Affichage des articles dont le libellé est Wera von Essen. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Wera von Essen. Afficher tous les articles

vendredi 3 juillet 2026

Art, nature, sciences… Singe nu

Écouté un peu par hasard une partie de l’émission L’Heure philo, de Patricien Martin (le 20 mars 2026 sur France inter). Alain Badiou y devisait du concept de nature, en lien à son dernier livre.
Bon, j’ai voulu réécouter sur le site de la radio le moment qui m’intéressait, mais il faudrait pour cela créer un compte, comme chez un marchand de fripes. De plus en plus, me semble-t-il, les comptes ne font pas les bons amis.


Peu importe ; c’est vers le milieu de l’entretien, à deux reprises, Alain Badiou de remarquer que la science d’un côté et, de l’autre, son « exact contraire » (je cite de mémoire, me trompe peut-être dans les mots), l’art, avaient l’une et l’autre un rapport privilégié à la nature.

Alors, forcément, j’ai pensé à André Dhôtel, à la fois artiste et féru de sciences, en tout cas de sciences naturelles (étude des plantes, champignons…), comme l’illustrent bien les couvertures des rééditions (qui datent déjà un peu, les rééditions) des (fort belles) éditions Libretto.

Dans la même mouvance, on pourrait ajouter George Sand, Germaine Beaumont…


Mais j’ai repensé aussi à ce concept théâtral des binômes, duquel il a été question dans cet article. Là, my brother intervient régulièrement.
On lit sur la page de présentation cette explication de Thibault Rossigneux (le directeur artistique de la compagnie) :

« (.) C’est avant tout l’envie de faire se rencontrer deux individus évoluant dans des milieux très différents mais passionnés par leurs activités réciproques. L’un consacre sa vie à la recherche l’autre à l’écriture. binôme permet de découvrir de façon non didactique la Science qui devient une source féconde d’inspiration pour la Théâtre contemporain. Ces deux univers, à priori si différents, s’enrichissent mutuellement et donnent vie à une œuvre artistique originale et riche. (…) »

« Exact contraires » chez Badiou – est-ce si sûr ? – ; « milieux très différents » pour T. Rossigneux…
Dhôtel, entre ces rives, navigue comme guidé par des signes d’autre monde… Allez-y voir !


Ça me ramène à Sanja Särman (illustratrice de la couverture des premier et troisième livres de Wera von Essen), qui est donc peintre, mais auteure aussi. Elle a publié son premier livre l’année dernière (je ne l’ai pas encore lu…) et, avant cela, avait (entre autres) publié ces “Letters from Plants to Humans” in The Cosmic Bulletin, published by the Institute of the Cosmos in collaboration with The Riga International Biennal of Contemporary Art 2, RIBOCA2 (2020). Ça commence ainsi :

« We sustain the biosphere. Out of mercy, the naked monkey will say. But mercy is a human concept. Our so-called mercy is elegance, nothing but elegance. We are merciful in the sense that the whole planet basks in our beauty. You should be grateful that our rootlets unwind like this, that our boughs bow down like that, and if you are not grateful, you will kill us. All the worse—for you. We are too elegant for retaliation. We will accept death. We are the Plants, and you live at our mercy. But mercy is a human concept. We do not see it that way. We do not see at all. Seeing is already sacrilege. »

J'écrivais justement à Héloïse Combes quelque bavardage à propos de cécité, parce qu’il en est question dans de récents articles de Patrick Bléron, dans le blog Alluvions (en lien de celui-ci, etc.), fascinants (ces articles) en lien à Tirésias (entre autres, via Cesare Pavaese…) et… Ernst Jünger, l’écrivain entomologue, qui à sa manière s’y retrouvait aussi entre les contraires, science et art, voire… Occupation et francophilie ; il participa pendant la guerre aux déjeuners de Florence Gould ; c’est une autre histoire évidemment.


Nils Blanchard


Ajout : Et voilà les binômes (compagnie Les Sens des Mots), à nouveau, en Avignon ; dans quelques jours…

mardi 2 juin 2026

Agréable et inquiétant / desassossego

23 mai. Promenade vers midi dans la bonne ville d’Haguenau. L’été s’est abattu ici comme ailleurs, soudainement. Je ne déteste pas la chaleur. C’est plutôt agréable, que de se promener sous le ciel bleu et clément où chahutent des martinets crieurs.
Et inquiétant.

NB - Forêt d’Haguenau

Je pourrais en dire autant des cloches à toute volée de l’église Saint-Georges, qui rappellent une certaine enfance, en Mayenne où les cloches ont été assourdies par on ne sait quel fâcheux qui ne les supportait pas dans le village…
C'est agréable bien sûr les souvenirs d’enfance. Mais les cloches ramènent au temps bien sûr… On ne va pas parler des farandoles de la dame à la faux… mais :

« Vem är du ?
– Jag är döden.
– Kommer du och hämta mig ?
– Är du beredd ?
() »

Bon, là ; faut-il traduire ? (« Qui es tu ? / – Je suis la Mort ! / – Viens-tu me prendre ? / – Es-tu prêt ? » C’est dans Le Septième sceau, bien sûr…)

Pedro Pruna, Alegoria, 1944 - Capture d’écran

On pourrait enchaîner sur La Fontaine ; un des plus beaux textes de la littérature française…

« La Mort ne surprend point le sage ;
Il est toujours prêt à partir,
S'étant su lui-même avertir
Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps :
Qu’on le partage en jours, en heures, en moments,
Il n’en est point qu’il ne comprenne
Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine ;
Et le premier instant où les enfants des rois
Ouvrent les yeux à la lumière, (…) »

NB - Haguenau, fin mai 2026

Mais, Haguenau. Je tombe (façon de parler) sur une pancarte : « Les rencontres de l’écologie 
optimiste ». J'avais déjà vu ça l’année dernière. Ces gens sont gentils, vraisemblablement. Mais vont-ils arrêter de déconner trois secondes ?
Il faudrait que l’écologie soit « optimiste » pour ne pas être assimilée à l’écologie jetée en pâture depuis quelques années, via réseaux d'autres fâcheux, aux conducteurs de panzers et adeptes d’on ne sait quelles théories jetant l’opprobre sur les défenseurs de l’environnement, accusés d’être « punitifs ».
(Il est vrai que certains tartuffes, il y a quelques décennies, soixante-huitards tombeurs de de Gaulle puis maastrichtlisbonnisateurs, qui ont fini leur carrière à commenter du football, n’ont pas dû faire beaucoup de bien à la cause...)


Puis est-ce que je peux écrire qu’il y a autre chose encore que de l’inquiétude ? Le billet précédent évoquait Wera von Essen, ma lecture d’En Emigrants dagbok. Pages 233-234, on lit : « Kanske inte ångest, men oro. Desassossego. (…) Orons bok heter Livro de desassossego. Den brasilianska oron skiljer sig från den portugisiska. Den är mindre melankolisk och mer brutal. »

« Pas de l’angoisse peut-être, plutôt de l’inquiétude. Desassossego. [Aussi traductrice du portugais, elle se trouve alors au Brésil.] (…) Le livre de l’intranquillité, en portugais c’est Livro de desassossego. L’inquiétude brésilienne se distingue de la portugaise. Elle est moins mélancolique et plus brutale. »

On parlait du chat, noir, aussi… À la page suivante, Wera von Essen est confrontée à des cafards dans son logement (pas des souris, cette fois). « Vad gör jag ? Det kommer inte att bli bättre. Och ytterligare en. Som den svarta katten såg. »

« Qu’est-ce que je fais alors ? Ça ne va pas s’arranger. Tiens, encore un. C’est le chat noir qui l’a vu. »


Nils Blanchard


Ajout : en lien de ce site (indirect, via Alluvions), Terrestres informe de la tenue d’une table ronde à Paris, le 3 juin, avec les anthropologues Barbara Glowczewski et Nastassja Martin. De cette dernière, il a été question notamment ici. Thème de la rencontre : « Rêver plus loin : sur la puissance politique du rêve. Tout un programme. 

jeudi 28 mai 2026

Un blog qui disparaît / mai – couverture et paradoxe

Rien de plus fréquent sans doute. Mais en l’occurrence, c’est assez bizarre : je suis tombé sur celui-ci (« Maytember », qui existe depuis plus de dix ans) par des cliquettements au hasard (et à partir d’un autre blog assez nouveau pour moi : « Imagine a bird »…) Il y est question d’Ethiopie, d’autres choses. Un article récent (18 mai 2026 ; on est alors le 21…) montre que le blog fonctionne…

NB - Mai 2026, entre France et Allemagne

Las. L’article en question s’intitule : « Det sista inlägget ».

« Längtan finns efter att klä vardagen i ord och samtidigt erbjuda den artificiella intelligensens övertagande av internet ett trotsigt motstånd – men jag hamnar så sällan framför datorn på fritiden. På arbetstid gör jag inget annat än att skriva, och däremellan är livet väldigt annorlunda nu jämfört för tio eller fem år sedan.
Därför blir det här det sista inlägget på den här sidan. Senare i veckan kommer den att plockas bort (…) »

« Ce n’est pas l’envie qui manque d’habiller de mots le quotidiens et d’apporter en même temps une ferme opposirion à l’intelligence artificielle qui se répand sur internet – mais j’ai si peu de temps à consacrer à mon ordinateur pendant mon temps libre. Et quand je travaille, je ne fais rien d’autre qu’écrire ; puis aussi la vie a beaucoup changé par rapport à il y a dix ans.
C'est pourquoi ceci sera mon dernier post sur cette page. Et le blog disparaîtra plus tard dans la semaine (…) »

Capture d’écran, blog Maytember

Je ne vais pas / ne me suis pas mis, à courir après tous les articles manqués (pour moi) de ce site, qui contiennent sûrement des choses bien intéressantes… Pas le temps, pas la disponibilité…
Manque de sommeil du mois de mai. Projets et devoirs (lettres à écrire, que sais-je) qui s’accumulent…
Puis un blog qui disparaît, ce n’est pas pour attirer de nouveaux lecteurs…
Il peut y avoir quelque chose de contradictoire : avoir envie d’écrire et arrêter le blog, vouloir lutter contre l’intelligence artificielle – contre l’artificialité sans intelligence ? – et déserter internet.
Mais précisément… (On en a déjà parlé…)

Capture d’écran, blog Maytember

De son côté, Ulrika Nettelblad (en lien de ce blog, à droite de l’écran...) évoque un « mjuka maj », un 
« mai tendre ». Tendre ? Mais chargé…

« En veckas semester i maj. Ansträngningarna inför den. En generalrepetition inför sommaren (…)
Arbetets administration (…)
Redaktörskommentarer på min roman. Kvällar i soffan och på balkongen, väga ord och formuleringar. Vilka komman måste få vara kvar i meningar som rör sig i ett oupphörligt flöde? När är det dags att sätta punkt? Hur långt får en liknelse glida iväg? Vad måste stå som det står, för att det var så formuleringen måste vara, för att jag känner det i kroppen?
Omslagsförslagen (…) »

« Une semaine de vacances en mai. Plein de choses à faire. Une répétition générale avant l’été (…)
L'administratif du travail (…)
Les commentaires de l’éditeur à mon roman. Des soirs sur le canapé et sur le balcon ; choisir termes et formulations. Quelle virgule peut être laissée dans une pensée qui s’étale comme un fleuve sans pause ? Quand faut-il mettre un point ? Jusqu’où une image peut s’éloigner ? Qu’est-ce qui devra être maintenu, car c’était ainsi que ça avait été formulé, et que je le ressens ainsi ?
La proposition de couverture (…) »

