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jeudi 6 mars 2025

August Hagborg ; hasards, pêche à pied

On voit peu à peu le printemps approcher. Cela ramène étrangement au peintre August Hagborg évoqué pour languir après l’été. Il a peint en effet une série sur une plage vraisemblablement normande, de ramasseuses d’huîtres. Huîtres ; fruit des mois en r…

NB - La Hague

Mais il se trouve qu’une conférencière a évoqué (ça remonte au 7 juin 2016 – hasard des ramassages de P(erles)DF sur internet) le peintre suédois. Il s’agit de Carine Delaporte, alors médiatrice du musée de Saint-Maur-des-Fossés. Il est là question du tableau Grande marée dans la Manche, de 1879 (Orsay, en dépôt à Saint-Maur.) Au passage, elle rappelle les bienfaits du système de dépôt des œuvres d’arts des grands musées nationaux vers des musées plus modestes.

August Hagborg est né à Göteborg en 1852 ; il est jeune homme (et étudiant) dans les années 1870, au moment où les rois de Suède se sont détournés de l’Allemagne (destination première auparavant des peintres suédois en formation) du fait de la guerre des Duchés, en solidarité donc avec le Danemark. (Eh oui, ce n’est pas d’hier que des âneries de dirigeants peuvent détourner certains pays de certaines amitiés…) Du coup, Hagborg, comme beaucoup d’artistes nordiques – cela aussi est un champ historique à continuer de travailler ; il y a eu déjà des travaux dont on reparlera… –, va notamment à Paris.
En 1879, Grande marée dans la Manche est achetée par l’État français, après avoir été exposée au Salon de peinture et de sculpture. Carine Delaporte note qu’il s’agit de la première œuvre scandinave qui entre dans les collections françaises.

August Hagborg - Capture d'écran


Contrairement à d’autres artistes suédois qui retournent dans leur pays après quelques années françaises (Hugo Salmson et autres), Hagborg demeure de manière quasiment continue en France de 1876 à 1909. Il meurt à Paris en 1921 (la même année que Julius Kronberg évoqué aussi en ce blog…) Et il est sans doute retourné plus régulièrement en Suède dans ses dernières années.
Il s’attache aux rivages de la Manche, de la Bretagne jusqu’au Nord. Carine Delaporte note des similarités entre les lumières de ces rivages et celles de la côte Ouest suédoise. C’est à voir…

C'est notamment à Agon-Coutainville qu’August Hagborg revient régulièrement, ce qui nous ramène à quelque excursion de ce blog.

August Hagborg, Grande marée dans la Manche - Capture d'écran


Carine Delaporte fait un développement intéressant, en lien au tableau, sur la pêche à pied, pratiquée principalement par les femmes, qui se voyaient à l’époque interdire la pêche en haute mer.

Elle note aussi que les artistes d’alors « prennent conscience des changements de vie tels l’industrialisation et l’exode rural et immortalisent un mode de vie dont on perçoit déjà qu’il risque de disparaître. »
Elle évoque aussi l’originalité d’une génération d’artistes scandinaves, dans les dernières décennies du siècle, à propos desquels l’historien d’art Charles Ponsonailhe utilise l’expression « juste milieu », voulant signifier que s’ils s’inscrivent dans un certain académisme (réalisme, importance des détails), ils y ajoutent un souci – nordique ? – de la lumière, qui peut conduire à l’impressionnisme.

Autre thème (indépendant de la conférence de C. Delaporte) : l’importance des femmes dans l’art, leur entrée dans les écoles des Beaux-Arts, leur rôle dans les colonies d’artistes… On reparlera de cela, mais j’avais ce sujet à l’esprit récemment en consultant le prospectus des Beaux-Arts d’Angers qui ont un détail du portrait de Laura Leroux, de Jean-Jacques Henner, en couverture. Lui avait organisé avec Carolus Duran un « Atelier des dames » à une époque où celles-ci n’avaient pas encore le droit de suivre l’enseignement des Beaux-Arts. Or il y a précisément en ce moment une exposition sur ELLES à Paris.



