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mardi 11 mars 2025

Jacksonite et mort d’une marraine

Mars ; temps de la guerre, mais aussi des prémisses du printemps ; c’est trompeur… Court séjour à l’Ouest – entre autres pour les obsèques de ma marraine… (Pas particulièrement suédoise ; mais c’est elle qui m’avait fait découvrir Henning Mankell…)

NB - mars 2025


Peu avant, allocution d’E. Macron à propos de l’évolution géopolitique (5 mars). C’est dès la Seconde Guerre de Tchétchénie que beaucoup ont compris (pas certains extrêmes, pas certains hommes de droite) que le poutinisme était dangereux, foncièrement malintentionné. Je me souviens d’un article, dans Le Monde je crois, d’André Glücksmann à ce propos.

Oui, on change d’ère. Ce qu’on appelle l’époque contemporaine, à partir de 1789, est divisée ainsi en périodes, qui se révèlent – ce sont là les secrets de la chimie des temps et des pensées – parfois plus tard. Ainsi en est-il des années 1941-1942, qui marquent l’entrée des États-Unis dans la guerre (décembre 41), l’attaque allemande en URSS (été), mais aussi la conférence de Wannsee (20 janvier 1942). On pourrait y ajouter la confirmation du programme atomique par Roosevelt.
La Seconde Guerre mondiale est fondamentalement différente de la Première (étrange tendance à lier les deux en un seul conflit, çà et là…) Certes elles ont des ressemblances, des logiques communes ; mais cette industrialisation de l’horreur et de l’inhumanité (la Shoah), ce développement d’armes menaçant l’existence même de notre espèce (l’atome), j’ajouterais aussi les alliances problématiques (un Henry Ford soutien du parti nazi, ou encore l’alliance avec le totalitarisme lénino-stalinien…), ont plongé le monde dans un provisoire illusoire (guerre froide puis lendemains incertains, dont on sortirait maintenant).

NB (enfant) - Jacqueline Roulet

Ma marraine, Jacqueline Roulet, est morte le 4 mars à 102 ans. Femme, dans mon souvenir, de principes, çà et là, d’éclats de rires et de lectures, amoureuse aussi des plantes et des jardins, elle était donc née en 1922, un an après Elmar Krusman.
1921, 1922 – dates qui sont revenues, par hasard, en ce blog… – ce sont les années qui suivent les traités de Paris (dont celui de Versailles), qui ont forgé une Europe de l’échec.
Ce sont les années folles ; Dada a déjà été terrassé par les surréalistes.
Ma marraine a onze ans quand Hitler arrive au pouvoir et, quasiment au jour près, Roosevelt est investi président (Trump en a troqué le portrait, paraît-il, dans le « salon ovale » de la Maison-Blanche, par celui d’Andrew Jackson, par ailleurs planteur esclavagiste, auteur du Indian Removal Act de 1830, bref, du beau monde…)
D'un côté les fantasmes, la folie morbide, de l’autre un certain keynésianisme face à la crise, le pari en la démocratie.
En 1941, ma marraine a quasiment vingt ans. Je pense qu’elle a déjà dû contracter une tuberculose osseuse qui lui occasionnera toute sa vie quelques difficultés à marcher (ce qui ne l’a pas empêchée de courir le monde et la vie).
Je lui ai toujours trouvé un certain air de gravité, de réserve, face aux évolutions du monde. On ne la lui faisait pas ; tout ça n’était pas une plaisanterie.
Son grand homme : Senghor, parce qu’elle avait passé quelques années en Afrique au moment de l’alliance entre le Mali et le Sénégal.

NB - mars 2025

Précisément – j’y pense à cause des sécheresses au Sahel – quelque chose manque, régulièrement, aux discours de Macron, de bien d’autres : le souci de l’environnement.
Et si l’oubli quasi complet, dans l’industrialisation triomphante des dix-neuvième et vingtième siècle, de notre condition de vivants, parmi d’autres vivants, n’avait pas été la ciguë qui avait préparé notre humanité à ce qu’on appelle, d’un hochement d’expression, les « horreurs du vingtième siècle » ?
Ce sont les rejetons de ces pages sombres qu’il faut stopper.


Nils Blanchard


Triche. Rajout d’étiquettes du dernier billet : Charles Ponsonailhe, AfD, Volker Schlöndorff, Friedrich Merz, Ukraine.

dimanche 2 mars 2025

« I’m not playing cards... »

Sensation amère, désagréable, après l’accès d’ignominie du ticket présidentiel américain face à Volodymyr Zelensky, le 28 février à la Maison-Blanche. Ce court mois, qui vient de s’écouler, a révélé, avec des lumières de compromissions poutinesques plus crues encore que ce qu’on pensait, la pellicule de la trumperie.