Eh ! La couverture…
Moi, j’en suis encore à attendre un vague avis, sur un roman à peine fini (toujours, des annotations rajoutées). À chercher vaguement quelque éditeur à peu près d’attaque pour d’autres textes encore.
Mais on a l’impression d’un tel flux de livres – parmi lesquels des bouquins formidables, d’ailleurs… –, d’un tel flux de discours.
Et en parallèle, les budgets d’armement augmentent à peu près partout, les flux de cochonneries continuent de se déverser dans l’environnement… des « économistes » continuent de déconner à plein tube sur la croissance, lors que celle-ci n’est plus supportable…

Ulrika Nettelblad poursuit : « Saker som aldrig blir gjorda görs. Köper en gräsklippare. Målar en flagnande vägg. Rensar ogräs. Tar hand om mitt hem som om det är en plats som är min, som om det är mer än förvaring för våra kroppar.
Ljuset så mjukt när det finns löv på träden. Solnedgång över viken på väg till affären, ljum luft i ansiktet. De enkla sakerna det största begäret. En varm kardemummabulle. Kaffe i morgonsolen. Att läsa dagstidningen från början till slut. »

« Des choses qu’on ne fait jamais se font. J’achète une tondeuse à gazon. Je peins un mur abîmé. Désherbe. Prends soin de mon chez moi comme s’il était à moi, plus qu’un simple lieu pour abriter nos corps.
Cette lumière si tendre quand il y a des feuilles sur l’arbre. Le coucher de soleil sur la baie quand je vais faire des courses, l’air doux sur le visage. Les choses simples si désirées. Un gâteau chaud, à la cardamome. Le café dans la lumière du matin. Lire le journal du jour du début à la fin. »

Moi aussi, moi aussi, moi aussi… ai quelques jours de liberté…
Le mois de mai explose de chants d’oiseaux, de feuillages nouveaux.

J'ai même revu le chat noir que je croyais perdu.

Même quelques lapins çà et là, lors qu’on en voyait si peu ces dernières années…
Voyez-vous ça.


Nils Blanchard


Ajout : Aussi, à Helsinki, se tiendra le 4 juin un colloque sur Tove Jansson : « Tove Jansson, la mer et la création ». (Et un site, assez formidable, sur Tove Jansson, est en lien de ce blog, vous savez… À droite de l’écran, version ordinateur…)
Eh… À quand un petit tour à Helsinki ?



Aussi, Wera von Essen « sort » ces jours-ci son nouveau livre, un recueil de nouvelles : Mödrar och män (Mères et hommes).
J'avance toujours dans la lecture – sorte de vie parallèle ; on en reparlera peut-être – de son formidable En Emigrants dagbok…, ne sais quand je me procurerai ce dernier opus. Le titre interpelle bien sûr (encore que ce ne soit sans doute que celui d’une nouvelle). Doit-on y voir un clin d’œil à Of Mice and men de Steinbeck ? Ou à Pères et fils, de Tourgueniev ? Il y aurait bien aussi Sons and Lovers de D. H. Lawrence.

Bon, mais c’est étrange, dans un des manuscrits à « éditoriser » dont je parlais justement plus haut, j’écrivais – sorte de reprise d’autofiction d’un journal de mai 2020 :

« Par ailleurs, j’avance – comme en un rêve, peut-être – dans En debutants dagbok [de Wera von Essen]. Un six juin, page 175 :

La petite maison est habitée par des musaraignes. Hier, Christine et moi avons acheté des pièges à souris et du poison et alors les rongeurs ne se sont plus montrés de tout le jour. Mais là, j’en ai vu deux de ces petites vies traverser le sol de la cuisine et disparaître sous la cuisinière. Je n’ai pas le courage de mettre en place les pièges. (…) Julia est mécontente de ce que je perds le contact avec les gens, de ce que je ne fais pas une différence suffisamment nette entre la vie et la fiction. Julia écrit que je me mets dans une situation impossible, que c’est insupportable de vivre comme je le fais, dans l’isolement.

Des souris et des femmes... »

Et tenez, quelques pages en avant, avril 2020, pour recoller à la canicule dont parle aussi le blog Alluvions :

« Un député républicain a parlé de décaler les vacances ; elles commenceraient mi juillet et iraient jusqu’à mi septembre. Pas question, pour ces gens, de les raccourcir, il faudrait pour eux au contraire pouvoir les allonger ! Cet état d’esprit me met de plus en plus en colère. Il fut un temps où les écoliers ne reprenaient les cours que début octobre. Et les cours finissaient en juin... Allez faire travailler les élèves dans la chaleur de juillet ! (Mais j’ai déjà dû écrire ça...) Puis, surtout, cette idéologie du « travailler plus »... Ne voient-ils pas les faits : la baisse de la pollution avec le confinement (et donc le ralentissement des activités), le fait aussi que, plus on travaille, plus la croissance augmente, comme le veulent ces gens-là, plus la dette (écologique, notamment) augmente aussi ! »

Étrange comme ces députés-là sont totalement muets en ce moment !

Pour en revenir à l’actualité autour de Wera von Essen, des recensions du livre paraissent dans les différents journaux. Il y est question çà et là de dragons…



NB

mardi 3 mars 2026

Inondations – de bêtise ?

Passé quelques jours en Anjou ; inondations, auxquelles on est relativement habitué en cette région. Je me souviens de mon professeur de français de sixième, très aimé, qui m’avait donné une punition (le tarif, ordinaire, c’était : « Quatre pages – des petites… – de rédac ») ; quatre pages à rédiger donc, avec pour thème les inondations. (Il devait y en avoir à ce moment.))

NB - Anjou, février 2026

Je garde un plutôt bon souvenir de cette rédaction, que je pourrais peut-être retrouver, quelque part… En fouillant un peu dans ma mémoire, néanmoins, je me souviens d’une certaine circonspection. Qu’allais-je pouvoir dire ? Aujourd’hui, ça me ramène à d’autres « remontées » ; remontées de bêtise ?

