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dimanche 9 août 2026

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an mal an (si je puis dire), j’ai quand même une formation d’historien. Pas loin de l’archiviste…


 
J'essayais justement de ranger différents papiers. (Ce rêve d’une maison, d’un havre, où ranger livres et dossiers…) Je suis tombé sur cet ancien catalogue (ou carton, un peu entre les deux), d’exposition.

Il concerne Paul-Armand Gette. Aïe, aïe, aïe ; en nos temps de néopuritanisme désinhibé, je risque encore de choquer…
C'est pour une exposition à la galerie Claire Burrus, rue de Lappe (Paris), début 1987.

Introduction à un entretien entre Bernard Marcadé et Paul-Armand Gette : « Où il s’agit de l’Antiquité, de l’enfance, de la Grande Chartreuse, de Nathalie, de Vladimir Nabokov, de Lewis Carroll, de Claude Monet, de botanique, de Carl von Linné, de Lucas Cranach, de Marcel Duchamp, de salle de bain-lavabos & toilettes, et de Søren Kirkegaard. »
Eh ! Pas mal, non ?
Je me souviens d’une Nathalie (ce fut un prénom très répandu…) que je connus de relativement près… Complètement perdue de vue (par ma faute). Ce serait amusant qu’elle lise ces lignes…

Mais je m’égare (forcément…)

Paul-Armand Gette - Capture d’écran.
(Puisque je reviens d’Auvergne…)

 Sous la première illustration (page 5), en hommage à Claude Monnet comme de juste, on lit : « Le 2 août 1975, circulant en automobile dans la ville de Karlshamn, sur la côte est de la Suède, et apercevant une formation lacustre, je priais mon ami conducteur de bien vouloir arrêter son véhicule (…) »

Karlshamn, aussi.
Bien. Mais on a parlé de relations entre arts et sciences ; on lit à la même page : « (…) je me rendrais compte, même en dehors de mon travail – chez Duchamp ou Nabokov, par exemple –, du rapport quasi immanent que l’amour et l’érotisme entretiennent avec l’entomologie. »
On me dira, amour et érotisme ne sont pas forcément art… Disons qu’ils lui sont souvent associés. (Moins à Kungälv, il est vrai, où l’on a vu les ravages d’une sorte d’art moderne inféodé aux sous-traitants kafkaïens…) 

Paul-Armand Gette - Capture d’écran

Bon, mais peu à peu dans l’entretien, à la liste introduisant ce billet, on passe (quand même) aux nymphe(ette)s, au maniérisme, à Actéon… dont l’aventure serait pour B. Marcadé (page 10) assez proche « de celle d’Œdipe. Dans les deux cas, il est question d’effraction, de culpabilité et de châtiment. Ce que vous dites, vous, c’est qu’il est possible de regarder sans perdre la vue. Vous vous inscrivez en faux contre un certain fatalisme, voire un certain masochisme dont la psychanalyse aime à se nourrir ?...»

Eh ! On se retrouve là entre des thèmes récents d’Alluvions et de mes modestes aventures

François Joseph Bosio, La nymphe Salmacis,
Louvre ; Wikipedia

Mais j’ai échangé avec Héloïse Combes – c’est un thème qui reviendra sans doute en ces lignes – sur les relations entre le sexe et la guerre.

À Kirkegaard, on arrive après un passage par… les toilettes d’un musée. Puis P.-A. Gette d’expliquer : « La métaphore qu’il [Søren Kirkegaard] choisit d’ailleurs pour rendre compte de ce sentiment [crainte et amour – on me dira, crainte et amour ne sont pas forcément guerre et sexe…] est Nymphaea alba : oderint, dum metuant (Ils haïssent comme ils craignent), comme si seulement la crainte et la haine étaient liées, alors que la crainte et l’amour n’auraient rien à faire l’un avec l’autre (…) »


Nils Blanchard

jeudi 16 juillet 2026

(Konstiga*) sommar dagar

Peut-être ai-je évoqué quelque part l’inventaire d’une bibliothèque d’écrivain, en Auvergne, ce à quoi je reviendrai vraisemblablement.
Mais lors de ce trajet vers l’Auvergne, ma voiture a eu des problèmes. J’ai dû m’arrêter fréquemment pour la laisser reposer. Ça m’a permis de me promener, travailler, même, mais de prendre aussi beaucoup de soleil et de chaleur en ces jours de canicule (début juillet).

NB - Bourgogne, juillet 2026

Alors, forcément, au retour, petit mal classique de petite insolation.

Voiture à réparer (mais il faut trouver un garagiste), qui plus est pneu à changer (j’ai retrouvé au retour de courses un de mes pneus à plat – hasard ? Tracasserie ?)
Ah, et pour couronner le tout, mon antique (et il est vrai moribond) appareil photo numérique (il devait avoir près de vingt ans) a rendu l’âme. Comment en retrouver ? On me dit çà et là que je n’ai qu’à prendre un smartphone.
Eh, eh !

Du coup, j’ai fait une croix sur quelques jours en Suède qui m’auraient fait du bien. La mer me manque !

Et, à peu près remis de mon coup de chaud, appelons ça comme ça, peut-être pas tout à fait encore, je lis le dernier article de Krickelins (Kristin Lagerqvist) : « Sommardagar » (« Jours d’été »). 
Elle est rentrée de sa maison du Languedoc (pas très loin de la côte…)
Images de ponton vers la mer (là, du côté de Varberg, après celles de la bobine et de la maison de la blogueuse), de sandales et serviettes, avant, ou après, un bain…

« Jag hörde att det var sjutton grader i vattnet då jag doppade mig efter morgonens tabata. Det var friskt! (…) Små bitar av sommarlycka att spara som fina minnen. »

« On m’a dit que l’eau était à 17° quand je suis allée me baigner après le Tabata du matin. C’était frais ! (…) Petits morceaux de bonheur d’été à garder comme bons souvenirs. »

Bon, on verra… Je trouverai peut-être la mer quelque part. Vers le nord de la France ? Un autre passé encore…
Mais c’est que j’ai à faire… entre différents papiers ramenés de l’inventaire, différents projets à finaliser.

