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mercredi 29 juillet 2026

Vie d’auteure / ancien blog découvert récemment – Ville et campagne

Évidemment, le titre de ce blog ne peut que m’attirer : « Libertin ». J'ai dû y parvenir par je ne sais quels rebondissements de liens.
Je ne le mets en lien de celui-ci notamment… parce qu’il est anonyme, peut-être – je ne sais même pas si son auteur est… une auteure… Plutôt un auteur…

NB – Londres, avril 2026


Je suis donc tombé sur ce blog, et sur une série d’articles autour de novembre 2018 (le blog, toujours en activité, court depuis décembre 2013…), sur une vie à Londres, les refus d’un manuscrit…

Londres, alors ; j’en revenais, ça tombe bien… (Et aimerais y retourner assez vite… Mais il y a aussi tant de choses à faire à Paris avant… puis il y a aussi… tant de choses à ne pas faire… D’aucuns parleraient de flemme (moi-même, en certaines circonstances), d’aucun d’atavisme méditatif…)

Puis, un titre d’article, le 14 novembre 2018 : « Att refuseras ». Voilà qui nous ramène à un sujet exploré ici aussi… Le billet commence de la sorte :

« Jag suckar över refuseringarna som trillar in en efter en, några standardiserade och intetsägande i sina Tack, men nej tack. Andra positiva och uppmuntrande, men refuseringar likväl. Ett förlag skriver att det var ett av de bättre manus de någonsin refuserat, att det inte var ett enkelt beslut. »

« Soupir, devant les lettres de refus qui se pressent l’une après l’autre, standardisées et sans sens dans leur Merci, mais non, merci. D’autres, positives, encourageantes, refus néanmoins. Un éditeur écrit que ça a été l’un des meilleurs manuscrits qu’ils ont jamais refusé, que la décision n’était pas facile. »

Je pense soudain à Paulhan, aimé et détesté des auteurs, qui dans une même missive – de refus… – pouvait placer le destinataire au plus haut, pour ensuite avancer quelque détail qui rendît le livre temporairement impubliable.
Ainsi refusa-t-il David d’André Dhôtel, qui fut publié quelques années plus tard par Florence Gould (Paulhan à la manœuvre, du reste), puis l’année suivante par les Éditions de Minuit, puis, puis…

Dhôtel écrivait à Florence Gould, en août 1946 (« Les Perroquets déplumés », présentation et notes des lettres d'André Dhôtel à Florence Gould par votre serviteur, 1946 - 1955, publiées dans La Route inconnue, n° 39 de mars 2015, pages 30-43) : « Nous sommes venus passer nos vacances à Provins, et aussitôt que je quitte mon travail nous filons dans la campagne. C’est une campagne qui ressemble par endroits à la Champagne avec des déserts de céréales et des espèces de lieux qui ne ressemblent à rien justement. Mais il y a aussi des bois plus frais que ceux de la Champagne.
Il m’arrive souvent de songer à David et de retrouver cette joie que vous m’avez donnée en accueillant ce livre et en le lisant avec votre franche attention. »

Florence Gould, années 1940 - Capture d’écran

Mais revenons-en au blogueur anonyme, novembre 2018… (Dire que ça fait plus de dix ans que j’ai transcrit ces lettres d’André Dhôtel à Florence Gould!)

Et la campagne. Quelques jours avant le refus, le 5 novembre 2018, Libertin commence un article de la sorte : « En helg på landet. Jag hälsar på Laura och Tim som hyr ett hus utanför Glastonbury. Promenerar över fälten, längs smala landsvägar, upp på Glastonbury Tor. Utsikten. Himlen hög och transparent. Återvänder till huset. Tänder en brasa i den stora spisen, raggsocksfötter, ylletröjor, rufsiga frisyrer. Ett ständigt tedrickande. Djupa andetag. Skratt. »

« Un congé à la campagne. Je rends visite à Laura et Tim qui louent une maison près de Glastonbury. Promenades dans les champs, dans des petits chemins, jusqu’à la tour. La vue. Le ciel haut et transparent. Je reviens à la maison. On allume un feu dans la grande cheminée, bonnes chaussettes, pulls en laine, cheveux décoiffés. On enfile les tasses de thé. Respirations. Rires. »

Puis le lendemain « Train of thought » : « Jag åker tåg och lyssnar på Fleet Foxes. Tänker på Ashley. Utanför är det kolsvart novembermörker och jag är på väg hem. Det känns som en metafor, att resa i mörker. Destinationen höljd i skuggor, framtiden, oöverskådlig. Världspolitiskt, inrikespolitiskt, personligt. Att inte ha en aning. Tänker på levande ljus. Köper en silverljusstake i second hand-butiken på George Street. Tänder stearinljus i mörkret. Lyssnar på Fleet Foxes. Tänker på Ashley. Alltid på Ashley till If you need to, keep time on me. Hennes glödande blick. Eld i bröstet. Alltid den där elden. Hur den jagar och värmer. »

« Je suis en train et écoute les Fleet Foxes. Je pense à Ashley. Dehors, la grande obscurité de novembre et je suis en route pour la maison. Ça a quelque chose d’une métaphore, de voyager ainsi dans le noir. La destination est enténébrée, l’avenir impossible à discerner. Politiques internationale, intérieure, personnelle. N’avoir aucune idée. Pourquoi pas des bougies ? J’en achète dans une boutique d’occasions sur George Street. Je les allume dans l’obscurité ; écoute les Fleet Foxes ; pense à Ashley, à Ashley, toujours, jusqu’à If you need to, keep time on me. Son regard scrutateur. La poitrine en feu. Toujours ce feu. Comme il poursuit et réchauffe. »

Voyager dans le noir… N’est-ce pas une belle image de vie d’écrivain ?


Nils Blanchard


Ajout d'étiquette du dernier billet: Albert Camus.


jeudi 16 juillet 2026

(Konstiga*) sommar dagar

Peut-être ai-je évoqué quelque part l’inventaire d’une bibliothèque d’écrivain, en Auvergne, ce à quoi je reviendrai vraisemblablement.
Mais lors de ce trajet vers l’Auvergne, ma voiture a eu des problèmes. J’ai dû m’arrêter fréquemment pour la laisser reposer. Ça m’a permis de me promener, travailler, même, mais de prendre aussi beaucoup de soleil et de chaleur en ces jours de canicule (début juillet).

NB - Bourgogne, juillet 2026

Alors, forcément, au retour, petit mal classique de petite insolation.

Voiture à réparer (mais il faut trouver un garagiste), qui plus est pneu à changer (j’ai retrouvé au retour de courses un de mes pneus à plat – hasard ? Tracasserie ?)
Ah, et pour couronner le tout, mon antique (et il est vrai moribond) appareil photo numérique (il devait avoir près de vingt ans) a rendu l’âme. Comment en retrouver ? On me dit çà et là que je n’ai qu’à prendre un smartphone.
Eh, eh !

Du coup, j’ai fait une croix sur quelques jours en Suède qui m’auraient fait du bien. La mer me manque !

Et, à peu près remis de mon coup de chaud, appelons ça comme ça, peut-être pas tout à fait encore, je lis le dernier article de Krickelins (Kristin Lagerqvist) : « Sommardagar » (« Jours d’été »). 
Elle est rentrée de sa maison du Languedoc (pas très loin de la côte…)
Images de ponton vers la mer (là, du côté de Varberg, après celles de la bobine et de la maison de la blogueuse), de sandales et serviettes, avant, ou après, un bain…

« Jag hörde att det var sjutton grader i vattnet då jag doppade mig efter morgonens tabata. Det var friskt! (…) Små bitar av sommarlycka att spara som fina minnen. »

« On m’a dit que l’eau était à 17° quand je suis allée me baigner après le Tabata du matin. C’était frais ! (…) Petits morceaux de bonheur d’été à garder comme bons souvenirs. »

Bon, on verra… Je trouverai peut-être la mer quelque part. Vers le nord de la France ? Un autre passé encore…
Mais c’est que j’ai à faire… entre différents papiers ramenés de l’inventaire, différents projets à finaliser.

Frans Timén - Capture d’écran

En attendant, mini (étrange) paradis dans l’enfer.
C'est proche d’une chaîne de réparation de voitures, dans une immense zone commerciale, du côté de Schweighouse. Évidemment, on laisse sa voiture là et on se retrouve avec une heure ou deux à « tuer ». On peut aller dans la grande surface proche, climatisée, avec sa galerie marchande. C’est là, je me souviens, que, l’an dernier, l’été, sirotant un café, j’avais poursuivi une étrange conversation par SMS (je n’ai pas de smartphone…) avec Asuka Kazama
Mais cet endroit improbable (mais réel) dont je parle, lui, n’est pas climatisé. Il est difficile à trouver ; une vague pancarte ; d’ailleurs, il n’y a là à peu près jamais personne.
Il faut passer une sorte de palissade de planches.
Un ventilateur (étrange, amélioré de bouteilles d’eau…) fait un office incertain.

Le couple de tenanciers, pour peu que vous l’y lanciez un peu, vous parlera du Portugal (vous en servira une bière). Quelque part vers le sud je crois, pas loin de la mer.


*étranges


Nils Blanchard


Ajout d’étiquettes du billet précédent : Jean-Loup Trassard, Boileau-Narcejac, Observatoire André Dhôtel.

Ajout. En ces temps d’incendies, jusqu’à la belle forêt de Fontainebleau (il est vrai que là, plusieurs vilaines gens ont allumé la chose…), la lecture d’André Dhôtel – là, Les lumières de la forêt, réédité il y a quelques mois par Fata Morgana – est un délice, mais aussi un prétexte d’énervement. C’est que j’entendais encore je ne sais quel tenant des « Républicains » actuels, vouer aux gémonies les écologistes parce qu’ils sont contre le nucléaire, pour la décroissance… Dans le discours de cette personne, le nucléaire est une sorte de formule magique efficace contre tous les maux de nos temps. Espérons qu’on n’ait jamais à demander des comptes à ces gens en cas d’accident (type Fukushima) sur le sol français… Quant à la décroissance…
Mais je m’égare. Je voulais évoquer Les Lumières de la forêt à cause d’un article d’Alluvions du 13 juillet dernier, intitulé « L’Œil du sorcier », titre d’un livre de Philippe Alfonsi et Patrick Pesnot. (Au passage, ce prix a obtenu le prix Guy-Vanhor en 1973, qu’Héloïse Combes, quant à elle, a obtenu en 2019 !)

Mais, le livre est évoqué parce qu’il parle d’absence de sorcellerie dans le Berry (ça peut sembler un peu compliqué à résumer, allez-y voir…)
C'est cela qui me ramène aux Lumières de la forêt, page 68 :

« – Comprenez-vous, dit-il [un personnage qui veut raser une forêt pour construire une usine, mais évidemment les choses se compliquent], que maintenant je redoute l’immensité de cette forêt tout comme les gens des campagnes, qui font les contes que vous savez ? »

Carl Köhler, Jours sur terre - Capture d’écran

Quant aux « Républicains » actuels et autres frontistes qui il y a encore quelques mois se contrefichaient du réchauffement climatique, des problèmes environnementaux (et semblent s’en contrefiche toujours au vu de leurs réflexions), sans vouloir le politiser en aucune manière (ce serait bien difficile ; du reste peut-être en reparlera-t-on…), Dhôtel de conclure :

« Mais il est tout à fait impossible d’imaginer que la forêt cesse d’exister un jour avec ses bêtes, ses oiseaux lumineux, sa paix profonde et ses tempêtes, sans oublier ses hôtes étranges (…) »

NB

vendredi 3 juillet 2026

Art, nature, sciences… Singe nu

Écouté un peu par hasard une partie de l’émission L’Heure philo, de Patricien Martin (le 20 mars 2026 sur France inter). Alain Badiou y devisait du concept de nature, en lien à son dernier livre.
Bon, j’ai voulu réécouter sur le site de la radio le moment qui m’intéressait, mais il faudrait pour cela créer un compte, comme chez un marchand de fripes. De plus en plus, me semble-t-il, les comptes ne font pas les bons amis.