Le « dossier Epstein », jeté en pâture aux étals de poissonnerie du monde entier par une justice américaine passablement perfectible – usage dans certains États de la peine de mort, dans des conditions forcément abominables, avec exécutions d’innocents, notamment pour des raisons racistes, intervention de l’argent dans certaines procédures ; Epstein lui-même qui n’a pas été jugé (sur la base des dossiers en question) puisqu’il est mort en prison… –, et nos médias s’en saisissent et en font leurs choux gras ? Ça nous regardera(it) si/quand des victimes déposeront des plaintes en saisissant la justice de notre pays.

NB - Anjou, février 2026

Parallèlement, pour ainsi dire (radio sur la route du retour…), on entend parler de gaz hilarants dangereux pour le cerveau, employés par beaucoup de jeunes gens de nos contrées paraît-il. Cela, et l’usage d’écrans, de « réseaux » « sociaux » : on a là une inondation de bêtise – affaiblissement précoce des capacités cognitives – dont la décrue n’est pas prévue pour demain.
Par là-dessus, de même que sur la Maine débordante peuvent flotter différents objets de plastique abandonnés par des salopards, sur un certain étiage de la culture des jeunes gens, flottent des débris d’I.A..
Récemment (20 dévrier), Mazarine Pingeot, dans Ouest-France – je profite de mon éloignement de l’Alsace pour lire un peu de pesse locale – d'apporter des éléments de bon sens.

« () Je pense que nous vivons une rupture anthropologique. Ce qui est nouveau, c’est qu’une machine parle. Or parler, dialoguer, c’est le propre de l’humain. (…) [Ce] n’est pas un gadget, c’est addictif. Et dès qu’on peut déléguer une tâche difficile, on le fait. Il y a un vrai risque d’encourager la paresse intellectuelle et d’appauvrir l’esprit critique. »

Puis, outre les problèmes de contrôle de l’I.A., on demande à M. Pingeot en quoi cette I.A. modifie notre rapport au réel, à la vérité. Réponse :

« Il y a d’abord le paradoxe de l’écran : il donne l’illusion d’un accès direct au monde alors que, précisément, il fait écran. (…) Nous sommes déjà dans une ère de post-vérité. (…) L’IA renforce cette tendance : elle ne va pas chercher dans le réel, elle puise dans des bases de données. Elle fonctionne en vase clos (…) »

Ne rejoint-on pas là une forme d’idiotisme ? (On en revient aussi à ce que j’appelais « intérieur numérique » ; voir à l’index, en lien, version ordinateur de ce site…)

NB - Anjou, février 2026

Et la radio – route du retour, etc. – de parler d’anciens poutinolâtres, lors qu’on entre dans la cinquième année de la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui se dandinent au Salon de l’agriculture, appelant à augmenter la consommation de viande, lors que – sédentarité, écrans… – l’obésité progresse dans nos pays. Il ne manquait là, comme (ancien?) poutinolâtre, que J.-L. Mélenchon, avec ses éructations antisémites en sus (et qu'on n'aille pas me dire que je traque l'antisémitisme chez lui... Ses propos sur le nom "Epstein" étaient gras, provocants au mauvais sens du terme; on aurait presque cru entendre, par le ton, Jean-Marie Le Pen!)
Ces gens pourraient être amenés à diriger la France, où l’information est étouffée par les « débats » des « chaînes d’information ».

Bon. Mais ça fait quatre petites pages, non ? Ce serait amusant, quand même, de retrouver cette ancienne rédaction.


Nils Blanchard


Aussi : Annonce du festival « Regards d’ailleurs », à Dreux. Thierry Méranger, délégué général et artistique, commence ainsi sa présentation : « Après l’hommage de 2025 au Brésil, qui nous a permis de franchir allègrement, avec des hôtes de cœur et de prestige comme Walter Salles (oscar du meilleur film international) ou Kleber Mendonça Filho (palme cannoise de la mise en scène), le cap des 20 000 entrées de cinéma et des 4 000 visites d’expositions, l’ailleurs de nos regards est cette année suédois. On ne saurait rêver écart plus important entre territoires, filmographies et modes de vie. Et pourtant ! D’un continent à l’autre, d’un paysage à l’autre, d’un climat à l’autre, les cinéastes ne cessent obstinément de dialoguer… et de nous prouver que l’exotisme est souvent le plus révélateur des miroirs. »
On pense à Wera von Essen…



Ajout. Attaques sur l’Iran, d’Israël et des États-Unis. Il serait difficile de défendre les dirigeants iraniens, qui ont massacré récemment leur peuple. Mais comme en juin dernier, m'interpelle le fait que les États-Unis attaquent lors qu’ils étaient en phase de négociation avec l’Iran. Aussi : nulle déclaration de guerre, comme si les anciennes lois des conflits étaient devenues d’un coup caduques.

NB

vendredi 30 janvier 2026

Retour de Provence / deuil et fragilité d’un blog

Il est des moments qui marquent on ne sait quelle rupture, et dont on pressent que les quelques jours qu’ils auront occupé laisseront plus de traces dans la mémoire que plusieurs semaines de vie ordinaire.

NB - Provence

Dans une église provençale, à une messe d’enterrement, un curé ancien pilote – en hommage à celui qu’on enterre ? – emploie un ton mi familier, mi goguenard. Il en arrive à la question : aurez-vous aimé tout le monde ?
Tout le monde…

Évangile de saint Jean.

Le monde dans lequel on vit semble inciter à la détestation de tous contre tous, à l’instar de ce contre quoi fulmine le personnage joué par Claude Rich dans Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer. 

Une idée de l’instant : cela n’est-il pas lié au temps, à la manière de l’appréhender ?
Comment aimer qui que ce soit quand on ne prend pas même la peine de s’arrêter quelques minutes dans une course à la croissance qui nous pousse à détruire toujours plus ce qui donne de la valeur – réelle, pas seulement de l’argent – à la vie humaine ?
La tour de Babel.

