Affichage des articles dont le libellé est Julie Faure-Brac. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Julie Faure-Brac. Afficher tous les articles

samedi 21 mars 2026

Vie d’auteure / fleurs et mots

Textes, mots, éclosent dans des blogs en lien de celui-ci (liste à droite, version ordinateur, etc., etc.)
C’est d’autant plus étrange – j’ai déjà dit, je le sais, que j’envisageais de changer assez vite de métier… – que comme professeur, j’échange de moins en moins de mots avec mes élèves (de plus en plus ont du mal à les comprendre, à les lire, à les écrire…)

Les Lumières de la forêt, 1964 ; illustration :
Marianne Clouzot


Et des rhumes se succèdent, cette année – des grippettes, écrirais-je à Héloïse Combes – en ces temps stakhanoviens où les gens croient de bon ton de partager leurs miasmes.
Et l’hiver qui se prolonge – court redoux qui a bien trompé son monde ; soirées sombres, froides et humides – personnalise comme un rhume dont on sort, soudain, telles les premières anémones des bois qui commencent à joncher les sols des forêts.

Les lumières de la forêt.

Bon, mais Julia Eriksson de titrer son article (en lien, etc.), le 9 mars : « Allt är text / Text är allt » (« Tout est texte / Le texte est tout »). Et là :

« Jag läser en stund på pendeltåget på väg mot kontoret. Strax innan Solna, på sida 94, fastnar jag för några rader.

Eftersom vi förändras under vår existens måste vi ständigt ompröva våra ståndpunkter… Man måste i första hand försöka förstå, endast i andra hand vara kritisk.” »

« Dans le train, en allant au bureau, je lis pendant un moment. Juste avant Solna [eh ! Solna…], page 94, je m’arrête sur quelques lignes.

Vu que nous changeons au cours de notre existence, il convient sans faute de remettre en cause nos points de vue… En premier lieu : essayer de comprendre ; et après seulement être critique. »

Page 94 de quoi, de son manuscrit ? C’est qu’elle écrit plus loin qu’elle a écrit que :

« Äntligen, här kommer det första manusutkastet! »

« Enfin ! La première version du manuscrit est prête ! »

Entendais quelqu’un, dans une radio je crois, peut-être à propos de mythologie, rappeler que certes on peut changer dans l’existence, mais que ce qui rend le changement possible est précisément le maintien d’une certaine identité qui peut l’observer.
Ce n’était pas du tout dit comme ça, mais peu importe.

Les Lumières de la forêt, décembre 2025 ; illustration :
Daniel Nadaud

Plus récemment encore, un article de Gabrielles Blogg, le 13 mars, s’intitule « En kvinna klädd i ord » (« Une femme habillée de mots »). Et cela commence ainsi :

« Häromdan såg jag Nationalmuseums utställning Porträtt (avslutas om några dar). Många mycket fina porträtt. Detta fotografi av Sara Danius hörde till dem jag särskilt fastnade för. Det är en så vacker bild och texten bredvid är också berörande. Det står så här:
Vem om inte Svenska Akademiens ständiga sekreterare bör kläs i ord? Sara Danius bär en klänning som Astrid Ljungberg Järnblad skapat av gulnade sidor ur en äldre utgåva av Svensk ordlista fram till bokstaven J. (...) »

« L'autre jour, j’ai vu au Musée national l’exposition Portraits (qui finit dans quelques jours). Que de beaux portraits ! Un de ceux qui m’a le plus accrochée est une photographie de Sara Danius. C’est une si belle image, avec un commentaire touchant aussi. Je cite :
Qui, sinon la Secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, pourrait être habillée de mots ? Sara Danius porte une robe créée par Astrid Ljungberg Järnblad à partir de pages jaunie d’une ancienne édition du dictionnaire suédois, jusqu’à la lettre J. (...) »

Pages jaunies ; dorées ? Les lumières de la forêt.

