Il est des moments qui marquent on ne sait quelle rupture, et dont on pressent que les quelques jours qu’ils auront occupé laisseront plus de traces dans la mémoire que plusieurs semaines de vie ordinaire.
| NB - Provence |
Dans une église provençale, à une messe d’enterrement, un curé ancien pilote – en hommage à celui qu’on enterre ? – emploie un ton mi familier, mi goguenard. Il en arrive à la question : aurez-vous aimé tout le monde ?
Tout le monde…
Évangile de saint Jean.
Le monde dans lequel on vit semble inciter à la détestation de tous contre tous, à l’instar de ce contre quoi fulmine le personnage joué par Claude Rich dans Cherchez Hortense, de Pascal Bonitzer.
Une idée de l’instant : cela n’est-il pas lié au temps, à la manière de l’appréhender ?
Comment aimer qui que ce soit quand on ne prend pas même la peine de s’arrêter quelques minutes dans une course à la croissance qui nous pousse à détruire toujours plus ce qui donne de la valeur – réelle, pas seulement de l’argent – à la vie humaine ?
La tour de Babel.
| NB - Provence |
Pluie ; Bretagne en Provence. Foule – tous amis je crois –, cercueil.
Une autre ondée me pique soudain les yeux. Je me retourne ; personne ne verra rien.
Vague pensée vers Jules Roy – c’est Saint Ex qui a été lu à la cérémonie.
Vézelay ou l’amour fou (pages 32-34) :
« Il ne faisait pas encore jour, la grosse meule qui fermait le tombeau était repoussée. Alors, prise de peur, elle s’élancera en toute hâte alerter Pierre et Jean [on n’est pas sûr que ce soit le même que l’évangéliste…] et, tous ensemble, ils se mettront à courir vers le sépulcre où Jean, le plus jeune, arrivera le premier. Marie-Madeleine verra les bandelettes à terre mais n’entrera pas et se tiendra sur le seuil, en larmes, tout essoufflée.
Là, il est plus simple de reprendre la succession des faits dans le récit du narrateur, Jean [on n’est pas sûr, etc.], le disciple que Jésus aimait, celui qui, à la Cène, a posé sa tête sur la poitrine du Seigneur et qui raconte ce qu’il a vu. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre, et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l’un à la tête l’autre aux pieds. Ils lui dirent : “Femme, pourquoi pleures-tu ?” Elle leur répondit : “Parce qu’on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis.”
(...) “Ne cherche plus, il est ressuscité.” Alors un homme passe, qu’elle prend pour le jardinier et à qui elle dit (…) : “Si c’est toi qui l’a enlevé, dis-moi où tu l’as mis.” Car tout le monde se tutoie en Orient. L’homme qu’elle distingue à peine à travers ses larmes s’arrête, la regarde, et simplement : “Marie.” (…) Elle ne sait plus, elle fond en sanglots sous les yeux de l’Adoré qui semble dans un ailleurs : “Ne me touche pas.” »
Mais quant à l’Évangile de saint Jean à la messe, il ne s’agissait pas de ce qui est évoqué plus haut, mais de Lazare.
Vaguement au retour, entre deux discussions dans la voiture, je songeais aux événements de Minneapolis – rien à voir – les gens assassinés par une milice raciste, dont les membres peut-être descendent de migrants européens, asiatiques, que sais-je… De ces pionniers dont beaucoup à l’époque tiraient sur les Amérindiens non parce qu’ils venaient d’arriver sur leur sol, mais parce qu’ils y étaient déjà bien avant eux – il y a toujours quelque chose qui cloche avec ces gens…
Mon blog va-t-il décemment pouvoir continuer, hébergé sur Blogspot ?
Je ne crois pas…
Quelques articles…
Puis, quelque part… ce titre, de Wera von Essen : Våld och nära samtal. Tenez, on y lit page 28 :
« Det finns ingen andlighet utan skugga, det finns ingen renhet i att stå och se på, vill man göra skillnad måste man tåla att händerna blir smutsiga (…) »
« Il n’y a pas de spiritualité sans ombre, nulle pureté à simplement regarder ce qui se passe ; pour faire la différence, on doit supporter d’avoir les mains sales (...) »
Nils Blanchard
Rajout d'étiquettes du dernier billet : Minneapolis, Kungälv.


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