NB - Provence

Pluie ; Bretagne en Provence. Foule – tous amis je crois –, cercueil.
Une autre ondée me pique soudain les yeux. Je me retourne ; personne ne verra rien.

Vague pensée vers Jules Roy – c’est Saint Ex qui a été lu à la cérémonie.

Vézelay ou l’amour fou (pages 32-34) :

« Il ne faisait pas encore jour, la grosse meule qui fermait le tombeau était repoussée. Alors, prise de peur, elle s’élancera en toute hâte alerter Pierre et Jean [on n’est pas sûr que ce soit le même que l’évangéliste…] et, tous ensemble, ils se mettront à courir vers le sépulcre où Jean, le plus jeune, arrivera le premier. Marie-Madeleine verra les bandelettes à terre mais n’entrera pas et se tiendra sur le seuil, en larmes, tout essoufflée.
Là, il est plus simple de reprendre la succession des faits dans le récit du narrateur, Jean [on n’est pas sûr, etc.], le disciple que Jésus aimait, celui qui, à la Cène, a posé sa tête sur la poitrine du Seigneur et qui raconte ce qu’il a vu. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre, et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l’un à la tête l’autre aux pieds. Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur répondit : “Parce qu’on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis.”
(...) “Ne cherche plus, il est ressuscité.” Alors un homme passe, qu’elle prend pour le jardinier et à qui elle dit (…) : “Si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis.” Car tout le monde se tutoie en Orient. L’homme qu’elle distingue à peine à travers ses larmes s’arrête, la regarde, et simplement : “Marie.” (…) Elle ne sait plus, elle fond en sanglots sous les yeux de l’Adoré qui semble dans un ailleurs : “Ne me touche pas. »

Mais quant à l’Évangile de saint Jean à la messe, il ne s’agissait pas de ce qui est évoqué plus haut, mais de Lazare.


Vaguement au retour, entre deux discussions dans la voiture, je songeais aux événements de Minneapolis – rien à voir – les gens assassinés par une milice raciste, dont les membres peut-être descendent de migrants européens, asiatiques, que sais-je… De ces pionniers dont beaucoup à l’époque tiraient sur les Amérindiens non parce qu’ils venaient d’arriver sur leur sol, mais parce qu’ils y étaient déjà bien avant eux – il y a toujours quelque chose qui cloche avec ces gens…
Mon blog va-t-il décemment pouvoir continuer, hébergé sur Blogspot ?
Je ne crois pas…
Quelques articles…



Puis, quelque part… ce titre, de Wera von Essen : Våld och nära samtal. Tenez, on y lit page 28 :

« Det finns ingen andlighet utan skugga, det finns ingen renhet i att stå och se på, vill man göra skillnad måste man tåla att händerna blir smutsiga (…) »

« Il n’y a pas de spiritualité sans ombre, nulle pureté à simplement regarder ce qui se passe ; pour faire la différence, on doit supporter d’avoir les mains sales (...) »


Nils Blanchard


Rajout d'étiquettes du dernier billet : Minneapolis, Kungälv.


dimanche 16 novembre 2025

De l’éternel problème du gagne-pain

Il m’est arrivé de dire au cours de ma carrière de professeur, en faisant mine de ricaner mais au fond avec le plus grand sérieux – mais être sérieux n’est pas toujours très poli – que j’attendais les vacances pour pouvoir me mettre sérieusement au travail.

Asuka Kazama ©, Paris, rue de l’Échaudé et pluie.
Collection particulière.

Au travail : rédiger un article, procéder à des recherches sur tel ou tel sujet, préparer mes cours d’université à une certaine époque du reste pas si éloignée, écrire… simplement écrire ; mais relire ensuite, forcément, et corriger… Cela demande temps et disponibilité, les deux ensemble, union dont on manque singulièrement quand on est professeur – j’ai renoncé à expliquer ça à certaines gens.

Or donc écrire ? Se dévouer entièrement à l’écriture ? Profiter, par exemple, d’une rente, d’une fortune, d’un braquage, que sais-je…
Certains auteurs affectent d’en discuter l’intérêt. Ce thème du travail (alimentaire) et de l’écriture ressort avec insistance chez plusieurs écrivains. Paul Léautaud, pour commencer, remarque régulièrement dans son journal qu’il faut avoir un métier (en plus de la manie d’écrire). Dhôtel, moins insistant, le dit dans cet entretien filmé par Pierre-André Boutang : « L’écriture c’est un peu en dehors. Pour moi c’est pas un métier ; et pourtant il faut un métier ! »

A. Dhôtel dans le film de P.-A. Boutang - Capture d'écran 

 On retrouve ces réflexions chez trois auteurs que je lis en ce moment : Angelo Rinaldi parce que j’ai appris récemment sa mort en mai 2025 – c’est un vieil ami parisien qui m’en a fait part –, Jacques Brenner parce que je relis son Journal (je l’ai chez moi vu que ce vieil ami parisien, précisément, m’en a offert les cinq gros volumes), et Wera von Essen parce que j’avance tranquillement dans son En emigrants dagbok que je me suis procuré lors de mon dernier séjour en Suède.

Angelo Rinaldi, dans un entretien avec Pierre Boncenne, le 1er octobre 1980 dans L’Express, évoque en fait d’abord la question – serpent de mer de bien des gens de plume – de la vie et de l’écriture :

« P.B. " L'œuvre préférée à la vie "?
A.R. On ne peut pas écrire et vivre. Il faut choisir.

P.B. Vous avez choisi d'écrire.
A.R. Jusqu'à présent, je n'ai pu que constater que le fait d'écrire m'a coupé d'une certaine vie. On ne peut pas faire deux choses à la fois. Je vous rappelle que je suis un salarié. Travaillant d'une part et d'autre part écrivant, je dois par conséquent renoncer à beaucoup.

P.B. Et si vous pouviez financièrement vivre de votre plume selon l'expression consacrée?
A.R. Au fond, je crois que c'est très vulgaire de vivre de sa plume. Vous êtes entraîné à donner au public toujours la même chose qui a fait votre succès. Un éternel remake. Il est très dangereux de vivre de sa plume et je préfère encore les sacrifices du travail de journaliste-critique aux facilités de l'argent venant par les seuls livres. L'argent gagné avec des livres me paraît suspect. Et au moins sur ce plan-là, je me permets de vous signaler que je suis à l'abri de la vulgarité. »


Chez Jacques Brenner – homme d’édition, libraire un temps, homme de revues… – on a l’impression au cours de plus de cinquante ans de Journal d’un long combat pour vivre de littérature (ce qui n’est pas forcément ou uniquement écrire…), cette littérature-là repoussant comme un aimant, paradoxalement peut-être, la possibilité de se consacrer vraiment à une œuvre. (À moins, bien sûr, que cette œuvre ait été son Journal, mais qui pour le coup – il n’en est pas moins à mon avis passionnant – a manqué de ce que Jacques Brenner savait si bien être pour les autres : ce que les Suédois appellent redactör ; comment traduire cela : un éditeur actif, accompagnant, guidant le travail de l’auteur…)

Jacques Brenner et le chien Falco - Capture d'écran


Wera von Essen, plus près de nous, En emigrants dagbok (5 mai 2021, page 66) :

« Jag vet inte vad jag ska göra om jag inte får pengar från förlaget (…) Essäerna bär inte min ekonomi. Jag måste betala sjugo tusen i skatt. Och så tio tusen varje månad för boende, räkningar, skulder. Hur ska det här gå till ? Problemet är att arbetsron försvinner, jag kan inte koncentrera mig på texterna (…) Det här är inte vad jag ville. Jag ville inte tvinga skrivandet, göra det till bröd. Det var av den anledningen jag hellre tog hotelljobb än att korrumperas av en byline. (…) Jag vill inte att litteraturen ska handla om försöjning, att den ska anpassas och kommersialiseras och få fel utgångspunkt. »

« Je ne sais pas ce que je vais faire si je ne reçois rien de la maison d’édition (…) Les articles ne me permettent pas de vivre. J’ai 20 000 couronnes d’impôts à payer. [Environ 2000 euros.] Puis aussi 10 000 chaque mois pour le loyer, les factures, crédits. Comment tout ça va-t-il finir ? Le problème est que je ne trouve plus le calme nécessaire au travail, n’arrive pas à me concentrer sur les textes (…) Cela n’est pas ce que je voulais. Je ne voulais pas avoir à forcer l’écriture pour en faire un gagne-pain. C’est pour ça que j’ai préféré prendre un travail à l’hôtel plutôt que me corrompre dans des écrits commandés. (…) Je ne veux pas que la littérature soit liée à la subsistance, qu’elle doive s’adapter et se vendre et partir ainsi du mauvais pied. »

Wera von Essen, photo de l’éditeur Polaris

Retour à Rinaldi. En décembre 2018, il donne un entretien à Zone critique, mené par Guillaume Narguet. Il se termine sur ceci :

« Et tous les artistes – écrivains, compositeurs, peintres – ont matériellement une vie difficile. [C'est très discutable me semble-t-il.Mais, comme disait Cioran, s’il faut rater sa vie, mieux vaut la rater à Paris qu’ailleurs. »

Du côté de la rue de l’Échaudé encrée par Asuka Kazama ?


Nils Blanchard


Ajout. Asuka Kazama (cliquer sur ce nom pour accéder à son site...) n'est pas une Suédoise d’ailleurs, peut-être pourrait-on dire une Japonaise d’ailleurs, encore que ses appartenances se floutent étrangement, étrangement car le « flou » est parfois très précis dans ses œuvres où la pluie souvent intervient presque comme artiste à part entière.

Elle a vécu notamment à Strasbourg après une première phase d'études et de travail au Japon. Là, elle passe par l’Université (un Master 2 notamment – où j’ai enseigné un peu, dans un autre département bien sûr) et par la HEAR - Haute école des Arts du Rhin, où ont enseigné Roger Dale, avant lui Camille Claus, dont ce blog parle çà et là. Et elle a obtenu le prix Théophile Schuler, de la Société des Amis des Arts et des Musées de Strasbourg en 2012.
Elle travaille maintenant à Paris, où elle enchaîne des expositions qui montrent l'étendue de son talent... 

vendredi 15 août 2025

Objets de placard (pas en plastique!) / Wera von Essen

Voyage étrange et à peu de frais dans le temps ; objets de placards laissés passablement intacts par mon grand-père, en Suède. En même temps, j’ai pu enfin me procurer la suite d’En debutants dagbok, de Wera von Essen.

NB - Bohuslän, juillet 2025


Oui, il y a plus – bien plus peut-être… – de quarante ans qu’ils dorment là, dans une maison en Suède, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas beaucoup plus anciens. On croira que Michel Houellebecq (on le préférera chanté par Carla Bruni, en l’occurrence) visait juste : « Il existe au milieu du temps / La possibilité d’une île. »

Au milieu des temps, temps suspendus ? Des flots. Mer d’huile.

Ça me fait penser à un roman (en cours d’écriture) interrompu. Pas eu le temps du tout de le reprendre lors de mon dernier séjour ; ne l’avais même pas amené. Pas eu le temps de grand-chose ; à peine la relecture d’un autre…
Voulais chercher du travail, passer à autre chose, autre chose, autre chose…

En juillet : eau à 23° !

Bains, promenades dans la forêt.

Été. (Participe passé autant que saison. C’est tout le truc de l’été suédois…)


NB

De quand date cette boîte de plombs ?

Bon, il y a bien un plomb qui a sauté.
Heureusement que j’étais avec un ami qui s’y connaissait mieux que moi, qui avait un regard extérieur sur la chose. Tableau électrique, compliqué par des annotations postérieures. Il suffisait de s’en tenir aux annotations (pas encore effacées, heureusement) de… mon grand-père.