Frans Timén - Capture d’écran

En attendant, mini (étrange) paradis dans l’enfer.
C'est proche d’une chaîne de réparation de voitures, dans une immense zone commerciale, du côté de Schweighouse. Évidemment, on laisse sa voiture là et on se retrouve avec une heure ou deux à « tuer ». On peut aller dans la grande surface proche, climatisée, avec sa galerie marchande. C’est là, je me souviens, que, l’an dernier, l’été, sirotant un café, j’avais poursuivi une étrange conversation par SMS (je n’ai pas de smartphone…) avec Asuka Kazama
Mais cet endroit improbable (mais réel) dont je parle, lui, n’est pas climatisé. Il est difficile à trouver ; une vague pancarte ; d’ailleurs, il n’y a là à peu près jamais personne.
Il faut passer une sorte de palissade de planches.
Un ventilateur (étrange, amélioré de bouteilles d’eau…) fait un office incertain.

Le couple de tenanciers, pour peu que vous l’y lanciez un peu, vous parlera du Portugal (vous en servira une bière). Quelque part vers le sud je crois, pas loin de la mer.


*étranges


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du billet précédent : Jean-Loup Trassard, Boileau-Narcejac, Observatoire André Dhôtel.

Ajout. En ces temps d’incendies, jusqu’à la belle forêt de Fontainebleau (il est vrai que là, plusieurs vilaines gens ont allumé la chose…), la lecture d’André Dhôtel – là, Les lumières de la forêt, réédité il y a quelques mois par Fata Morgana – est un délice, mais aussi un prétexte d’énervement. C’est que j’entendais encore je ne sais quel tenant des « Républicains » actuels, vouer aux gémonies les écologistes parce qu’ils sont contre le nucléaire, pour la décroissance… Dans le discours de cette personne, le nucléaire est une sorte de formule magique efficace contre tous les maux de nos temps. Espérons qu’on n’ait jamais à demander des comptes à ces gens en cas d’accident (type Fukushima) sur le sol français… Quant à la décroissance…
Mais je m’égare. Je voulais évoquer Les Lumières de la forêt à cause d’un article d’Alluvions du 13 juillet dernier, intitulé « L’Œil du sorcier », titre d’un livre de Philippe Alfonsi et Patrick Pesnot. (Au passage, ce prix a obtenu le prix Guy-Vanhor en 1973, qu’Héloïse Combes, quant à elle, a obtenu en 2019 !)

Mais, le livre est évoqué parce qu’il parle d’absence de sorcellerie dans le Berry (ça peut sembler un peu compliqué à résumer, allez-y voir…)
C'est cela qui me ramène aux Lumières de la forêt, page 68 :

« – Comprenez-vous, dit-il [un personnage qui veut raser une forêt pour construire une usine, mais évidemment les choses se compliquent], que maintenant je redoute l’immensité de cette forêt tout comme les gens des campagnes, qui font les contes que vous savez ? »

Carl Köhler, Jours sur terre - Capture d’écran

Quant aux « Républicains » actuels et autres frontistes qui il y a encore quelques mois se contrefichaient du réchauffement climatique, des problèmes environnementaux (et semblent s’en contrefiche toujours au vu de leurs réflexions), sans vouloir le politiser en aucune manière (ce serait bien difficile ; du reste peut-être en reparlera-t-on…), Dhôtel de conclure :

« Mais il est tout à fait impossible d’imaginer que la forêt cesse d’exister un jour avec ses bêtes, ses oiseaux lumineux, sa paix profonde et ses tempêtes, sans oublier ses hôtes étranges (…) »

NB

vendredi 3 juillet 2026

Art, nature, sciences… Singe nu

Écouté un peu par hasard une partie de l’émission L’Heure philo, de Patricien Martin (le 20 mars 2026 sur France inter). Alain Badiou y devisait du concept de nature, en lien à son dernier livre.
Bon, j’ai voulu réécouter sur le site de la radio le moment qui m’intéressait, mais il faudrait pour cela créer un compte, comme chez un marchand de fripes. De plus en plus, me semble-t-il, les comptes ne font pas les bons amis.


Peu importe ; c’est vers le milieu de l’entretien, à deux reprises, Alain Badiou de remarquer que la science d’un côté et, de l’autre, son « exact contraire » (je cite de mémoire, me trompe peut-être dans les mots), l’art, avaient l’une et l’autre un rapport privilégié à la nature.

Alors, forcément, j’ai pensé à André Dhôtel, à la fois artiste et féru de sciences, en tout cas de sciences naturelles (étude des plantes, champignons…), comme l’illustrent bien les couvertures des rééditions (qui datent déjà un peu, les rééditions) des (fort belles) éditions Libretto.

Dans la même mouvance, on pourrait ajouter George Sand, Germaine Beaumont…


Mais j’ai repensé aussi à ce concept théâtral des binômes, duquel il a été question dans cet article. Là, my brother intervient régulièrement.
On lit sur la page de présentation cette explication de Thibault Rossigneux (le directeur artistique de la compagnie) :

« (.) C’est avant tout l’envie de faire se rencontrer deux individus évoluant dans des milieux très différents mais passionnés par leurs activités réciproques. L’un consacre sa vie à la recherche l’autre à l’écriture. binôme permet de découvrir de façon non didactique la Science qui devient une source féconde d’inspiration pour la Théâtre contemporain. Ces deux univers, à priori si différents, s’enrichissent mutuellement et donnent vie à une œuvre artistique originale et riche. (…) »

« Exact contraires » chez Badiou – est-ce si sûr ? – ; « milieux très différents » pour T. Rossigneux…
Dhôtel, entre ces rives, navigue comme guidé par des signes d’autre monde… Allez-y voir !


Ça me ramène à Sanja Särman (illustratrice de la couverture des premier et troisième livres de Wera von Essen), qui est donc peintre, mais auteure aussi. Elle a publié son premier livre l’année dernière (je ne l’ai pas encore lu…) et, avant cela, avait (entre autres) publié ces “Letters from Plants to Humans” in The Cosmic Bulletin, published by the Institute of the Cosmos in collaboration with The Riga International Biennal of Contemporary Art 2, RIBOCA2 (2020). Ça commence ainsi :

« We sustain the biosphere. Out of mercy, the naked monkey will say. But mercy is a human concept. Our so-called mercy is elegance, nothing but elegance. We are merciful in the sense that the whole planet basks in our beauty. You should be grateful that our rootlets unwind like this, that our boughs bow down like that, and if you are not grateful, you will kill us. All the worse—for you. We are too elegant for retaliation. We will accept death. We are the Plants, and you live at our mercy. But mercy is a human concept. We do not see it that way. We do not see at all. Seeing is already sacrilege. »

J'écrivais justement à Héloïse Combes quelque bavardage à propos de cécité, parce qu’il en est question dans de récents articles de Patrick Bléron, dans le blog Alluvions (en lien de celui-ci, etc.), fascinants (ces articles) en lien à Tirésias (entre autres, via Cesare Pavaese…) et… Ernst Jünger, l’écrivain entomologue, qui à sa manière s’y retrouvait aussi entre les contraires, science et art, voire… Occupation et francophilie ; il participa pendant la guerre aux déjeuners de Florence Gould ; c’est une autre histoire évidemment.


Nils Blanchard


Ajout : Et voilà les binômes (compagnie Les Sens des Mots), à nouveau, en Avignon ; dans quelques jours…

jeudi 28 mai 2026

Un blog qui disparaît / mai – couverture et paradoxe

Rien de plus fréquent sans doute. Mais en l’occurrence, c’est assez bizarre : je suis tombé sur celui-ci (« Maytember », qui existe depuis plus de dix ans) par des cliquettements au hasard (et à partir d’un autre blog assez nouveau pour moi : « Imagine a bird »…) Il y est question d’Ethiopie, d’autres choses. Un article récent (18 mai 2026 ; on est alors le 21…) montre que le blog fonctionne…

NB - Mai 2026, entre France et Allemagne

Las. L’article en question s’intitule : « Det sista inlägget ».

« Längtan finns efter att klä vardagen i ord och samtidigt erbjuda den artificiella intelligensens övertagande av internet ett trotsigt motstånd – men jag hamnar så sällan framför datorn på fritiden. På arbetstid gör jag inget annat än att skriva, och däremellan är livet väldigt annorlunda nu jämfört för tio eller fem år sedan.
Därför blir det här det sista inlägget på den här sidan. Senare i veckan kommer den att plockas bort (…) »

« Ce n’est pas l’envie qui manque d’habiller de mots le quotidiens et d’apporter en même temps une ferme opposirion à l’intelligence artificielle qui se répand sur internet – mais j’ai si peu de temps à consacrer à mon ordinateur pendant mon temps libre. Et quand je travaille, je ne fais rien d’autre qu’écrire ; puis aussi la vie a beaucoup changé par rapport à il y a dix ans.
C'est pourquoi ceci sera mon dernier post sur cette page. Et le blog disparaîtra plus tard dans la semaine (…) »

Capture d’écran, blog Maytember

Je ne vais pas / ne me suis pas mis, à courir après tous les articles manqués (pour moi) de ce site, qui contiennent sûrement des choses bien intéressantes… Pas le temps, pas la disponibilité…
Manque de sommeil du mois de mai. Projets et devoirs (lettres à écrire, que sais-je) qui s’accumulent…
Puis un blog qui disparaît, ce n’est pas pour attirer de nouveaux lecteurs…
Il peut y avoir quelque chose de contradictoire : avoir envie d’écrire et arrêter le blog, vouloir lutter contre l’intelligence artificielle – contre l’artificialité sans intelligence ? – et déserter internet.
Mais précisément… (On en a déjà parlé…)

Capture d’écran, blog Maytember

De son côté, Ulrika Nettelblad (en lien de ce blog, à droite de l’écran...) évoque un « mjuka maj », un 
« mai tendre ». Tendre ? Mais chargé…

« En veckas semester i maj. Ansträngningarna inför den. En generalrepetition inför sommaren (…)
Arbetets administration (…)
Redaktörskommentarer på min roman. Kvällar i soffan och på balkongen, väga ord och formuleringar. Vilka komman måste få vara kvar i meningar som rör sig i ett oupphörligt flöde? När är det dags att sätta punkt? Hur långt får en liknelse glida iväg? Vad måste stå som det står, för att det var så formuleringen måste vara, för att jag känner det i kroppen?
Omslagsförslagen (…) »

« Une semaine de vacances en mai. Plein de choses à faire. Une répétition générale avant l’été (…)
L'administratif du travail (…)
Les commentaires de l’éditeur à mon roman. Des soirs sur le canapé et sur le balcon ; choisir termes et formulations. Quelle virgule peut être laissée dans une pensée qui s’étale comme un fleuve sans pause ? Quand faut-il mettre un point ? Jusqu’où une image peut s’éloigner ? Qu’est-ce qui devra être maintenu, car c’était ainsi que ça avait été formulé, et que je le ressens ainsi ?
La proposition de couverture (…) »

Eh ! La couverture…
Moi, j’en suis encore à attendre un vague avis, sur un roman à peine fini (toujours, des annotations rajoutées). À chercher vaguement quelque éditeur à peu près d’attaque pour d’autres textes encore.
Mais on a l’impression d’un tel flux de livres – parmi lesquels des bouquins formidables, d’ailleurs… –, d’un tel flux de discours.
Et en parallèle, les budgets d’armement augmentent à peu près partout, les flux de cochonneries continuent de se déverser dans l’environnement… des « économistes » continuent de déconner à plein tube sur la croissance, lors que celle-ci n’est plus supportable…

Ulrika Nettelblad poursuit : « Saker som aldrig blir gjorda görs. Köper en gräsklippare. Målar en flagnande vägg. Rensar ogräs. Tar hand om mitt hem som om det är en plats som är min, som om det är mer än förvaring för våra kroppar.
Ljuset så mjukt när det finns löv på träden. Solnedgång över viken på väg till affären, ljum luft i ansiktet. De enkla sakerna det största begäret. En varm kardemummabulle. Kaffe i morgonsolen. Att läsa dagstidningen från början till slut. »

« Des choses qu’on ne fait jamais se font. J’achète une tondeuse à gazon. Je peins un mur abîmé. Désherbe. Prends soin de mon chez moi comme s’il était à moi, plus qu’un simple lieu pour abriter nos corps.
Cette lumière si tendre quand il y a des feuilles sur l’arbre. Le coucher de soleil sur la baie quand je vais faire des courses, l’air doux sur le visage. Les choses simples si désirées. Un gâteau chaud, à la cardamome. Le café dans la lumière du matin. Lire le journal du jour du début à la fin. »

Moi aussi, moi aussi, moi aussi… ai quelques jours de liberté…
Le mois de mai explose de chants d’oiseaux, de feuillages nouveaux.