Peu importe ; c’est vers le milieu de l’entretien, à deux reprises, Alain Badiou de remarquer que la science d’un côté et, de l’autre, son « exact contraire » (je cite de mémoire, me trompe peut-être dans les mots), l’art, avaient l’une et l’autre un rapport privilégié à la nature.

Alors, forcément, j’ai pensé à André Dhôtel, à la fois artiste et féru de sciences, en tout cas de sciences naturelles (étude des plantes, champignons…), comme l’illustrent bien les couvertures des rééditions (qui datent déjà un peu, les rééditions) des (fort belles) éditions Libretto.

Dans la même mouvance, on pourrait ajouter George Sand, Germaine Beaumont…


Mais j’ai repensé aussi à ce concept théâtral des binômes, duquel il a été question dans cet article. Là, my brother intervient régulièrement.
On lit sur la page de présentation cette explication de Thibault Rossigneux (le directeur artistique de la compagnie) :

« (.) C’est avant tout l’envie de faire se rencontrer deux individus évoluant dans des milieux très différents mais passionnés par leurs activités réciproques. L’un consacre sa vie à la recherche l’autre à l’écriture. binôme permet de découvrir de façon non didactique la Science qui devient une source féconde d’inspiration pour la Théâtre contemporain. Ces deux univers, à priori si différents, s’enrichissent mutuellement et donnent vie à une œuvre artistique originale et riche. (…) »

« Exact contraires » chez Badiou – est-ce si sûr ? – ; « milieux très différents » pour T. Rossigneux…
Dhôtel, entre ces rives, navigue comme guidé par des signes d’autre monde… Allez-y voir !


Ça me ramène à Sanja Särman (illustratrice de la couverture des premier et troisième livres de Wera von Essen), qui est donc peintre, mais auteure aussi. Elle a publié son premier livre l’année dernière (je ne l’ai pas encore lu…) et, avant cela, avait (entre autres) publié ces “Letters from Plants to Humans” in The Cosmic Bulletin, published by the Institute of the Cosmos in collaboration with The Riga International Biennal of Contemporary Art 2, RIBOCA2 (2020). Ça commence ainsi :

« We sustain the biosphere. Out of mercy, the naked monkey will say. But mercy is a human concept. Our so-called mercy is elegance, nothing but elegance. We are merciful in the sense that the whole planet basks in our beauty. You should be grateful that our rootlets unwind like this, that our boughs bow down like that, and if you are not grateful, you will kill us. All the worse—for you. We are too elegant for retaliation. We will accept death. We are the Plants, and you live at our mercy. But mercy is a human concept. We do not see it that way. We do not see at all. Seeing is already sacrilege. »

J'écrivais justement à Héloïse Combes quelque bavardage à propos de cécité, parce qu’il en est question dans de récents articles de Patrick Bléron, dans le blog Alluvions (en lien de celui-ci, etc.), fascinants (ces articles) en lien à Tirésias (entre autres, via Cesare Pavaese…) et… Ernst Jünger, l’écrivain entomologue, qui à sa manière s’y retrouvait aussi entre les contraires, science et art, voire… Occupation et francophilie ; il participa pendant la guerre aux déjeuners de Florence Gould ; c’est une autre histoire évidemment.


Nils Blanchard


Ajout : Et voilà les binômes (compagnie Les Sens des Mots), à nouveau, en Avignon ; dans quelques jours…

jeudi 18 juin 2026

Il y était donc encore ? / Rien à voir. Enfin, si : David Hockney

Je me suis souvent défié des gens accordant a priori l’étiquette de la sagesse à la vieillesse.
Là, on a l’exemple d’un homme (relativement) âgé et semble-t-il malade (mais pas mentalement), qui arbore une certaine figure du sage dans son blog, et qui d’ailleurs partage son expérience (littéraire, philosophique parfois…) avec générosité et souvent de manière bien intéressante.

David Hockney - Royal Academy, London, janvier 2012 - Wikipedia

Je veux parler de Thomas Nydahl (blog « Nydahl Occident »), en lien indirect de celui-ci via « Nordic Voices in translation » et « Bernur »…
On lit en effet avec une certaine consternation ce qu’il écrit le 15 juin (sous un titre un peu redondant : « Sociala medier och dumheterna » / « Réseaux sociaux et idioties ») :

« () Jag behöver egentligen inte ens förklara varför. Men jag stängde både Facebook och Instagram. Allt det som är bra, konstruktivt och till glädje förstörs av det destruktiva och ovänligt nedbrytande. (…) »

« () Nul besoin d’expliquer pourquoi. Mais j’ai quitté Facebook et Instagram. Tout ce qui est bien, constructif, source de bonheur, y est abîmé par le dénigrement destructeur et haineux. (…) »

Il y était donc encore ?
Évidemment qu’il n’est pas nécessaire qu’il explique pourquoi il quitte ces choses ; on peut se demander en revanche ce qu’il y faisait, et depuis longtemps semble-t-il…

David Hockney, The Queen's Window,
Westminster Abbey - Wikipedia

On me dira : qu’en sais-tu ? Tu n’y vas pas…
C'est l’argument des lepénistes 2.0 : « il faut l’essayer... » Eh ! Pourquoi n’essaieraient-ils pas de lécher un trottoir, pendant qu’ils y sont ?

Bon. Rien à voir à peu près, mais pendant la période du Covid, j’ai trouvé je ne sais où sur le net – sur un blog, vraisemblablement, qui peut-être lui-même tirait ces images de quelque « réseau » « social » ? ; on pourrait dire alors, d’une certaine manière, que j’y suis allé indirectement… – des images peintes sur tablettes (sur « ipad ») par David Hockney.
Eh ! David Hockney. Mort le 11 juin 2026.

Il se trouve (ce genre de chose m’arrive parfois), que j’ai écrit un poème sur lui, autour de lui… sur ses paysages comme étrangement dhôteliens.

NB - Ardennes

Les 14 et 16 juin 2026 (en partie dans le train) : Début d’été encore

Aux contreforts de la Champagne
ou de l’Ardenne allez savoir
Gare étrange gris Mitterrand
David Hockney n’y saurait voir

les pommiers en fleurs de la Normandie,
les herbes et champs folâtres qui rient
/ qui riaient,
sur sa tablette
lors des confinements

Le train vrille au cœur des campagnes
sa vitesse et en désespoir
de cause on fixe un monument,
un arbre, une vache, un terroir…

à travers la vitre aujourd’hui salie
au milieu d’aliens sur leurs écrans gris
Lui, peignait
sur sa tablette
Il est mort maintenant


Nils Blanchard


dimanche 7 juin 2026

Fragments / Reflets du blog

Christine Epstein a écrit (éditions Pierre Mainard, 2025) un beau livre d’aphorismes que je ne saurais trop recommander. Tenez, page 33 : « Remerciez les gens qui vous envoient balader, ils vous aident à retrouver un chemin. »

Capture d’écran

 Exposition sur Hilma af Klint au Grand Palais (avec la collaboration du Centre Pompidou) c’est du 6 mai au 30 août 2026.
On lit sur la page de présentation de l’événement : que son œuvre a « bouleversé la chronologie de l’art moderne. Pour la première fois en France, découvrez l’univers visionnaire de Hilma af Klint (1862-1944) ». Cela, pour la période 1906-1915. Bon, pour la première fois en France, peut-être, mais j’avais quand même évoqué cette peintre il y a environ un an.

Capture d’écran – Gabrielles blogg ; Västerbron, 1936. (Photographe :
Cronquis Gustaf W:son ; source Stadsmuseet, Fotonummer : CRD 23.)

Autre date, 1936.
Ça vient d’un article du 13 mai 2026 de Gabrielle Roland Waldén – Gabrielles blogg –, narrant une série d’événements abracadabrantesques ; victime d’une intoxication alimentaire, elle est conduite à l’hôpital, où la rejoint son fils à vélo. Elle repartira en taxi chez elle dans la nuit après une batterie d’examens, mais son fils, en rentrant à vélo, passe par le Västerbron (le Pont de l’Ouest). On apprendra aussi qu’un aviateur dans les années 50 est passé en dessous avec un Saab…) Mais le fils cycliste a été acteur d’une fait divers assez triste :

« Klockan var halv 2 eller så på natten och bron låg öde, inte en enda nattvandrare, inte en enda bil, buss eller cykel. Tomt. Men uppe på krönet höll en ung kvinna på att försöka klättra över räcke och säkerhetsstängsel för att kasta sig ut. Sonen stannade förstås och talade med henne. I smyg larmade han polisen som kom snabbt med släckta lyktor. Kvinnan sprang iväg mot Långholmen tätt följd av en vältränad polis. Sonen kunde fortsätta hemåt igen. Dramatisk kväll och natt. »

« Il était vers les une heure et demie du matin et le pont était désert ; pas un noctambule, pas une voiture, bus ou vélo. Vide. Mais en haut du pont une jeune femme essayait de franchir la balustrade et la barrière de sécurité pour se jeter dans le vide. Alors forcément mon fils s’est arrêté et lui a parlé. Discrètement, il a appelé la police qui est arrivée rapidement, sans les gyrophares. La femme s’est enfuie vers Långholmen suivie de près par un policier sportif… Mon fils a pu reprendre son trajet vers la maison. Soir et nuit dramatiques. »

(Långholmen est une petie île au centre de Stockholm où des bateaux sont remisés en hiver, et mouillés l’été ; il y a là une ancienne prison qui sert d’auberge de jeunesse et d’hôtel. J’y ai vécu pas mal de temps…)

Bon, mais la photo qui accompagne l’article date de 1936.
Une photo de votre humble serviteur du même pont doit dater du tout début du vingt-et-unième siècle, illustrant un billet paru il y a plus de deux ans.

Mais, dans un article du lendemain de celui de Gabrielles blogg, sur le site « Vu de la hune », apparaît une photo de Willy Ronis de… 1936. Eau et ville encore.

Willy Ronis, La Place de la République,
1936 - Capture d’écran

Mais retour à la capitale suédoise, dans le blog de Julia Eriksson cette fois. Là, soudain, la photo d’une rue de Stockholm (quelque part vers Södermalm), me ramène à des temps (relativement) anciens. Coup de blues… Aussi, étrange circonspection… Quoi, je ne pourrais, maintenant, sortir simplement de chez moi et me retrouver là, comme cela m’arrivait alors ?

Capture d’écran - juliaeriksson.se

Quels gens passent, maintenant exactement, que je ne peux approcher, croiser ?
Cette réalité est là, à portée de regard ; la photo date d’il y a quelques jours vraisemblablement (l’article date du 13 mai…) ; elle aurait pu avoir été prise il y a quelques minutes et publiée de suite ; c’est la « magie » des blogs… Semblant d’accès à une autre réalité ; mais en même temps…


Nils Blanchard

mercredi 6 mai 2026

De la retenue / héritiers

Fâchons-nous un peu, avec des sujets plus ou moins récents… Et tâchons d’éviter par là-même les raccourcis, mensonges, bêtises de divers fâcheux, qui n’ont bien sûr guère vocation à monopoliser les billets de ce blog.

