C'est le numéro (aussi), de cette revue Nordique, de Caen, déjà évoquée. J’ai dit que j’en reparlerais, et j’en reparlerai encore…
Mais, au début de son interview par Harri Veivo, cette réponse de Susanna Alakoski (auteure suédo-finlandaise – traduction de Harri Veivo et Yohann Aucante), qui me ramène à mes LONGING, à mes tissages… mais aussi à la langue et à la migration…
« Bomullsänglen peut bien être analysé comme cette broderie qui tiendrait ensemble plusieurs mondes parallèles, mais qui parfois ne communiquent qu’à travers les pensées et les sentiments des protagonistes. Je considère la migration un peu de cette façon, dans le sens où nous nous trouvons dans plusieurs pays en même temps, et peut-être sommes-nous « étrangers » dans notre propre esprit chaque jour par le fait de changer de langue sans même que les autres s’en aperçoivent. »
Edith Södergran ? (Jag.)
« Jag är främmande i detta land, / som ligger djupt under det tryckande havet, / solen blickar in med ringlande strålar / och luften flyter mellan mina händer. / Man sade mig att jag är född i fångenskap – (…) »
« Je suis étrangère en ce pays, / qui gît en profondeur, sous la mer oppressante, / Les regards du soleil ondoient là, rayonnants / et l’air s’écoule entre mes mains. / On me disait que j’étais née en captivité – (…) »
Elle était entre Finlande, Suède, Russie… et d’autres langues encore.
Roger Dale (image de couverture de mon livre) a récemment donné un « Grand entretien » au Magazine de la Faculté des Arts plastiques de l’Université de Strasbourg (ce printemps).
Il parle d’une autre forme de migration, liée à la guerre ; il explique en effet dans cet entretien (page 6 – attention, si vous consultez cet entretien sur la toile, il y a deux pages 6…) :
« Ce lien avec la guerre, je le tiens de mon père. Parce qu’il était pilote dans la Royal Air Force, à bord des bombardiers qui ont pilonné Stuttgart, Dresde ou encore Francfort, à la fin de la guerre. Il disait que l’avion commençait à chauffer en s’approchant de Dresde, tellement la ville était enflammée. Après la guerre, il a voulu fuir l’Angleterre et cette mémoire et il nous a emmené au Canada, à l’abri de l’Europe. À l’abri de la guerre. »
*
* *
Sur un blog aujourd’hui disparu, j’avais copié-collé un article sur une photo, sans référence, mais présentée de 1942, d’août 1942. Il y aurait exactement 80 ans. Le commentaire :
I love this vintage photograph...
It tells a story...
Happiness, love and friendship...
Two American boys?
What was their fate? Did they go to war? Did they come back from war?
I love the mood of this photograph...
Summer memories...
La photo :
![]() |
Tout d’abord, je trouve la coupe des garçons, voire leur attitude, un peu modernes pour 1942.
Autre chose : s’ils sont, peut-être, américains, le paysage (vieux bâtiment agricole au loin, plutôt en pierre, bocage), semble plus appartenir à l’Europe ; mettons à l’Ouest de la France ou à l’Angleterre.
Last, but not least : en août 1942, Elmar Krusman, alors âgé de 21 ans (ça « colle »…) avait été arrêté depuis un an et était alors détenu dans un « AEL » en Estonie (par la Sipo), avant un parcours concentrationnaire qui allait le conduire de Stutthof (Danzig) à un camp annexe du Struthof.
Bref, on ne sait pas dans quel temps on est, ni où, ni avec qui. (À moins de considérer que la photo soit a priori bien légendée.)
What was their fate ? Méfiez-vous mes petits amis (ça, c’est une expression de Jules Roy ; lui, 1942… Bombardier ; une autre histoire encore…), pour peu qu’une pièce de puzzle vous tombe sous le nez, vous risquez d’y passer quelques mois, quelques années de recherche…
Why not ?
Nils Blanchard
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire