jeudi 2 juin 2022

Corps, genre

Je n’avais pas prévu de publier si vite un nouveau billet, et pas sur ce thème. Mais il se trouve que j’ai assisté hier à une représentation théâtrale assez particulière, La grève des jus, à la BNU (Bibliothèque Nationale Universitaire) de Strasbourg. (Collection binôme ; Compagnie Les sens des mots.)


NB - A. Maillol, musée Maillol, Paris  

La mise en scène avait été assurée par Daniel Blanchard (oui, si ce n’est toi…), qui y jouait aussi, avec Thibault Rossigneux (maître d’œuvre aussi de la conception d’ensemble) et Sandrine Lanno.
Cette représentation avait lieu dans le cadre de la cinquième édition du festival Demostratif, intitulée cette année « Inévitables révoltes », du 31 mai au 4 juin à Strasbourg. Courez-y si vous pouvez !

Autre lien, vers un site formidable – on y reviendra… –, et cette photographie de Lærke Posselt…

Tenez, il y avait une pièce (mais c’était avant-hier, je ne l’ai pas vue), qui s’intitulait Nuits/Forêts, par une compagnie (de Strasbourg) s’appelant Conférence pour les arbres. Bref, tout un programme.

Le principe des binômes (qui existent déjà depuis plusieurs années ; il y en a eu plusieurs dizaines, est de susciter la rencontre entre un scientifique et un auteur dramatique. Les deux discutent pendant un temps limité (le scientifique expliquant à l’auteur ses recherches), puis l’auteur a un délai de quelques semaines pour écrire un texte inspiré par cette rencontre, par le thème de recherche du scientifique. Puis, bien sûr, la compagnie Les sens des mots met en scène le texte. (Ils seront, cet été, à Avignon.)

Pour ce qui est de la représentation d’hier, il y avait au départ du binôme, la vidéo de la rencontre (sur les quais de Paris), et de l’échange entre la scientifique – une philosophe, en l’occurrence, Estelle Ferrarese, professeure de philosophie morale et politique, directrice de l’Institut du Genre, et l’auteur (Romain Nicolas).

À un moment Estelle Ferrarese de remarquer que le corps avait été peu traité par la philosophie ; bien sûr, il y avait eu Nietzsche…
Le genre, le corps, Nietzsche… Alors moi forcément j’ai pensé à Edith Södergran.

Elle a été marquée par Nietzsche pendant une partie de sa carrière de poétesse.
Le corps, le genre, dans un certain sens, est au cœur de beaucoup – de tous ? – les poèmes d’Edith Södergran, elle qui se sut très tôt condamnée à plus ou moins brève échéance au sana, à la mort lente du fléau de la tuberculose.

Voyons plutôt, parmi ses vers les plus connus.

La quatrième partie de Dagen svalnar… (Le jour fraîchit…), très citée ces derniers temps : « Du sökte en kvinna / och fann en själ – / du är besviken. » (« Tu cherchais une femme / et tu as trouvé une âme – / tu es déçu. »)

NB - Oeuvres de Germaine Richier et Alberto Giacometti
au musée Maillol, Paris, 2018


Ou ce vers extrait du poème Gud (Dieu) : « gud är det oseddas obefläckade själ och det outtänktas redan förruttnade kropp ; » (« dieu est l’âme non vue immaculée et le corps non pensé déjà pourri ; »).

Puis encore ce poème très cité aussi, au titre français Vierge moderne, qui commence ainsi : « Jag är ingen kvinna. Jag är ett neutrum. / Jag är ett barn, en page och ett djärvt beslut, (...) » « Je ne suis pas une femme. Je suis une neutralité. / Je suis un enfant, un page et une décision osée, (…) »

Ou encore, ces vers du deuxième des Deux poèmes de plage : « Mellan gråa stenar / ligger din vita kropp och sörjer / över dagarna som komma och gå. » « Entre les pierres grises / couché ton corps blanc pleure / sur les jours qui vont et viennent. »

Etc.


Nils Blanchard


P.-S. Puisqu’il est question de liens, j’ai ajouté à ceux du blog : – Alluvions, parce qu’on y parle de plein de choses qui me passionnent et qui entrent étrangement en résonnance (raisonnance?) avec ce dont il est question parfois dans ce blog. Allez-y voir…

– Le site de l’association des Amis d’Edith Södergran, car on n’a pas fini de la lire, ni de parler d’elle.

– Il a été question le 30 mai dernier dans Ent'revues, de 84, vie et littérature, évoqué déjà ici, par le spécialiste de Jean Paulhan (notamment) Bernard Baillaud. Et, tenez, il y est même question, là, d’archivistique, ce qui ramène (oui, très indirectement), au dernier billet de ce blog…

– Le thème de l’arbre, aussi, est revenu dans diverses correspondances, recherches (sans parler de sa présence régulière dans les poèmes d’E. Södergran…). Il y a ce livre, qui m’intrigue, de Dominique Daguet (disparu récemment), qui publia André Dhôtel aux Cahiers bleus



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