J'évoquais ici une rédaction de sixième sur les inondations. Elle me ramène à une autre rédaction, une dissertation plus exactement, que j’eus en terminale – je m’en souviens car j’y eus une très bonne note, qui me surprit un peu, avec là encore d’ailleurs un très bon professeur – ; la question : faut-il (ou doit-on ?; je ne suis plus sûr) défendre le faible.
| NB, Strasbourg, hiver 2026 |
Je me souviens avoir évoqué en mon texte les poches nazies à la fin de la Seconde Guerre mondiale à l’Ouest de la France ; fallait-il les défendre uniquement parce qu’elles étaient faibles (quelques centaines d’hommes laissées en arrière lors du repli des troupes allemandes…)
En des temps orwelliens où post-vérité se mêle aux nouvelles souvent mal données (déformées aussi par d’infinis blablas appelés « débats » par des chaînes d’information ; cf. France info en « édition spéciale » sur l’Iran des jours durant…), que penser des « faibles » placés sous le feu de forces qui puisent leur grandeur semble-t-il en grande partie de l’information (au sens militaire du terme), elle-même basée pour beaucoup sur des technologies avancées.
Rappelons-le d’abord : ces « faibles » – les dirigeants iraniens – se sont montrés inflexibles dans leur répression des manifestants de janvier 2026 notamment, mais d’avant aussi. Milliers de morts, exécutions, agressions de femmes sur leur tenue vestimentaire par leur milice des mœurs ; on a là quelque chose d’on ne peut plus détestable évidemment.
Est-ce pour autant qu’il faudrait soutenir sans ciller les agissements des États-Unis et d’Israël – une de leurs premières bombes, aux premiers jours de leur attaque, a touché une école de jeunes filles… –, hors de tout cadre international et, aurais-je tendance à dire, de tout tabou (déclaration de guerre, observations extérieures… On a bien annoncé l’envoi par la Chine d’émissaire pour entamer des négociations… qu'en adviendra-t-il?)
De tabous justement – le terme est assez complexe à appréhender me semble-t-il – il a été question lors d’une (visio)conférence récente, et intéressante, de Rudy Reichstett, sur les théories du complot. Une société, un monde sans tabous, devient un espace où l’on peut faire et dire n’importe quoi, à partir du moment où l’on en a les moyens.
| NB, Strasbourg, hiver 2026 |
Les tabous, la civilisation, un certain partage de valeurs communes… (Attention, valeurs à ne pas confondre avec des idiotismes siglés, incompréhensibles de divers programmes et ambitions "éducatives" qui se surajoutent les uns aux autres en une bouillie à laquelle plus personne ne comprend goutte, sauf peut-être quelques inspecteurs qui en tirent de la poudre de perlimpinpin pour asseoir leur autorité). On se demande comment les professeurs peuvent y travailler (sachant que le cœur de leur métier devrait être avant tout de transmettre, simplement, du savoir) quand, dans leurs établissements même, on expose leurs élèves aux écrans, véritables écrans au savoir et à la réflexion, sans parler des dégâts neurologiques qu’on peut à tout le moins les suspecter d’infliger notamment aux plus jeunes d’entre nous ?
C'est mon métier (pour quelque temps encore…) qui m’inspire ces questions bien sûr. C’est aussi l’annonce sur le site Terrestres (en lien du blog Alluvions en lien ce ce blog-ci…) d’une table ronde le mercredi 11 mars (qui pourra être revue en différé) avec le sociologue Sébastien Broca, l’essayiste Karine Mauvilly et Félix Treguer, chercheur et membre de La Quadrature du Net., à l’Académie du Climat, à Paris.
Cela est présenté de la sorte :
« En 1999, Eric Schmidt, futur PDG de Google entre 2001 à 2011, énonce qu’“Internet est la première chose que l’humanité a construite et qu’elle ne comprend pas, la plus grande expérience d’anarchie que nous ayons jamais eue”. Un quart de siècle plus tard, “la plus grande expérience d’anarchie” est devenue le business le plus profitable de l’économie capitaliste : une poignée d’entreprises dominent l’économie numérique et occupent les sept premières places de la capitalisation boursière mondiale… »
Bon, entre nous, comme anarchistes, je préfère Léo Ferré, ou cet ami que j’eus en cinquième, un peu lâcheur peut-être…
Retour à Terrestres, le constat est accablant :
« (...) en quelques décennies, la civilisation des écrans et du numérique a enfanté un mode d’être, de relations et d’interactions profondément nouveaux. Lorsque les coordonnées de l’expérience humaine sont à ce point modifiées, les sciences humaines ont pour habitude de parler d’un « fait social total » : une réalité sociale complexe et multidimensionnelle, qui interfère sur la totalité de la société et de ses institutions, et façonne les individus. »
Alors, programme… Notamment, dans une deuxième partie :
« (...) avec Karine Mauvilly, nous examinerons le chantier de l’école numérique (les justifications avancées, les acteurs qui l’ont soutenu, les coûts, etc.), afin d’en esquisser un premier bilan. Exemple significatif : pionnier du numérique à l’école, la Suède a décidé en 2023 de revenir … à l’école traditionnelle, sans écran (...) »
(Et, surtout, rompre avec les diktats des pseudo-enquêtes PISA…)
De Karine Mauvilly, qui a écrit avec Philippe Bihouix Le Désastre de l’école numérique. Plaidoyer pour une école sans écrans, nous reparlerons sans doute.
Nils Blanchard
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