NB – printemps haguenovien

D'abord, je m’étonne que sur beaucoup de médias, on ne parle absolument plus d’« économies » d’énergies, à l’heure de crises au Moyen-Orient, mais aussi toujours en Ukraine, pour ne pas parler de la « crise écologique » tout court. (Dans la bouche de certains fâcheux le mot « écologiste » est devenu une insulte.) Tout juste évoque-t-on des « alternatives » ; il faudrait privilégier l’alternative de l’électricité au détriment des énergies fossiles, en oubliant allègrement qu’une grande part de cette électricité est nucléaire, et par là-même extrêmement problématique.
À Bure, récemment (le 19 avril), une manifestation d’opposants au « projet » d’enfouissement de déchets radioactifs a été interdite par les autorités ; on se demande pour quel motif.

L'économie pourrait passer par une grosse taxation des panzers et autres grosses cylindrées, par une taxe sur les jeux vidéo consommateurs d’électricité… (Est-ce un hasard, ou bêtise et consommation excessive d’énergie vont-ils de pair?)

Or donc, l’économie, la retenue… La sobriété (je ne parle pas d’alcool…) : tout cela semble totalement passé de mode.

NB – printemps haguenovien

On a parlé en ces lignes d’héritiers à propos du chef d’un syndicat de patrons. Il semble que nous vivions des temps où ces derniers auraient tendance à s’acoquiner sans vergogne avec le front national.
Un autre héritier contrôle financièrement (entre autres) les éditions Grasset, dont plusieurs auteurs ont claqué la porte récemment (avril 2026…) à la suite du renvoi de l’éditeur Olivier Nora.
Grasset… André Dhôtel, Jules Roy y ont été publiés… Et Jacques Brenner y a longtemps travaillé.
Alors je cherche trace d’Olivier Nora dans le journal de Brenner (Pauvert… Fayard (!), tome V, 1980-1993). Le problème, avec Brenner, c’est qu’on n’arrive plus à s’arrêter quand on commence de musarder là-dedans. Et l’on peut s’abuser : cela semble si actuel, ces descriptions de vie, où l’on côtoie aussi bien Ionesco, Florence Gould que Matthieu Galey ou… qui sais-je. Des auteurs anciens tout aussi bien. Brenner était une encyclopédie vivante.
Olivier Nora ? Pas trace. Mais il n’y a pas d’index ; on ne peut tout (re)lire…

Mais tenez, Brenner lui-même s’égare dans le temps ; il écrit le 4 décembre 1988 (p. 564) : « Ai-je cependant une vraie conscience d’être un vieil homme? Dans l’après-midi, rue des Canettes, très étroite et très encombrée, un automobiliste me lance : “Hé, pépé, il y a des trottoirs !” J’ai été surpris par ce “pépé”. »

NB – printemps haguenovien

S'égarer dans le temps. Bon. Mais un historien (j’en suis, en partie) essaie de s’y repérer. Or je m’interroge çà et là sur la nécessité de continuer ce blog (plus exactement : quand y mettrai-je fin?) Mais un blog peut avoir l’intérêt, parfois, de diffuser une information plus précise, voire plus juste que celle de certains médias (et je ne parle pas bien sûr des « réseaux » « sociaux »…)
Ainsi récemment (22 avril… 2026), on entend sur France info que les Français se détournent du livret A. Raison invoquée : la baisse de son taux. Certes, mais on oublie aussi qu’il a été annoncé que ledit livret A servirait à financer le nucléaire. Peut-être cela gêne-t-il certains épargnants. (On en revient à Bure…)
Ou encore, je trouve un ancien article de Ouest-France du 14 janvier 2024, à propos d’Amélie Oudéa-Castéra, au moment de son calamiteux passage au ministère de l’Éducation nationale. Le journaliste, Stéphane Vernay, semble la voir d’un plutôt bon œil. Et d’omettre de rappeler, à l’époque, ce qu’elle avait dit lors de son adresse à la presse, à son premier jour « sur le terrain », de proprement mensonger et insultant envers les personnels qu’elle était censé (on se demande bien pourquoi, en arguant de quelles compétences…) représenter ; je cite sa diatribe notamment ici.
On a entendu récemment (pas en avril, quelques mois avant…) parler de cette dame, qui a joué un rôle au moment des jeux olympiques d’hiver.
Là, encore, quand on sait le coût écologique de ce truc… (je parlais d’alliance entre bêtise et consommation excessive…)


Nils Blanchard


Or tenez, cela ne rejoint-il pas un poème récent publié le 4 mai dernier par Sandra Holmqvist dans son blog (Sandra skriver) ? (Liste des blogs en lien, à droite de l’écran, version ordinateur…)
Le cœur de ce poème intitulé « Hur jag vill leva » dit ceci :

« (...)
Lite mera generöst
lite mindre digitalt
det ska alltid finnas mat
för extra middagsgäster

(...)

Lite mera litterärt
lite mindre monetärt
(...) » 

« (...) 
Un peu plus généreusement
un peu moins digitalement
avec toujours à manger
pour un convive ajouté

(...) 

Vivre de manière un peu plus littéraire
un peu moins monétaire
() »


mercredi 8 avril 2026

Champignons, renards 2

Il m’est arrivé de dire que j’allais vers la fin de ce blog, pour diverses raisons – une des moindres n’étant point une détestation grandissante à l’égard des médias à écrans.
Il faut être un peu logique…
Néanmoins, dans la forêt des billets de « Suédois d’ailleurs », je me retrouve au hasard des sentes plus ou moins abandonnées, qui semblaient comme attendre. 