NB


NB

Et cette boîte de thé ?

James Lundgren and co, Göteborg.

Je lis sur une annonce sur internet qu’elle est probablement du milieu du siècle.

NB

Ah, puis cette boîte pour un réchaud de camping.
Elle est bilingue (sur les autres faces) : les explications sont en suédois et en finnois. Ce devait être très courant à… quelle époque ? Milieu du siècle, là encore ? Mais je ne peux m’empêcher de voir ça comme un clin d’œil à ce blog.

Où a été rajouté depuis peu, du reste, un lien vers le blog d’Ulrika Nettelblad…

NB - Bohuslän


Mais Wera von Essen ?

J'avance tranquillement dans son livre, en ce début de mois d’août – entre deux visite à l’hôpital – aussi désordonné que ce billet.
Elle s’apprête précisément (page 109 / 14 juin 2021) à accepter – sans grand enthousiasme – à aller en Finlande (elle est alors à Stockholm). Il faut dire qu’elle a mal au dos, ne veut pas voyager du coup en voiture…

« Tåg upp till Umeå. Jag vet inte. Jag är så vag och ambivalent och kan aldrig planera något. »

« Prendre le train en montant à Umeå. Je ne sais pas. Je suis si indécise, partagée... je n'arrive jamais à rien planifier. »

Elle n'ira pas; elle ira en fait un peu plus tard. Elle aussi a une partie d'histoire en Finlande. Svensk Finland (Finlande suédoise), mais sans être finlandssvensk. Décidément.


Nils Blanchard


- Ajout d'étiquettes du dernier billet : néopuritanisme, Copenhague, Genève.

- Échec hier (14 août) de la réunion de Genève visant à limiter la production de plastique dans le monde. Victoire, à très très court terme, des producteurs de pétrole…
Quand on pense qu’en France, on nous rebat les oreilles, jusque dans des établissements scolaires, de football (masculin), et des exploits de certains « clubs » financés par des pétrodollars…

mardi 20 mai 2025

Lieux, réels et numériques – cinématographiques ? De Wera von Essen à Thomas Nydahl

Pour un dhôtelien un peu patenté, s’interroger sur les lieux, dans la littérature, relève à la fois de la porte ouverte et – clin d’œil à Héloïse Combes – de la porte fermée sur laquelle quelque distrait peut venir donner de son corps.

NB - 2025


C'est à propos de cinéma, brésilien, et de Recife, du Nordeste, que Wera von essen s’interroge dans un article récent de FLM (21 mars 2025) : Vad berättar en plats ? (Qu’est-ce qu’un lieu raconte?)
Elle interroge, et on en revient tout de suite à Dhôtel – que n’a-t-on pas dit qu’il avait sans cesse réécrit le même roman ? – :

« Man brukar fråga sig ifall en författare skriver samma verk hela livet. Men berättar en plats samma historia om och om igen? Berättelsen om människor i nordöstra Brasilien är en central del av landets filmtradition (…) »

« Il est de coutume de se demander si un écrivain écrit toute sa vie la même œuvre. Mais un endroit raconte-t-il quant à lui la même histoire, encore et encore ? Les récits sur les gens du Nordeste sont centraux dans la tradition filmographique du Brésil (…) »

NB - 2025


Le 16 août 2024, Thomas Nydahl parlait en son blog d’un quartier de Malmö où il avait passé son enfance. Il le voit en passant par le bus ; n’y revient pas. « Vad skulle jag där att göra? » (« Qu’est-ce que je pourrais bien y faire ? »)
Cet attachement que l’on peut avoir pour certains lieux. Ou cette mémoire, un peu comme une réminiscence olfactive, mais c’est plus profond encore… plus généralisé. Tenez, je pourrais retourner en tel lieu près de Paris, où je n’ai pas mis les pieds depuis plus de vingt ans (ou, une fois, quand même ; j’ai dû passer pas loin…) Où je n’ai pas trop de raison de revenir.
Il y avait cette fille…
Une autre fille, en Suède, d’origine danoise comme Thomas Nydahl si j’ai bien compris.

Récemment, je suis passé par l’Université catholique à Angers... Terrain de jeu d’une certaine enfance.
Mais je m’égare.

NB - 2025


Plus près de nous – de maintenant –, annonçant pour la énième fois que son blog va peut-être s’arrêter, Thomas Nydahl (le 18 mai 2025), dans un article intitulé : « Grön står skogen och nu dör snart bloggen » « Il y a la forêt, verte, et bientôt ce blog va mourir » parle de son rapport aux blogs et réseaux sociaux.
Cela commence ainsi :

« När jag kommer hit andas jag ut.
Det betyder helt enkelt att jag uppfylls av ensamhetens frihet.
Så har det varit hela mitt vuxna liv.
Men nu handlar det om avslutningen av ett mångårigt och plikttroget deltagande i sociala medier.
Jag var mycket tidigt med i bloggvärlden.
(...) »

« Je souffle quand je viens en ces parages.
Je veux dire simplement que je suis pris de liberté, liberté de solitude.
Il en a été ainsi de toute ma vie d’adulte.
Mais maintenant il s’agit de la fin d’un long, minutieux engagement dans ls réseaux sociaux.
J'ai été très précoce dans la blogosphère.
(...) » 

Je ne peux tout citer, mais d’un côté Thomas Nydahl annonce qu’il va (peut-être…) arrêter son blog, de l’autre qu’il a quitté « Facebook » (qu’y faisait-il, grand Dieu?) Ce n’est pas tout à fait la même chose…
Et de constater un peu amèrement qu’il n’a plus autant de lecteurs sur son blog depuis qu’il a quitté les réseaux sociaux.
Eh ! Évidemment, on a moins de lecteurs si on ne se compromet pas sur les « réseaux sociaux », parmi les anonymes criards. (Et même si l’on n’y est pas anonyme soi-même…)
Thomas Nydahl est intéressant comme blogueur – je le « suis » depuis quelques années. Il est peut-être d’autant plus intéressant pour quelqu’un comme moi qu’il me donne une fenêtre à un monde (littéraire, culturel) suédophone dont je suis quand même un peu éloigné – dont j’ai été plus éloigné encore par le passé. On ne doit donc pas être très nombreux dans ses parages.