J'ai même revu le chat noir que je croyais perdu.

Même quelques lapins çà et là, lors qu’on en voyait si peu ces dernières années…
Voyez-vous ça.


Nils Blanchard


Ajout : Aussi, à Helsinki, se tiendra le 4 juin un colloque sur Tove Jansson : « Tove Jansson, la mer et la création ». (Et un site, assez formidable, sur Tove Jansson, est en lien de ce blog, vous savez… À droite de l’écran, version ordinateur…)
Eh… À quand un petit tour à Helsinki ?



Aussi, Wera von Essen « sort » ces jours-ci son nouveau livre, un recueil de nouvelles : Mödrar och män (Mères et hommes).
J'avance toujours dans la lecture – sorte de vie parallèle ; on en reparlera peut-être – de son formidable En Emigrants dagbok…, ne sais quand je me procurerai ce dernier opus. Le titre interpelle bien sûr (encore que ce ne soit sans doute que celui d’une nouvelle). Doit-on y voir un clin d’œil à Of Mice and men de Steinbeck ? Ou à Pères et fils, de Tourgueniev ? Il y aurait bien aussi Sons and Lovers de D. H. Lawrence.

Bon, mais c’est étrange, dans un des manuscrits à « éditoriser » dont je parlais justement plus haut, j’écrivais – sorte de reprise d’autofiction d’un journal de mai 2020 :

« Par ailleurs, j’avance – comme en un rêve, peut-être – dans En debutants dagbok [de Wera von Essen]. Un six juin, page 175 :

La petite maison est habitée par des musaraignes. Hier, Christine et moi avons acheté des pièges à souris et du poison et alors les rongeurs ne se sont plus montrés de tout le jour. Mais là, j’en ai vu deux de ces petites vies traverser le sol de la cuisine et disparaître sous la cuisinière. Je n’ai pas le courage de mettre en place les pièges. (…) Julia est mécontente de ce que je perds le contact avec les gens, de ce que je ne fais pas une différence suffisamment nette entre la vie et la fiction. Julia écrit que je me mets dans une situation impossible, que c’est insupportable de vivre comme je le fais, dans l’isolement.

Des souris et des femmes... »

Et tenez, quelques pages en avant, avril 2020, pour recoller à la canicule dont parle aussi le blog Alluvions :

« Un député républicain a parlé de décaler les vacances ; elles commenceraient mi juillet et iraient jusqu’à mi septembre. Pas question, pour ces gens, de les raccourcir, il faudrait pour eux au contraire pouvoir les allonger ! Cet état d’esprit me met de plus en plus en colère. Il fut un temps où les écoliers ne reprenaient les cours que début octobre. Et les cours finissaient en juin... Allez faire travailler les élèves dans la chaleur de juillet ! (Mais j’ai déjà dû écrire ça...) Puis, surtout, cette idéologie du « travailler plus »... Ne voient-ils pas les faits : la baisse de la pollution avec le confinement (et donc le ralentissement des activités), le fait aussi que, plus on travaille, plus la croissance augmente, comme le veulent ces gens-là, plus la dette (écologique, notamment) augmente aussi ! »

Étrange comme ces députés-là sont totalement muets en ce moment !

Pour en revenir à l’actualité autour de Wera von Essen, des recensions du livre paraissent dans les différents journaux. Il y est question çà et là de dragons…



NB

lundi 30 mars 2026

Dhôtel – Ulysse – Tiresias – Jean Luchaire – Germaine Beaumont – printemps

Quand on entre dans la culture grecque, écrivais-je au dernier billet, on n’en sort pas tout de suite.
Porte ouverte.
Bon, mais alors, entrons !

Bertel Thorvaldsen, Homère - Capture d’écran

Le blog Alluvions de Patrick Bléron, et ce n’est pas exceptionnel, nous régale depuis plusieurs semaines d’articles passionnants. Là, deux thèmes, comme parallèles, qui s’entremêlent : une pérégrination autour des Journaux (de guerre) d’Ernst Jünger et Jean Guéhenno ; une sorte d’Odyssée autour du personnage de Tirésias.
(Bon, de Tirésias, on reparlera sans doute, plus tard – c’est qu’on a l’impression, en ce moment, que Tirésias est partout.)

Et là dedans, quand on rentre d’une assemblée générale où l’on a réfléchi aux prochains Cahiers Dhôtel possibles, qu’on a visité une bibliothèque reconstruite dans l’entre-deux-guerres par les Américains à Reims… on se surprend avec les poches gonflées de mots et de thèmes ramassés le soir, en se reposant (vaguement) devant l’ordinateur en quelque « promenade chien » – comprenne qui voudra…
Et devant l’écran, ce blog, et ces derniers articles d’Alluvion.

Louis Hector Leroux, Homère - Capture d’écran

Par leur intermédiaire, on lit le 16 mars des mots de Yannick Haenel : « Ulysse, qui invoque les morts, qui les écoute, est l'éclaireur de la littérature, celui qui s'est sacrifié pour nous montrer le chemin des aventures étranges. »

Puis, Arthur Rimbaud, dans Une Saison en enfer : « Ma santé fut menacée. La terreur venait. Je tombais dans des sommeils de plusieurs jours, et, levé, je continuais les rêves les plus tristes. J’étais mûr pour le trépas, et par une route de dangers ma faiblesse me menait aux confins du monde et de la Cimmérie, patrie de l’ombre et des tourbillons. »

De là, retour à Yannick Haenel : « Rimbaud, poursuit-il, vient de là, comme Dante. Il vient de la Nekuia d'Ulysse, de cette brèche insensée qui déchire la cohésion du monde. »