NB - Alsace, avril 2026

Ainsi de ce billet sur les champignons et les renards, qui date d’octobre 2023…
Près de deux ans et demi plus tard, un article du site en lien « Fonge et florule », le 21 février 2026, s’intitule « Le polypore-renard » !
Il s’agit en « réalité » – quelle réalité ? Dirait peut-être André Dhôtel – du Phellin à bourrelets (Fuscoporia torulosa). Et on lit à son propos :

« Ce polypore est tellement discret, caché, invisible, et en même temps d’une beauté si altière, rousse, se tenant aux aguets au pied des haies sous le lierre et les mousses… qu’il me fait songer au renard.
Pour découvrir ce champignon, le voir apparaître d’un bond comme le renard, il faut le connaître et l’aimer. Il faut faire glisser longuement et assidûment le regard à la base végétalisée des arbres, scruter intensément, tomber en arrêt, repartir, scruter de nouveau, le débusquer, le prendre en filature… »

Avoir simplement quelques mois devant soi, une pile de livres et de notes en retard (papier…) et espacer leur consultation par des marches sans limite d’horaires, au cœur d’une campagne découverte ou retrouvée, ou les deux.
Et tant pis pour les soucis des temps et des âges ; je me comprends…
On croisera peut-être une renarde au détour d’un sentier ; je me comprends…

NB - Alsace, avril 2026

Mais c’est une série d’articles sur les polypores que nous propose le site « Fonge et florule ».
Ainsi, après « De la dureté des polypores » du 6 mars 2026 (je me comprends, etc.), je découvre
celui du 7 mars : « De la naissance à la vieillesse d’un polypore ».
Là, l’introduction n’est guère réjouissante :

« Quelle métamorphose ! … de la naissance d’un Ganoderma adspersum, ce nodule blanc, cette langue virginale et souple… à sa vieillesse brune, dure et croûteuse, constituée d’un étagement, d’une pièce montée de bourrelets amaigris à la marge, secs et osseux, saupoudrés et ternis par les spores brun foncé qui se sont élevées (…) »

Entend-on dans les campagnes du Berry – ça pourrait être Héloïse Combes, mais elle les a désertées par crainte des ondes… même si elle reviendra peut-être, quelque part ; allez.. un scoop ? – quelque sylphide échappée d’on ne sait quel conte de Georges Sand, chanter Brassens (s’adjoignant Pierre Corneille et Tristan Bernard) :

« Peut-être que je serai vieille
Répond Marquise, cependant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille
Et je t’emmerde en attendant
J'ai vingt-six ans, mon vieux Corneille
Et je t’emmerde en attendant... »


Nils Blanchard

lundi 30 mars 2026

Dhôtel – Ulysse – Tiresias – Jean Luchaire – Germaine Beaumont – printemps

Quand on entre dans la culture grecque, écrivais-je au dernier billet, on n’en sort pas tout de suite.
Porte ouverte.
Bon, mais alors, entrons !

Bertel Thorvaldsen, Homère - Capture d’écran

Le blog Alluvions de Patrick Bléron, et ce n’est pas exceptionnel, nous régale depuis plusieurs semaines d’articles passionnants. Là, deux thèmes, comme parallèles, qui s’entremêlent : une pérégrination autour des Journaux (de guerre) d’Ernst Jünger et Jean Guéhenno ; une sorte d’Odyssée autour du personnage de Tirésias.
(Bon, de Tirésias, on reparlera sans doute, plus tard – c’est qu’on a l’impression, en ce moment, que Tirésias est partout.)

Et là dedans, quand on rentre d’une assemblée générale où l’on a réfléchi aux prochains Cahiers Dhôtel possibles, qu’on a visité une bibliothèque reconstruite dans l’entre-deux-guerres par les Américains à Reims… on se surprend avec les poches gonflées de mots et de thèmes ramassés le soir, en se reposant (vaguement) devant l’ordinateur en quelque « promenade chien » – comprenne qui voudra…
Et devant l’écran, ce blog, et ces derniers articles d’Alluvion.

Louis Hector Leroux, Homère - Capture d’écran

Par leur intermédiaire, on lit le 16 mars des mots de Yannick Haenel : « Ulysse, qui invoque les morts, qui les écoute, est l'éclaireur de la littérature, celui qui s'est sacrifié pour nous montrer le chemin des aventures étranges. »

Puis, Arthur Rimbaud, dans Une Saison en enfer : « Ma santé fut menacée. La terreur venait. Je tombais dans des sommeils de plusieurs jours, et, levé, je continuais les rêves les plus tristes. J’étais mûr pour le trépas, et par une route de dangers ma faiblesse me menait aux confins du monde et de la Cimmérie, patrie de l’ombre et des tourbillons. »

De là, retour à Yannick Haenel : « Rimbaud, poursuit-il, vient de là, comme Dante. Il vient de la Nekuia d'Ulysse, de cette brèche insensée qui déchire la cohésion du monde. »

De là… Dhôtel. Professeur par ailleurs de lettres et maîtrisant les grecs (ancien et moderne), André Dhôtel ne pouvait beaucoup ignorer Ulysse. Puis il a beaucoup écrit sur Rimbaud, avec qui on affecte de laisser dire qu’il avait une lointaine parenté.
Mais il était, quand même, surtout romancier. Dans ses romans, interviennent sans cesse pour ainsi dire des « déchirures », « interstices », « décalages », que sais-je encore, dont les articles des bulletins et cahiers de la Route inconnue (excellents bien sûr) sont farcis, au point que lesdits cahiers et bulletins devraient plutôt avoir la forme de confettis qu’autre chose.
Mais. À cette dernière assemblée générale (Reims, bibliothèque Carnegie, etc., était présent aussi André Murcie, qui a écrit cet article étrange dans le cahier n° 22 La guerre, le mal (2024). J’en ai déjà parlé : pour lui ces interstices ne sont pas des symboles, mais des séparations réelles – et quant à leur rencontre… – entre des personnages situés à des rives opposées ; vie et mort…

Jean-Baptiste Corot, Homère et les bergers - Capture d’écran

 M
ais ce n’est pas fini. Sur le blog Alluvions à nouveau, pas plus tard que le 24 mars, à propos du nouveau film de Xavier Gianoli sur Jean Luchaire, j’ai comme l’impression de clins d’œil incessants à diverses de mes recherches, dont « Suédois d’ailleurs » se fait parfois, plus ou moins maladroitement, l’écho. Vous pouvez prendre appui sur l’index, à droite…
Dans cet article, donc, on parle de tuberculose.
Puis plus loin, via Maurice Garçon (j’ai un souvenir moins enthousiaste que celui de Patrick Bléron sur ce diariste), Germaine Beaumont (grande amie de Dhôtel – pas encore évoquée dans le blog ??) Puis… Aristide Briand. Je lis diverses choses sur ce dernier, aussi, ces derniers temps… sans grande sympathie je dois dire. Juste avant la Première Guerre mondiale, Guillaume II l’avait convié à venir discuter, à l’occasion de courses nautiques. Briand déclina, ce ensuite pour pleurnicher (et jouer à l’européiste) après 1918 sur l’horreur de la guerre. Mais qui l’avait laissé se déclencher, cette guerre ?