Nils Blanchard


Et puis… À propos du gros score de l’AfD en Allemagne il y a quelques jours, Volker Schlöndorff (le 24 février dernier sur France info) voit dans son électorat la marque d’une « petite classe moyenne ». Pour lui (il simplifie peut-être) : le parti nazi a explosé en quelques années grâce à elle, alors qu’elle s’était sentie méprisée par les partis de droite qui s’intéressaient aux classes au-dessus et de gauche (qui s’intéressaient au prolétariat).
Aussi, cette réaction épidermique du (vraisemblablement) futur chancelier allemand Friedrich Merz aux trumperies vis-à-vis de l’Ukraine ; n’y-a-t-il pas là le souvenir de la paix pour le moins problématique qui fut imposée à l’Allemagne en 1919 ? Et qui participa aux développements que l’on sait…

NB

mardi 11 février 2025

Tidö, perspectives – temps long - 4

Les accords de Tidö ont été prévus, travaillés (avec quelle pertinence, c’est une autre affaire) ; 63 pages de contrat gouvernemental. L’attelage Barnier – RN, en France, semble avoir été plus improvisation d’un instant ; instant de panique ou de mauvais conseils d’obscurs marquis ?

NB

Ce billet, comme son titre l’indique, fait suite à trois autres :

- Tidö, France - 1 (15 janvier 2025).

Et récemment, le 7 février dernier, a été publié un article complet (Marius Perrin, Fondation Jean Jaurès, février 2025 ; il ne semble cependant pas bien tenir compte des dernières évolutions en France, et notamment de l’expérience Barnier, lors qu’il compare la Suède et la France dans sa dernière parie…) faisant le tour de la question que pose en Suède et en Europe le gouvernement suédois (issu de ces accords de Tidö).

(Drôle, de hasard, je parlai au premier billet de cette série sur Tidö de « cris continuels » dans l’hémicycle, lors du discours de politique générale de F. Bayrou. C’était le 14 janvier. Or, le 21, Argoul  évoque sur son blog le chapitre XIII (et ultime) du Livre III des Essais. Citons : « Nos députés qui font les lois ne sont guère meilleurs que les législateurs d’Ancien régime : une bande de singes braillards peut-elle énoncer ce qui est juste à l’intérêt général ? L’invective et la posture peuvent-elle susciter l’intelligence ? En quoi Montaigne est toujours actuel… Qui ne dirait que les gloses augmentent les doutes et l’ignorance ? »)

Julius Kronberg, La sagesse - Capture d'écran


Bon, pour ce qui est des deux partis d’extrême droite, les Démocrates de Suède de Jimmie Åkesson et le Rassemblement national de Jordan Bardella, on est frappé par certains traits communs entre les deux meneurs actuels. Tous les deux ont pris très jeunes les rênes de leurs partis : J. Åkesson est devenu porte-parole du sien quelques jours avant d’avoir 26 ans (en 2005), J. Bardella, lui, est devenu président du R.N. le jour même de ses 26 ans (en septembre 2021) !
Le premier publie une autobiographie en 2013 (il a donc alors 34 ans) ; le deuxième en a publié une en 2024 à 29 ans…
Plus sérieux : d’anciens Waffen SS se retrouvent parmi les membres fondateurs des deux partis.

Dans les faits, force est de constater que, paradoxalement, l’expérience suédoise, plus durable, est plus extrême dans un certain néolibéralisme – baisses d’impôts, lors que Barnier prévoyait plutôt de les augmenter ; il est vrai dans des situations économiques différentes –, baisses des allocations au chômage… Et, dans ce néolibéralisme, la partie extrême de l’attelage a essayé de freiner. On connaît de vagues remugles « gilets-jaunistes » du Rassemblement national. Pour la Suède, Marius Perrin rappelle (pp. 4-6) que « Le parti de Jimmie Åkesson n’avait de cesse depuis le courant des années 2000 de se poser comme le nouveau parti des classes populaires, attaché au concept de Folkhem (Maison du peuple) développé dans les années 1930 par le Premier ministre socialiste Per Albin Hansson et fortement associé à l’État-providence. »
L'alliance suédoise est allée plus loin aussi que ne le prévoyait Barnier (si vraiment ces gens prévoyaient quelque chose) en France pour ce qui est de la restriction de l’immigration.
Marque de son orientation fondamentale (on a rappelé d’où venaient les gens de « SD » – les Démocrates de Suède) : le gouvernement Kristersson a essayé de mettre en place une obligation aux fonctionnaires de dénoncer des situations de personnes en situation irrégulière !