De là… Dhôtel. Professeur par ailleurs de lettres et maîtrisant les grecs (ancien et moderne), André Dhôtel ne pouvait beaucoup ignorer Ulysse. Puis il a beaucoup écrit sur Rimbaud, avec qui on affecte de laisser dire qu’il avait une lointaine parenté.
Mais il était, quand même, surtout romancier. Dans ses romans, interviennent sans cesse pour ainsi dire des « déchirures », « interstices », « décalages », que sais-je encore, dont les articles des bulletins et cahiers de la Route inconnue (excellents bien sûr) sont farcis, au point que lesdits cahiers et bulletins devraient plutôt avoir la forme de confettis qu’autre chose.
Mais. À cette dernière assemblée générale (Reims, bibliothèque Carnegie, etc., était présent aussi André Murcie, qui a écrit cet article étrange dans le cahier n° 22 La guerre, le mal (2024). J’en ai déjà parlé : pour lui ces interstices ne sont pas des symboles, mais des séparations réelles – et quant à leur rencontre… – entre des personnages situés à des rives opposées ; vie et mort…

Jean-Baptiste Corot, Homère et les bergers - Capture d’écran

 M
ais ce n’est pas fini. Sur le blog Alluvions à nouveau, pas plus tard que le 24 mars, à propos du nouveau film de Xavier Gianoli sur Jean Luchaire, j’ai comme l’impression de clins d’œil incessants à diverses de mes recherches, dont « Suédois d’ailleurs » se fait parfois, plus ou moins maladroitement, l’écho. Vous pouvez prendre appui sur l’index, à droite…
Dans cet article, donc, on parle de tuberculose.
Puis plus loin, via Maurice Garçon (j’ai un souvenir moins enthousiaste que celui de Patrick Bléron sur ce diariste), Germaine Beaumont (grande amie de Dhôtel – pas encore évoquée dans le blog ??) Puis… Aristide Briand. Je lis diverses choses sur ce dernier, aussi, ces derniers temps… sans grande sympathie je dois dire. Juste avant la Première Guerre mondiale, Guillaume II l’avait convié à venir discuter, à l’occasion de courses nautiques. Briand déclina, ce ensuite pour pleurnicher (et jouer à l’européiste) après 1918 sur l’horreur de la guerre. Mais qui l’avait laissé se déclencher, cette guerre ?

Paul Jourdy, Homère chantant ses vers - Wikipedia

Bon, mais Germaine Beaumont. Tenez, sur le printemps (Si je devais… au Dilettante ; recueil joliment présenté par Hélène Fau), page 66 :

« Inexplicablement allégé de ses peines, le martyr de la IIIe République qu’on nomme le piéton et qui ne circule qu’entre les instruments de sa passion, le bâton de l’agent et les clous du sol parisien, le piéton, cet ilote sans ivresse, s’évade enfin du sens unique, lève la tête au mépris du danger, et perçoit soudain, entre le nuage rond et le premier thyrse des marronniers, le sens éternel des chemins qu’il ne suivra jamais. »

Sous la Ve République, les instruments de la passion du piéton seront surtout le vélo (électrique, comme celui sur lequel était perché le nouvel élu maire de Paris, au milieu de son troupeau de bobos) et la trottinette…


Nils Blanchard

mercredi 11 mars 2026

Autres questions ; faut-il défendre le faible, etc.

J'évoquais ici une rédaction de sixième sur les inondations. Elle me ramène à une autre rédaction, une dissertation plus exactement, que j’eus en terminale – je m’en souviens car j’y eus une très bonne note, qui me surprit un peu, avec là encore d’ailleurs un très bon professeur – ; la question : faut-il (ou doit-on ?; je ne suis plus sûr) défendre le faible.

NB, Strasbourg, hiver 2026

Je me souviens avoir évoqué en mon texte les poches nazies à la fin de la Seconde Guerre mondiale à l’Ouest de la France ; fallait-il les défendre uniquement parce qu’elles étaient faibles (quelques centaines d’hommes laissées en arrière lors du repli des troupes allemandes…)

En des temps orwelliens où post-vérité se mêle aux nouvelles souvent mal données (déformées aussi par d’infinis blablas appelés « débats » par des chaînes d’information ; cf. France info en « édition spéciale » sur l’Iran des jours durant…), que penser des « faibles » placés sous le feu de forces qui puisent leur grandeur semble-t-il en grande partie de l’information (au sens militaire du terme), elle-même basée pour beaucoup sur des technologies avancées.

Rappelons-le d’abord : ces « faibles » – les dirigeants iraniens – se sont montrés inflexibles dans leur répression des manifestants de janvier 2026 notamment, mais d’avant aussi. Milliers de morts, exécutions, agressions de femmes sur leur tenue vestimentaire par leur milice des mœurs ; on a là quelque chose d’on ne peut plus détestable évidemment.

Est-ce pour autant qu’il faudrait soutenir sans ciller les agissements des États-Unis et d’Israël – une de leurs premières bombes, aux premiers jours de leur attaque, a touché une école de jeunes filles… –, hors de tout cadre international et, aurais-je tendance à dire, de tout tabou (déclaration de guerre, observations extérieures… On a bien annoncé l’envoi par la Chine d’émissaire pour entamer des négociations… qu'en adviendra-t-il?)

De tabous justement – le terme est assez complexe à appréhender me semble-t-il – il a été question lors d’une (visio)conférence récente, et intéressante, de Rudy Reichstadt, sur les théories du complot. Une société, un monde sans tabous, devient un espace où l’on peut faire et dire n’importe quoi, à partir du moment où l’on en a les moyens.

NB, Strasbourg, hiver 2026

Les tabous, la civilisation, un certain partage de valeurs communes… (Attention, valeurs à ne pas confondre avec des idiotismes siglés, incompréhensibles de divers programmes et ambitions "éducatives" qui se surajoutent les uns aux autres en une bouillie à laquelle plus personne ne comprend goutte, sauf peut-être quelques inspecteurs qui en tirent de la poudre de perlimpinpin pour asseoir leur autorité). On se demande comment les professeurs peuvent y travailler (sachant que le cœur de leur métier devrait être avant tout de transmettre, simplement, du savoir) quand, dans leurs établissements même, on expose leurs élèves aux écrans, véritables écrans au savoir et à la réflexion, sans parler des dégâts neurologiques qu’on peut à tout le moins les suspecter d’infliger notamment aux plus jeunes d’entre nous ?