Paul Jourdy, Homère chantant ses vers - Wikipedia

Bon, mais Germaine Beaumont. Tenez, sur le printemps (Si je devais… au Dilettante ; recueil joliment présenté par Hélène Fau), page 66 :

« Inexplicablement allégé de ses peines, le martyr de la IIIe République qu’on nomme le piéton et qui ne circule qu’entre les instruments de sa passion, le bâton de l’agent et les clous du sol parisien, le piéton, cet ilote sans ivresse, s’évade enfin du sens unique, lève la tête au mépris du danger, et perçoit soudain, entre le nuage rond et le premier thyrse des marronniers, le sens éternel des chemins qu’il ne suivra jamais. »

Sous la Ve République, les instruments de la passion du piéton seront surtout le vélo (électrique, comme celui sur lequel était perché le nouvel élu maire de Paris, au milieu de son troupeau de bobos) et la trottinette…


Nils Blanchard

mercredi 25 mars 2026

Dhôtel – Relations franco-américaines – Art nouveau – Guerre et Grèce – Esto-Suédois

Quelle mouche le pique ? Dira-t-on peut-être, à nouveau, de ma modeste personne. Quels lien entre les différentes accroches du titre de ce billet ? 

NB - Bibliothèque Carnegie ; hall d’entrée

D'abord, s’est tenue le 21 mars à Reims l’Assemblée générale de la Route inconnue.
Participant à la vie de cette association passablement salutaire, j’y étais bien sûr.

(Au passage, presque chacune de ces assemblées tombe pour moi à un moment où je suis pris par le temps, tenaillée par un sommeil en berne, ébloui, comme un lapereau dans les phares d’un panzer, par la lumière nouvelle du printemps, et du coup, ou peut-être par ailleurs, légèrement agacé par je ne sais quel mal de tête.)

Cela se passait, non loin de la magnifique cathédrale, à la Bibliothèque Carnegie. Construite (finie) il y a 99 ans ; Dhôtel en avait 27.
C'est une dotation de la Fondation Carnegie qui en rendit possible la construction, au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’hôtel de ville de Reims, qui abritait des collections de la ville – heureusement mises à l’abri –, avait été bombardé en mai 1917.

NB - La bibliothèque Carnegie

Un membre de la Route inconnue, François Squevin, amateur de lieux improbables et d’embarras (littéraire), et auteur de poèmes duquel on a déjà parlé en ces lignes, me faisait remarquer l’importance de la Grande guerre pour les Ardennais, période au cours de laquelle leur région fut occupée par l’Allemagne.
La cathédrale de Reims fut bombardée. La petite ville d’Attigny, comme Dhôtel l’explique dans Retour, minutieusement rasée, maison par maison…

Et après les guerres, les États-Unis – il fut bien remarqué la différence entre un Carnegie et un Musk! –, des donateurs américains pouvaient participer à construire, reconstruire des sites.
Ainsi de cette bibliothèque ; on sait aussi ce que Versailles doit aux Américains. Plus récemment, la Fondation Gould (issue de la fortune de Florence Gould – dame qui a été sottement attaquée, par exemple dans le torchon relativement récent de Susan Ronald parce qu’elle était riche et originale, mais qui a passé une grande partie de sa vie, aussi, à défendre les écrivains, de langue française, ça tombe bien, la culture en général) a participé par exemple à des rénovations au Mont-Saint-Michel.

NB - mosaïque dans le hall d’entrée, d’après des
cartons de Henri Sauvage

La bibliothèque, elle, témoigne d’un bel art déco (sa grande porte d’entrée en fer forgé fut primée à l’Exposition des Arts décoratifs de 1925).

Les dates sont parfois étranges. En 1921 (début de la construction de la bibliothèque, donc), Dhôtel commence d’écrire son premier livre, Le Petit livre clair. C’est l’époque de son service militaire dans un peloton des étudiants (il échappe de peu à la guerre), de sa participation, avec notamment Marcel Arland, à des revues vaguement dadaïstes.

NB - L’intérieur de la bibliothèque

Quand la bibliothèque est inaugurée en 1928, Dhôtel rentre en France, d’un séjour de quatre ans à Athènes. Il publie son Petit livre clair.

On pourrait broder, prétendre que l’esprit d’Athènes avait vaincu en France celui de Sparte ; ça n’aurait pas grand sens.
On sait que les choses sont plus complexes que les anciennes images d’Épinal.
On sait aussi… – en reparlera-t-on ici ? – que quand on entre dans la culture grecque, on n'en sort pas tout de suite…

                                                                                    *

Et il y aura ce soir, à Uppsala, une conférence sur les Suédois d’Estonie. Göran Hoppe y parlera de ce sujet : Vana hea rootsi aeg? Var 1600-talet särskilt gynnsamt för Estlands svenskar? (Le XVIIème siècle a-t-il été si favorable aux Esto-Suédois?)

Rappelons que la Suède occupe l’Estonie (en partie…) entre 1561 et 1710.

Commentaire sur cette conférence : « Från 1500-talets sista decennier och ungefär 50 år framåt kom svenskbygderna i Estland att till stor del förlänas officerare och andra personer som den svenska staten stod i skuld till. De ständiga krigen tömde statskassan och det blev därför nödvändigt att utnyttja andra tillgängliga resurser. Vilka effekter kom dessa processer att få på det estlandssvenska lokalsamhället?