André Dhôtel (retrouvailles avec l’enfance?) ; nouvelle magnifique édition de Fata Morgana, allez (pages 36-37) :

« Parfois la tempête semblait s’éloigner, puis elle revenait en force. Les nuages passaient avec une rapidité folle et la pluie balayait les toits de Bergeloup.
Antoine et Martine, ce matin-là, restèrent longtemps sous le hangar. Leur père prétendait que la forêt écoutait les paroles, mais on ne savait pas s’il prenait très au sérieux ce qu’il disait. En ce jour, c’était la forêt elle-même qui parlait. Que disait-elle ?
Pas un mot qu’on puisse comprendre. C’étaient comme de grands discours menaçants, mais on entendait aussi de temps à autre une sorte de chant très doux qui montait des profondeurs et qui faisait songer à une immense bonté. »

Marianne Clouzot, Jeunesse


Nils Blanchard


Ajout. Il y a, mine de rien (forcément...) une actualité autour d'André Dhôtel qui est loin d'être ridicule. Ainsi a paru ce mois-ci un Matricule des anges (titre étrange) dont il occupe la couverture, avec la reprise d'une belle aquarelle de Julie Faure-Brac.



jeudi 17 juillet 2025

Et soudain les fantômes reviennent

Une petite série de billets de ce blog met les fantômes en tête de gondole, pour ainsi dire. La dernière fois, c'était en lien avec la nudité. Là, ce serait plutôt du côté des lieux qui plient face à la mercadence, ou à une certaine modernité ?
(Oui, quand j’aurai de la place, je rajouterai l’étiquette « vieux con ».) 


Il a déjà été fait mention dans ce blog du livre Le pays où l’on arrive un jour, paru aux éditions Invenit, avec c’est vrai des illustrations de Julie Faure-Brac, avec aussi quelques pépites.
Ainsi il me faut citer la fin du texte de Roland Frankart, qui lui-même cite Hubert Juin (page 11) :

« Dans bon nombre de ses romans, un lecteur familier de la région peut situer certains de ces lieux [dhôteliens, donc] (…). Dans d’autres, c’est moins évident (…) Sa cartographie romanesque [à André Dhôtel] ne coïncide que très approximativement avec la réalité de son pays ardennais. (…)
L'Ardenne d’André Dhôtel n’est plus vraiment celle de notre XXIe siècle (…). Il y a cinquante ans, Hubert Juin écrivait déjà : “Le lecteur d’André Dhôtel remarquera qu’en quittant le livre pour l’Ardenne réelle, il découvre un paysage défiguré. Il en va ici comme partout : l’avidité mercantile souille la parole des lieux et détruit la géographie du poème. Il n’empêche qu’un pays, qu’une contrée, qu’une ville mettent longtemps à mourir. On les jette bas, on les bouscule, on les modifie, mais il suffit d’un accord furtif de l’air et du regard pour que le site d’aujourd’hui soit envahi par le fantôme (…) du site d’hier.” »

Nous y voilà. Et l’histoire parfois (j’entends par là celle avec un grand H) est aussi histoire de discussion avec des fantômes.



C'est ce qui apparaît dans le livre d’Emmanuel de Waresquiel, Juger la reine (Tallandier, 2016), sur le procès de Marie-Antoinette.
À la fin du livre, dans la postface – quelle mouche le pique ? – voilà que l’auteur évoque les lieux d’archives (pages 278-279) et :

« Aujourd’hui, la partie contemporaine des Archives nationales est conservée dans la banlieue parisienne, à Pierrefitte-sur-Seine. (…) On prend la ligne 13 du métro et on débouche en face des bâtiments de l’université de Saint-Denis. Ah ! Les banlieues d’autrefois. Lorsque j’étais enfant (…). Cela ressemblait encore à ce qu’on lit dans la Recherche, lorsque Robert de Saint-Loup va rendre visite à sa maîtresse dans le pavillon de pierre meulière d’un village dont on ne sait pas le nom. (…) Des poiriers, des pommiers, des cerisiers, tout un univers de maraîchage et d’horticulture où l’on devinait comme la trace de ces folies anciennes qui servaient de villégiatures aux financiers ou aux maîtresses du roi.
À Pierrefitte, cette banlieue-là, de pavillons et de jardins a disparu. »

Eh, que voulez-vous. Financiers et maîtresses, titre d’un roman, non ?