C'est mon métier (pour quelque temps encore…) qui m’inspire ces questions bien sûr. C’est aussi l’annonce sur le site Terrestres (en lien du blog Alluvions en lien ce ce blog-ci…) d’une table ronde le mercredi 11 mars (qui pourra être revue en différé) avec le sociologue Sébastien Broca, l’essayiste Karine Mauvilly et Félix Treguer, chercheur et membre de La Quadrature du Net., à l’Académie du Climat, à Paris.
Cela est présenté de la sorte :

« En 1999, Eric Schmidt, futur PDG de Google entre 2001 à 2011, énonce qu’Internet est la première chose que l’humanité a construite et qu’elle ne comprend pas, la plus grande expérience d’anarchie que nous ayons jamais eue. Un quart de siècle plus tard, la plus grande expérience d’anarchie est devenue le business le plus profitable de l’économie capitaliste : une poignée d’entreprises dominent l’économie numérique et occupent les sept premières places de la capitalisation boursière mondiale… »

Bon, entre nous, comme anarchistes, je préfère Léo Ferré, ou cet ami que j’eus en cinquième, un peu lâcheur peut-être…
Retour à Terrestres, le constat est accablant :

« (...) en quelques décennies, la civilisation des écrans et du numérique a enfanté un mode d’être, de relations et d’interactions profondément nouveaux. Lorsque les coordonnées de l’expérience humaine sont à ce point modifiées, les sciences humaines ont pour habitude de parler d’un « fait social total » : une réalité sociale complexe et multidimensionnelle, qui interfère sur la totalité de la société et de ses institutions, et façonne les individus. »

Alors, programme… Notamment, dans une deuxième partie :

« (...) avec Karine Mauvilly, nous examinerons le chantier de l’école numérique (les justifications avancées, les acteurs qui l’ont soutenu, les coûts, etc.), afin d’en esquisser un premier bilan. Exemple significatif : pionnier du numérique à l’école, la Suède a décidé en 2023 de revenir … à l’école traditionnelle, sans écran (...) »

(Et, surtout, rompre avec les diktats des pseudo-enquêtes PISA…)

De Karine Mauvilly, qui a écrit avec Philippe Bihouix Le Désastre de l’école numérique. Plaidoyer pour une école sans écrans, nous reparlerons sans doute.


Nils Blanchard

mardi 17 février 2026

Des faux amis aux faux ennemis – Et des vrais ?

Étrange politique des États-Unis. On en a dit du mal, et on continue d’en penser ; on a rappelé en même temps qu’ils continuent de soutenir (pressions douanières par exemple sur les pays qui achètent du pétrole russe), bon gré mal gré, l’Ukraine. (La question se pose évidemment, à chaque rodomontade présidentielle… Pour combien de temps?)

NB - Le Louet

Que penser du discours – s’il faut en penser quelque chose – du secrétaire d’État américain à Munich le 14 février ? (Quelle idée, au, passage, de multiplier en cette ville d’étrange mémoire sur ce sujet, les conférences sur la sécurité…)
Marco de Rubio d’y annoncer que l’Alliance atlantique ne serait pas morte, qu’États-Unis et Europe auraient une culture commune, lors qu’il assène que l’« immigration de masse » (« mass migration ») déstructurerait nos sociétés, menacerait « the future of our people ». Après cela, de poursuivre : « We belong together » (États-Unis et Europe) ; vraiment ?
Sommes-nous du même monde ? (Il le demande lui-même, dans un sens : « What exactly are we defending?) Est-ce l’intolérance aux étrangers, aux pauvres, aux autres croyances que le christianisme (agnosticisme compris) ? Est-ce le mépris la peur du changement climatique « fear of climate change » ; comme si ce changement n’existait pas (cf. dernières décisions en ce domaine des États-Unis) ou n’avait pas d’importance ?

Eh, mais le secrétaire d’État de faire des rappels historiques quant à la création de son pays, de ce « new world ». À l’entendre, il ne possédait pas de population indigène avant l’arrivée des Européens, et les gens d’origine africaine n’y auraient eu aucune part…
Puis, « Yesterday is over » croit-il pertinent de déclarer à la fin de son discours, alors même qu’il a passé vingt minutes à parler de fierté de traditions héritées...

Ami, faux-ami ?

NB - La Loire 

Bon, mais je revenais aussi à cette notion de « faux ami » du fait d’articles, à la fin de l’année dernière.
Ainsi dans Fonge et florule, site en lien indirect de ce blog (via Alluvions), le 13 décembre vingt jours après le billet sur les faux-amis de ce blog-ci, pouvait-on lire, après une définition du terme « faux-ami », que la notion pouvait s’appliquer : « à notre champignon nommé Stereum insignitum Quélet, dont l’épithète latine : insignitum, nous fait irrésistiblement glisser vers le mot français insignifiant. Mais insignitum et insignifiant sont de sens contraire ; insignitum est le participe passé de insignire : se distinguer ; qui se distingue nettement, donc qui est remarquable. »

Et comme en écho, le 22 décembre, Mattias Reinholdson écrivait ce qui était peut-être son dernier article sur le site Estlandssvenskarnas Kulturförening (Sov), autour de la question des faux-amis (falsk vän). Après avoir, lui aussi, défini le terme, il remarque qu’une bière de Noël, « Julmust », contient « julm », ce qui en estonien ramène à la notion de cruauté…

Faux amis ? Je ne sais pas. Mais les « natures mortes »
de Sacksick ont quelque chose de troublant
quand on est devant les tableaux.
Quelque chose de vivant…
Still lives ?
Mais comme en mouvement…


Nils Blanchard


Et puis…. Affaire sordide, catapultée dans le cadre de la « mondialisation » par le département de la justice américain, lâchant des millions de pièces de « dossier » (le dossier Epstein), certaines caviardées – il semble que personne ne s’en offusque vraiment –, d’autres exhibant contre leur gré des victimes qui n’avaient sûrement pas besoin de ça… Et certaines gens en profitent en France pour s’en prendre à Jack Lang.