Plats och tid: Institutet för Rysslands- och Eurasienstudier, Gamla Torget 3, 3 ½ trappa i biblioteket. Porten på gatuplanet är öppen 17.30-18.15. »

« Des dernières décennies du XVIème siècle et ce pour environ cinquante ans, les terres des Suédois d’Estonie furent cédées en grande partie à des offiers, d’autres personnes encore, du fait des dettes de l’État suédois. Les guerres incessantes ayant vidé les caisses de la couronne, il était devenu nécessaire de trouver des ressources. Quels effets ont eu ces événements sur les communautés locales esto-suédoises ?

Lieu et horaire : Institut pour les études russes et eurasiennes, Gamla Torget 3, escalier 3 ½ de la bibliothèque. L’entrée principale est ouverte de 17:30 à 18:15. »

Capture d’écran en lien à la conférence

Bon, une bibliothèque, encore.

(Peut-être y ont-ils mon petit livre Elmar Krusman, où j’évoque un peu cette période dans l’introduction à la communauté esto-suédoise...)


Nils Blanchard

samedi 21 mars 2026

Vie d’auteure / fleurs et mots

Textes, mots, éclosent dans des blogs en lien de celui-ci (liste à droite, version ordinateur, etc., etc.)
C’est d’autant plus étrange – j’ai déjà dit, je le sais, que j’envisageais de changer assez vite de métier… – que comme professeur, j’échange de moins en moins de mots avec mes élèves (de plus en plus ont du mal à les comprendre, à les lire, à les écrire…)

Les Lumières de la forêt, 1964 ; illustration :
Marianne Clouzot


Et des rhumes se succèdent, cette année – des grippettes, écrirais-je à Héloïse Combes – en ces temps stakhanoviens où les gens croient de bon ton de partager leurs miasmes.
Et l’hiver qui se prolonge – court redoux qui a bien trompé son monde ; soirées sombres, froides et humides – personnalise comme un rhume dont on sort, soudain, telles les premières anémones des bois qui commencent à joncher les sols des forêts.

Les lumières de la forêt.

Bon, mais Julia Eriksson de titrer son article (en lien, etc.), le 9 mars : « Allt är text / Text är allt » (« Tout est texte / Le texte est tout »). Et là :

« Jag läser en stund på pendeltåget på väg mot kontoret. Strax innan Solna, på sida 94, fastnar jag för några rader.

Eftersom vi förändras under vår existens måste vi ständigt ompröva våra ståndpunkter… Man måste i första hand försöka förstå, endast i andra hand vara kritisk.” »

« Dans le train, en allant au bureau, je lis pendant un moment. Juste avant Solna [eh ! Solna…], page 94, je m’arrête sur quelques lignes.

Vu que nous changeons au cours de notre existence, il convient sans faute de remettre en cause nos points de vue… En premier lieu : essayer de comprendre ; et après seulement être critique. »

Page 94 de quoi, de son manuscrit ? C’est qu’elle écrit plus loin qu’elle a écrit que :

« Äntligen, här kommer det första manusutkastet! »

« Enfin ! La première version du manuscrit est prête ! »

Entendais quelqu’un, dans une radio je crois, peut-être à propos de mythologie, rappeler que certes on peut changer dans l’existence, mais que ce qui rend le changement possible est précisément le maintien d’une certaine identité qui peut l’observer.
Ce n’était pas du tout dit comme ça, mais peu importe.

Les Lumières de la forêt, décembre 2025 ; illustration :
Daniel Nadaud

Plus récemment encore, un article de Gabrielles Blogg, le 13 mars, s’intitule « En kvinna klädd i ord » (« Une femme habillée de mots »). Et cela commence ainsi :

« Häromdan såg jag Nationalmuseums utställning Porträtt (avslutas om några dar). Många mycket fina porträtt. Detta fotografi av Sara Danius hörde till dem jag särskilt fastnade för. Det är en så vacker bild och texten bredvid är också berörande. Det står så här:
Vem om inte Svenska Akademiens ständiga sekreterare bör kläs i ord? Sara Danius bär en klänning som Astrid Ljungberg Järnblad skapat av gulnade sidor ur en äldre utgåva av Svensk ordlista fram till bokstaven J. (...) »

« L'autre jour, j’ai vu au Musée national l’exposition Portraits (qui finit dans quelques jours). Que de beaux portraits ! Un de ceux qui m’a le plus accrochée est une photographie de Sara Danius. C’est une si belle image, avec un commentaire touchant aussi. Je cite :
Qui, sinon la Secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, pourrait être habillée de mots ? Sara Danius porte une robe créée par Astrid Ljungberg Järnblad à partir de pages jaunie d’une ancienne édition du dictionnaire suédois, jusqu’à la lettre J. (...) »

Pages jaunies ; dorées ? Les lumières de la forêt.

André Dhôtel (retrouvailles avec l’enfance?) ; nouvelle magnifique édition de Fata Morgana, allez (pages 36-37) :

« Parfois la tempête semblait s’éloigner, puis elle revenait en force. Les nuages passaient avec une rapidité folle et la pluie balayait les toits de Bergeloup.
Antoine et Martine, ce matin-là, restèrent longtemps sous le hangar. Leur père prétendait que la forêt écoutait les paroles, mais on ne savait pas s’il prenait très au sérieux ce qu’il disait. En ce jour, c’était la forêt elle-même qui parlait. Que disait-elle ?
Pas un mot qu’on puisse comprendre. C’étaient comme de grands discours menaçants, mais on entendait aussi de temps à autre une sorte de chant très doux qui montait des profondeurs et qui faisait songer à une immense bonté. »

Marianne Clouzot, Jeunesse


Nils Blanchard


Ajout. Il y a, mine de rien (forcément...) une actualité autour d'André Dhôtel qui est loin d'être ridicule. Ainsi a paru ce mois-ci un Matricule des anges (titre étrange) dont il occupe la couverture, avec la reprise d'une belle aquarelle de Julie Faure-Brac.



Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...