Au hasard de recherches sur le net, j’ai été interpellé par deux affiches aux couleurs et motifs assez semblables ; elles viennent de deux villes de taille vaguement comparables : Charleville-Mézières (plus grande quand même) et Haguenau.
Haguenau, je m’y promène assez fréquemment ; dans sa forêt itou – mais je n’y ai pas vu beaucoup de champignons je dois dire.
Un jour : un renard. J’ai vu une forme approcher à peut-être deux cents ou trois cents mètres, du bout d’une sente. Je me suis figé, m’efforçant de ne pas faire un seul mouvement. Ce que j’ai vite reconnu comme un renard – une bête qui m’est très sympathique – s’est approché, approché.
Jusqu’à environ trente mètre ? Là, arrêt. Ai-je cillé ? M’a-t-il senti ? Je l’ai vu comme hésiter. Puis, subitement, rapide comme l’éclair, il a disparu dans les fourrés sur le côté.
J'ai eu l’étrange impression qu’il y eut une expression de déception, de désapprobation, dans son regard, juste avant qu’il s’en aille. Comme s’il s’était senti trahi par mon immobilité. Sans doute ne pouvait-il que subodorer que je voulusse lui tendre un piège.
Bien sûr ce n’était pas le cas ; je voulais juste le regarder ; le voir.
Charleville-Mézières, c’est parce qu’on est dans les Ardennes dhôteliennes (même si le vrai Dhôtelland – un non-sens, ce Dhôtelland, dira Patrick Reumaux, et j’aurais tendance, avec une pointe d’agacement, à lui donner, encore une fois, raison… – est plus au sud).
Mais André Dhôtel a écrit un poème magnifique sur la chute d’un arbre (je crois l’avoir déjà cité quelque part, car il a été illustré par… Camille Claus – et on se rapproche là de Haguenau) :
« (...)
Un soir l’arbre mourut
s’abattit et devint
plus grand qu’il fût jamais
sur la terre étonnée,
et le renard pleura. »
(Ah, et Patrick Reumaux, bien sûr : un spécialiste des champignons… Entre autres.)
NB - Bohuslän, août 2023 |
D'après le blog Fonge et florule, on n’en serait en cette saison qu’au début des champignons en France. Aux avant-postes, un bolet radicant, non comestible.
En Suède, en août, il y eut des champignons comme rarement ; saison exceptionnelle (si, là encore, j’ai bien compris), liée peut-être à un début d’été très humide après un printemps très sec ?
Bon, mais on a déjà vu des champignons en ce blog... Et, ces derniers temps, j’ai été amené à parler çà et là de forêt (et on en reparlera…) Or, comme l’écrit un auteur présent à Haguenau pour les « mycofolies », Hubert Voiry (Actes Sud, 2022) : Pas de forêt sans champignons.
Nils Blanchard
Ajout, 21/10/2023 :
Je n'avais pas si mal compris que ça : la saison des champignons était bien mémorable, en Suède. C'est ce qu'écrit hier Einar Jacobsson dans son blog Rapsodi, en lien d'en lien de ce blog (via Bernur, lui-même en lien de Nordic Voices in Translation...)
Et qui plus est, il évoque Peter Handke, grand amateur... d'André Dhôtel !
L'article commence ainsi:
« I vintras utkom några nya prosaverk av Peter Handke på det förträffliga förlaget Faethon. Det med titeln "Försök om svampdåren. En berättelse för sig" (översatt av Jesper Festin) sparade jag till svampsäsongen, som den här hösten ju visat sig särskilt minnesvärd som sådan. »
« Cet hiver sont parues de nouvelles œuvres en prose de Peter Handke chez l'excellent éditeur Faethon. Celle intitulée Essai sur le fou de champignons. Une histoire en soi (traduction de Jesper Festin), je l'ai gardée pour la saison des champignons, qui cet automne s'est révélée particulièrement mémorable. »
Dans la revue Etudes, Yves Auclair avait écrit :
« André Dhôtel avait écrit une merveilleuse fable sur Le vrai mystère des champignons. On ressent ici un même absolu mystère, mais d'une autre manière : une impression faite d'étrangeté, de plus en plus insidieuse, et de malaise finement pointé d'humour, envahit le lecteur devant l'existence de ce chasseur fou de champignons, de ce mari, père de famille et avocat pourtant bien comme il faut. Dans son pays où il n'arrive jamais, mais finira par « arriver » (un peu), sa passion fabuleuse déraille en addiction infernale et contamine jusqu'à la phrase de son témoin écrivain, lui aussi chasseur improbable de ce qui fait le sens d'une vie. »
NB
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