Julius Kronberg - Capture d’écran

En Suède comme en France, la politique environnementale est la grande perdante de ces expériences (et, en France, de ses suites ; Bayrou ayant cru bon de s’en prendre, pour complaire à la FNSEA, aux agents de l’Office Français de la Biodiversité). Le nucléaire – ce n’est certes pas là l’apanage de l’extrême droite – est relancé plus que jamais… (Oui, décidément, une partie de ces gens semble complètement oublier l’est du Monde : la guerre en Ukraine, mais aussi et là encore, Tchernobyl, ou ce qui se passa au Japon, à Fukushima, en 2011.)

Marius Perrin (article de la Fondation Jean Jaurès) évoque les perspectives des Démocrates de Suède. Ils semblent avoir pris ce qu’ils pouvaient de l’électorat (plutôt de classes populaires) autrefois dévolu aux Sociaux-Démocrates. Il leur reste donc à continuer de grignoter celui de la droite plus modérée, ce qui pourrait à terme fissurer l’entente des deux blocs… Là, à nouveau, on remarque d’étranges correspondances entre les situations française et suédoise.
Quant à la question des raisons de la durabilité de l’expérience suédoise au regard de la française, posée le 15 janvier dernier, on a vu que J. Åkesson était « porte-parole » de son mouvement politique ; et il le contrôle. J. Bardella, lui, est « président » du sien, mais on sait qu’il y a quelqu’un au-dessus. Ceci explique peut-être cela.


Nils Blanchard


Et puis... 

On ne va pas parler sans cesse ici de Donald Trump. Mais alors que ce dernier ressort des Accords de Paris, de l’OMS, conspue la Cour pénale internationale… on peut se rappeler qu’en août 1941, Churchill est allé rencontrer Roosevelt au large de Terre Neuve. S’est ensuivi la Charte de l’Atlantique, qui a posé les bases du système international des Nations Unies. C’est ce système qui est remis en cause, aujourd’hui, par les grandes puissances plus ou moins grignotées par les « oligarques » : Russie et Chine d’un côté… États-Unis donc de l’autre.
Cette charte de l’Atlantique fut signée dans ce qui était, dans ce qui est toujours, les eaux territoriales du Canada, qu’un Trump aujourd’hui voudrait « intégrer » à « son » pays.

W. Churchill, F. D. Roosevelt, 9 août 1941

Il est vrai que la Charte de l’Atlantique fut, dans les faits, vite mise à mal, dès l’entrevue de Londres entre les ministres des Affaires étrangères britannique et soviétique A. Eden et V. Molotov du 26 mai 1942, le premier ayant dû concéder au second un « glacis de sécurité » à ses frontières stratégiques. « Glacis »… avant-goût de vocabulaire de guerre froide…
Mais c’était en pleine guerre. On se demande quelles raisons ont poussé les extrêmes français actuels – et quelques gens de droite – à devenir poutinolâtres dès les années 2010, peut-être avant…


NB

dimanche 2 février 2025

Tidö, France – Liens et dissemblances - 3

Retour sur ces gouvernements mâtinés d’extrême droite, en Suède et en France ; Ulf Kristersson versus Michel Barnier.
Le sujet, ici, est à mon sens assez désagréable (mais, une fois n’est pas forcément coutume, soulève des questions on peut plus d’actualité)

NB - Janvier 2025


Mais il est bien d’autres époques, thèmes, sur lesquels on pourrait apposer cette comparaison entre des passages étrangement parallèles de la Suède et de la France. (Serait-il par exemple si abracadabrantesque que de comparer – comparer, simplement… – les situations de la Suède et de la France pendant la Seconde Guerre mondiale : divers soutiens à la Finlande, situations face à la phase victorieuse de l’Allemagne nazie…) Ceci entre parenthèses donc.