Nicolas Poussin, L'Adoration du Veau d'or - Wikipedia

Quand on regarde un extrait de vidéo de cet événement, sur le site du Göteborgs Posten, on voit Zelensky « attaqué » conjointement par Trump et Vance ; véritablement, des journalistes l’ont noté : impression que ce sont des gangsters qui dirigent les États-Unis. La voix traînante et forte, désagréable, « vrillante », de Trump, voix d’enfant gâté… Zelensky empêché de parler, interrompu… Dans l’extrait, cette réplique de Zelensky à qui Trump explique : « You don’t have the cards right now » ; Zelensky : « I’m not playing cards. »
Une chose qu’il faut rappeler aussi, pour mesurer la goujaterie des « hôtes » de la maison blanche, est que Zelensky est seul à s’expliquer face à plusieurs « contradicteurs », et que lui, contrairement aux autres, parle dans une langue étrangère (qu’il maîtrise… Mais imagine-t-on Trump comprendre et dire trois mots d’une langue étrangère?)

Illustration de couverture: Henri Meyer


Imaginerait-on Churchill se faire traiter de la sorte par Roosevelt ? Le simple fait qu’on dusse comparer (de par, oui, leurs fonctions…) Trump et Roosevelt pose un problème intellectuel, une sorte d’abysse, difficilement « négociable », pour employer leurs mots.

Encore une fois, échec diplomatique de Macron (il refait un peu la même erreur qu’avec Poutine il y a trois ans, et ce sans l’excuse de la nouveauté, de ne pas connaître les gens en question…), quand il est allé à la Maison-Blanche il y a quelques jours et a laissé des images où on le voit frétiller avec Trump… Difficile de le lui reprocher cependant. Comme le geint D. Trump, il y a des gens qui meurent en Ukraine ; tout pouvait être tenté pour aboutir à une paix, au moins provisoire.
Tout, sauf l’inacceptable.

C'est fini : les États-Unis ne sont plus les alliés de l’Europe. Dans un sens, ça clarifie une situation qui devenait de plus en plus intenable avec le temps (et avec les élections américaines!), d’un continent qui s’en remet à une autre puissance pour garantir sa sécurité. Mais ça tombe à un mauvais moment pour les Ukrainiens, qui sont au début de leur quatrième année de guerre contre l’envahisseur russe.

Le Lorrain, L'Adoration du Veau d'or

Dans Expressen, Göran Rosenberg écrivait, le 15 février : « Den rörelse och de opinioner som Donald Trump lyckades väcka och mobilisera hade den sekteristiska väckelsens alla kännetecken; fanatism, intolerans och verklighetsförakt. Vad den amerikanska konstitutionens arkitekt, James Madison, inte kunde eller ville föreställa sig var att en sekt (faction) skulle kunna växa sig stor och stark nog att genomtränga hela den amerikanska unionen (…). »

« Le mouvement, les opinions que Donald Trump a réussi à éveiller et mobiliser présentaient toutes les caractéristiques de l’émergence sectaire ; fanatisme, intolérance et mépris de la réalité. Ce que l’architecte de la constitution américaine James Madison, ne put ou ne voulut s’imaginer est qu’une secte (ou une faction) pût devenir suffisamment grande et forte pour dominer l’ensemble des États-Unis (…) »

Une secte au service de quoi ?
De l’argent, et de caprices d’enfants gâtés. C’est l’adoration du veau d’or. On y reviendra (malheureusement).


Nils Blanchard

mardi 11 février 2025

Tidö, perspectives – temps long - 4

Les accords de Tidö ont été prévus, travaillés (avec quelle pertinence, c’est une autre affaire) ; 63 pages de contrat gouvernemental. L’attelage Barnier – RN, en France, semble avoir été plus improvisation d’un instant ; instant de panique ou de mauvais conseils d’obscurs marquis ?

NB

Ce billet, comme son titre l’indique, fait suite à trois autres :

- Tidö, France - 1 (15 janvier 2025).

Et récemment, le 7 février dernier, a été publié un article complet (Marius Perrin, Fondation Jean Jaurès, février 2025 ; il ne semble cependant pas bien tenir compte des dernières évolutions en France, et notamment de l’expérience Barnier, lors qu’il compare la Suède et la France dans sa dernière parie…) faisant le tour de la question que pose en Suède et en Europe le gouvernement suédois (issu de ces accords de Tidö).

(Drôle, de hasard, je parlai au premier billet de cette série sur Tidö de « cris continuels » dans l’hémicycle, lors du discours de politique générale de F. Bayrou. C’était le 14 janvier. Or, le 21, Argoul  évoque sur son blog le chapitre XIII (et ultime) du Livre III des Essais. Citons : « Nos députés qui font les lois ne sont guère meilleurs que les législateurs d’Ancien régime : une bande de singes braillards peut-elle énoncer ce qui est juste à l’intérêt général ? L’invective et la posture peuvent-elle susciter l’intelligence ? En quoi Montaigne est toujours actuel… Qui ne dirait que les gloses augmentent les doutes et l’ignorance ? »)

Julius Kronberg, La sagesse - Capture d'écran


Bon, pour ce qui est des deux partis d’extrême droite, les Démocrates de Suède de Jimmie Åkesson et le Rassemblement national de Jordan Bardella, on est frappé par certains traits communs entre les deux meneurs actuels. Tous les deux ont pris très jeunes les rênes de leurs partis : J. Åkesson est devenu porte-parole du sien quelques jours avant d’avoir 26 ans (en 2005), J. Bardella, lui, est devenu président du R.N. le jour même de ses 26 ans (en septembre 2021) !
Le premier publie une autobiographie en 2013 (il a donc alors 34 ans) ; le deuxième en a publié une en 2024 à 29 ans…
Plus sérieux : d’anciens Waffen SS se retrouvent parmi les membres fondateurs des deux partis.

