds, le F Fox dérape sans que personne y puisse rien. »

Passé venant hanter la vieillesse. Et relire ces lignes me fait penser à quelqu’un d’autre. Je suis justement en train d’écrire à Héloïse Combes (une lettre qui ne parviendra pas tout de suite : j’ai décidé, par politesse, de soigner un peu ma calligraphie…), à propos de projet de livre que j’intitulais au départ La Maison, que j’ai tendance à plaquer des situations, lieux, personnages, sur d’autres.
Allez, on parlera d’une sorte d’œcuménisme…

Édition suédoise des Diaboliques

Mais je serai déjà peut-être parti ailleurs quand paraîtra ce billet. « Là », tout à fait plus loin encore, en Suède ; et la maison existe bel et bien. Et les bains dans l’onde calme de cette mer, juste en bas.
À croire que ces maisons gagnent en réalité avec l’éloignement.


Nils Blanchard


Ajout d'étiquettes du précédent billet : George Sand, Germaine Beaumont, France inter, Binômes, Les sens des mots.

lundi 30 mars 2026

Dhôtel – Ulysse – Tiresias – Jean Luchaire – Germaine Beaumont – printemps

Quand on entre dans la culture grecque, écrivais-je au dernier billet, on n’en sort pas tout de suite.
Porte ouverte.
Bon, mais alors, entrons !

Bertel Thorvaldsen, Homère - Capture d’écran

Le blog Alluvions de Patrick Bléron, et ce n’est pas exceptionnel, nous régale depuis plusieurs semaines d’articles passionnants. Là, deux thèmes, comme parallèles, qui s’entremêlent : une pérégrination autour des Journaux (de guerre) d’Ernst Jünger et Jean Guéhenno ; une sorte d’Odyssée autour du personnage de Tirésias.
(Bon, de Tirésias, on reparlera sans doute, plus tard – c’est qu’on a l’impression, en ce moment, que Tirésias est partout.)

Et là dedans, quand on rentre d’une assemblée générale où l’on a réfléchi aux prochains Cahiers Dhôtel possibles, qu’on a visité une bibliothèque reconstruite dans l’entre-deux-guerres par les Américains à Reims… on se surprend avec les poches gonflées de mots et de thèmes ramassés le soir, en se reposant (vaguement) devant l’ordinateur en quelque « promenade chien » – comprenne qui voudra…
Et devant l’écran, ce blog, et ces derniers articles d’Alluvion.

Louis Hector Leroux, Homère - Capture d’écran

Par leur intermédiaire, on lit le 16 mars des mots de Yannick Haenel : « Ulysse, qui invoque les morts, qui les écoute, est l'éclaireur de la littérature, celui qui s'est sacrifié pour nous montrer le chemin des aventures étranges. »

Puis, Arthur Rimbaud, dans Une Saison en enfer : « Ma santé fut menacée. La terreur venait. Je tombais dans des sommeils de plusieurs jours, et, levé, je continuais les rêves les plus tristes. J’étais mûr pour le trépas, et par une route de dangers ma faiblesse me menait aux confins du monde et de la Cimmérie, patrie de l’ombre et des tourbillons. »

De là, retour à Yannick Haenel : « Rimbaud, poursuit-il, vient de là, comme Dante. Il vient de la Nekuia d'Ulysse, de cette brèche insensée qui déchire la cohésion du monde. »

De là… Dhôtel. Professeur par ailleurs de lettres et maîtrisant les grecs (ancien et moderne), André Dhôtel ne pouvait beaucoup ignorer Ulysse. Puis il a beaucoup écrit sur Rimbaud, avec qui on affecte de laisser dire qu’il avait une lointaine parenté.
Mais il était, quand même, surtout romancier. Dans ses romans, interviennent sans cesse pour ainsi dire des « déchirures », « interstices », « décalages », que sais-je encore, dont les articles des bulletins et cahiers de la Route inconnue (excellents bien sûr) sont farcis, au point que lesdits cahiers et bulletins devraient plutôt avoir la forme de confettis qu’autre chose.
Mais. À cette dernière assemblée générale (Reims, bibliothèque Carnegie, etc., était présent aussi André Murcie, qui a écrit cet article étrange dans le cahier n° 22 La guerre, le mal (2024). J’en ai déjà parlé : pour lui ces interstices ne sont pas des symboles, mais des séparations réelles – et quant à leur rencontre… – entre des personnages situés à des rives opposées ; vie et mort…

Jean-Baptiste Corot, Homère et les bergers - Capture d’écran

 M
ais ce n’est pas fini. Sur le blog Alluvions à nouveau, pas plus tard que le 24 mars, à propos du nouveau film de Xavier Gianoli sur Jean Luchaire, j’ai comme l’impression de clins d’œil incessants à diverses de mes recherches, dont « Suédois d’ailleurs » se fait parfois, plus ou moins maladroitement, l’écho. Vous pouvez prendre appui sur l’index, à droite…
Dans cet article, donc, on parle de tuberculose.
Puis plus loin, via Maurice Garçon (j’ai un souvenir moins enthousiaste que celui de Patrick Bléron sur ce diariste), Germaine Beaumont (grande amie de Dhôtel – pas encore évoquée dans le blog ??) Puis… Aristide Briand. Je lis diverses choses sur ce dernier, aussi, ces derniers temps… sans grande sympathie je dois dire. Juste avant la Première Guerre mondiale, Guillaume II l’avait convié à venir discuter, à l’occasion de courses nautiques. Briand déclina, ce ensuite pour pleurnicher (et jouer à l’européiste) après 1918 sur l’horreur de la guerre. Mais qui l’avait laissé se déclencher, cette guerre ?

Paul Jourdy, Homère chantant ses vers - Wikipedia

Bon, mais Germaine Beaumont. Tenez, sur le printemps (Si je devais… au Dilettante ; recueil joliment présenté par Hélène Fau), page 66 :

« Inexplicablement allégé de ses peines, le martyr de la IIIe République qu’on nomme le piéton et qui ne circule qu’entre les instruments de sa passion, le bâton de l’agent et les clous du sol parisien, le piéton, cet ilote sans ivresse, s’évade enfin du sens unique, lève la tête au mépris du danger, et perçoit soudain, entre le nuage rond et le premier thyrse des marronniers, le sens éternel des chemins qu’il ne suivra jamais. »

Sous la Ve République, les instruments de la passion du piéton seront surtout le vélo (électrique, comme celui sur lequel était perché le nouvel élu maire de Paris, au milieu de son troupeau de bobos) et la trottinette…


Nils Blanchard

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...