De Waresquiel poursuit : « Des séries de cubes et de rectangles. On a quitté les confins improbables des banlieues de Gracq à demi envahies par la forêt. »

NB - Haguenau, juin 2025

Proust, Gracq, bien sûr. L’auteur aurait pu évoquer aussi Le ciel du faubourg, d’André Dhôtel (eh ! Ne retombons-nous pas sur nos pattes?)
Il est un ouvrage vaguement collector peut-être, compte-rendu d’une série de conférences lors des journées Littérature en Lagast ; je parle du Cahier n° 8, consacré à André Dhôtel bien sûr (en 2016) (où je commis quant à moi de longues réflexions sur la géographie passablement erratique de l’auteur). Philippe Blondeau, lui, évoqua le faubourg, dans un texte de « tentation de définition d’un lieu dhôtelien ». On y lit (entre autres, entre autres…) page 63 :

« Lieu privilégié d’un certain égarement, le faubourg se caractérise, plutôt que par une situation précise, par une poétique des lieux, un certain sentiment d’étrangeté, l’impression d’être ailleurs, là où les repères de la ville s’effacent ou se brouillent. »

Quelle impression aujourd’hui. Cubes, rectangles et fantômes ; un tout autre égarement.

Mais quant aux fantômes, et dans sa postface, toujours (page 286), Waresquiel y vient, ou presque, après nous avoir promenés dans différents lieux d’archives :

« Dans l’introduction à son Histoire de France, Michelet convoque toute la galerie des rois et leur parle comme s’il les voyait. On peut dialoguer avec des ombres. (…) Ce sont des conversations utiles. On y apprend des choses sur le temps qu’il fait, sur le temps qui passe et sur celui qui ne passe pas (…) »


Nils Blanchard


Ajout. On en avait un peu parlé: publication en Suède d’une nouvelle traduction des Liaisons dangereuses de Laclos.
Bon, mais Jenny Högström de noter (dans le Göteborgs Posten du 28 juin :

« (...) på det stora hela har Jan Henrik Swahn lyckats med den äran med sin nyöversättning till svenska – den första på 70 år – utan att det låter krångligt eller konstlat. Han har ju tjuvtränat med att översätta Madame de Staël. »

« (...) dans l’ensemble, Jan Henrik Swahn [le traducteur] a franchi avec les honneurs l’étape ded cette nouvelle traduction – après 70 ans – sans qu’il y ait quoi que ce soit de compliqué ou d’affecté. Il est vrai qu’il s’est entraîné en traduisant Madame de Staël. »

Et de Madame de Staël, E. de Waresquiel parle, évidemment, dans son livre…


vendredi 30 mai 2025

Divers points – éditeurs, bobos (pas la même chose)

Croisé il n’y a pas très longtemps avec grand plaisir l’éditeur de cette maison dont il a déjà été question ici : Sous le Sceau du Tabellion, Alain Chassagneux. Cette maison d’édition, associative, a (ré)édité récemment, entre autres, Héloïse Combes, André Dhôtel, Patrick Reumaux !