Dans les faits, force est de constater que, paradoxalement, l’expérience suédoise, plus durable, est plus extrême dans un certain néolibéralisme – baisses d’impôts, lors que Barnier prévoyait plutôt de les augmenter ; il est vrai dans des situations économiques différentes –, baisses des allocations au chômage… Et, dans ce néolibéralisme, la partie extrême de l’attelage a essayé de freiner. On connaît de vagues remugles « gilets-jaunistes » du Rassemblement national. Pour la Suède, Marius Perrin rappelle (pp. 4-6) que « Le parti de Jimmie Åkesson n’avait de cesse depuis le courant des années 2000 de se poser comme le nouveau parti des classes populaires, attaché au concept de Folkhem (Maison du peuple) développé dans les années 1930 par le Premier ministre socialiste Per Albin Hansson et fortement associé à l’État-providence. »
L'alliance suédoise est allée plus loin aussi que ne le prévoyait Barnier (si vraiment ces gens prévoyaient quelque chose) en France pour ce qui est de la restriction de l’immigration.
Marque de son orientation fondamentale (on a rappelé d’où venaient les gens de « SD » – les Démocrates de Suède) : le gouvernement Kristersson a essayé de mettre en place une obligation aux fonctionnaires de dénoncer des situations de personnes en situation irrégulière !

Julius Kronberg - Capture d’écran

En Suède comme en France, la politique environnementale est la grande perdante de ces expériences (et, en France, de ses suites ; Bayrou ayant cru bon de s’en prendre, pour complaire à la FNSEA, aux agents de l’Office Français de la Biodiversité). Le nucléaire – ce n’est certes pas là l’apanage de l’extrême droite – est relancé plus que jamais… (Oui, décidément, une partie de ces gens semble complètement oublier l’est du Monde : la guerre en Ukraine, mais aussi et là encore, Tchernobyl, ou ce qui se passa au Japon, à Fukushima, en 2011.)

Marius Perrin (article de la Fondation Jean Jaurès) évoque les perspectives des Démocrates de Suède. Ils semblent avoir pris ce qu’ils pouvaient de l’électorat (plutôt de classes populaires) autrefois dévolu aux Sociaux-Démocrates. Il leur reste donc à continuer de grignoter celui de la droite plus modérée, ce qui pourrait à terme fissurer l’entente des deux blocs… Là, à nouveau, on remarque d’étranges correspondances entre les situations française et suédoise.
Quant à la question des raisons de la durabilité de l’expérience suédoise au regard de la française, posée le 15 janvier dernier, on a vu que J. Åkesson était « porte-parole » de son mouvement politique ; et il le contrôle. J. Bardella, lui, est « président » du sien, mais on sait qu’il y a quelqu’un au-dessus. Ceci explique peut-être cela.


Nils Blanchard


Et puis... 

On ne va pas parler sans cesse ici de Donald Trump. Mais alors que ce dernier ressort des Accords de Paris, de l’OMS, conspue la Cour pénale internationale… on peut se rappeler qu’en août 1941, Churchill est allé rencontrer Roosevelt au large de Terre Neuve. S’est ensuivi la Charte de l’Atlantique, qui a posé les bases du système international des Nations Unies. C’est ce système qui est remis en cause, aujourd’hui, par les grandes puissances plus ou moins grignotées par les « oligarques » : Russie et Chine d’un côté… États-Unis donc de l’autre.
Cette charte de l’Atlantique fut signée dans ce qui était, dans ce qui est toujours, les eaux territoriales du Canada, qu’un Trump aujourd’hui voudrait « intégrer » à « son » pays.

W. Churchill, F. D. Roosevelt, 9 août 1941

Il est vrai que la Charte de l’Atlantique fut, dans les faits, vite mise à mal, dès l’entrevue de Londres entre les ministres des Affaires étrangères britannique et soviétique A. Eden et V. Molotov du 26 mai 1942, le premier ayant dû concéder au second un « glacis de sécurité » à ses frontières stratégiques. « Glacis »… avant-goût de vocabulaire de guerre froide…
Mais c’était en pleine guerre. On se demande quelles raisons ont poussé les extrêmes français actuels – et quelques gens de droite – à devenir poutinolâtres dès les années 2010, peut-être avant…


NB

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...