Au fond, les constitutions des deux pays ne sont pas si dissemblables ; plus exactement, elles fonctionnent (et c’est du reste logique, ce sont des démocraties) de manière comparable face à l’éparpillement des partis (avec le surgissement des extrêmes gauche et droite à des niveaux concurrençant les « partis de gouvernement »). Un chef de gouvernement nommé (par le talman du Riksdag en Suède, par le président de la République en France) est bloqué devant le parlement s’il ne parvient pas à s’en faire reconnaître (en France, après 49-3 et censure).
Dans les deux cas (hors période de soutien de l’extrême droite), on peut voir, comme sous les troisième et quatrième républiques, d’anciens chefs du gouvernement redevenir simples ministres : Carl Bildt sous Fredrik Reinfeldt, Manuel Valls et Elisabeth Borne sous Bayrou...

Julius Kronberg, Abondance - Capture d'écran 

(Ne peut-on voir en cette image la démocratie dispensant ses bienfaits aux extrêmes, comme à la fin d’un repas où tout le monde s’égare?)

Pour ce qui est des ressemblances, dans les deux cas (Kristersson et Barnier), les gouvernements ont été nommés lors que la gauche avait « gagné » les élections, comprenez qu’elle était arrivée en tête en sièges ou en voix. Cela, très nettement en Suède (30,33 % des voix aux sociaux-démocrates, près de 10 % de plus que l’extrême droite arrivée deuxième), moins en France (Nouveau Front populaire : 26,63 % des voix au second tour et 190 sièges) mais l’extrême droite est en tête en pourcentage (37,10 % mais « que » 143 sièges). (En l’occurrence, ironiquement, la gauche française qui réclame la proportionnelle a été favorisée par le scrutin majoritaire ; itou le centre…)
Et les leaders des deux gouvernements, issus de partis conservateurs de gouvernement, représentaient tous deux des partis en déroute électorale.

Dans les deux pays, les gouvernements mâtinés d’extrême droite (Kristersson et Barnier) sont arrivés après des crises institutionnelles relativement inédites. En Suède, le talman (président du Parlement) Andreas Norlén (par ailleurs compilateur de poésie) a eu du mal à trouver une solution viable pour gouverner la Suède. En France, l’abracadabrantesque dissolution de l’Assemblée nationale n’a pas arrangé l’état de désordre dans lequel se trouve cette assemblée.
Ces crises institutionnelles : liées au déséquilibre engendré par la montée de pôles nouveaux (à ce niveau de voix ; en l’occurrence les extrême droites notamment) rendant impossibles les majorités sur les modèles passés.

Il est à noter que dans les deux pays, les dernières majorités de gauche (celles de Magdalena Andersson en Suède, de François Hollande en France), avaient été affaiblies (celle de F. Hollande beaucoup plus que la suédoise il est vrai) par des défections de leurs ailes gauches (les « frondeurs »…)

Julius Kronberg - Capture d'écran


(Là, ne peut-on voir à la place de ces muses les trois mouvances ordinaires de gouvernement – gauche, centre et droite – observant avec une certaine légèreté d’autres courants d’opinions les rejoignant dans le grand bain?)

En l’occurrence, pour ce qui est des dissemblances entre les situations française et suédoise en 2024, on peut noter que l’extrême gauche (ou une partie d’icelle), en Suède, ne flirte pas à ma connaissance avec l’antisémitisme.

Je suis obligé d’écrire : à suivre…


Nils Blanchard


Et puis : - Sur Trump : Reed Brody, entendu peu après l’élection du président américain sur France info, de remarquer que c’est Trump qui a fait la division entre démocrates et républicains notamment… alors même qu’il disait dans son second discours passablement improvisé au Capitole que c’était dommage qu’il y ait ces divisions !

- Reed Brody de prévoir un second mandat beaucoup plus problématique que le premier, car lors du premier, Trump n’était pas préparé, avait des gens légalistes dans son équipe… Là, il a des gens prêts à lui obéir au doigt et à l’œil.
Et de ça aussi on reparlera.

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...