Que lui reproche-t-on : d’avoir connu Epstein ? Est-ce un crime ? Ah, mais non, se dépêche-t-on alors de répondre. Il a 86 ans. C’est scandaleux qu’il ait été si longtemps en fonction (à la tête de l’Institut du Monde Arabe)
Il faut savoir…
(En attendant, il a été reconduit légalement dans ses mandats successifs, qui ont vu la fréquentation dudit institut croître…)

Une publication, Valeurs actuelles, se désole sous la plume de Marguerite Frison-Roche, le 15 février, que « Jack Lang [ait] empoisonné la vision stratégique de la France en étendant indéfiniment le périmètre du terme culture”. »
Alors, là, pardon de m’exprimer un peu familièrement : soit je suis complètement con, soit cette dame manque de clarté dans son expression…

Au moins a-t-elle ensuite l’honnêteté de reconnaître à Jack Lang d’avoir sauvé les librairies en France (prix unique du livre), d’avoir eu l’idée de la fête de la musique, et d’avoir soutenu le cinéma.
Évidemment, c’était d’après elle plus par souci « idéologique au service de Mitterrand » qu’autre chose… bon, mais c’est dit.
On pourrait rajouter d’autres réussites ; la journée du patrimoine – la même Marguerite Frison-Roche se plaint que la « France périphérique fréquente deux à trois fois moins les équipements culturels que les centres métropolitains ». Eh ! Mais cela fait quand même quelques décennies que Jack Lang n’est plus ministre de la culture… –, la lutte constante contre certaines intolérances racistes

NB

lundi 26 janvier 2026

Sujets d’hiver / comparaisons ; infrastructures

Certaine apathie en cet hiver ; j’avoue reporter des études, écritures…
Il faudrait pouvoir s’éloigner davantage d’une certaine rumeur du monde, peut-être… Ne pas trop se focaliser sur les miroirs aux alertes…

NB - Walbourg

On a reparlé de l’A69, de la nécessité absolue selon certains d’en finir la construction… au même moment où la SNCF contourne le massif central pour un projet de ligne Bordeaux-Lyon, pour ne pas avoir à entretenir des infrastructures (voies ferrées dudit Massif Central scandaleusement abandonnées par la SNCF version Maastrichtlisbonnisation).
Or à propos d’infrastructures, un article a été publié dans Terrestres (en lien indirect de ce blog, via Alluvions…) le 2 décembre (date funeste dans l’histoire de France), autour d’une conférence tenue en juin à Paris par Anna Lowenhaupt-Tsing, coordinatrice du livre Field Guide to the Patchy Anthropocene. The New Nature (2024, traduit en français par Philippe Pignarre et Isabelle Stengers en 2025).
Anna Tsing et d’autres auteurs étudient l’anthropocène d’en-bas, avec ses effets « féraux » (conséquences de créations humaines, qui échappent à tout contrôle, par exemple des espèces invasives) et ses « patches » – peut-être faudra-t-il, en français, trouver un autre terme ! – : les sites, espaces, impactés par ces tribulations.

Titre de l’article dans Terrestres : « Anna Tsing : Nos infrastructures nous échappent ».
(Je souligne…)

Autre infrastructure : le système médical, basé sur la raison. Récemment, malade, je vais voir un médecin – dans une sorte de centre qui seul proposait des rendez-vous ce jour sur « Doctolib » ; mon médecin traitant ayant récemment pris sa retraite – pour justifier d’une matinée (crois-je me souvenir) d’arrêt. Pour lui, un « gros rhume » n’en nécessitait pas ; si tous les gens malades, m’a-t-il été dit, s’arrêtaient de travailler, la moitié de la France serait en arrêt…
Eh, pignouf ! Et si les gens prenaient sur eux de ne pas partager leurs miasmes et microbes, peut-être qu’il y aurait moins de la moitié de la France qui serait malade…
Et là-dessus – début janvier – j’apprends que les médecins se mettent en grève ; tant ils en ont marre, visiblement, des vexations, et économies contre-productives, notamment sur les… arrêt de travail.
Je vérifie sur « Doctolib » ; le médecin évoqué plus haut, lui, ne fait pas cette grève évidemment…

Imagine-t-on mon ancien médecin – qui était un vrai praticien – se conduire de la sorte ?

NB - Walbourg

Et voilà que quelques jours avant encore des footeux (que les « cris de singes » dans les cages de supporters ne gênent pas beaucoup semble-t-il, ni l’homophobie paraît-il culturelle dans les stades, sans parler de l’esprit même du jeu – dans le foot masculin – : contestations systématiques des décisions de l’arbitre, feintes de blessures et douleurs aussi systématiques…), des footeux, donc, se mêlent de réparer l’injustice de la non remise du prix Nobel à D. Trump, en lui remettant on ne sait quelle médaille lors du tirage au sort de la coupe du monde de ce sport à Washington, début décembre.

Dans un sens, ces gens ont eu quelque prémonition : le lendemain, Trump en question de parler d’« effacement civilisationnel » de l’Europe. Qu’entend-il par là, dans un sens on s’en fiche (on ne va pas perdre de temps à commenter ici les calembredaines racistes de ces gens).

Étrange réaction (source, article du site de France 24, et AFP, du 6 décembre) de l’eurodéputée Valérie Hayer, qui s’exprime… sur le « réseau » « social » « X » !
Aussi (même source), Kaja Kallas réaffirme que les États-Unis demeurent le principal allié de l’UE. De l’« UE » peut-être ; mais n’est-il pas temps de sortir précisément de la maastrichtlisbonnisation pour mettre sur pied un nouveau partenariat européen (incluant le Royaume-Uni, excluant certains pays poutinolâtres?)

Peut-être faudrait-il profiter de ces évolutions pour rompre les ponts, non forcément avec les États-Unis – Trump sera un jour remplacé par autre chose, peut-on espérer – mais avec leurs importations des dernières décennies :
- exit les plateformes de « streaming » qui zappent les salles de cinéma, et sont passablement énergivores,
- exit l’huberisation de la société qui détruit des emplois pérennes au profit de plus ou moins grands profits de klaxonneurs,
- exit le foot professionnel (masculin) aussi ? On le leur donnerait en échange ; qu’ils le prennent !
Exit !

Et exit les simili-miliciens de Kungälv ou de l’ICE américaine, à Minneapolis et ailleurs !
Les cohortes de racistes : DÉGAGEZ !


Nils Blanchard

samedi 20 décembre 2025

Hasards ou concomitances

La lecture du blog Alluvions (en lien de ce blog, liste à droite, cliquer, etc.) et ses hasardeuses coïncidences, synchronicités, ont attiré mon attention sur trois hasards récents me concernant.