André Dhôtel sur un tournage, années 1980, source, La Route inconnue

Plus loin dans son article (FLM), Wera von Essen évoque un entretien qu’elle a eu avec l’auteur et réalisateur J.P. Cuenca. Retour au Nordeste ; là, fiction, réalité – la place du passé, dans tout ça ? – ; J.P. Cuenca :

« Det är därför jag bara är intresserad av projekt som filmats på plats, med vanliga människor istället för skådespelare. Fiktion eller ej, det som intresserar mig är att processen blir något verkligt levande och oförutsägbart. »

« C'est pourquoi seuls les projets filmés sur place m’intéressent, avec des gens ordinaires au lieu de comédiens. Fiction ou pas, ce qui m’intéresse est que le tout devienne vivant et imprévisible. »

On en revient à Dhôtel, voire même au tournage de certain téléfilm tiré d’un de ses romans.


Nils Blanchard

mardi 22 octobre 2024

Kungälv / ancienne rue, Lise Meitner

Il y avait pourtant aussi de belles choses à Kungälv.

NB - Kungälv; "Kärlekstigen" - "Le chemin de l'amour"


Un « Kärlekstig » (« Chemin de l’amour ») par exemple, montant dans la forêt, partant de la vieille rue dite Västra gatan. Non loin de là, un joli jardin entretenu par des bénévoles. Pas trace, là, de compagnie de sécurité privée sévissant à la place de l’État – mais grand Dieu on se demande parfois où l’on est ! – Le jardin Bergfelt (Berfeltska trädgården) se situe, explique-t-on dans un prospectus, à 200 mètres de l’église. Son histoire remonterait au XVIIe siècle.
Il n’est pas très grand mais dense.


Des plantes, aussi, je reparlerai ici ; de cet autre monde que sont les plantes (et pas seulement l’homme…) Via une artiste découverte via Wera von Essen : Sanja Särman, Suédoise bien d’ailleurs dans un sens, si j’ai bien compris, qui a écrit un beau texte sur le sujet qu’on trouve, en anglais, sur internet, ici.

Mais à peu près en face du jardin, il y a une maison ayant appartenu au frère de Selma Lagerlöf, et où cette dernière a fait quelques séjours. Et elle a écrit le recueil de nouvelles Drottningar i Kungahälla (Les reines de Kungahälla en français), faisant allusion à un ancien nom du site, aujourd’hui devenu la cité sans grande âme évoquée ici, où des miliciens de police privée s’en prennent aux voitures étrangères, si possible quand elles ont à leur bord une personne en partie invalide.

NB - Kungälv


Retour à la civilisation, la vieille ville. Non loin de là encore, une curiosité : une belle maison rose où la scientifique autrichienne Lise Meitner a séjourné en 1938, fuyant l’Allemagne nazie de par sa judéité.

NB - Kungälv



NB - Kungälv


Un article d’Expressen, d’Eva Rogsten (28/5/2019) parle de cet hiver 1938 :

« Upptäckten som den österrikiska judiska forskaren Lise Meitner gjorde på vinterpromenaden i den västsvenska småstaden kom i förlängningen att användas av de allierade i slutskedet av andra världskriget – men atombomben var något Lise Meitner själv aldrig ville förknippas med. (…)
Nu bodde hon i Stockholm och hade åkt till Kungälv för att besöka sin nära vän, den svenska fysikern Eva von Bahr Bergius, som bjudit in henne till julfirande. Inbjuden var även Lise Meitners systerson, fysikern Otto Robert Frisch. »

« La découverte faite par Lise Meitner, chercheuse autrichienne juive, au cours d’une promenade hivernale dans la petite ville du littoral suédois de l’Ouest, allait par la suite être utilisée par les alliés à la fin de la seconde Guerre mondiale. Mais Lise Meitner ne voulait être liée en aucune façon à la bombe atomique. (…)
À ce moment elle vivait à Stockholm et s’était rendue à Kungälv à l’invitation pour Noël d’une amie proche, la physicienne suédoise Eva von Bahr Bergius. Son beau-frère, le physicien Otto Robert Frischt, avait aussi été invité. »

Là, lors d’une promenade, elle aurait ajouté une équation décisive à la compréhension de la fission de l’atome.
Avant ça, docteure en physique à Vienne en 1906, assistante de Max Planck dès 1912, Lise Meitner a une vie exemplaire de ce premier XXème siècle. De parents juifs, elle est baptisée en 1908 à l’Église luthérienne. Eva von Bahr et elle s’étaient rencontrées dès 1912 (Eva von Bahr empêchée alors de poursuivre sa carrière en Suède, du fait de sa féminité, était allée à Berlin – Berlin où l’on croise alors autour de Lise Meitner une autre scientifique, la botaniste Elisabeth Schiemann, d’origine… estonienne ; Allemande d’Estonie. On aura sans doute à reparler de tout cela).

NB


La maison rose arbore cette plaque de la Société de Physique européenne…

Plus pacifique peut-être, même s’il s’agit dans mon souvenir d’un Jugement dernier, si on continue vers le bas, on arrive à l’église, qui possède un magnifique plafond peint (restauré récemment, mais que je n’ai pu revoir ces dernières années, ayant toujours trouvé porte close…)



Nils Blanchard

Arch(r’)ives / On me dira…

Déménagement de galerie d’artiste – une emmerdeuse, certes… –, inventaire de bibliothèque d’écrivain… Ça, on jette, tu prends ? Eh, bon an m...