Du coup, j’ai commencé de lire Biogriffures, de Patrick Corneau, qui lui-même a parlé non sans intérêt d’Héloïse Combes… J’en reparlerai peut-être, mais je voudrais m’arrêter sur le passage suivant (page 30 – il y est question d’un Frédéric…) :

« Il lui serait désagréable d’apprendre qu’il se rattache aux habitus de classe de la néobourgeoisie semi-intellectuelle française du début du XXIe siècle, dite bobo. (…) Pour Frédéric, les bobos ce sont les autres, sous-entendu ceux qui ont un peu plus d’argent, qui peuvent prétendre à l’atelier sur cour, la petite maison charmante dans une impasse privatisée, le loft avec vue sur le Sacré- Cœur, etc. Le bobo c’est toujours l’autre, celui qui vous ressemble mais en mieux, que vous dénigrez tout en l’enviant secrètement. »

Pourquoi pas. Sans vouloir empiéter sur les plate-bandes des sociologues – leurs semis sont déjà bien capricieux ! –, je me permettrai néanmoins de donner ici une définition simple et me semble-t-il assez complète du mot bobo, en cinq points. Sans doute la trouvera-t-on sujette à caution, mais elle aura le mérite d’exister.

1) Le bobo habite généralement le centre de certaines villes moyennes – grandes.

2) (En lien avec les points précédant et suivant), le bobo est aisé (matériellement), voire très aisé.

3) Le bobo est « branché », plutôt cultures underground, si possible locales.

4) Le bobo est de gauche (rarement communiste, entre LFI et un certain spectre de l’écologie et du centre-gauche).

5) (J'ai tendance à l’oublier, celle-ci), le bobo est assez niais.




Quant à l’Arbre vengeur – on en a parlé du fait de la belle réédition de David – ils ont parfois des soldes dans leur impressionnant catalogue. Gare alors, au porte-monnaie peut-être, aussi à l’espace jalousement préservé pour caser encore quelques livres ici ou là. En vrac : Franz Bartelt, Robert Louis Stevenson, Mark Twain, Remy de Gourmont, D. H. Lawrence…
J'hésite en l’occurrence un peu à me faire plaisir : sait-on jamais, quelque fâcheux – j’entrevois bien à l’heure où l’écris ces lignes quelques personnes particulièrement obtuses et ignares – pourrait me rendre le service de me décider à changer, enfin, de métier ; il me faudrait alors vraisemblablement déménager… et la difficulté serait alors précisément de transporter mes livres et leur trouver une place quelque part…

Ou rester indifférent à l’instar d’un David ?
Indifférent ; refuser l’influence du temps qui passe ? Jusqu’à prendre langue avec la mort ?
Je fais là allusion à un article d’André Murcie (mais on en reparlera…), qui évoque dans le dernier Cahier (n° 22, 2024) de la Route inconnue « Une mauvaise lecture d’André Dhôtel » :

« Les interstices dhôteliens changent le regard sur le sens profond de cette œuvre : pourquoi les amoureux de Dhôtel mettent-ils tant de temps à se retrouver ? Parce qu’ils ne sont pas situés sur la même rive, l’un se tient sur la rive du monde des vivants et l’autre sur celle de la mort. Ne poussez pas des cris d’orfraie (…) »

La thèse est troublante, même si elle généralise peut-être… Puis on pourrait penser aussi que Dhôtel a besoin simplement de temps pour raconter son histoire, « dérouler son tapis » (Paulhan).


Illustration de Julie Faure-Brac, tirée du
P
ays où l’on arrive un jour, Éditions Invenit


Ce jour au Mont-de-Jeux : présence de Julie Faure-Brac, Dominique Tourte (entre autres…) Ce dernier est l’éditeur d’Invenit, qui a confectionné le livre Le pays où l’on arrive un jour.
Le titre est résolument (par rapport à Dhôtel), contradictoire ; son objet a quelque chose de surprenant aussi (par rapport à Dhôtel, encore) : c’est qu’il a quelque chose, aussi, du guide de voyage, voire de randonnée. Dhôtel randonneur ? Dhôtel guidé ? Il se laissait plutôt guider par le hasard.

« Science subtile de l’égarement. »


Nils Blanchard

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...