NB - Alsace, automne 2025

 Le premier concerne précisément un article d’Alluvions. Je parlais à un ami, de l’autre côté du Rhin – nous parlions de son (très jeune) fils, de l’agression russe en Ukraine… –, de tirages au sort de conscrit pour le service militaire, en France, dans un passé pas si lointain. Patrick Bléron d'évoquer justement – quelques jours plus tard, le 7 novembre – à propos du Bal des conscrits de Louis Peygnaud, ces tirages au sort.

« (…) à la page 27 du Bal des conscrits, Louis Peygnaud raconte une autre conscription, celle du 10 mars 1793, an II de la République, où eut lieu la première levée en masse de 300 000 hommes. De tous les villages affluaient les hommes célibataires ou veufs sans enfants de dix-huit à quarante ans. Le 15 juillet, l'Assemblée législative avait proclamé la Patrie en danger. De fait, cette première journée ayant donné peu de résultats, il fallut remettre le couvert le 17 mars. Ainsi, au Péchereau, près d'Argenton, seuls deux volontaires s'étaient inscrits le 10 mars. Et le 17, 45 hommes durent se soumettre à la voix du sort. Le maire avait préparé 33 bulletins blancs et 12 bulletins portant la mention "soldat", et chacun vient tirer un bulletin dans un chapeau (…) »



Le deuxième, je l’ai déniché (sans rien chercher d’ailleurs) sur le site Dixikon (en lien de ce blog, liste à droite, cliquer, etc.) Là, un article a été publié sur « Kambanellis om Mauthausen » (« Kambanellis sur Mauthausen »).
Il est de Jan Henrik Swahn, par ailleurs traducteur récent des Liaisons dangereuses en suédois…

Or il se trouve que de retour en voiture de je ne sais plus trop où, le jour précédant ma lecture de cet article, je réfléchissais – via, pour autant que je m’en souvienne, des réminiscences de ce colloque sur l’art et la guerre à Natzweiler, de là les dessins et le témoignage de Jeanne Letourneau… – à la spécificité des récits de camp. Spécificité en ce sens que, rédigés le plus souvent par des gens peu coutumiers de l’écrit – rarement des écrivains en tout cas ; il y a bien sûr cependant Primo Lévi et d’autres… –, ces récits prennent une force, une originalité singulière, lors même qu’ils racontent des choses similaires (et pour cause…) Je me disais que c’était qu’ils mettent sur la table, dans un sens, l’humanité profonde de l’auteur, celle qui a survécu, mais qui a été éreintée par l’expérience, qui affleure plus que chez d’autres, aux camps.

NB - Alsace, automne 2025

Enfin, une histoire un peu désagréable avec des parents d’élèves me faisait penser à la généralisation, dans laquelle on peut à tout instant sombrer…
Or Jan Henrik Swahn évoque à un moment le sujet dans son article :

« En av styrkorna med boken är just de många redogörelserna för ortsbefolkningens medlöperi, hur de närmast med förtjusning laddade sina bössor och anslöt sig till tyskarna varje gång någon hade lyckats fly från lägret. Efter befrielsen fick många bönder se sina gårdar plundras på djur och mejerivaror. Särskilt de som tidigare vägrat ge ens en brödskiva till lägerflyktingar som knackat på. Men att dra alla österrikare över en kam gick förstås inte, även om det hade varit en enkel och svartvit lösning. Kambanellis fick så småningom höra om österrikiska bönder som tagit stora risker genom att hysa flyktingar fram till krigsslutet. »

« Un des intérêts du livre, c’est justement les nombreux récits de collaboration de la population locale, qui approchait presque à la jouissance en chargeant ses fusils pour se joindre aux Allemands à chaque fois que quelqu’un avait réussi à s’enfuir du camp. Après la Libération, de nombreux paysans ont eu leurs fermes pillées d’animaux et de produits agricoles. Particulièrement ceux qui auparavant avaient refusé d’octroyer ne serait-ce qu’une tranche de pain aux fugitifs du camp qui les avaient sollicités. Mais mettre tous les Autrichiens dans le même panier n’a pas de sens bien sûr, bien que ç’aurait été une solution simple, manichéenne. Kambanellis, petit à petit à découvert que des paysans autrichiens avaient pris de grands risques en hébergeant des fugitifs jusqu’à la fin de la guerre. »

On retrouve ce thème de la population civile, entre autres dans mon Elmar Krusman.

J'ai eu donc il y a peu un rendez-vous avec des parents d’élèves, contestant une note reçue par leur fille. J’étais partie dans l’idée que c’étaient des connards (généralisation…) Ils se montrent ouverts (en apparence), le « dialogue » se finit « fructueux » ; moi, fatigué par six heures de cours (et une semaine passée ; on était vendredi…) cède et promets de « rectifier » la note de leur fille (celle ci, présente lors de l’entretien – ah, que c’est bien de partager les problèmes entre « enseignant »… allez, on va dire, « équipe pédagogique », parents et « apprenant »… – refuse étrangement de s’installer à notre table, reste près de la porte, comme si elle craignait d’en être expulsée par le souffle d’une explosion?), ce que je serai obligé de faire, du coup.
Jusque là : formidable. Pour un peu, on me remettra la médaille de l’Ordre de Meirieu !

Sauf que… Y réfléchissant un peu de retour chez moi, je me rends compte que non : j’avais raison en premier lieu. L’élève a vraisemblablement triché sur son voisin. Ce n’est pas la note faible, un peu en-dessous de la moyenne qu’on m’a reprochée, qu’elle devrait avoir, mais un zéro pointé.
Le doute ne réside vraiment que dans la bonne foi des parents (moi-même, sur le coup de la rencontre, n’ayant su retrouver clairement les tenants et les aboutissants du problème ; j’ai toujours des problèmes de vue, j’étais fatigué – et passablement énervé –, etc.)
Quant à leur fille, le résultat reste le même : elle sait qu’elle a triché. Se perfectionnera-t-elle dans l’art d’abuser ses parents (s’ils étaient dupes) ?
Et sur le principe, ma généralité, là, restait efficace : des parents n’ont pas à contester à la légère une note (en plus une petite note de simple test de début de cours), n’auraient jamais dû se croire seulement autorisés à franchir les grilles d’un collège pour ce faire.

Ce qui ne me réconcilie pas pour autant avec les généralités. 


Nils Blanchard

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